lundi 28 septembre 2009

"L'aide fatale": éloge de la dictature

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"L'aide fatale", Dambisa Moyo, Jean-Claude Lattès, 256 pages, 20 euros.
Mais ces dollars "ont-ils amélioré le sort des peuples africains ? Non. L'aide a rendu plus pauvres les pauvres et a ralenti la croissance", poursuit-elle, passant en revue les raisons de l'échec des pays africains : environnement, facteurs historiques, tissu ethnolinguistique fragmenté, faiblesse des institutions politiques. Si ce constat est à peu près partagé par nombre d'économistes, le "nouveau modèle de financement du développement à l'usage des pays les plus pauvres" que propose alors l'auteur a suscité aux Etats-Unis une vive polémique qui a propulsé le livre dans la catégorie des best-sellers.

Ce n'est pas l'aide qui est responsable de la réussite du Botswana entre 1968 et 2001, affirme par exemple Mme Moyo, mais sa "politique favorisant l'économie de marché", écrit-elle. Elle soutient même la thèse que "la démocratie peut être un obstacle au développement", comme en témoigne, écrit-elle, "le succès économique" du Chili de Pinochet ! "Dans un monde idéal, ce dont ont besoin les pays pauvres (...), c'est d'un dictateur bienveillant décidé à imposer les réformes nécessaires pour donner une impulsion à l'économie", écrit-elle. Parmi les effets pervers de l'aide, Mme Moyo pointe la corruption, la captation de la rente par les militaires, la réduction de l'épargne, l'inflation...

Quelles sont, selon l'auteur, les solutions pour développer l'Afrique ? "Une société civile qui fonctionne bien et un corps de citoyens politiquement responsables sont l'assise solide d'un développement viable dans le long terme", dans un "environnement à l'intérieur duquel le secteur privé pourra s'épanouir". Elle se prononce aussi en faveur d'une augmentation de l'investissement direct étranger (IDE) - dont l'Afrique ne profite pas assez -, du développement de la microfinance, du commerce avec la Chine et les pays émergents et "d'institutions" soumises à "l'obligation de rendre des comptes".

L'Aide fatale, Dambisa Moyo, Jean-Claude Lattès, 256 pages, 20 euros

Pierre Jullien

vendredi 25 septembre 2009

Sous le coup de Pinochet

«Il faudra attendre jusqu’au dernier disparu dépisté pour retrouver une paix sociale au Chili, déplore le Chilien Andrés Muñoz. Mais il restera toujours des crimes non éclaircis, puisque plusieurs cadavres ont été lancés dans la mer.» Emprisonné en 1973 lorsqu’il était vice-président de l’association de l’Université de Santiago, Andrés Muñoz est l’un des 10 000 immigrants chiliens du Québec et membre de l’une des 1 000 familles à s’être exilées ici, en 1974, pour fuir la dictature.

Âgé de 59 ans, il arbore maintenant un uniforme de chauffeur d’autobus de la STM et se rappelle très bien de la période où il est retourné au Chili, de 1991 à 1993. À cette époque, le général Pinochet était toujours le commandant en chef de l’armée. Son régime avait laissé au pays plus de cinq millions de pauvres sur les 13 millions de Chiliens, des entreprises vendues au privé et des infrastructures peu avancées. «Il y avait tous ces politiciens à fleur de peau, mais aussi ces gens amorphes, qui considéraient comme fou celui qui oeuvrait dans des activités communautaires, relate Andrés Muñoz. Dorénavant, c’était chacun pour soi.»

L’héritage de Pinochet

L’exilé chilien Ricardo Contreras, sociologue et responsable des communications de l’Association des Chiliens du Québec, soutient qu’en 2009, les Chiliens ressassent toujours des frustrations face au gouvernement. «Les appareils de répression ont été démantelés, mais il reste toujours l’essence même du régime de Pinochet, explique M. Contreras, notamment la Constitution de 1980, de laquelle est issu le système judiciaire qui a longtemps mis des bâtons dans les roues des commissions d’enquête sur le régime dictatorial.»

Les investigations des cas de violations des droits de la personne tirent à leur fin. C’est ce qu’a déclaré le 2 septembre dernier le magistrat de la justice chilienne, Víctor Montiglio. Ce dernier a émis 129 mandats d’arrêt contre d’anciens militaires et policiers accusés d’exactions sous la dictature d’Augusto Pinochet. Environ 60 d’entre eux n’ont jamais été poursuivis en justice depuis la fin du régime militaire. Le bilan des victimes de torture se chiffre à 400 000 personnes, auxquelles l’État chilien verse une compensation financière à vie et accorde quelques avantages en termes d’accès aux services de santé publique.

Le rapport de la Commission nationale sur l’emprisonnement et la torture, publié en 2005, fait aussi état de 3200 opposants tués, dont 1200 disparus. Les familles de ces victimes n’ont cependant pas droit à une compensation - ni morale ni financière - de la part du gouvernement. Les arrestations des anciens militaires, dont les procès ont déjà commencé, témoignent le progrès du système judiciaire chilien. Pour les familles des victimes, elles ne mettent cependant pas fin à la dette de Pinochet envers la société.

Des groupes informels, composés pour la plupart d’enfants de victimes de la répression, ont vu le jour un peu partout au pays. Le but de ces regroupements est de faire leur propre justice expéditive. À Santiago du Chili, il existe par exemple la Commission des droits humains, FUNA, du verbe familier «funar», qui signifie dénoncer. Les participants «rendent visite » aux criminels, chez eux ou à leur travail, en faisant du bruit et en brandissant des affiches sur lesquelles figurent leurs coordonnées ainsi que les crimes qu’ils ont commis. Des clips de ce genre de dénonciations peuvent être visionnés sur YouTube, notamment celui de l’assassin du populaire chanteur chilien Víctor Jara, torturé puis tué par 44 coups de feu.

Tourner le dos à la politique

«Ce que Pinochet a laissé comme héritage chez les jeunes, c’est le manque d’envie de participer à la vie politique», explique le sociologue Ricardo Contreras. À ce jour, plus de trois millions de Chiliens, en majorité des jeunes, ne sont pas inscrits sur la liste électorale des élections présidentielles et législatives de décembre prochain. En vue des prochaines élections, le gouvernement a lancé une campagne en faveur du vote dont le slogan est « Yo tengo el poder, yo voto » (J’ai le pouvoir, je vote). Au Chili, le vote n’est obligatoire que pour ceux qui sont inscrits sur les listes électorales. Une fois enregistré, le citoyen a l’obligation, à vie, de voter, au risque d’encourir une amende s’il ne le fait pas.

