dimanche 29 septembre 2013

CHILI : SUICIDE D'UN DES ANCIENS CHEFS DU RENSEIGNEMENT DE PINOCHET

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EN 1977, APRÈS LA MISE A L’ÉCART DU COLONEL MANUEL CONTRERAS, CRÉATEUR DE LA DINA EN 1974, ET FACE AUX FORTES PRESSIONS INTERNATIONALES, LA DICTATURE A TENTÉ DE DONNER UN VISAGE « PRÉSENTABLE » À LA RÉPRESSION POLITIQUE ET SON FÉROCE APPAREIL DE TERREUR. ODLANIER MENA, UN « TECHNICIEN » DE L’INTELLIGENCE MILITAIRE EST NOMMÉ À LA TÊTE DE LA CNI.

« Il s’est suicidé chez lui en raison de l’ordre de transfert du centre Cordillera au pénal de Punta Peuco », une autre prison spéciale pour ex-militaires de la dictature, a assuré son avocat Jorge Balmaceda.

« L’état de santé du général Mena était très délicat, il avait besoin d’assistance respiratoire » et « était très affecté du fait qu’il n’allait pas recevoir les mêmes soins de santé à Punta Peuco », a ajouté l’avocat.


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LE GÉNÉRAL ODLANIER MENA ACCUEILLE EN 1974
LE DICTATEUR AUGUSTO PINOCHET À LA VILLE
D’ARICAÀ LA FRONTIÈRE NORD DU CHILI.
MENA A ÉTÉ CONDAMNÉ PAR L’ÉXÉCUTION
DE TROIS MILITANTS SOCIALISTES AUX MAINS
DE LA « CARAVANE DE LA MORT » EN OCTOBRE
1974, ALORS QU’IL ÉTAIT RESPONSABLE
DE LA RÉGION MILITAIRE  D’ARICA.
Le transfert des détenus s’est déroulé dans la nuit de samedi à dimanche, après la décision du président chilien Sebastian Piñera de fermer le centre pénitentiaire Cordillera et de transférer les détenus à la prison de Punta Peuco, au nord de Santiago, qui jouit également de conditions confortables mais avec un régime plus strict.

Odlanier Mena, ex-directeur de la redoutable Centrale Nationale d’Informations (CNI), les services du renseignement de la dictature de Pinochet (1973-1990) était le seul des 10 détenus à bénéficier d’une permission de sortie.

Mena était condamné par son rôle dans trois assassinats commis dans sa zone de contrôle, dans le cadre des agissements de la « Caravane de la mort », la mission militaire qui sillonna le Chili après le coup d’État du 11 septembre 1973 du général Pinochet, exécutant prés d'une centaine d'opposants.


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COMME D’AUTRES OFFICIERS SUPÉRIEURS DES ARMÉES CHILIENNES, LE GÉNÉRAL ODLANIER MENA A EU DE TRÈS MAUVAIS RAPPORTS AVEC MAMO CONTRERAS, LE BRUTAL RESPONSABLE DE LA DINA, SECRÈTEMENT CRITIQUÉ PAR SON POUVOIR DÉMESURÉ ET SES CRUELLES MÉTHODES. MENA A ÉCHAPPÉ EN 1978 À UNE TENTATIVE D’EMPOISONNEMENT ORDONNÉE PAR CONTRERAS. PLUSIEURS ANCIENS MILITAIRES MÊLÉS À LA RÉPRESSION POLITIQUE SOUS PINOCHET SE SONT SUICIDÉS DANS DES CIRCONSTANCES SUSPECTES, ET L’OMBRE D’UN MEURTRE MAQUILLÉ PLANE AUSSI SUR LA MORT DE MENA.

Construite en 2005 à Peñalolén, près de Santiago, la prison Cordillera comprend notamment des courts de tennis, des jardins et des salons pour les visites des prisonniers.

Sa fermeture, selon le président Piñera, « satisfait trois principes qui doivent régir toutes les actions du gouvernement : l’égalité devant la loi, la sécurité des détenus et un meilleur et plus efficace fonctionnement de la police du Chili ».

Les responsables des partis de la droite gouvernementale ont critiqué cette décision.

