lundi 23 juillet 2012

DES DISPARUS ASSASSINÉS PAR LA DICTATURE IDENTIFIÉS 36 ANS APRÈS

Réalisées sur environ 200 petits fragments osseux, les expertises ont permis l’identification de trois dirigeants communistes, Lincoyán Berríos Cataldo, Horacio Cepeda et Fernando Ortiz Letelier, et du militant du MIR Ángel Guerrero Castillo.

Les trois premiers intégraient la troisième direction reconstituée du Parti communiste Chilien, agissant dans la clandestinité depuis le sanglant coup d’état de Pinochet le 11 septembre 1973. Les deux directions précédentes ont été également arrêtées et massacrées la même année 1976, par des brigades d’extermination de la DINA opérant dans le même quartier secret.


HORACIO CEPEDA MARINKOVIC, 54 ANS,
ARCHITECTE, RETRAITÉ DE LA CORPORATION 
D'URBANISME, EX-DIRECTEUR DE L'ENTREPRISE 
DES TRANSPORTS DE L'ÉTAT ET DE L'INSTITUT 
CHILIEN-ALLEMAND DE CULTURE. MILITANT
COMMUNISTE, ARRÊTÉ DANS LA RUE
LE 15 DÉCEMBRE 1976.
Le quartier Simón Bolívar hébergeait la « Brigade Lautaro » et le « Groupe Dauphin », de la DINA, chargés de la répression des communistes et de l’élimination des militants capturés, après des interrogatoires et des cruelles tortures. Des détails du fonctionnement et des responsabilités au sein de cet appareil de terreur ont été dévoilés dans « La danse des Corbeaux », livre de Javier Rebolledo tiré des révélations de Jorgelino Vergara récemment paru.
LINCOYAN BERRIOS CATALDO, 48 ANS, EMPLOYÉ
MUNICIPAL À LA RETRAITE, SYNDICALISTE, EX
DIRIGEANT DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES
EMPLOYÉS MUNICIPAUX ET MILITANT DU PARTI
COMMUNISTE. ARRÊTÉ DANS LA RUE
LE 15 DECEMBRE 1976.

Selon l’ex « valet » et agent de la DINA, toutes les victimes ont été soumises à des  brutales tortures. Certains, comme Fernando Ortiz ont été battus à coups de gourdin jusqu'à la mort, et après les avoir assassinés, les agents ont brûlé au chalumeau les visages et les empreintes digitales afin d’éviter leur identification.


FERNANDO ORTIZ LETELIER, 54 ANS, PROFES-
SEUR À L’UNIVERSITÉ DU CHILI, HISTORIEN ET
CHERCHEUR, MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL DU   
PCC, SÉQUESTRÉ DANS LA RUE AVEC UN 
AUTRE MILITANT LE 15 DÉCEMBRE 1976.
Ces disparus, desquels on n’a rien su pendant plus de 30 ans, sont tombés dans les griffes de la DINA lors de la vaste campagne de répression lancée contre les communistes en 1976, durant laquelle des dizaines de militants, hommes et femmes, ont été séquestrés, mis au secret et soumis aux pires supplices avant d’être systématiquement assassinés.

Embarqués ensuite à bord d’hélicoptères militaires, la plupart des cadavres a été lancée à la mer, sauf ceux des quatre militants récemment identifiés. Ces dépouilles ont été lancées au fond d'une mine abandonnée dans la zone de Cuesta Barriga à l’ouest de Santiago, près de l'ancienne route à Valparaiso, et c’est ce qui a permis la découverte des restes et l'identification des victimes.

JUAN MORALES SALGADO, JOYCE AHUMADA DESPOUY, ELISA MAGNA ASTUDILLO, RICARDO LAWRENCE MIRES, ET GLADYS CALDERÓN CARREÑO.
En effet, malgré la tentative de la dictature d’effacer les traces du massacre en début 1979 ─lors de l’opération « retrait des téléviseurs » ordonnée par Pinochet─, par l’exhumation furtive de centaines de cadavres dans divers charniers pour les conduire dans des sacs à l’océan Pacifique, environ 200 pièces osseuses sont restées dans la mine, le site du premier enterrement.

ARMANDO FERNÁNDEZ LARIOS, MARIA GUERRERO SOTO, MIGUEL KRASSNOFF MARTCHENKO, ADRIANA RIVAS GONZALEZ ET JORGE PICHUNMAN CURIQUEO.
La dictature avait nié à l’époque les arrestations des quatre victimes maintenant identifiées, en alléguant qu’ils avaient fui vers l'Argentine « avec d'autres marxistes ».

Les restes des quatre victimes seront remis à leurs familles pour leur inhumation légale et définitive. Les trois dirigeants communistes reposeront dans le Monument aux détenus et exécutés disparus politiques, érigé au Cimetière Général de la capitale chilienne et Ángel Guerrero sera enseveli à Puente alto, localité voisine à Santiago.