«Ça me plairait qu’il existe une inscription automatique, mais le vote devrait se faire sur une base volontaire», commente Ivan Renato Canales, un étudiant de l’Université de Santiago. Le jeune homme de 23 ans n’est pas inscrit et ne votera donc pas aux prochaines élections, même s’il dit croire en son gouvernement.

« La politique chilienne s’enlise avec les années, puisqu’il y a toujours des abus de pouvoir ; et ainsi, je suis plutôt revêche à parler de politique », explique Maximiliano Andrés Salazar, un étudiant de 24 ans de l’Université de Santiago. Malgré cette réserve, il vote pour participer aux choix de son gouvernement.

Depuis la chute du régime du général Pinochet en 1990, c’est la coalition de centre-gauche, la Concertation de partis pour la démocratie, qui est au pouvoir. Mais aujourd’hui, pour la première fois depuis le retour à la démocratie, la coalition de droite, l’Alliance pour le Chili, est en avance dans les sondages. Si la droite revient au pouvoir en décembre, elle sera certes à contrecourant des nouveaux gouvernements de gauche latino-américains, mais pourra peut-être affranchir la politique chilienne de l’héritage d’Augusto Pinochet.

Julie TURGEON

Débat télévisé pour les candidats, mais après la série

Jorge Arrate lors du débat télévisé. Photo Álex Moreno

Pas plus d’une minute trente. C’était le temps de réponse que chaque candidat avait pour expliquer son programme. Un format qui a obligé les candidats à recourir aux formules publicitaires, balayées les explications, les nuances.

Ce format a aussi empêché tout débat entre les candidats. Les questions abordaient les inquiétudes des Chiliens : la délinquance, la santé, l’éducation.

Chacun a fait ce qu’on attendait de lui. Sebastian Piñera, le candidat unique de la droite, est le grand favori des sondages. Pour ce chef d’entreprise millionnaire, le défi consistait à se montrer proche du Chilien moyen.

Eduardo Frei est le candidat de la coalition au pouvoir depuis 20 ans. Il est deuxième dans les sondages. Il a tenté de récupérer un peu de la popularité de l’actuelle présidente qui bénéficie de 73 % de soutien, en promettant de poursuivre son programme social. Il a critiqué son adversaire de droite pour ses conflits d’intérêts avec le secteur privé.

Marco Enriquez-Ominami (ex-socialiste) est indépendant. Il est le troisième dans les sondages. Cet électron libre a dû rassurer sur ses capacités à gouverner, il a dû aussi convaincre que lui seul incarnait le changement.

Enfin, Jorge Arrate, le candidat d’extrême-gauche, a su utiliser la fenêtre médiatique qui lui était offerte pour mettre sur le tapis les sujets qui fâchent et dont personne ne parle.

Claire Martin

Chili: vif débat sur les affaires du candidat présidentiel de droite

Eduardo Frei lors du débat télévisé. Photo Álex Moreno
M. Frei, un démocrate-chrétien président de 1994 à 2000 et candidat de la coalition de centre-gauche au pouvoir, a évoqué un soupçon de délit d'initiés concernant une prise de participation de M. Piñera en 2006 dans la compagnie aérienne chilienne LAN, dont l'homme d'affaires milliardaire est actionnaire.

M. Frei a évoqué un rapport de l'ONG Transparency International qui cite son rival et s'est demandé si "une personne qui aspire à la présidence peut figurer dans un rapport de Transparency" International sur des pratiques de corruption.

M. Piñera s'est insurgé contre "une accusation irresponsable et qui ne dit pas la vérité. Je n'ai jamais usé de délits d'initiés, personne ne m'en a accusé, et j'espère qu'il va s'excuser", a-t-il lancé dans le plus vif échange du débat de 90 minutes, aux côtés de deux autres candidats.

M. Piñera avait été condamné en 2007 à payer une amende de 670.000 dollars par l'autorité des marchés qui l'accusait de délit d'initiés après qu'il eu acheté des actions de LAN, la veille de la publication par l'entreprise d'une hausse de 31% de ses bénéfices qui avait fait monter la valeur des actions.

Mais l'interprétation très stricte de l'autorité régulatrice avait été controversée. M. Piñera avait dénoncé à l'époque une persécution politique.

L'entrepreneur de 59 ans, battu à la présidentielle de 2005 par la socialiste Michelle Bachelet, est cette fois favori des sondages pour l'élection du 13 décembre avec entre 37 et 40% des intentions de vote, contre 27 à 30% pour Frei, et 15 à 17% pour l'indépendant ex-socialiste Marco-Enriquez Ominami, selon les sondages.

mercredi 23 septembre 2009

Plongeon au coeur de la Voie lactée

La première image du projet GigaGalaxy Zoom nous montrait un panorama de la Voie lactée. La deuxième, large de 34 par 20 degrés, nous fait découvrir notre Galaxie telle que les astronomes amateurs du monde entier peuvent la contempler. Toutefois, l'incroyable beauté de cette image est essentiellement due à la qualité du site d'observation et à l'habilité de Stéphane Guisard, cet astrophotographe de renommée internationale qui est également ingénieur de l'ESO.

Cette deuxième image a en effet bénéficié de la qualité exceptionnelle du ciel de Paranal, un des ciels les plus purs de la planète, là où se trouve justement le très grand télescope (VLT) de l'ESO. De plus, Stéphane Guisard est ingénieur opticien spécialisé dans les télescopes, une expertise rare dans le monde des astrophotographes. En tant que chef de l'équipe d'ingénierie optique de l'Observatoire Paranal, il a la responsabilité d'assurer la meilleure performance optique du VLT.

Pour réaliser cette formidable mosaïque, en couleur réelle, de la région centrale de notre Galaxie, Stéphane Guisard a assemblé près de 1.200 images. Cette création représente plus de 200 heures de temps de pose, réalisées durant 29 nuits durant les temps libres de Stéphane Guisard alors qu'il travaille de jour à Paranal.