AFP

CHILI: PIÑERA FERME UNE PRISON DE LUXE EN PRÉVISION DE SON RETOUR

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LE MILLIARDAIRE CONSERVATEUR SEBASTIAN PIÑERA, A ANNONCÉ JEUDI 26 SEPTEMBRE LA FERMETURE DE LA PRISON DE LUXE CORDILLERA ABRITANT DES CRIMINELS DE LA DICTATURE D’AUGUSTO PINOCHET.  PHOTO  JOSÉ MANUEL DE LA MAZA

Une prison de luxe qui soulève l’indignation

Construit en 2005 à Peñalolén, près de Santiago, le pénitencier de Cordillera offrait aux détenus des conditions de vie très confortables. Ils pouvaient jouer au tennis pendant deux heures par jour, aller à la piscine et organiser des barbecues. La dizaine de détenus partageaient également cinq chambres, chacune équipée d’une salle de bain privative. Manuel Contreras, ex-chef de la DINA s’est même moqué des gardiens de prisons, en disant qu’ils n’étaient là « que pour tenir sa canne ».

La révélation de ces conditions de vie très privilégiées a soulevé l’indignation auprès des organisations des droits de l’homme et des familles des quelques 3 200 morts, 38 000 torturés, et des centaines de disparus, sous la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

Sebastián Piñera a alors décidé de fermer cette prison et de transférer les prisonniers à la prison de Punta Peuco au nord de Santiago, confortable également. Selon lui, sa décision satisfait « trois principes : l’égalité devant la loi, la sécurité des détenus et un meilleur et plus efficace fonctionnement de la police du Chili ». Elle fait suite à la commémoration des quarante ans du 11 septembre 1973 où l’actuel président de droite avait condamné pour la première fois la junte militaire.
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« ALLENDE, C’EST UNE IDÉE QU’ON ASSASSINE » DE
THOMAS HUCHON. 
EDITEUR EYROLLES, 224 PAGES.
PRIX 18 EUROS, PARU LE 2 SEPTEMBRE 2013



« Sebastián Piñera sent le souffle chaud de l’histoire sur sa nuque »

Thomas Huchon, auteur du livre Allende, c’est une idée qu’on assassine, n’est pour autant pas dupe : «Sebastián Piñera sent le souffle chaud de l’histoire sur sa nuque. Ca fait plusieurs mois qu’il multiplie les déclarations pour se détacher de l’héritage d’Augusto Pinochet, dans le domaine des droits de l’Homme ». Et pourtant, il était un de ceux qui se félicitaient de la chute de Salvador Allende le 11 septembre 1973.

Thomas Huchon rappelle notamment que l’actuel président chilien a fait fortune grâce à l’ex-dictateur qui lui a permis d’implanter les cartes de crédit en 1975 au Chili, et de racheter la compagnie aérienne LAN pour « trois pesos » - la première compagnie aérienne en Amérique du Sud aujourd’hui.

Il insiste également pour que les médias étrangers «ne tombent pas dans le piège de cet acte de contrition, absolument immonde, de la part de gens qui ont protégé les amis de Pinochet », Sebastián Piñera ayant nommé des membres de la junte à des postes-clé dès son arrivée au pouvoir en 2010.


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SEBASTIÁN PIÑERA ET EVELYN MATTHEI:   MALGRÉ LE « PIÑERAGATE » LE MILLIARDAIRE CONSERVATEUR SEBASTIÁN PIÑERA, PRÉSIDENT CHILIEN,  CONSIDÈRE AUJOURD’HUI, QUE MATTHEI « SERAIT UNE GRANDE CANDIDATE »   

Préparation de son retour en politique ?

Son revirement idéologique lors de la commémoration du coup d’Etat, le 11 septembre dernier a mis en porte-à-faux bon nombre de ses amis, et notamment la candidate de droite à sa succession, Evelyn Mattei, qui avait voté « oui » au plébiscite pour Pinochet en 1988, et qui a comme père, un général de la junte militaire qui a notamment torturé le père de son adversaire, Michelle Bachelet, pour les élections présidentielles au mois de novembre 2013.

