jeudi 30 décembre 2010

QUILAPAYÚN TOURNÉE AU CHILI 2011 : "45 ans ... le rab"



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«La muralla», paru la première fois dans l'album «Basta» de 1969 puis dans l'album «Quilapayún 35 Años».  Le thème  «La muralla» est tiré d'un poème du poète cubain Nicolas Guillén.  L’arrangement et composition musicale de la chanson est l’oeuvre de Patricio Castillo pour le groupe Quilapayún, duquel il est un des membres fondateur.



Le groupe, basé en France depuis 1973, est actuellement intégré par : Rodolfo Parada et Patricio Wang (co-directeurs), Patricio Castillo, Alvaro Pinto, Mario Contreras et Rodrigo González.
Quilapayún a dernièrement réalisé des tournées au Chili, en juillet 2006 (tournée "Nous voici !!", 5 concerts), décembre 2007 (tournée "Cantata Santa María de Iquique" avec Silvia Santelices, 14 concerts) et juillet 2010 (tournée "45 ans ce n'est rien !!", 5 concerts). À chaque occasion, il a fait à Santiago des concerts de masse au palais des sports "Teatro Caupolicán".
Après 22 ans (1989), le groupe fera à nouveau une tournée d'été du Chili en janvier-février 2011.
Les villes définies jusqu'ici sont San Bernardo (27 janvier, Folk Festival), Puerto Aysen (29 janvier, anniversaire de la Ville) et El Laja (6 février, Festival de Laja). D'autres villes sont en cours de programmation.
Quilapayún profitera de cette visite au Chili pour effectuer un concert exceptionnel au Teatro Oriente de Santiago, le vendredi 4 février. Après des nombreuses années, il se présentera dans un théâtre réunissant toutes les caractéristiques pour faire un concert "intime" (environ 1100 places). Il y jouera un ensemble de chansons représentatives à la fois de sa production récente et historique.

QUILAPAYÚN EN LA WEB
Site www.quilapayun.info
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Chili: le mineur Carlos Manami se plaint de ne voir venir aucune aide

"Il n'y eu aucune aide de personne", a déclaré à l'AFP Mamani, qui cherche a acquérir une nouvelle maison et sortir du logis précaire, sans tout à l'égoût et en haut d'une route non bitumée, qu'il occupe avec son épouse et leur fillette dans un quartier déshérité de la ville-dortoir de Copiapo.
"J'ai cherché à acheter une petite maison via la mairie, mais il n'y a eu aucune aide. J'ai aussi été à la préfecture de région", s'est plaint Manami 23 ans, le seul non-Chilien des 33 mineurs secourus en octobre dernier après 69 jours prisonniers à 600 m sous terre.
Mamani avait été fêté en héros en Bolivie quelques jours après sa délivrance de la mine, reçu à déjeuner au Palais présidentiel. Il avait indiqué qu'il retournerait vivre en Bolivie, après avoir reçu une offre d'emploi, transmise par le président Evo Morales, dans le groupe public d'hydrocarbures YPFB.
Mamani a déclaré mercredi à l'AFP qu'il ne souhaitait "pas commenter" le sujet de l'offre d'emploi bolivienne, ajoutant simplement qu'il "veut rester au Chili" désormais.
Le mineur continue à recevoir des indemnités pour arrêt maladie comme ses 32 compagnons, mais certains ont davantage tiré profit de leur célébrité naissante, participant à des émissions de télévisions au Chili ou à l'étranger, donnant des interviews payantes ou signant des contrats de publicité.
Un parent de Mamani a déploré que le jeune mineur ait perdu au change, pour avoir respecté "le pacte du silence" passé par les 33 sur l'intimité de leur confinement. Ce pacte doit permettre de négocier conjointement d'éventuelles révélations, à travers une société anonyme qu'ils ont fondée.
"Lui a respecté le pacte. Certains ne l'ont pas respecté et ont gagné beaucoup d'argent", a déplore à l'AFP son beau-père, Johnny Quispe.

Les colis de Noël étaient piégés

Ils ont fait chacun un blessé et contraint les autorités à donner l'alerte dans toutes les représentations diplomatiques. "Nous avons décidé de faire entendre notre voix, par la parole et l'action. Détruisons ce système de domination. Vive la Fédération anarchiste informelle (FAI), vive l'anarchie", explique un mot retrouvé à côté d'un des colis.

mercredi 29 décembre 2010

Skanska cède sa part dans une autoroute au Chili, le titre monte

Skanska précise que sa participation de 50% dans l'autoroute Autopista Central, qui traverse la capitale chilienne Santiago, est cédée au fonds Alberta Investment Management Corporation.
"Cet accord donne un très bon résultat pour Skanska et nos actionnaires", souligne dans un communiqué le président du groupe, Johan Karstrom, évoquant un succès "sans précédent".
De nombreux analystes avaient prévu cette cession et s'attendent à ce que son produit soit en partie reversé aux actionnaires du groupe suédois sous la forme d'un dividende exceptionnel.
A 9h35 GMT, l'action Skanska - groupe qui figure parmi les dix premiers mondiaux du secteur - était en hausse de 3,36% alors que l'indice regroupant les valeurs européennes liées à la construction avançait de 0,51%.
Louise Heavens et Jon Loades-Carter, Grégory Blachier pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

lundi 27 décembre 2010

La Maghreb Arabe Presse (MAP) fait encore des siennes

La photo, le Sáhara que nous ne voulons pas voir
Santiago du Chili, 25/12/2010 (SPS) Le secrétaire général de la Jeunesse communiste du Chili, Oscar Contreras Aroca a dénoncé la "manipulation et la désinformation" par l'agence officielle marocaine MAP (Maghreb Arabe Presse) de la position de son organisation sur le conflit du Sahara occidental.
M. Aroca a démenti catégoriquement les propos de la MAP rapporté dimanche dernier, [Voir ici Ñ]selon lesquels, il a souligné que "l'approche adoptée par le Maroc, à travers son plan d'autonomie des provinces du sud, constitue un pas en avant vers le règlement de la question du Sahara", en marge du 17ème festival mondial de la jeunesse et des étudiants (FMJE).
LOGOTYPE  JEUNESSES COMMUNISTES DU CHI
 Il a à cet égard qualifié ce geste "de grave violation du droit à l'information, contraire à la position de la Jeunesse communiste du Chili du conflit du Sahara occidental".
"J'ai dit clairement que la seule voie vers la solution devant garantir la paix dans la région, passe par l’autodétermination du peuple sahraoui", a souligné M. Aroca dans une déclaration publique. (SPS)