Chili. «J’ai pour ambition de changer la gauche»

Jorge Arrate. Nous vivons dans une semi-démocratie, une démocratie incomplète. Entre 40 % et 50 % des citoyens ne participent pas aux élections. 90 % des moins de 34 ans ne sont pas inscrits sur les registres électoraux. Il s’est développé un désintérêt pour le suffrage universel. Ce système rejette des forces comme le PC, qui, depuis vingt ans, n’a jamais eu un seul député. Il fut inventé par Pinochet pour transformer le Chili en un pays bi-partidaire qui exclut ceux qui restent en dehors des grandes coalitions. De plus, le contrôle des médias est quasi total par quelques familles réactionnaires. Sur le plan socio-économique, le Chili est un des douze pays ayant la pire redistribution des richesses au monde. 10 % des plus riches possèdent 45 % du PIB, et 20 % près de 70 %. Ceci n’a pas évolué ces dernières années. Pourtant, la richesse du pays a plus que doublé. Ceci veut dire que la croissance s’est distribuée selon les mêmes proportions qu’il y a vingt ans. Les inégalités ont donc augmenté. De cela, personne ne parle au Chili.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Jorge Arrate. Dans les premières années, il y avait une précaution extrême. Pinochet désignait neuf sénateurs qui rendaient impossible d’adopter un quelconque projet de loi au Congrès, et il restait commandant en chef de l’armée. Puis le système a gardé ces verrous : les sénateurs désignés, les lois organiques impossibles à modifier, un système électoral injuste dont le principe de base est que 33 % des votes sont égaux à 66 %. Donc, le fait est que les changements qui furent tentés ont échoué. La Concertacion n’a pas eu la force ni le courage de poursuivre et, au contraire, elle s’est progressivement moulée au système.

Quelles sont vos propositions pour lutter contre les inégalités ?

Jorge Arrate. Il faut développer une action de grande ampleur, simultanée dans tout le pays. Il faut consacrer une part substantielle du PIB à un programme de lutte sur tous les fronts : éducation, santé, habitat, retraites, il faut tout faire en même temps. Nous proposons que le salaire minimum de 180 000 pesos chiliens (250 euros) soit porté à 250 000 pesos chiliens, ce qui correspond au salaire minimum éthique. Sur quatre ans, on augmenterait les salaires de 10 % à 12 % par année. Les grandes entreprises peuvent l’assumer. Les PME qui génèrent 70 % de l’emploi au Chili doivent être soutenues. Le système bancaire les exploite brutalement. Il faut baisser donc substantiellement les intérêts qu’elles payent. Surtout, je préconise d’instaurer des réserves de marché pour les PME chiliennes, dans la restauration ou l’hôtellerie par exemple. Nous avons le savoir-faire et n’avons pas besoin des chaînes internationales de fast-food ou d’hôtels.

Les retraites continuent d’être misérables. La mise en place d’une retraite minimum à 75 000 pesos chiliens (environ 100 euros) est insuffisante. Il faut les porter au niveau du salaire minimum éthique, par un système public qui se substituerait au système privé.

Fondamentalement, il faut une réforme fiscale. 70 % des ressources fiscales de l’État proviennent aujourd’hui de la TVA payée de façon uniforme par riches et pauvres. Il faut faire payer plus à ceux qui ont plus. Les déductions fiscales sont légion ici, de sorte que les entreprises payent très peu d’impôts.

Si on fait tout cela, les simulations montrent que l’impact sera significatif. Si on y ajoute les mesures d’investissement dans l’éducation, la santé et l’habitat, alors on modifie profondément la répartition des richesses.

Photo Galerie de photos de jorgearrate chez Flickr

Vous soutenez l’idée d’une Assemblée constituante, pourquoi ?

Jorge Arrate. La Constitution en vigueur est celle de Pinochet à laquelle ont été apportées des modifications à la marge. Un exemple : l’article 21 limite l’État dans tout projet économique. Par exemple, le port de Coquimbo, qui est le dernier port aux mains de l’État, aurait besoin d’un nouveau quai pour accueillir les navires de tourisme transatlantique. Ce port est largement bénéficiaire mais il ne peut pas construire ce quai parce qu’il est propriété de l’État ! Cet investissement lui est donc interdit. L’État a les mains totalement liées. Nous croyons qu’une nouvelle Constitution doit être élaborée à travers un processus d’Assemblée constituante. Pour consulter les Chiliens sur cette idée, nous avons demandé à Michelle Bachelet de rajouter une 4e urne lors de l’élection du 13 décembre.

Votre candidature change-t-elle la gauche chilienne ?

Jorge Arrate. Cette candidature a pour ambition de reconstruire la gauche au Chili. Les exemples qui émergent en Europe avec Die Linke ou le PG et le Front de gauche sont d’ailleurs particulièrement intéressants à suivre. Ici, le PC avait déjà réalisé à la dernière présidentielle un rassemblement mais il manquait encore le secteur socialiste. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est de nous additionner à ce premier effort unitaire. C’est une accumulation d’histoires. Cette gauche classique, socialiste et communiste se joint aussi à des forces plus récentes comme Izquierda 21, La Surda, des secteurs libertaires. Nous devons nous construire sur la base de fusions successives. C’est l’objectif de cette candidature. Après cette campagne, nous resterons ensemble.

Propos traduits et recueillis par Alexis Corbière et Raquel Garrido.

CHILI, TOUJOURS DANS L’HÉRITAGE DE PINOCHET

Le 13 décembre 2009, le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu au Chili. La socialiste Michelle Bachelet, élue en janvier 2006, ne se représentera pas. La Constitution lui interdit de briguer un deuxième mandat consécutif. Cette élection se produira dans un contexte de profonde crise sociale et politique.

En effet, si depuis 1990, le pays n’est plus une dictature et que les libertés démocratiques y ont été formellement rétablies, les stigmates des sombres années Pinochet n’ont pas disparu.

Les inégalités sociales sont toujours là, criantes, insupportables. Certes, la très grande pauvreté et l’indigence ont reculé. Mais, constat ahurissant, beaucoup d’économistes, même parmi les plus libéraux qui soutiennent le régime actuel, constatent qu’elles sont aujourd’hui plus fortes que durant les années où les militaires étaient aux commandes. Si le Chili a connu une croissance économique réelle notamment au cours de la dernière décennie, avec près de 8 % chaque année (soit 96,4 % pour la décennie 1990), la répartition des richesses nationales y est une des plus injustes au monde. L’ONU considère qu’il est le 12e pays le plus inégalitaire de la planète. Concrètement, cela signifie que 20 % des Chiliens les plus aisés possèdent près de 70 % des richesses nationales, alors que les 20 % les plus pauvres n’en partagent que 3 %. Ces faits sont la conséquence d’une politique, voulue initialement par Augusto Pinochet et les forces sociales qui ont soutenu son coup d’État, transformant ce pays en meilleur élève des idéologues ultralibéraux. La rigueur budgétaire et le libre-échangisme absolu, théories défendues par les « Chicago Boys », constituent la feuille de route de tous les gouvernements successifs depuis 1990, faisant de leur économie une des plus ouvertes au monde. Mais, paradoxe apparent, cette économie échange moins avec ses voisins qu’avec le reste de la planète. Les exportations sont très minoritaires vers les autres pays latino-américains du Mercosur avec seulement 6 %, contre 24 % vers l’ALENA (E-U, Canada, Mexique), 25 % vers l’UE et 32 % vers l’Asie. Pour l’heure, cette situation maintient le Chili isolé, telle une île néolibérale, des processus politiques et d’intégration en cours sur le continent.