Il se démarque ainsi des siens et choisit de prendre de la distance avec la période sombre qu'a connue le Chili sous Augusto Pinochet, et à laquelle il a participé. Serait-ce un moyen de préparer son retour en 2017 ? Dans un entretien accordé au journal espagnol El País et à la télévision chilienne, le 15 septembre dernier, Sebastián Piñera est en effet resté très flou concernant son avenir politique, et n’a pas exclu la possibilité de se représenter candidat pour les élections présidentielles de 2017…

vendredi 27 septembre 2013

LE PRÉSIDENT CHILIEN FERME UNE PRISON DE LUXE DES CRIMINELS DE LA DICTATURE


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EXTÉRIEURE DU PÉNITENCIER DE LUXE CHILIEN, « CORDILLERA »
Le pénitencier de Cordillera a été construit en 2005, à Peñalolén, près de Santiago, et comprend notamment des courts de tennis, des jardins et des salons pour les prisonniers qui peuvent facilement recevoir des visites. Outre l'ex-colonel Manuel Contreras, responsable de la police secrète de Pinochet (DINA), condamné à 400 ans de prison pour violations des droits de l'homme, il abrite une dizaine d'ex-militaires, gardés par des militaires et des policiers. Sebastian Piñera avait indiqué il y a quelques jours qu'une fermeture de cette prison était étudiée « sur la base du principe d'équité » de « toutes les personnes privées de liberté » et « la sécurité que l'État doit garantir à tous les prisonniers ».

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UNE PRISON « CINQ ÉTOILES ». LES CONDITIONS PRIVILÉGIÉES DE LA PRISON DE « CORDILLERA » ONT SOULEVÉ L'INDIGNATION DES ORGANISATIONS DES DROITS DE L'HOMME. PHOTO FELIPE GONZÁLEZ  
Les conditions privilégiées de la prison de Cordillera ont soulevé l'indignation des organisations des droits de l'homme et des familles des quelque 3 200 morts et 38 000 personnes torturées de la dictature de Pinochet (1973-1990). Récemment, Manuel Contreras avait affirmé, dans une interview à CNN-Chile diffusée la veille du quarantième anniversaire du putsch militaire du 11 septembre 1973, que « tous les morts de la Dina sont morts au combat » et qu'il n'avait ordonné ni disparitions, ni tortures.

jeudi 26 septembre 2013

UN ANCIEN ÉVADÉ DU FPMR ARBITRAIREMENT ARRÊTÉ AU CHILI

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MANUEL FUENZALIDA NAVARRETE, UN DES PROTAGONISTES DE LA GRANDE ÉVASION DES PRISONNIERS POLITIQUES DE PINOCHET, LE 29 MARS 1990. CAPTURE D’ÉCRAN DU REPORTAGE DIFFUSÉ PAR LA TÉLÉVISION FRANÇAISE.

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LE RÉCIT DE L’INCROYABLE ÉVASION,

JOURNAL « LIBÉRATION», ÉDITION EN
LIGNE DU 29 MAI 2010.
Ayant quitté le pays et résidant depuis à Cuba, Manuel Fuenzalida était revenu le 26 juillet dernier, avec son épouse et ses deux enfants, pour passer deux mois avec ses proches à la ville de Concepción, dans le sud du Chili. Avant son voyage, son avocate Me. Victoria Fariña - Concha, avait cependant confirmé auprès des tribunaux qu'aucune charge ni mise en examen ne pesaient contre son client. Et pourtant, mercredi dernier, il a été informé à l'aéroport de Santiago qu'il ne pouvait pas voyager et il a été arrêté aussitôt.

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L'INFORMATION DE L'ÉVASION DANS 
LA PRESSE FRANÇAISE. DÉPÊCHE DU 
JOURNAL «LE MONDE», ÉDITION DU
2 FÉVRIER 1990.
Un mandat d'arrêt émis la veille du retour de M. Fuenzalida au Chili serait la cause légale de son arrestation deux mois après. En effet, il n’a pas été arrêté à son arrivée ni pendant son séjour et il n’y aurait pas de dossier ouvert contre lui. Une procédure judiciaire pour obtenir sa libération a été engagée par sa défense, mettant en cause la légalité de l’arrestation de Manuel Fuenzalida, qui a empêché aussi son épouse et ses deux enfants mineurs de rentrer à La Havane.


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ME. VICTORIA FARIÑA-CONCHA, L'AVOCATE DE MANUEL FUENZALIDA NAVARRETE, ANCIEN MILITANT  DU FRONT PATRIOTIQUE MANUEL RODRÍGUEZ ARBITRAIREMENT ARRÊTÉ AU CHILI. PHOTO : WICHANINFOALDIA.