samedi 25 décembre 2010

Chili: Piñera gagne 7,4 M USD en vendant ses parts d'un club de football

Le milliardaire Piñera, figure de proue du monde des affaires chilien jusqu'à son accession à la présidence en mars, était le premier actionnaire du club, dont il détenait 13,7% des actions. La vente a eu lieu vendredi à la Bourse du Commerce de Santiago.
Colo Colo, champion du Chili 2009, est le club le plus populaire du pays (son nom vient d'un ancien chef indien Mapuche et d'un félin des Andes).
Il constituait l'un des multiples intérêts économiques de Piñera, raillé par ses adversaires comme le "Berlusconi chilien".
Le chef de l'Etat, qui figure parmi les 450 plus grosses fortunes du monde selon le magazine Forbes, avait aussi des parts dans l'aviation (la compagnie chilienne LAN), la banque, la monétique, les médias (la chaîne Chilevision), dont il s'est défait peu à peu depuis son élection en janvier.
Il souhaitait conserver pour des raisons affectives ses parts dans Colo Colo, "moins de 1%" de son patrimoine, selon lui. Mais il s'est retrouvé là aussi au cœur d'une polémique, accusé d'avoir influencé, avec les autres grands clubs, l'élection récente du président de la Fédération (ANFP).
Le scrutin controversé a vu la défaite du président sortant Harold Mayne-Nicholls, ce qui a entraîné le départ de Marcelo Bielsa, le sélectionneur argentin adulé au Chili pour avoir relancé la sélection, qu'il a conduite en 8e de finale du Mondial 2010.
L'élection a depuis été invalidée, et un nouveau scrutin aura lieu en janvier. Son résultat pourrait ouvrir la voie au maintien de Bielsa.
msa/jlv/gf/dro

Les ambassades de Suisse et du Chili à Rome n'ont pas été choisies au hasard par les anarchistes

Alfredo Mantovano note dans la presse que les anarchistes, qui ont revendiqué les attaques, ont voulu sanctionner la collaboration italo-suisse qui a mené à l'arrestation récente d'anarchistes. Des anarchistes sont actuellement incarcérés en Suisse. Parmi eux figurent trois militants, dont deux Italiens et un Suisse, arrêtés le 15 avril à Zurich et suspectés d'avoir préparé une attaque à l'explosif contre le siège helvétique d'IBM à Rueschlikon (ZH).
PHOTO de Mauricio Morales parue dans indymedia
Selon le sous-secrétaire à l'Intérieur italien Alfredo Mantovano, la cible chilienne s'explique par le décès en 2009 de l'anarchiste Maurizio Morales. Les anarchistes tiendraient les autorités chiliennes pour responsables du décès de Morales, "entré dans le panthéon du mouvement", selon Alfredo Mantovano. Les anarchistes liés à des mouvements insurrectionnels sont quelques centaines en Italie, selon lui. Ils sont réunis dans différents "sigles", tous observés par les services de sécurité. Jeudi, 2 colis piégés ont explosé dans les missions suisse et chilienne, faisant un blessé dans chaque ambassade.

jeudi 23 décembre 2010

Rome: attentats contre les ambassades de Suisse et du Chili

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opératif policier à l'ambassade du Chili à Rome. Photo AFP
La victime du colis piégé contre l'ambassade de Suisse est un Suisse de 53 ans préposé à la correspondance de la représentation helvétique. "Il est blessé sérieusement mais ses jours ne sont pas en danger", a déclaré l'ambassadeur de Suisse à Rome, Bernardino Regazzoni. Il a dit que ses services étaient en contact permanent avec l'hôpital.
Cette explosion est intervenue deux jours après la découverte d'une bombe artisanale sans détonateur à bord d'une rame de métro vide dans la capitale italienne.
Piste anarchiste évoquée
L'attentat n'a pas été revendiqué pour l'instant. "Pour le moment, nous n'avons connaissance d'aucune revendication. Les forces de l'ordre sont immédiatement intervenues et sont au travail", a indiqué l'ambassade de Suisse à Rome dans un communiqué. Un porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) interrogé par l'ATS a également affirmé que personne n'avait revendiqué l'attentat dans l'immédiat.
Selon les enquêteurs, cités par le quotidien "Corriere della Sera" sur son site internet, une des pistes principales à l'heure actuelle serait celle des "milieux anarchistes de la mouvance écologiste-terroriste".
Une autre piste envisagée est celle "d'un attentat organisé par des groupes anarchistes insurrectionnels", en raison de l'emprisonnement dans des établissements suisses de plusieurs membres de cette mouvance.
Ces sources rappellent notamment que plusieurs anarchistes italiens sont actuellement incarcérés en Suisse. Parmi eux figurent trois militants - deux Italiens et un Suisse résidant dans la Péninsule - arrêtés le 15 avril à Zurich et soupçonnées d'avoir préparé une attaque à l'explosif contre le siège suisse d'IBM à Rüschlikon (ZH).

mercredi 22 décembre 2010

Mario Vargas Llosa. Un romancier d’exception

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Le milliardaire conservateur Sebastián Piñera, Président du Chili a décoré l'écrivain Mario Vargas Llosa de l'Ordre Gabriela Mistral, le 22-12-2010 à Santiago. Photo José Manuel de la Maza
A vrai dire, chez cet auteur schizophrène cohabitent deux personnages : un pamphlétaire néolibéral, présomptueux et médiocre, qui se répand chaque semaine dans les colonnes des « journaux de révérence » pour complimenter les puissants, louanger l’entreprise, aduler le patronat, flatter infiniment les Etats-Unis et caresser, peloter, lécher la mondialisation libérale.
Et, simultanément, à la manière du Janus bifrons, un romancier d’exception, dans la veine de Flaubert et de Faulkner, qui se souvient d’avoir été longtemps marxiste et même castriste, capable de construire des architectures narratives implacables, avec un sens du récit qui captive et fascine des lecteurs emportés, entraînés par une intrigue où des forces sociales s’affrontent, des destins se jouent et l’histoire se décide.
La Fête au Bouc est l’un de ses livres les plus aboutis. Il y raconte, dans une construction romanesque somptueuse, la dernière journée d’un dictateur pas du tout imaginaire. Surnommé par les médias officiels « le Bienfaiteur », Rafael Leonidas Trujillo (1891-1961), ancien colonel de la police, s’empara effectivement du pouvoir en République dominicaine par un coup d’Etat en 1930. Pendant trente ans, il devait imposer une terreur délirante dont se souviennent encore des générations de Dominicains, et fit du pays en quelque sorte sa propriété privée. Il mourut assassiné.
Une fois encore, dans ce livre, le Mario Vargas Llosa romancier se montre attentif aux humbles d’Amérique latine, aux gens du peuple, discriminés, marginalisés ou humiliés, et à leurs révoltes inlassables contre l’injustice, l’inégalité, la tyrannie.
Ignacio Ramonet.
Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008.

dimanche 19 décembre 2010

La justice française condamne les accusés jugés pour la disparition de Français au Chili

La cour d'assises de Paris a prononcé treize condamnations dans le procès concernant les cas de quatre Français disparus à la suite du coup d'Etat : Georges Klein, Etienne Pesle, Alphonse Chanfreau et Jean-Yves Claudet. Comme la disparition ne figure pas au code pénal, les accusés ont été jugés pour arrestation et séquestration arbitraire, accompagnées de tortures et actes de barbarie.
MANUEL CONTRERAS EN 2005, LORS D'UN PROCES A SANTIAGO DU CHILI. AFP / MARTIN BERNETTI
Les deux chefs de la Direction du renseignement national (DINA), les généraux Manuel Contreras et Pedro Espinoza, ont été condamnés à la prison à vie. Onze autres officiers ou agents de la répression ont été condamnés à des peines de 15 à 30 ans. Pour Claude Katz, avocat de la Fédération international des droits de l'homme, qui s'est constituée partie civile, ce "verdict historique" représente "la victoire du droit sur la barbarie".
Depuis le 7 décembre, le souffle de l'histoire et des relents de guerre froide ont effectivement traversé le prétoire. Beaucoup de souffrance aussi, des deuils inachevés, un passé qui ne passe pas, chez les proches des victimes ou leurs anciens camarades venus témoigner de leur propre séquestration et tortures.