Pour compléter, il faut ajouter qu’ici, le droit du travail est pratiquement inexistant. L’accès au soin n’est plus qu’une marchandise. Les 190 millions de dollars des régimes de retraite sont gérés par des compagnies privées. L’éducation publique dans un état déplorable est laissée aux municipalités, qui ne disposent pas de réels moyens financiers, alors que les écoles privées sont un marché florissant et reproduisent mécaniquement les inégalités sociales. Enfin, les indiens Mapuches, spoliés de leurs terres, sont violemment réprimés, et au mois d’août un homme a encore été abattu de deux balles dans le dos par la police lors d’une manifestation.

Dans ce contexte, la vie politique est totalement verrouillée par une constitution profondément antidémocratique, rédigée par Pinochet et peu modifiée en 2005. Depuis vingt ans, le pays est dirigé par la Concertacion, une coalition de quatre partis : la Démocratie chrétienne (DC), le Parti radical (PR), le Parti populaire et démocratique (PPD) et le Parti socialiste (PS).

Malgré les immenses espoirs qu’avait suscités la fin de la dictature et l’élection d’une femme socialiste il y a quatre ans, la base sociale et électorale de la Concertacion s’effondre à présent. La droite ultralibérale, jusque-là désunie en deux grandes familles, mais aidée par un système institutionnel en sa faveur, redresse la tête. Si, lors des quatre élections présidentielles précédentes, ses candidats ont toujours été battus, c’est différent cette fois-ci. Les dernières élections municipales de 2008 ont été bénéfiques pour elle, unie dans des listes communes qui ont remporté notamment les municipalités de Santiago et surtout Valparaiso, bastion historique de la gauche. Pour la présidentielle, elle s’est rassemblée derrière un seul candidat : le milliardaire Sebastian Piñera. Il est considéré comme le plus riche du pays. Pour l’heure, les instituts de sondage le donnent vainqueur dans tous les cas de figure.

Vingt ans après la fin de la dictature, le Chili va-t-il élire à la présidence de la République un héritier quasi direct du pinochétisme ?
A. C.

dimanche 20 septembre 2009

À VALPARAÍSO, LA POLICE EN PLEIN BORDEL



Marcos Vásquez Meza, nouveau directeur national de la PDI. Photo Juan Eduardo López

Le scandale éclate début juin lorsque l’émission Contacto, de la chaîne de télévision catholique Canal 13, diffuse une enquête approfondie intitulée les Anges de Charly. Carlos Parra Ruiz, alias Charly, dirige le cabaret Pandemonium et l’hôtel-bar Louisiana, en réalité deux bordels où tapinent des mineures âgées de 12 à 17 ans. Il finit par être arrêté en 2007 et condamné à huit ans de prison ferme.



Gloria Valenzuela une des victimes. Photo Canal 13
Tiroir. L’affaire aurait pu s’arrêter là si l’une des filles de Charly, Gloria Valenzuela, âgée de 23 ans, n’avait déposé plainte contre des policiers d’investigation (PDI, équivalent de la police judiciaire française), les accusant d’avoir abusé d’elle dès ses 12 ans et de l’avoir même mise enceinte. Sa plainte finit dans un tiroir.
Mais le sous-commissaire qui a recueilli sa déclaration, Héctor Guzman, refuse de se taire. Il tente de se faire entendre… et finit licencié par l’institution pour faute grave. Il envoie alors une lettre à la présidente chilienne, Michelle Bachelet, qui reste sans suite. C’est à ce moment qu’il contacte le journaliste Elias Sanchez de l’émission Contacto. Témoignages, photos, mails… les preuves accablantes s’accumulent. Une quinzaine de filles mineures et sans ressources ont trouvé refuge chez Charly, qui leur assure gîte et couvert, les prostitue et les maintient dépendantes grâce à la drogue.
Ceux qui sont censés les protéger, les policiers d’investigation, passent souvent leurs nuits de service dans leur chambre, arme et badge sur la table de nuit. Une fête est même organisée avec les mineures dans les bureaux de la PDI de Valparaíso.
«Volonté». Le scandale n’a coupé, jusqu’ici, qu’une seule tête, celle du directeur national de la PDI, Arturo Herrera. Quant aux policiers accusés, ils sont en liberté. Seule contrainte : ils n’ont pas le droit de s’approcher des victimes. Héctor Guzman, qui avait fui en Argentine à la mi-juin parce que sa vie aurait été en danger, est revenu au Chili fin août.
Quant aux victimes, elles n’ont rien obtenu jusqu’ici. La députée de gauche et avocate Laura Soto, qui les défend, a tenté en vain de leur fournir protection et ressources. L’élue, membre de la coalition au pouvoir et qui a été elle-même menacée de mort, dénonce la lenteur de la justice et le refus de la PDI d’enquêter. «Et ce qui me fait le plus mal, souligne-t-elle, c’est qu’il n’y a pas non plus de volonté de la part du gouvernement de Michelle Bachelet de faire toute la lumière sur ce scandale… Pour ne pas entacher le prestige de l’institution !»
Une institution en effet respectée des Chiliens et considérée comme la moins corrompue d’Amérique latine. Or, cette «affaire Charly» semble n’être que la partie émergée de l’iceberg. Un réseau de prostitution de mineurs continuerait de prospérer dans le port de Valparaíso.
CLAIRE MARTIN

vendredi 18 septembre 2009

Jose Aznar s'immisce dans la campagne électorale

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José María Aznar au Chili. Photo José Miguel Pérez

La présidence chilienne a réagi vertement aux propos d'Aznar, qui lors d'une rencontre publique avec l'equipe de campagne du candidat de droite Sebastien Pinera, l'avait qualifié de «grand ami, et futur président» du Chili. «Je suis convaincu qu'il sera le prochain président et que le Chili aura en lui un grand président», avait ajouté le premier ministre conservateur (1996-2004) d'Espagne, misant avec l'élection de Pinera sur une alternance «positive avec un effet contagieux» en Amérique latine.