URGENT : aux dernières nouvelles, l’avocate de Manuel Fuenzalida a obtenu sa libération, apparemment sans charges contre lui. On soupçonne que la détention de l’ancien militant répond plutôt à une mesure administrative de harcèlement, car il est très aimé dans la ville de Concepción et y a été accueilli à son arrivée en véritable héros. Toujours est il que sa détention arbitraire —une mesquine revanche politicarde locale—, l’a fait perdre à lui et sa famille un vol international, et signifie un flagrant abus des autorités chiliennes.

mercredi 25 septembre 2013

CHILI : DU NOUVEAU SUR LES CANDIDATS AUX ÉLECTIONS

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Pour les élections sénatoriales et législatives, le nombre des candidats est relativement conséquent, avec 69 candidats pour les 20 fauteuils de sénateur et rien moins que 469 pour les 120 sièges de député.

Les tickets Alianza (droite) et Nueva Mayoria (gauche et centre gauche) sont évidemment les plus nombreux.

Les deux alliances ont en effet 20 candidats chacune au Sénat, tandis que l’Alianza présente 110 candidats à la Chambre des Députés (la coalition a renoncé à présenter dix candidats dans des districts plutôt acquis à la gauche) et Nueva Mayoria présente 118 candidats, seul le district 22 n’étant pas couvert.


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SPECTRE DE PARTIS POLITIQUES AU CHILI ( LÉGALEMENT CONSTITUÉS ) POUR LES ÉLECTIONS DE 2013. SOURCE WIKIPÉDIA
Il s’agit, faut il le souligner, du district de Santiago.

Il semble bien qu’après avoir envisagé la candidature du socialiste Marcelo Díaz, la coalition de gauche se soit rapprochée de la candidature de Giorgio Jackson Drago, candidat « indépendant » qui présente la particularité d’avoir été l’un des animateurs du mouvement étudiant au Chili, mouvement puissant très largement orienté contre le gouvernement Pinera.

Sur ses vingt candidats sénatoriaux et ses cent dix huit candidats à la députation, la coalition de gauche présente officiellement

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AFFICHE DE CAMPAGNE ABERNEGO MARDONES RIQUELME, LE SEUL CANDIDAT AU SÉNAT DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN.

PCCh : un candidat au Sénat, neuf à la Chambre
PPD : trois candidats au Sénat, vingt cinq à la Chambre
PS  : six candidats au Sénat, vingt quatre à la Chambre
PRSD: douze candidats à la Chambre
MAS  : un candidat dans chaque Assemblée
PDC : sept candidats au Sénat, trente huit à la Chambre

Indépendants de gauche : deux candidats au Sénat, neuf à la Chambre.

Du côté de l’Alianza, la coalition de droite, nous avons les données suivantes.
UDI : huit candidats au Sénat, cinquante six à la Chambre.
RN : sept candidats au Sénat, quarante à la Chambre.

Indépendants de droite : cinq candidats au Sénat, quatorze à la Chambre.

Le Parti humaniste présente, pour sa part, neuf aspirants sénateurs et soixante neuf candidats à la députation,

L’alliance «  Si tu quieres, Chili Cambia » (Si tu le veux, le Chili changera) constituée autour de MEO (Marco Enriquez Ominami) présente quatre indépendants au Sénat, cinquante candidats du Parti Progressiste, deux du Parti Libéral et vingt trois indépendants à la Chambre.

Le pacte « Nueva Mayoria para Chile », pour sa part, présente six candidats indépendants, trois du Parti Igualdad et un écologiste au Sénat et vingt et un membres du Parti Igualdad, quatre écologistes et vingt quatre indépendants à la Chambre.

Les régionalistes du PRI présentent vingt sept candidats à la Chambre et l’on décompte également six candidats indépendants au Sénat et vingt et un à la Chambre.

Une bonne partie des candidats sont des sortants.

Une députée indépendante et les trois sortants régionalistes sont candidats, de nouveau, dans leur circonscription d’origine.

Trente et un candidats UDI et quinze RN sont également candidats à leur réélection, même si certains ont changé de terrain d’élection.

Ainsi, Mónica Zalaquett Said, députée sortante du district 20 (Cerrillos, Estacion Central, Maipu), est elle investie sur le district  22 (Santiago centre).