LE GENERAL EN RETRAITE PEDRO ESPINOZA, EN 2000.AFP/CRIS BOURONCL
Le box des accusés est resté vide. Les treize Chiliens et leur complice argentin ont préféré ne pas être représentés par un avocat, car ils rejettent la compétence d'un tribunal étranger. Plusieurs d'entre eux sont en prison, condamnés pour d'autres faits. Grâce à la ténacité et au tact du président de la cour, Hervé Stephan, les assises ne se sont pas transformées en séminaire. Le magistrat et l'avocat général ont recentré les témoignages pour élucider les circonstances de la disparition des quatre Français et identifier les responsables.

RETOUR SUR L'OPÉRATION CONDOR

Les bancs du public, eux, étaient pleins tous les jours, matin et après-midi. Les proches des victimes et les parties civiles y côtoyaient les témoins ou experts, ainsi que des curieux. Beaucoup de têtes blanchies par le temps, puisqu'on examinait des faits remontant à trente-cinq ans, ou davantage. Mais aussi des jeunes, qui se tenaient parfois par la main, ébranlés par les horreurs qu'évoquaient les successives déclarations.

Français ou Sud-américains, les présents étaient presque tous bilingues, prompts à rectifier les erreurs des interprètes. Les journalistes n'étaient pas les seuls à prendre des notes. Témoins ou spectateurs, ils étaient souvent venus de très loin, du Chili bien évidemment, mais aussi du Brésil, d'Argentine, du Paraguay, des Etats-Unis et du Canada, d'Espagne, d'Autriche ou de Suède. L'existence d'une diaspora chilienne témoigne de l'onde de choc provoquée par le putsch de 1973.

Peu de temps après le coup d'Etat du 11 septembre, le général Pinochet mettait sur pied un nouveau service de renseignement, la DINA (Direction d'intelligence nationale), qui allait agir dans 25 pays, y compris la France. Le chef de la DINA, le général Manuel Contreras, va coordonner son action avec les services d'autres Etats d'Amérique du Sud, dans le cadre de l'"Opération Condor". Le but était l'élimination physique d'opposants, certains liés à la résistance armée, comme Jean-Yves Claudet séquestré en 1975, d'autres pas, comme le sénateur uruguayen Zelmar Michelini, enlevé en 1976, alors qu'ils logeaient dans le même hôtel de Buenos Aires.

Henry Kissinger

L'AUDITION MANQUÉE D'HENRY KISSINGER

Auteur d'un ouvrage de référence, Les années Condor (La découverte), l'Américain John Dinges est venu à la barre. "Le but du plan Condor était de créer une sorte d'Interpol contre la subversion de gauche, employant les enlèvements, la torture et l'assassinat, a-t-il déclaré. L'arrestation et le transfert vers le pays d'origine était son principal mode opératoire." Journaliste d'investigation devenu professeur à l'université de Columbia, M. Dinges a déploré "l'ambivalence" des Etats-Unis à propos de l'Opération Condor. "Attribuer la responsabilité des violations des droits de l'homme commises en Amérique latine aux Etats-Unis est une simplification", a-t-il déclaré.

A son avis, Washington a encouragé les régimes militaires en Amérique du Sud, tout en essayant de "modérer" leur action. Lors de ses recherches, il a trouvé un document écrit par un assistant du secrétaire d'Etat Henry Kissinger qui évoque une "troisième guerre mondiale contre la subversion de gauche", des termes qui semblent tout droit sortis de l'Opération Condor. "Washington considérait que le Condor était beaucoup plus violent et anticommuniste que ne l'était la politique américaine, a affirmé M. Dinges. Les Etats-Unis craignaient que le bloc anticommuniste de pays sud-américains ne finisse par échapper à son contrôle. Washington a eu le sentiment d'avoir créé un monstre."

Ce que l'auteur américain a appelé "l'alternance du feu vert et du feu rouge" n'a pas empêché "les assassinats de masse ni réussi à modérer le Plan Condor". En 1976, les agents chiliens sont allés jusqu'à assassiner Orlando Letelier, ancien ministre du président socialiste Salvador Allende, en plein centre de Washington. L'ancien juge d'instruction Roger Le Loire a raconté à la barre comment il a essayé d'entendre Henry Kissinger en qualité de témoin. Apprenant que l'ancien secrétaire d'Etat se trouvait de passage à Paris, il lui a fait remettre par des policiers une convocation à l'hôtel Ritz. "M. Kissinger et ses gardes du corps sont immédiatement allés se réfugier à l'ambassade américaine", a déclaré le magistrat. Le lendemain, le consul des Etats-Unis lui a signifié que M. Kissinger bénéficiait de l'immunité diplomatique.

OBSTACLES À LA COOPÉRATION JUDICIAIRE

Alors qu'il était en charge du dossier des quatre Français, le juge Le Loire a eu d'autres occasions de constater les obstacles à une coopération judiciaire internationale. Pendant que le général Pinochet était détenu à Londres, il a demandé à pouvoir l'entendre. Les autorités britanniques n'ont même pas daigné répondre par écrit. L'Argentine n'a jamais donné de suite à ses commissions rogatoires. Au Chili, il a manqué une voix à la Cour suprême pour l'autoriser à mener des interrogatoires à Santiago. Heureusement, le juge Juan Guzman, l'homme qui a inculpé le général Pinochet dans son propre pays, a tout fait pour faciliter l'enquête française.

Un autre magistrat chilien a été cité en exemple. Gloria Olivares a été la première à enquêter à Santiago, dès 1992, sur la hiérarchie de la DINA, alors que le général Pinochet restait à la tête de l'armée et que le général Miguel Krasnoff Martchenko commandait un régiment. Les officiers comparaissaient au tribunal en grand uniforme, entourés de gardes du corps, provoquant des bousculades fréquentes avec les familles plaignantes. La juge Olivares a dû ordonner à un sergent de remettre son arme avant la confrontation.