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José María Aznar au Chili. Photo José Miguel Pérez

«Ce sont les Chiliens qui décident qui est président du Chili, et quand les Chiliens voudront changer l'orientation du pays, ce sont eux qui le diront, et personne d'autre», a commenté une porte-parole de la présidence.

Le candidat (démocrate-chrétien) de la coalition de centre gauche au pouvoir, l'ex-président Eduardo Frei, a lui aussi rappelé Aznar à l'ordre.

Pinera, un homme d'affaires de 59 ans, battu par la socialiste Michelle Bachelet au 2e tour de 2005, est cette fois favori des sondages pour le scrutin de décembre, qui pourrait voir la droite briser l'hégémonie de la coalition de centre gauche gouvernant à Santiago depuis la fin de la dictature il y a 20 ans.

Un autre candidat, l'indépendant ex-socialiste Marco Enriquez-Ominami, avec environ 15 % des intentions de vote, pourrait jouer un rôle clef au 2e tour.

jeudi 17 septembre 2009

Les jeunes en marge des élections

Il n’y a pas eu l’enthousiasme escompté. Certains prédisaient une ruée des moins de trente ans vers les bureaux du Service électoral. Une ruée pour s’inscrire sur les registres et pouvoir ainsi voter en faveur du phénomène de la campagne : Marco Enriquez-Ominami, le candidat indépendant trentenaire qui parle aussi bien d’homosexualité que de pilule du lendemain dans un des pays les plus conservateurs d’Amérique latine. Lui qui parvient à s’imposer dans les sondages en troisième position avec 17 % des intentions de vote, sans aucune grande coalition ou grand parti derrière lui.

Ses deux adversaires, vieux routiers de la politique chilienne et favoris dans les sondages - l’ex-président Eduardo Frei (27 %), représentant de la coalition au pouvoir, la Concertacion, et Sebastian Piñera (37 %), le candidat unique de la droite en tête des sondages – avaient même tenté de courcircuiter cette relation privilégiée avec la jeunesse. Le premier en nommant un chef de campagne de… 27 ans, le second en lançant dans tout le pays une campagne d’appel au vote des jeunes. Le gouvernement avait lancé, quant à lui, une campagne publicitaire, intitulée « Yo tengo el poder, Yo voto » (J’ai du pouvoir, je vote) avec des stars du petit écran.

Deux cent mille Chiliens sont finalement allés s’inscrire au Service électoral qui a fermé ses portes le 13 septembre. Beaucoup de jeunes attirés par le vote MEO (pour Marco Enriquez-Ominami), comme ils l’appellent pour faire plus court. Comme Pedro, 24 ans, qui s’est inscrit pour la première fois « parce qu’(il) trouve Marco Enriquez-Ominami beaucoup plus proche de ses idées ». Même si la plupart savent qu’il a peu de chances de gagner. « Au moins j’aurais dit ce que je pense », lance Roxana, 29 ans.

Pas d'inscription en masse

Les filles et les garçons font la queue séparément et de fait, votent dans des bureaux différents.(Photo : Claire Martin/RFI)

Les filles et les garçons font la queue séparément et de fait, votent dans des bureaux différents.
(Photo : Claire Martin/RFI)

Cependant, ce chiffre n’est pas synonyme de « ruée ». Il est en baisse par rapport à 2005. Soixante mille Chiliens de plus s’étaient alors inscrits pour la présidentielle qui opposait l’actuelle présidente Michelle Bachelet à Sebastian Piñera. La seule année depuis la fin de la dictature en 1990 qui avait vu changer la désertion pour l’inscription aux élections. Un Chilien sur quatre n’est en effet pas inscrit sur les registres électoraux, principalement de moins de trente ans. Car l’inscription, au Chili, n’est pas automatique. En revanche, une fois inscrit, le vote est obligatoire, sous peine d’amende. Un système hérité de la dictature d’Augusto Pinochet qui s’applique pour la dernière fois.

En mars, le gouvernement de Bachelet a réussi à obtenir du Congrès la modification de ce système désuet. Il reste trois mois avant l’élection présidentielle et les candidats sont très proches dans les sondages. « 3,4 % d’augmentation du nombre de votants, ça peut devenir un chiffre important dans n’importe quelle élection au coude à coude », comme le souligne le directeur du Service électoral, Juan Ignacio Garcia. Mais d’ici au 13 décembre, maintenant que la campagne est officiellement lancée, les écarts peuvent se créer.

RFI Claire Martin, correspondante à Santiago du Chili.

La TNT sera japonaise

"C'est l'option technologique qui convient le mieux au Chili. Elle lui fournit la meilleure qualité de réception, étant données les caractéristiques géographiques du pays", a précisé le ministre des Transports et des Télécommunications. La norme japonaise permet également de capter le signal sur les téléphones portables et sur les téléviseurs de voitures en marche sans frais additionnels pour les usagers, signale le quotidien de Santiago El Mercurio.

Au Chili, 65 % des foyers ont seulement accès à la télévision hertzienne. Ils pourront conserver leur vieux téléviseur pendant encore huit ans, lorsque la technologie sera entièrement généralisée. En attendant, il suffira de s’équiper d’un décodeur TNT pour 27 500 pesos [33 euros], rapporte le journal. Les principaux fabricants de téléviseurs espèrent proposer les premiers appareils avec décodeur incorporé avant le Mondial de football de 2010.

mercredi 16 septembre 2009

L'île de Pâques lance des cartes de séjour pour contrôler ses flux

Cette "Carte spéciale visiteurs" (TEV) devra être remplie à l'embarquement à l'aéroport de Santiago du Chili, le seul à desservir Rapa Nui, le nom polynésien de l'île de Pâques.

"L'initiative ne vise pas a restreindre l'accès", a assuré le vice-ministre de l'Intérieur Patricio Rosende. "Mais nous voulons améliorer l'information sur les visiteurs de l'île, afin de pouvoir à l'avenir mieux ordonner la croissance de la population".