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DU CÔTÉ DE NUEVA MAYORIA, LES TROIS DÉPUTÉS SORTANTS DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN SONT CANDIDATS À LEUR RÉÉLECTION : HUGO GUTIERREZ, LAUTARO CARMONA ET GUILLERMO TEILLIER. 

Du côté de Nueva Mayoría, les trois députés sortants du PC chilien sont candidats à leur réélection, de même que huit députés PS, douze députés PPD, cinq députés PRSD, quinze députés PDC et un député de la gauche citoyenne.

Là encore, il y a un changement de candidature, puisque Enrique Accorsi Opazo, député sortant du district 24 (La Reina, Peñalolen), PPD, va défier la droite dans sa forteresse du district 23 (Las Condes, Lo Barnechea, Vitacura).

Comme on le voit, donc, le renouvellement des cadres est assez limité puisqu’avec quatre vingt quatorze des cent vingt sortants candidats à leur réélection, on est assez loin du bouleversement.

Pour le reste, quelques faits ressortent néanmoins de la situation des candidatures.

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LE PC CHILIEN PRÉSENTE T IL COMME CANDIDATS LE SECRÉTAIRE CHARGÉ DE LA NÉGOCIATION COLLECTIVE DE LA CENTRALE UNITAIRE DES TRAVAILLEURS CHILIENS (CUT), CRISTIAN CUEVAS ZAMBRANO, ÂGÉ DE 43 ANS.

Ainsi, le PC chilien présente-t-il comme « nouveaux candidats » le secrétaire chargé de la négociation collective de la Centrale Unitaire des Travailleurs chiliens (CUTCH), Cristian Cuevas Zambrano, âgé de 43 ans.

Il a aussi choisi de présenter Karol Cariola Oliva, jeune gynécologue de 26 ans, Secrétaire générale des Jeunesses communistes ; Camila Vallejo Dowling, 25 ans, ancienne Présidente de la Fédération des Etudiants de l’Université du Chili, et animatrice du mouvement étudiant de 2011 – 2012 ; Daniel Nuñez Arancibia, 42 ans, sociologue, ou encore Jorge Coulon Larrañaga (une double origine française et basque), artiste musicien âgé de 66 ans, ancien du groupe Inti Illimani.

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KAROL CARIOLA OLIVA, JEUNE GYNÉCOLOGUE DE 26 ANS, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DES JEUNESSES COMMUNISTES, ICI ACCOMPAGNÉE PAR DANIEL JADUE, MAIRE DE RECOLETA, GRANDE COMMUNE DU NORD DE SANTIAGO.

Ce dernier, natif de Temuco, en Araucanie (à l’image de Pablo Neruda), est candidat sur Valparaiso, le grand port près duquel Neruda vécut les dernières années de sa vie, après avoir acquis la fameuse maison de l’Île Noire.

A gauche, et dans les autres partis, soulignons la candidature de Marcela Hernando (PRSD), ancienne maire d’Antofagasta ; Raul Saldivar (PS), ancien maire de La Serena ; Ernesto Velasco (PRSD), ancien Intendant de la Région Métropolitaine ; Jorge Insuza Gregorio de Las Heras (PPD), fils d’un ancien député communiste de l’époque Allende et descendant du général de Las Heras, l’un des chefs des armées indépendantistes chiliennes au XIXe siècle ; Yasna Provoste (DC), ancienne Ministre de Michelle Bachelet, et sportive d’origine indienne ; Gonzalo Rovira Soto (Indépendant de gauche), économiste et ancien Président de la Fédération des Etudiants de l’Université du Chili à l’époque de la dictature ; José Burmeister (DC), jeune universitaire de 35 ans ; Maya Fernández (PS), médecin de 42 ans, petite fille du Président Allende qui fut candidate aux municipales de Nunoa, finalement battue de 30 voix seulement après plusieurs semaines de controverse juridique sur les résultats; Daniel Melo (PS), vice Président du Parti socialiste dans un district où la droite présente Mario Desbordes Jimenez, secrétaire général de Renovación Nacional et un nommé Jorge Alessandri Vergara, qui n’est autre que l’un des assistants de Sebastian Piñera Echenique, et le petit neveu du Président Alessandri, battu par Salvador Allende en 1970; Alejandro Sule (PRSD), 52 ans, ancien député et sénateur de la région General Libertador Bernardo O’Higgins qui vient dans le secteur 28 où la gauche vise clairement les deux sièges, le second candidat étant Guillermo Teillier, Président du PC chilien ; Sergio Espejo (DC) ancien Ministre des Transports et des télécommunications de Michelle Bachelet.