A Paris, les avocats des parties civiles étaient partagés entre le désir de rendre justice aux familles et la volonté de faire "le procès de Pinochet post-mortem", voire le procès des tribunaux chiliens. Pour certains, le Chili n'en a pas fait assez, au point de souhaiter "dépayser" les procédures vers une justice internationale qu'ils appellent de leurs voux.
Avocate chargée des droits de l'homme au ministère chilien de l'intérieur, Magdalena Garcés a résumé les "avancées, les retours en arrière et les contradictions" des tribunaux chiliens depuis le retour de la démocratie, en 1990. A son avis, les peines prononcées ne respectent pas la proportionnalité requise par des crimes graves. Alors que la jurisprudence chilienne reconnaît l'imprescriptibilité des disparitions forcées, les tribunaux appliquent un régime de réduction des peines appelé "semi-prescription". D'un total de 290 condamnés, 71 restent en prison.

William Bourdon, avocat de trois des familles, a qualifié les disparitions "d'arme de destruction psychologique massive", dont l'effet à retardement ne cesse de se répandre dans le corps social. Le caractère systématique, massif, est au cour de la notion de disparition forcée, par opposition à un cas isolé, comme l'affaire de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka (enlevé en France en 1965). Il s'agit d'un "crime continu", qui se prolonge dans le temps par la soustraction des restes des disparus et la négation du "droit de savoir" des familles. Les proches sont eux-mêmes des victimes de cette forme perverse de répression qui les prive de funérailles, d'acte de décès et de la possibilité d'effectuer le deuil.

"Ceux qui perdent un parent, on les appelle orphelins. Ceux qui perdent un conjoint, on les appelle veufs. Mais nous n'avons pas de mot pour désigner ceux qui on perdu un enfant ou un frère", a déclaré Jacqueline Claudet, sour de Jean-Yves. Leur mère est décédée trois semaines avant l'ouverture du procès qu'elle a trop attendu. L'autre sour, Marcelle Claudet, est venue montrer des photos de ce frère aîné qui la protégeait et la cajolait. Et elle a avoué : "C'est horrible de le dire, mais je préfère savoir qu'il est mort en quelques jours plutôt que d'avoir été torturé pendant des mois comme d'autres".
La convention internationale sur les disparitions forcées devrait entrer en vigueur le 23 décembre. Le code pénal français ne pourra plus ignorer cette qualification.
Paulo A. Paranagua

samedi 18 décembre 2010

Chili: 1.000 détenus en grève de la faim

"Ils demandent une révision de leur peine, qui est un de leurs droits, et l'accès à certains avantages", a indiqué une source au sein de la gendarmerie. Un député communiste, Hugo Gutierrez, qui a visité vendredi la prison de Santiago Sud, a indiqué qu'initialement autour de 2.500 détenus avaient entamé un mouvement de grève de la faim mardi pour des meilleures conditions de détention, et certains bénéfices, comme les permissions sous conditions. La prison de Santiago sud, la plus importante et la plus engorgée du pays, a été le théâtre d'une protestation de détenus et de heurts avec les surveillants dans la nuit de mercredi à jeudi.

CHILI: DES VICTIMES SALUENT LE JUGEMENT

"La justice française a assumé l'obligation qu'ont
les Etats de poursuivre et juger les crimes contre l'humanité, parce que juger le terrorisme d'Etat est une responsabilité de tous", a déclaré à l'AFP Lorena Pizarro, présidente du groupe des parents de détenus-disparus. "C'est une résolution qui donne un signal puissant pour que des crimes aussi atroces ne se reproduisent jamais, mais c'est tellement à l'opposé de ce qui se passe dans les tribunaux chiliens, où la majorité des plaintes (pour violation des droits de l'homme) ne sont pas instruites", a-t-elle ajouté.

Près de 350 procédures sont en cours devant la justice chilienne pour violations des droits de l'Homme pendant la dictature, mais ce n'est qu'une portion infime des exactions commises pendant les années de plomb qui se sont soldées par 3.150 tués ou disparus et 28.000 cas de torture. La justice française a prononcé vendredi des peines allant de 15 ans de prison à la réclusion à perpétuité et un acquittement contre d'ex-responsables de la dictature chilienne et un Argentin jugés par contumace pour la disparition de quatre Français sous le régime d'Augusto Pinochet.
Certains, comme le général Manuel Contreras, ont déjà été condamnés au Chili pour des crimes commis pendant la dictature et sont actuellement détenus. Ancien chef de la Dina, cet homme de 81 ans, malade, est incarcéré dans une caserne militaire et doit purger au total 400 ans de prison.

Augusto Pinochet, au pouvoir de 1973 à 1990, avait été mis en examen dans cette procédure française, mais sa mort, en décembre 2006, a mis un terme à l'action judiciaire à son encontre. Il n'a jamais eu à répondre en justice des crimes commis sous sa dictature.

jeudi 16 décembre 2010

Une délégation du PCV au Congrès du PC chilien

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 LUIS EMILIO RECABARREN SERRANO
La délégation vietnamienne conduite par Vuong Thua Phong, chef adjoint de la Commission des relations extérieures du CC du PCV, a prononcé un discours de félicitations pour ce congrès lors de la cérémonie de son ouverture, avant de lui remettre un message de félicitations du Comité central du PCV.

Il a également eu des échanges d'opinions avec le président du PCC, Guillermo Tellier, ainsi que le secrétaire général Lautaro Carmona et des membres du Bureau politique du PCC afin d'approfondir les relations de solidarité et de coopération traditionnelle entre les Partis comme entre les peuples des deux pays. -AVI

mardi 14 décembre 2010

Palestine: le président chilien s'interroge

Durant un déjeuner avec les parlementaires jeudi dernier, le président chilien Sebastian Pinera a avoué réfléchir à reconnaître ou non l'état palestinien. Dans le même temps, l'Uruguay a signifié qu'il reconnaitrait la Palestine en début d'année prochaine.
Mais le Chili est sous le lobbying intense des Etats-Unis. Williams Burns, le secrétaire d'état américain aux affaires politiques, a déclaré "que la décision du Brésil et de l'Argentine était prématuré. Il faut attendre la fin des négociations directes entre Israël et la Palestine pour envisager une éventuelle reconnaissance de la Palestine."
Gabriel Zaliasnik, le représentant de la communauté juive au Chili, a contacté directement le gouvernement de Sebastian Pinera pour évoquer la reconnaissance ou non de la Palestine: "la seule manière de reconnaitre un état palestinien est la négociation. Toute action unilatérale par une partie tierce sera malvenue et affaiblira le processus de paix."
Il faut rappeler qu'à la mi-novembre, le président chilien s'était déclaré favorable à la création d'un état palestinien lors d'un discours au club palestinien de Santiago.

lundi 13 décembre 2010

Hanukkah à La Moneda

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LA « JANUKA » OU FETE DE LA LUMIERE DU CALENDRIER TRADITIONNEL JUIF, A ETE RECEMMENT CELEBREE AU PALAIS DE LA MONEDA, A SANTIAGO.  PHOTO : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
La Hanukkah commence le 25 du mois de kislev (en décembre) et dure huit jours. Le rite principal de la Hanukkah consiste à allumer sur un candélabre à plusieurs branches une chandelle le premier soir, deux le second, et ainsi de suite; ce rite a une signification spirituelle ; il représente l'expansion constante de la foi juive : la célébration rappelle aussi une anecdote du Talmud qui raconte comment une petite provision d'huile non profanée, tout juste suffisante pour une journée, a miraculeusement brûlé au Temple pendant huit jours, jusqu'à ce que de l'huile nouvelle pût être obtenue. 
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LA « JANUKA » OU FETE DE LA LUMIERE DU CALENDRIER TRADITIONNEL JUIF, A ETE RECEMMENT CELEBREE AU PALAIS DE LA MONEDA, A SANTIAGO.  PHOTO : PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
Pendant cette fête, il est de coutume que les enfants reçoivent des cadeaux et s'adonnent à des jeux.