La carte est une des mesures arrêtées lors de récentes négociations entre le gouvernement et les autorités îliennes, après le blocage de l'île pendant 48 heures à la mi-août. Des autochtones avaient immobilisé l'aéroport pour réclamer des garde-fous à la durée de séjour des touristes et à l'immigration.

Les moins de 5.000 habitants de l'îlot s'inquiètent des flux croissants vers leur bout de paradis perdu à 3.500 km des côtes chiliennes. Chaque année 50.000 touristes visitent ses plages, ses paysages volcaniques et ses célèbres Moai, statues géantes de pierre.

Pour les îliens, ces flux mettent en péril l'écosystème fragile et le patrimoine de l'île, et contribuent à une hausse de la délinquance, importée, selon eux, par des Chiliens du continent.

Une autre mesure convenue avec le gouvernement est un plus strict contrôle des antécédents judiciaires des visiteurs chiliens. Une autre, à l'étude, pourrait porter sur le statut de l'île, en vue de limiter le droit de résidence permanente des Chiliens du continent.

mardi 15 septembre 2009

Plan gouvernemental pour une région polluée au plomb et à l'arsenic

L'exécutif s'est également engagé à nettoyer les zones proches de la ville d'Arica, à plus de 2.000 km au nord de la capitale Santiago, où ont été entreposées 20.000 tonnes de déchets toxiques en provenance de Suède il y a 25 ans, pendant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

Beaucoup d'enfants figurent parmi les personnes contaminées, qui disent souffrir d'intenses maux de tête, de douleurs articulaires, d'inflammations des gencives ou encore de lésions cutanées. Certains jeunes présentent aussi des tâches sur les bras.

Les habitants évoquent également des problèmes d'expression, d'apprentissage ou de mémorisation qui correspondent aux symptômes généralement associés à ce type de pollution.

Des médecins vont prendre en charge quelque 1.800 familles qui ont habité pendant des années près des zones contaminées.

"La détection, le contrôle et le traitement des maladies provoquées (par la pollution) sont pris en charge", a déclaré la ministre de l'Environnement, Ana Lya Uriarte.

"La population affectée représente environ 12.000 personnes", a-t-elle ajouté.

En décembre 1993, l'entreprise chilienne Promel avait abandonné ces déchets, importés une dizaine d'années plus tôt, en affirmant que leur recyclage n'était pas rentable.

Avec l'accroissement de la population, la ville d'Arica, située à la frontière avec le Pérou, s'est étendue et des logements sociaux ont été construits près de l'ancien parc industriel abandonné.

Les habitants de ces quartiers vont également être relogés, a précisé la ministre.

80 chiliens partent en France comme assistants d’espagnol

Journée de départ des futurs assistants d’espagnol. Photo gonzalezlillo chez Flickr
A cette occasion, une journée de départ des futurs assistants d’espagnol est organisée Mercredi 9 septembre 2009 de 9h00 à 18h00 au centre d’expérimentation et de recherche pédagogique (CPEIP). La cérémonie de clôture de la journée aura lieu à 17h00 en présence de Maryse Bossière, Ambassadrice de France, Mónica Jiménez de la Jara, Ministre de l’Education et Paulina Urrutia, Ministre Présidente du Consejo Nacional de la Cultura y las Artes.

Parmi les activités de la journée, les jeunes assistants sur le départ auront l’occasion de recevoir les conseils de leurs aînés, tous membres de la Corporation des Assistants d’Espagnol en France (CAEF, www.caef.cl).

Signalons que le Programme des assistants d’espagnol est l’un des piliers de la coopération culturelle et linguistique franco-chilienne. Il est le fruit d’un accord signé en 2002 entre le Ministère Chilien de l’Education (MINEDUC), le Consejo Nacional de la Cultura y las Artes et le Ministère français de l’Education.

Grâce à l’appui financier de ces trois institutions, plus de 600 jeunes chiliens sont partis en France pour y transmettre leur langue et leur culture et mener à bien leur projet personnel de recherche ou de formation continue pendant une période allant de 6 à 9 mois.

A raison de 12h00 par semaine, la mission de l’assistant d’espagnol consiste à seconder un professeur d’espagnol du primaire ou du secondaire à travers une série d’activités pédagogiques essentiellement destinées à la pratique orale de l’espagnol.

Les informations détaillées sur les conditions de postulation au programme sont disponibles sur : www.icf.cl/asistentes/españ.... Contact : asistente@icf.cl

dimanche 13 septembre 2009

L’autre 11 Septembre

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La Présidente de la République, Michelle Bachelet lors de la cérémonie de signature du projet de Loi qui établit un nouveau système de financement de la Défense Nationale au palais de la Moneda à Santiago du Chili.
Photo José Manuel de la Maza
Grâce à (ou à cause de) cette mesure héritée de la dictature, le Chili est le pays latino-américain qui dépense le plus pour ses militaires – après le Brésil (immense) et la Colombie (enlisée dans un conflit). Son budget de la défense n’a cessé de croître de manière impressionnante ces dernières années, plaçant le pays au 12e rang des destinataires mondiaux d’armements pour la période 2003-2007 (4,9 milliards de dollars en 2007) .

Tout en réincorporant le budget militaire dans le budget national, la loi proposée par Mme Bachelet, si elle est votée, pourrait permettre d’affecter une part plus importante des revenus du cuivre, gérés par l’entreprise publique Corporación del Cobre (Codelco), aux insuffisants et indispensables programmes sociaux.

En son temps — celui de la guerre froide — c’est ce que voulait faire, toutes choses égales par ailleurs, Salvador Allende. Elu le 4 septembre 1970, partisan d’un socialisme démocratique, il nationalise les banques, la grande industrie et… les mines de cuivre (propriété des multinationales américaines). On sait ce qu’il en advint. Le président Richard Nixon et son secrétaire d’Etat Henry Kissinger donnent des instructions directes à la Central Intelligence Agency (CIA) pour « faire craquer l’économie chilienne » (« Make the economy scream »). Grèves (en particulier des camionneurs) et manifestations se succèdent sur la droite du gouvernement de l’Union patriotique (UP), occupations de terres et d’usines se multiplient sur sa gauche, ne facilitant pas son action. Tandis qu’une campagne médiatique haineuse et souvent mensongère, menée par le quotidien El Mercurio, prépare le terrain, l’état-major de l’insurrection regroupe l’organisation fasciste Patrie et Liberté, le Parti national, les officiers putschistes. L’ambassadeur américain Harry Schlaudeman – qui a participé à l’invasion de la République dominicaine en 1965 – assure la coordination entre les militaires chiliens et la CIA.