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CAMILA VALLEJO DOWLING, 25 ANS, ANCIENNE PRÉSIDENTE DE LA FÉDÉRATION DES ETUDIANTS DE L’UNIVERSITÉ DU CHILI, ET ANIMATRICE DU MOUVEMENT ÉTUDIANT DE 2011 – 2012 

On trouve aussi Jaime Naranjo (PS), 52 ans, déjà parlementaire pendant vingt ans (député puis sénateur, selon un parcours déjà éprouvé et encore cette année) ; Roberto Pobleté (indépendant de gauche), 54 ans, populaire acteur de théâtre, cinéma et télévision au Chili ; Ivan Fuentes (indépendant de gauche soutenu par la DC), pêcheur artisanal et animateur des mouvements sociaux dans la région de l’Aysen del General Carlos Ibañez del Campo; Juan Morano (PS), ancien maire de Punta Arenas ou encore Domingo Rubilar (PPD), excellent joueur d’échecs.

A droite, le renouvellement en cours semble assez stupéfiant, parfois, avec des candidats comme Ximena Valcarce (RN), 40 ans, gouverneure d’Arica; Renzo Trisotti (UDN), 37 ans, chargé de suivi des PME pour un service public national; Sergio Gahona (UDI), intendant de la région de Coquimbo, Pablo Argandoña (RN), 33 ans, permanent patronal et gouverneur de la province d’Elqui; Susana Verdugo (UDI), intendante de la province de Limari; Ivan Cisternas (RN), gouverneur du Choapa…

Tout se passe comme si, en France, le parti au pouvoir présentait aux élections les Préfets et Sous Préfets en exercice…

On trouve aussi l’ancien Ministre de la Planification de Pinera, le jeune économiste Felipe Kast, 36 ans, fils de l’ancien Ministre du Travail de Pinochet en 1980 et 1982 et qui fut adopté par un ancien Ministre des Présidents de gauche.

Felipe Kast est le neveu du député du district 30, José Antonio Kast, qui se présente cette fois dans le district 24.
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DANIEL NUÑEZ ARANCIBIA, 42 ANS, SOCIOLOGUE, CANDIDAT À  DÉPUTÉ  POUR LE 8ÈME DISTRICT, COQUIMBO, OVALLE ET RÍO HURTADO. 

On peut aussi trouver Joaquin Lavin Leon, fils aîné de l’ancien candidat à la Présidence de la République et « patron » de l’UDI Joaquin Lavin Infante (par ailleurs membre de l’Opus Dei et ancien maire de Las Condes), Marcela Sabat, fille de l’ancien maire de Nuñoa, ou encore José Labbé, fils de l’ancien maire de Providencia et qui, sur CNN Chile, indiquait encore cette année « Nous avons stigmatisé la période du régime militaire, et nous ne voyons que le côté sombre. Nous n’avons pas vu la croissance qu’il a permis »(sic).

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LA MAIRE  INDÉPENDANTE  DE PROVIDENCIA,JOSEFA ERRAZURIZ GIULISASTI, ANCIENNE MILITANTE ÉTUDIANTE SOUS L’UNITÉ POPULAIRE ET VICTIME DES AGISSEMENTS DE LA POLICE POLITIQUE D’ALORS. PHOTO CAROLINA VARGAS

Cristian Labbé, le père de ce brillant candidat, fils de colonel de l’armée chilienne, fut agent de la police politique (la DINA) sous la Junte Militaire, avant de devenir garde du corps du général Pinochet (il se serait rapproché d’un peu trop près de la femme de celui ci), puis Ministre Secrétaire général du Gouvernement à la fin du régime militaire.

Il a été maire de Providencia, battu en 2012 par une indépendante Josefa Errazuriz Giulisasti, ancienne militante étudiante sous l’Unité populaire et victime des agissements de la police politique d’alors…

Le district 26 ( La Florida) voit s’opposer Ximena Ossandon, vice directrice de la Fédération nationale des jardins d’enfants, candidate de la droite, et la candidate communiste Camila Vallejo Dowling.