Amnesty International est profondément préoccupée par la situation sur Rapa Nui (Île de Pâques)


Logotype Amnesty international

L’opération d’expulsion des manifestants qui occupaient plusieurs bâtiments et terrains publics et privés a fait des blessés graves tant du côté des manifestants indigènes que des policiers. Le mouvement de protestation engagé depuis longtemps par plusieurs clans indigènes pour réclamer leurs terres ancestrales se poursuit, en l’absence de tout progrès en faveur d’une reconnaissance de leurs droits par le gouvernement chilien.
Les membres des forces de sécurité chiliennes, environ 45 hommes, ont démarré leur opération aux premières heures du jour, selon les informations qui nous sont parvenues. Lorsque le groupe a refusé de quitter les lieux et que d’autres personnes ont commencé à se rassembler sur place, la police a ouvert le feu avec des pistolets à grenaille et s’en est pris physiquement à plusieurs manifestants. De nombreuses personnes, parmi lesquellesLeviante Araki, 50 ans, président du parlement Rapa Nui, ont été sérieusement blessées par des tirs. Il semblerait que les manifestants indigènes ont riposté à l’aide de bâtons et de pierres. Les familles des manifestants ont également fait état de mauvais traitements sur leurs proches interpellés et détenus au poste de police local.
Selon les informations dont nous disposons, les blessés transportés à l’hôpital local n’auraient été pris en charge qu’après une longue attente, en raison de l’absence de moyens sur l’île pour traiter un nombre si important de blessés. Il semblerait que plusieurs blessés membres des clans n’aient pas cherché à se faire soigner.
Le gouvernement a confirmé que le lendemain des violences, il avait envoyé une centaine de policiers en renfort pour gérer la situation et que ces policiers restent pour le moment sur l’île. Amnesty International a reçu des informations faisant craindre que ces policiers ne ciblent les membres des clans fournissant des informations aux avocats qui réclament à la Cour interaméricaine des droits de l’homme des mesures de précaution.
Les occupations sont en cours depuis le mois d’août. En septembre, des membres de communautés autochtones qui occupaient l’hôtel Hanga Roa, situé sur un terrain qu’ils revendiquent comme faisant partie de leurs terres ancestrales, ont été expulsés. Depuis les violences du 3 décembre, les autorités gouvernementales affirment avoir « récupéré » six des 18 propriétés occupées. Il semblerait que les manifestants aient quitté volontairement certains des lieux qu’ils occupaient.
Amnesty International fait observer que, si les autorités chiliennes ont effectivement le droit et le devoir de garantir le maintien de l’ordre, elles doivent le faire en usant d’un recours proportionnel à la force et en se conformant à tout moment à leurs obligations en matière de respect des droits humains. L’organisation appelle le gouvernement chilien à enquêter de manière approfondie sur tout abus qui pourrait avoir été commis.
Amnesty International souligne également que l’État chilien a récemment pris des engagements au sujet des droits des peuples autochtones avec la ratification de la Convention n°169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à la protection du droit des peuples autochtones à être consultés et à conserver leurs terres ancestrales. Le Chili a également récemment approuvé la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones qui prévoit que les États accordent des réparations pour les terres prises aux peuples autochtones sans leur consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause. Selon l’organisation, ces normes internationales – ainsi que les garanties relatives aux droits des peuples autochtones figurant dans la constitution du pays – fournissent un cadre suffisant pour la tenue de discussions futures entre dirigeants indigènes et représentants du gouvernement.
Amnesty International demande instamment aux autorités chiliennes :
de veiller à ce que le recours à la force soit proportionné dans toutes les opérations de maintien de l’ordre et d’enquêter sur toutes les violations des droits humains commises ;
de veiller à ce que des services médicaux soient disponibles pour prendre en charge les personnes blessées lors des occupations et des opérations de maintien de l’ordre ;
de veiller à ce que la police ne prenne pas pour cible des personnes ou des clans qui auraient cherché à obtenir des conseils juridiques ou auraient des preuves d’abus qui pourraient avoir été commis lors d’opérations de maintien de l’ordre ;
de veiller à garantir les droits du peuple autochtone rapa-nui, droits inscrits dans les traités internationaux relatifs humains, notamment le droit à un consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause pour tout projet susceptible d’affecter ses droits et son mode de vie ;
de veiller à ce que la communauté autochtone rapa-nui puisse bénéficier d’une procédure équitable pour revendiquer ses droits sur ses terres ancestrales.
Complément d’information
Rapa Nui ou l’île de Pâques (Isla de Pascua) se trouve dans le sud-est de l’Océan pacifique et a un statut de territoire spécial du Chili. L’île est située à environ 3 500 kilomètres à l’ouest des côtes chiliennes. Environ 2 200 des 5000 résidents de l’île appartiennent à la communauté autochtone rapa-nui. Beaucoup s’inquiètent de l’accroissement de l’immigration dans l’île et du fait que les bénéfices de l’industrie florissante du tourisme vont à des entreprises extérieures qui investissent leurs profits hors de l’île. Avec des litiges sur les titres de propriété qui durent depuis des dizaines d’années, certains Rapa Nui ont commencé à occuper des propriétés enlevées illégalement selon eux à leurs familles par le gouvernement il y a plusieurs générations.
Les inquiétudes de la communauté autochtone rapa-nui concernent le règlement de litiges fonciers en cours depuis de nombreuses années. Depuis l’annexion de l’île par le Chili en 1888, à la suite d’un accord entre les autorités de l’île et le gouvernement chilien, les communautés autochtones assistent à la perte progressive de leurs terres. La situation a été exacerbée par un décret de 1979 autorisant des non autochtones à posséder des terres sur l’île.
En 2003, le rapporteur spécial des Nations unies pour les droits des peuples autochtones a appelé à la mise en place de garanties pour la protection des droits de la communauté indigène rapa-nui sur ces terres et ses ressources et de son droit au respect de son organisation sociale et de sa vie culturelle, en particulier dans le cadre d’un statut d’autonomie planifié pour l’île. Le rapporteur a également fait état des inquiétudes de la population autochtone autour de la menace constante posée à la propriété des terres par la loi autorisant des habitants n’appartenant pas à la population autochtone d’acheter des terres.
Pour répondre au problème en cours, le gouvernement chilien a annoncé en septembre la création de groupes de travail (mesas de dialogo) pour débattre d’un accord répondant aux inquiétudes relatives à la propriété des terres, à l’immigration dans l’île, au statut d’autonomie et au plan de développement. Certains clans de l’île ont critiqué l’absence de concertation de la part du gouvernement avant la mise en place de ces groupes de travail, ainsi que l’obligation préalable qui leur était faite de mettre un terme aux occupations et dénoncent l’inefficacité de ce mécanisme.
En 2009, plusieurs États parmi lesquels le Mexique, la Suède, le Danemark, l’Azerbaïdjan, l’Autriche, la Nouvelle-Zélande, l’Uruguay, le Saint-Siège et le Canada ont recommandé, lors de l’examen périodique universel de ce pays devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, que le Chili améliore son bilan et reconnaisse et applique le droit à la terre des peuples indigènes. À cet égard, Amnesty International rappelle à l’État chilien l’engagement qu’il a pris au cours de ce même examen, de « suivre les recommandations formulées concernant l’adoption et la réalisation des objectifs de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, un instrument politique important. »