Le 11 septembre 1973, la flotte entre à Valparaiso et l’armée attaque le palais présidentiel de la Moneda. C’est de là qu’Allende émet son dernier discours, transmis par Radio Magallanes : « Ils vont sûrement faire taire Radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. (…) Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure. (…) Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

Plutôt que de se rendre, Allende se suicidera.


Le documentaire Héros fragiles d’Emilio Pacull revient sur ces événements. Dans ce voyage intime vers le passé, sous-titré « Chili 1973, affaire non classée », Pacull, après une longue absence, se lance sur les traces de son beau-père, Augusto Olivares, proche collaborateur d’Allende qui, lui aussi, s’est donné la mort dans le palais de la Moneda le 11 septembre 1973. A travers des archives, des extraits de films de fiction, des entretiens avec victimes, militants, anciens de l’Unité populaire et des acteurs (repentis ou non) du coup d’Etat, Pacull livre un travail d’investigation remarquable. Il permet également de (re)découvrir, in vivo pourrait-on dire, le rôle du patronat chilien, des médias et des Etats-Unis, dans cette page marquante de l’histoire qui a mené le Chili de l’utopie socialiste au « paradis » néolibéral.

Maurice Lemoine
Héros fragiles, d’Emilio Pacull, Editions Montparnasse, 2009, 83 minutes.

Anniversaire du coup d'Etat au Chili: deux morts

Suite au coup d'Etat du 11 septembre 1973, le président Salvador Allende a été renversé par le général Augusto Pinochet dont la dictature, jusqu'en 1990, s'est soldée, d'après les données officielles, par de nombreux assassinats politiques (près de 3.200) et disparitions (1.200), environ 28.000 personnes ont fait l'objet de tortures.

Des désordres avec la participation d'une centaine de personnes avaient déjà été enregistrés à Santiago dans la nuit du 11 septembre, la police a dû faire appel aux gaz lacrymogènes.

Selon les informations préalables, 32 manifestants, dont 13 dans la capitale, ont été interpellés vendredi, mais la police n'exclut pas que leur nombre puisse s'accroître prochainement.

jeudi 10 septembre 2009

Inondations et glissements de terrain au Chili

De nombreuses routes ont été bloquées à la suite de glissements de terrain qui se sont produits dans la cordillère, lundi et mardi. Un travailleur mineur a été enseveli, tandis que 5 autres ont été blessés.

Dans le même secteur montagneux, une mère et sa fille est ont été surprises par un glissement de terrain et emportées sur des dizaines de mètres. Les deux malheureuses ont été tuées.

Sur Santiago, de nombreuses rivières ont gonflées, et dans le même temps le Sud du Chili était fouetté par de fortes rafales de vent.

lundi 7 septembre 2009

Nouveaux heurts avec les Mapuches

Les Mapuches revendiquent la restitution de leurs terres ancestrales et protestent contre l’exploitation de leurs ressources naturelles. Du côté argentin, dans la région frontalière de Neuquen, une autre polémique vient d’éclater entre les Mapuches et des propriétaires terriens, indique le quotidien espagnol. Les propriétaires terriens accusent les Indiens “de recevoir le soutien d’instructeurs des FARC et de l’ETA qui se cachent au Chili”.

Les Mapuches affirment pour leur part qu’il ne s’agit que d’un mensonge destiné à légitimer l'appropriation de leurs terres et la répression qui les frappe. On recense actuellement un million et demi de Mapuches, ce qui fait d'eux le deuxième peuple indien d’Amérique latine, après les Aymaras. Ils représentent environ 4 % de la population chilienne et ont toujours été oubliés par les pouvoirs publics.

Un homme se suicide devant sa webcam et son ex-petite amie

Simon Venegas, 26 ans, discutait sur Internet avec son ex-petite amie lorsqu'il a dirigé sa webcam vers un arbre de son jardin, a raconté Carlos Court, inspecteur adjoint de police.

Le jeune homme a ensuite accroché une corde à une branche et a dit à la jeune femme, âgée de 23 ans: "Regarde ce que je vais faire, je t'aime, prends soin de toi", avant de se pendre.

La jeune femme horrifiée a immédiatement appelé des amis du désespéré pour tenter de l'arrêter, mais ces derniers sont arrivés trop tard, a relaté l'inspecteur Court.

Le couple s'était séparé il y a un an.

Le suicide a eu lieu vendredi dans la ville de San Felipe, à 90km au sud-est de la capitale Santiago. Les faits ont été révélés dimanche par la police.

vendredi 4 septembre 2009

Le Chili regarde son passé en face

Aux moins cinq anciens hauts gradés de l’armée, des dizaines de leurs subordonnés et d’autres dizaines de policiers ne resterons pas impunis, vingt ans après la fin de la dictature du général Pinochet au Chili.

Le juge Victor Montiglio accuse ces ex-agents de la sinistre DINA (la direction nationale du renseignement), dont l’ancien chef est derrière les barreaux depuis 2005 pour ses multiples violations des droits de l’homme, d’être mêlés à la disparition de centaines d’opposants politiques durant les années 1970. Ils auraient pris part à trois opérations d’élimination, l’Opération Condor, à l’époque mise au point de concert avec les autres diactures du continent, l’Opération Colombo et l’Opération de la rue de la Conférence.

Avec ce coup de filet, qui fait suite à une opération d’une ampleur comparable l’an passé, le processus judiciaire en cours au Chili est « très proche de sa fin », affirme le juge Montiglio. En dépit des controverses engendrées par la confrontation des Chiliens avec leur passé dictatorial, tant la société était fracturée à l’époque où sévissait Pinochet, « le Chili a été beaucoup plus loin qu’aucun autre pays en Amérique latine », relève Georges Couffignal, directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine à Paris.

La phase de « judiciarisation » avait été ouverte par le juge Juan Guzman, lorsqu’Augusto Pinochet a abandonné, en 1998, le poste de commandant en chef des armées qu’il conservait depuis son retrait du pouvoir en 1990. Le Chili pouvait commencer à explorer son passé. Le juge Guzman « a élaboré une formule juridique pour que les responsables des disparitions puissent être poursuivis tant que les corps ne seraient pas retrouvés. Certains ne le seront jamais », ajoute le spécialiste. En 2004, après six mois d’enquête, la commission Valech a estimé à 30 000 le nombre de victimes, dont 3197 morts et disparus.

jeudi 3 septembre 2009

Chronologie : les grands crimes de Pinochet


- Premières exécutions: des centaines de personnes sont fusillées sans sommation après le putsch, pendant l'état de siège et le couvre-feu.