vendredi 10 décembre 2010

La soif de justice de proches d'un Français disparu

Frêle jeune femme blonde, Vanessa Klein s'avance à la barre d'un pas incertain, comme sous le poids de sa propre histoire.
Elle avait à peine plus d'un an, le 11 septembre 1973, jour du coup d'Etat militaire au Chili contre le président Salvador Allende et de l'arrestation de son père à Santiago.
« Ce matin-là, mon père et ma mère ont pris leur petit-déjeuner ensemble, puis mon père est parti pour La Moneda (palais présidentiel, ndlr). Il a appelé ma mère un peu plus tard pour lui dire que les lignes allaient être coupées, que ça n'allait pas très bien et qu'il fallait aller se réfugier chez mes grands-parents », raconte cette psychologue, la voix tremblante.
Quelques instants plus tard, les chefs de l'armée chilienne, dont le général Augusto Pinochet, donnent l'assaut à la Moneda.
« Georges Klein est resté dans le dernier carré des fidèles, aux côtés du président Allende. Lorsque ce dernier s'est suicidé, il a été arrêté avec les autres collaborateurs du président », se souvient Isabelle Ropert dont la mère a vécu ces événements.
Sur un écran de la salle d'audience apparaît la dernière image connue de Georges Klein, issu d'une famille juive autrichienne, né en France en 1945 et arrivé au Chili à l'âge de huit ans: on le découvre aux côtés des autres proches d'Allende arrêtés ce matin-là, mains sur la tête, face à un mur. Des hommes en uniforme pointent leurs fusils sur le groupe.
Quelques mois après la disparition de son père, de vaines recherches et des menaces, Vanessa et sa mère quittent le Chili pour le Brésil, pays d'origine de cette dernière.
La petite fille forge son expression à elle pour parler de cette figure évanouie: "je disais +c'est un mort-disparu+".
Les années passent. Pour Mme Klein, fragile depuis la disparition de son mari, alternent périodes d'apaisement et moments de crise, « car j'ai compris qu'elle continue toujours d'attendre mon père », confie sa fille. Pour Vanessa, c'est un premier voyage au Chili, à 18 ans, et la découverte sur place, bribes par bribes, de l'histoire de cet homme « intelligent, charismatique, charmeur et charmant », qu'elle a si peu connu.
« C'était un intellectuel brillant et un sportif accompli », témoigne à son tour René Bendit, ami d'enfance de Georges et compagnon des années militantes.
L'espace d'un instant, le disparu s'incarne; la salle découvre des clichés de Georges Klein adolescent, à une fête étudiante, puis jeune marié, aux côtés de sa femme.
« Beaucoup de gens me demandent ce que j'attends de ce procès, mes amis ont du mal à comprendre », explique Vanessa Klein.
Pourtant, ajoute-t-elle, « une décision judiciaire qui établisse qu'il s'agit bien d'un crime est essentielle. Pour ma vie, pour mon histoire, pour que je puisse le transmettre à mes deux enfants ».
« On ne peut pas juste dire, +c'est de l'histoire ancienne, il faut aller de l'avant+. Oui, je veux aller de l'avant, mais il faut que les choses soient écrites pour que cela ne disparaisse pas de notre histoire et de nos vies ».
Trois anciens hauts gradés chiliens sont poursuivis pour la disparition de Georges Klein. Ils sont jugés en leur absence jusqu'au 17 décembre aux côtés de onze autres militaires mis en cause dans la disparition de trois autres Français ou Franco-Chiliens durant la dictature du général Pinochet (1973-1990).


La junte chilienne de Pinochet en procès à Paris, mais sans les accusés

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Le général Augusto Pinochet lors d'une cérémonie officielle le 11 mars 1988, à Santiago du Chili. Photo AFP
Ce sera un procès "symbolique", annoncent les associations d'anciens prisonniers politiques chiliens et de défense des droits de l'Homme, parties civiles au dossier.
Il s'agira d'un procès "essentiel pour la mémoire et l'histoire, le premier qui déchiffrera l'ensemble de l'architecture répressive mise en place par Pinochet" et ne jugera pas seulement des cas individuels, assure Me William Bourdon, avocat de familles des disparus français ou franco-chiliens.
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 Le général Manuel Contreras le 1er août 1992 à Santiago du Chili. Photo AFP

Ces familles attendent la justice depuis plus de 35 ans, depuis le jour où elles sont restées sans nouvelle de l'un des leurs: Georges Klein, conseiller de Salvador Allende, arrêté en septembre 1973; l'ancien prêtre Etienne Pesle, enlevé à la même période; Alphonse Chanfreau et Jean-Yves Claudet-Fernandez, deux membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), disparus l'un en 1974, l'autre en 1975.
Treize anciens membres chiliens de la junte et un Argentin, essentiellement des militaires, seront jugés du 8 au 17 décembre pour l'arrestation et la séquestration "accompagnées d'actes de torture et de barbarie" de ces opposants à la dictature. Parmi les accusés, le général Manuel Contreras, fondateur de la Direction du renseignement national (Dina, police secrète).
Si, comme cela est attendu, aucun d'eux ne se présente au procès ou n'est représenté par un avocat, la cour d'assises ne siègera pas dans sa formation complète --avec un jury populaire-- mais sera composée de trois magistrats professionnels.
"Rien n'interdit cependant que les débats se rapprochent de ceux d'une audience ordinaire" avec lecture de l'acte d'accusation, examen de chacune des disparitions et auditions de témoins, remarque le parquet général.
Une trentaine de témoins --éparpillés au Chili, en Argentine, au Canada, aux Etats-Unis-- ont d'ailleurs été convoqués, anciens militants torturés par la junte ou "grands témoins de conscience" comme l'écrivain Luis Sepulveda ou le défenseur des droits de l'Homme Stéphane Hessel.
Mais tous ne viendront pas.
"Cette histoire dure depuis 37 ans, observe Ricardo Parvec, president de l'Association d'ex-prisonniers politiques chiliens - France (AEXPPCH). Chaque péripétie de la procédure a fait que certaines personnes sont fatiguées, sont retournées au Chili, ont abandonné ou sont décédées".
Sur les 19 responsables de la junte initialement mis en examen par la justice française, cinq sont morts, et non des moindres: Paul Schaefer, fondateur de la Colonie de la Dignité (Colonia Dignidad), camp de séquestration et de torture situé dans la Cordillère des Andes, a disparu en avril dernier et Augusto Pinochet est mort en décembre 2006.
Le général chilien, au pouvoir de 1973 à 1990, sera le grand absent des débats. Il était poursuivi pour "complicité de crimes, d'arrestations, de détentions et de séquestrations accompagnés de tortures ou d'actes de barbaries, en donnant des instructions pour les commettre".
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 Dictature chilienne: la France va juger 14 anciens militaires.. Photo AFP
Il reste, aux yeux de l'accusation, "le chef d'orchestre (...) d'une politique de répression sur tout le territoire chilien", maître d'œuvre d'un système que le procès dissèquera avec la volonté de faire date: il sera filmé et enregistré, comme le furent ceux de Paul Touvier et Maurice Papon.

LE JOUR OÙ UN JUGE FRANÇAIS A TENTÉ D'ENTENDRE PINOCHET ET KISSINGER

Le juge Roger Le Loire, le 1er octobre 2009 à Paris. PHOTO AFP

Dans la foulée de l'arrestation d'Augusto Pinochet à Londres en 1998, des plaintes furent déposées en France par les familles de plusieurs Français ou Franco-Chiliens disparus après le coup d'Etat au Chili en 1973.

Le magistrat Roger Le Loire sera le premier des trois juges d'instruction qui enquêteront successivement sur ces disparitions.

"J'ai demandé aux autorités anglaises de me déplacer pour entendre le général Pinochet. Cette faculté m'a été refusée (...) implicitement car je n'ai jamais eu de réponse écrite", a expliqué M. Le Loire entendu comme témoin au deuxième jour du procès de 14 membres de l'ex-junte chilienne jugés en leur absence.

"La Chancellerie, s'est souvenu le juge, m'a dit qu'il y avait peut-être des enjeux supérieurs" dans ce dossier.

En mars 2000, Pinochet a été remis en liberté par les autorités britanniques et est rentré au Chili. Il est mort en 2006 sans avoir été jugé.

Durant son instruction, Roger Le Loire a également essayé d'entendre l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger sur des documents faisant état de l'approbation américaine envers le Plan Condor, campagne de répression menée conjointement par plusieurs dictatures d'Amérique latine.

En visite en France, Kissinger reçoit au Ritz, le palace parisien où il séjourne, la visite de policiers de la brigade criminelle qui lui remettent une convocation du juge.

"On m'a rapporté qu'il était aussitôt allé se réfugier à l'ambassade des Etats-Unis", a raconté M. Le Loire. Les autorités américaines invoqueront l'immunité diplomatique de l'ancien dirigeant qui ne sera pas entendu.

Le magistrat a également dû composer avec le silence des autorités argentines, destinataires d'une commission rogatoire restée sans réponse. Au Chili, la Cour suprême a refusé toutes les demandes d'actes du juge français qui a finalement pu bénéficier d'une collaboration informelle avec le juge chilien Juan Guzman, meneur obstiné des enquêtes sur les crimes de la dictature.

Au final, quatorze ancien membres de la junte sont jugés à Paris jusqu'au 17 décembre, pour la disparition de quatre Français ou Franco-Chiliens entre 1973 et 1975.

L'appui américain à Pinochet cité au procès de Français disparus

LE DICTATEUR CHILIEN AUGUSTO PINOCHET SALUE LE SECRETAIRE D'ÉTAT HENRY KISSINGER A SON ARRIVEE A LA PRESIDENCE. PHOTO BETTMANN / CORBIS DU 8 JUIN 1976
Treize militaires chiliens et un Argentin sont jugés depuis mercredi par défaut pour la disparition de quatre Français sous la dictature Pinochet.
Appelé à la barre, le juge d'instruction de l'affaire, Roger Le Loire, a relaté que des documents du département d'État américain obtenus dans ses recherches avaient montré que Washington se félicitait du plan "Condor", opération d'assassinats concertés entre plusieurs pays latino-américains.
"Globalement, le discours (de ces documents-NDLR) était de dire que cette création du plan Condor était tout à fait opportune, que c'était une très bonne chose et que ça allait aider à se débarrasser des communistes", a dit le juge Le Loire.
Le magistrat a relaté qu'il avait mis à profit un passage à Paris en 2001 d'Henry Kissinger, secrétaire d'Etat américain au moment de la dictature Pinochet, pour tenter de l'interroger comme témoin. Il avait envoyé à son hôtel deux policiers lui remettre une convocation en mains propres.
"Les policiers m'ont ensuite rendu compte et m'ont raconté que M. Kissinger était parti tout de suite avec ses gardes du corps se réfugier à l'ambassade américaine", a raconté Roger Le Loire.
Le lendemain, a poursuivi le juge, un diplomate américain est venu le voir au palais de justice pour préciser qu'Henry Kissinger bénéficiait de l'immunité diplomatique et qu'il n'accepterait de témoigner qu'aux Etats-Unis dans le cadre d'une commission rogatoire.
Le président de la cour a dit qu'Henry Kissinger avait ensuite fait remettre à la justice française une déclaration écrite. Il y précise que la CIA a appris l'existence du plan Condor en mars 1976 mais dit ne pas se souvenir d'avoir eu connaissance de victimes françaises.
L'un des quatre disparus français concernés par le dossier, Jean-Yves Claudet-Fernandez, a été enlevé à Buenos Aires en Argentine le 1er novembre 1975, dans le cadre du plan Condor, a montré l'enquête du juge Le Loire.
Des documents de la police secrète chilienne, la Dina, obtenus par le juge français mentionnent ce fait et disent à propos de Jean-Yves Claudet-Fernandez: "Ya no existe" (il n'existe plus).
Le procès se poursuit jusqu'au 17 décembre.
Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

jeudi 9 décembre 2010

AU CHILI, UNE COLONIE NAZIE DEVENUE CENTRE DE VACANCES

Stèle de Villa Baviera
(De Villa Baviera) Une entraînante mélodie bavaroise retentit dans le restaurant. Tout juste sortis de la piscine, quelques touristes se régalent de spécialités teutonnes. D'autres admirent, à l'ombre d'une tonnelle, le panorama aux faux airs alpins. Ce sont les Andes qui s'étirent au loin, marquant la frontière avec l'Argentine.

A 350 kilomètres au sud de Santiago du Chili, près de la ville de Parral, se cache un petit bout de Bavière reconstituée. Un lieu enchanteur qui, pendant près de quarante ans, a concentré l'horreur.