- ''Caravane de la mort'': en octobre 1973 une centaine de syndicalistes et de dirigeants de gauche détenus sont enlevés et exécutés par une unité militaire surnommée la ''Caravane de la mort''.
- Assassinat de Prats: le prédécesseur de Pinochet à la tête de l'armée, le général Carlos Prats, est assassiné en exil à Buenos Aires avec son épouse dans l'explosion d'une bombe placée dans sa voiture le 30 septembre 1974.
- Attentat contre Leighton: le dirigeant démocrate-chrétien en exil en Italie, Bernardo Leighton, ex-vice-président du Chili, est grièvement blessé en 1975 à Rome avec sa femme par les tirs d'un inconnu.
- Assassinat de Letelier: l'ex-ministre des Affaires étrangères socialiste, dirigeant de l'opposition en exil, Orlando Letelier, est tué à Washington le 21 septembre 1976 avec sa secrétaire Ronnie Moffit dans l'explosion de sa voiture, piégée par les services secrets chiliens (DINA).
- Les fours de Lonquen: découverte le 30 novembre 1978 des cadavres de 14 paysans, enterrés dans les fours à chaux d'une mine abandonnée à l'ouest de Santiago.
- Affaire Fernandez: le dirigeant démocrate-chrétien du syndicat des transporteurs, Mario Fernandez Lopez, meurt sous la torture le 18 octobre 1984 dans une caserne du CNI (services secrets ayant succédé à la DINA).
- Affaire Tucapel: le dirigeant syndical social-démocrate Tucapel Jiménez est retrouvé égorgé en février 1985 près de Santiago après son interpellation par la CNI.
- ''Les Egorgés'': le sociologue José Manuel Parada, le professeur Manuel Guerrero et le dessinateur Santiago Nattino, membres du Parti communiste (PC) interdit, sont découverts égorgés le 30 mars 1985.
- ''Les Brûlés'': le photographe Rodrigo Rojas meurt brûlé vif et l'étudiante Carmen Gloria Quintana est grièvement blessée le 2 juillet 1986, après avoir été aspergés d'essence par une patrouille militaire.
- Assassinat du journaliste José Carrasco: rédacteur en chef international de l'hebdomadaire de gauche Analisis, Carrasco est abattu d'une rafale de mitraillette le 8 septembre 1986, au lendemain d'un attentat du Front patriotique Manuel Rodriguez (FPMR, groupe armé lié au PC) contre Pinochet ayant provoqué la mort de cinq membres de son escorte.
- ''Opération Albanie'': des agents du CNI abattent 12 membres du FPMR les 15 et 16 juillet 1987. Selon la version officielle, ils sont morts à la suite d'affrontements à Santiago.
- ''Opération Condor'': plan concerté des dictatures sud-américaines pour éliminer leurs opposants y compris en autorisant les services secrets à passer les frontières pour assassiner leurs cibles.
- ''Opération Colombo'': série de meurtres de 119 opposants en 1975, maquillés par les services secrets du régime en règlements de compte interne entre factions de gauche.
- ''Villa Grimaldi'': nom d'une prison secrète de la DINA où furent torturés plus de 4.500 opposants au régime, dont 226 disparurent sans laisser de trace.
- ''Affaire des comptes secrets'': ouverts à l'étranger notamment auprès de la banque Riggs de Washington par Pinochet et son entourage et ayant hébergé plus de 27 millions de dollars, non déclarés au fisc chilien.

mercredi 2 septembre 2009

D'anciens membres de la junte chilienne recherchés

Le juge Victor Montiglio a délivré des mandats d'arrêt contre des ex-agents de la DINA (Direction nationale du renseignement), police secrète redoutée du régime militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990), et considérée comme responsable de la mort ou de la disparition de la majeure partie des 3 000 personnes tuées ou disparues pendant cette période. L'ex-chef de la DINA, le général Manuel Contreras, emprisonné depuis 2005, a pour sa part déjà été condamné à plusieurs peines distinctes de prison à perpétuité, pour plusieurs assassinats et violations diverses de droits de l'homme sous la dictature.

Les derniers mandats d'arrêt portent sur différents dossiers, dont l'opération Condor, un plan concerté des dictatures d'Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de Bolivie et d'Uruguay pour éliminer leurs opposants dans les années 1970. L'opération Colombo, au cours de laquelle 119 opposants chiliens furent assassinés ou portés disparus en 1975, est également concernée, ainsi que l'affaire dite de la "Rue de la Conférence", qui vit l'arrestation de dix opposants communistes en mai 1976, toujours portés disparus.

Les mandats, qui font suite à un acte similaire l'an dernier contre une centaine d'autres ex-agents de la dictature, visent des anciens sous-officiers, des membres de l'armée et de la marine, des retraités de la police, tous accusés en qualité de co-auteurs, et dont une partie n'avaient jamais eu affaire à la justice depuis la fin de la dictature.

D'anciens membres de la junte chilienne recherchés

Le juge Victor Montiglio a délivré des mandats d'arrêt contre des ex-agents de la DINA (Direction nationale du renseignement), police secrète redoutée du régime militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990), et considérée comme responsable de la mort ou de la disparition de la majeure partie des 3 000 personnes tuées ou disparues pendant cette période. L'ex-chef de la DINA, le général Manuel Contreras, emprisonné depuis 2005, a pour sa part déjà été condamné à plusieurs peines distinctes de prison à perpétuité, pour plusieurs assassinats et violations diverses de droits de l'homme sous la dictature.

Les derniers mandats d'arrêt portent sur différents dossiers, dont l'opération Condor, un plan concerté des dictatures d'Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de Bolivie et d'Uruguay pour éliminer leurs opposants dans les années 1970. L'opération Colombo, au cours de laquelle 119 opposants chiliens furent assassinés ou portés disparus en 1975, est également concernée, ainsi que l'affaire dite de la "Rue de la Conférence", qui vit l'arrestation de dix opposants communistes en mai 1976, toujours portés disparus.

Les mandats, qui font suite à un acte similaire l'an dernier contre une centaine d'autres ex-agents de la dictature, visent des anciens sous-officiers, des membres de l'armée et de la marine, des retraités de la police, tous accusés en qualité de co-auteurs, et dont une partie n'avaient jamais eu affaire à la justice depuis la fin de la dictature.