Avec son hôtel et son restaurant, Villa Baviera, anciennement Colonia Dignidad, s'est converti au tourisme en septembre 2007. Une reconversion étonnante pour un lieu où plus de 300 Allemands ont vécu totalement reclus sous la férule d'un gourou : Paul Schaefer. Arrêté en 2005 et condamné pour pédophilie, l'ancien brancardier SS est mort en prison à Santiago le 24 avril 2010 à l'âge de 89 ans.

Un passé « un peu » compliqué

Anna Schnellenkamp, trentenaire affable née dans la Colonia Dignidad, responsable du développement touristique, est enthousiaste :
« C'est vrai que nous avons un passé un peu compliqué. Mais c'est aussi cette histoire, dans un pays comme le Chili qui n'en a pas vraiment, qui attire une partie des touristes. Les autres viennent pour profiter de ce cadre paradisiaque. C'est un peu tout ça qui explique notre succès : les trois premiers mois, nous avions déjà accueilli 9 000 visiteurs ! »
Un « passé un peu compliqué » qui débute en 1961. Schaefer fuit l'Allemagne où il est déjà accusé de viols sur mineurs. Avec 300 compatriotes, il fonde une secte et s'approprie 13 000 hectares de terre : Colonia Dignidad est née.

Rapidement, les couples doivent se séparer, les enfants sont confisqués aux parents. Tous ou presque sont réduits à l'état d'esclavage. Une école puis un hôpital sont fondés. Infrastructures miraculeuses dans cette région oubliée du Chili. Les Allemands s'attirent ainsi les grâces du voisinage. Les petits Chiliens pauvres ou orphelins leur sont alors confiés, grossissant toujours plus un vivier dans lequel Shaefer peut puiser.

Vibrant défenseur de l'idéologie nazie, le gourou cherchera à la mettre en pratique dans ce IIIe Reich andin : glorification du travail et eugénisme seront les piliers de Colonia. Schaefer forme ses ouailles aux techniques paramilitaires, cercle le camp de barbelés puis l'équipe de caméras de surveillance et de détecteurs de mouvements.

Une forteresse où le secret est maître : un refuge idéal, un hôtel avant l'heure pour les nazis en fuite en Amérique du Sud. Le médecin de la mort Josef Mengele, célèbre pour ses expérimentations dans le camp d'Auschwitz ou le conseiller d'Hitler, Martin Bormann, y auraient séjourné.

Après le coup d'Etat d'Augusto Pinochet (11 septembre 1973), l'enclave allemande devient l'un des centres de torture de la Dina, la police secrète du dictateur. L'anticommuniste Schaefer dirigeait lui même les séances de torture.

Comme si Auschwitz était transformé en site touristique

Dans un troquet de Santiago, Enrique Peebles (voir photo du diaporama), ancien militant d'extrême gauche, rapporte dans les moindres détails les huit jours d'horreur passés dans les mains de son bourreau :
« Son extrême cruauté et le plaisir qu'il prenait étaient hallucinants. Même les hommes de la Dina étaient choqués. »
Peebles est l'un des seuls à être sorti vivant de Colonia. Un miracle que le Franco-Chilien Alfonse Chanfreau, militant du mouvement d'extrême gauche le MIR, n'a pas connu.

Hernan Fernandez enrage. Si Schaefer a fini ses jours en prison, c'est en grande partie grâce au combat acharné de cet avocat chilien (voir photo du diaporama) qui l'a traqué jusqu'en Argentine où l'octogénaire en fuite tentait de fonder une nouvelle secte :
« C'est comme si Auschwitz était transformé en site touristique ! Comment peut-on se prélasser au soleil dans un endroit bâti sur l'esclavage des enfants, là où pendant plus de trente ans, on a violé, torturé et tué ? »
Difficile de savoir ce qui motive ces touristes. Nostalgie du national socialisme ou fascination du mal ? Avec sa coiffure de dandy et ses tongs, Mark n'a pas vraiment le look néonazi. Ce touriste allemand de 26 ans est en route pour la Terre de Feu avec son ami « chilien », comme il tient à le préciser :
« Je voulais juste lui faire goûter des spécialités allemandes. J'ai trouvé leur site sur Internet. C'est très joli mais c'est vrai que l'ambiance est très allemande… »

Les résidents, bourreaux ou victimes ?

Allemands, Hollandais et Espagnols sont les nationalités les plus représentées. Anna assure, dans un espagnol plus qu'approximatif :
« Mais la majorité des touristes sont Chiliens. Le mois prochain, nous allons recevoir la visite de plus de 200 mormons. Notre clientèle est très variée ! »
Elle, la fille d'un ex-hiérarque de la colonie chargé de la sécurité, incarne la nouvelle génération. Celle pour qui le « passé ne regarde que la justice ».

Pourtant, le passé est bien visible : 160 colons y résident toujours. Déambulant telles des ombres dans les venelles de Villa Baviera, ils côtoient les touristes au restaurant. En croisant ces vieillards vulnérables ne parlant pas un mot d'espagnol, une question vient en permanence à l'esprit : bourreaux ou victimes ? « Les deux », tranche l'avocat Hernan Fernandez :
« Tous ceux qui ont moins de 65 ans ont été abusés sexuellement par Shcaefer. En cela, ils sont victimes. Mais ils sont aussi bourreaux car ils ont participé -pour certains activement- au fonctionnement de la secte. Ils ont sacrifié leurs enfants à Shaefer. Ils ont fermé les yeux sur des atrocités. »

Une fortune estimée à 100 millions d'euros

Dans la petite épicerie jouxtant le restaurant, une troupe de boy-scouts chiliens chahute. Chacun veut ramener un souvenir de cette journée de vacances. Les produits dérivés sont nombreux : cartes postales, miel, gâteau, tasses. Tous marqués d'un slogan lourd de sens : « Villa Baviera, un lieu différent ».

Question business, la petite communauté n'a pas de leçon à recevoir. L'entreprise compte bâtir un nouvel hôtel portant la capacité d'accueil à 120 personnes, multiplier les offres d'excursions et moderniser la piste d'atterrissage très prisée par la clientèle haut de gamme.

Au total, Villa Baviera emploie 200 personnes pour faire tourner le site. Une puissance économique qui intrigue. Le sénateur socialiste Jaime Naranjo estime que la fortune de Villa Baviera s'élèverait à 100 millions d'euros. Outre des trafics d'armes qui lui sont prêtés, ces richesses ont des origines bien légales.

En effet, l'activité touristique n'est qu'une branche d'une holding. BTP, exploitations minières, forêt, élevage et même un parc d'attraction… En 1990, lorsque l'Etat chilien abroge le statut de société de bienfaisance de la secte, elle découvre une quinzaine d'entreprises implantées dans une multitude de secteurs.

Le bénéfice annuel de ces sociétés comptant parmi les plus puissantes du pays est estimé à 4 millions de dollars. Une simple estimation tant il est complexe de faire la lumière sur le fonctionnement actuel de l'ancienne secte. A qui appartiennent ces entreprises ? « A des actionnaires allemands », explique Anna, sans donner davantage de détails.