La candidate de droite s’est fait quelque peu asticoter sur le montant de sa rémunération mensuelle (qui dépasserait les 5 500 euros bruts mensuels, somme très élevée pour le pays) et elle est aussi brocardée pour son catholicisme militant…

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AFFICHE DE CAMPAGNE DE JORGE COULON LARRAÑAGA (UNE DOUBLE ORIGINE FRANÇAISE ET BASQUE), ARTISTE MUSICIEN ÂGÉ DE 66 ANS, ANCIEN DU GROUPE INTI-ILLIMANI.  

Dans le district 28 (San Miguel, Pedro Aguirre Cerda), la droite a sélectionné Ignacia Golborne, fille de l’ex Ministre des Travaux publics et des Mines Laurence Golborne, un temps aspirant candidat à la présidentielle…

Disons le tout net, elle est envoyée au casse pipe dans un secteur plutôt à gauche où, lors des municipales 2012, la gauche a obtenu 52 564 voix contre 27 503 à la droite…

Pour le changement de personnel, la droite a également investi un avocat quadragénaire nommé José Luis Pinochet Olave dans le district 40 (en pleine Araucanie), qui doit jouir de quelques liens avec la famille de l’ex dictateur, celle ci étant de longue date implantée dans la région concernée.

On voit que la classe politique chilienne, notamment à droite, a tout de même quelque difficulté à renouveler les cadres.

mardi 24 septembre 2013

CHILI: UNE PRISON DE LUXE FERMÉE?

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LE PÉNITENCIER DE LUXE CHILIEN, « PUNTA PEUCO », SONT ÉGALEMENT INCARCÉRÉS DES ANCIENS MILITAIRES  IMPLIQUÉS DANS « DES CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ » ET DES VIOLATIONS AUX DROITS DE L'HOMME, DANS DES CONDITIONS TRÈS CONFORTABLES. PHOTO  CIPER. 

Piñera a indiqué qu'une fermeture de cette prison était étudiée « sur la base du principe d'équité» de « toutes les personnes privées de liberté » et « la sécurité que l'Etat doit garantir à tous les prisonniers ». « Nous prendrons notre décision dans les prochains jours », a-t-il ajouté. 

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EXTÉRIEURE DU PÉNITENCIER DE LUXE CHILIE N, « CORDILLERA »
Les conditions privilégiées de la prison de Cordillera ont soulevé l'indignation des organisations des droits de l'homme et des familles des quelque 3.200 morts et 38.000 personnes torturées de la dictature de Pinochet (1973-1990). Au nord de Santiago, se trouvé une autre prison, Punta Peuco, où sont également incarcérés des ex-militaires dans des conditions très confortables.

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CAPTURE D'ÉCRAN DE TELEVISIÓN NACIONAL DE CHILE (TÉLÉVISION NATIONALE DU CHILI), CONNUE AUSSI PAR LES LETTRES TVN. REPORTAGE À L'INTÉRIEUR DU PÉNITENCIER DE LUXE CHILIEN, « PUNTA PEUCO »

Récemment, Manuel Contreras avait affirmé dans une interview à CNN-Chile diffusée la veille du quarantième anniversaire du putsch militaire, que « tous les morts de la Dina sont morts au combat » et qu'il n'avait ordonné ni disparitions, ni tortures.


jeudi 19 septembre 2013

CHILI : LA FÊTE NATIONALE A SAVIGNY LE TEMPLE

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SAVIGNY-LE-TEMPLE. TÉMOIGNAGE, CONCERTS, BAL…
Animations en mémoire d’Allende

Un arbre chilien sera planté à Savigny-le-Temple, à 14 heures au domaine de la Grange, à l’occasion de la semaine d’animations en mémoire de Salvador Allende, ex-président du Chili, qui s’est suicidé il y a 40 ans après le coup d’Etat au Chili.

« AVEC DES AMIS COMME ÇA, PAS BESOIN D’ENNEMIS »


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SALVADOR ALLENDE ET ERNESTO GUEVARA


Le Comité de soutien aux ex-dirigeants étudiants candidats aux élections législatives chiliennes pour le Parti communiste tient à déclarer qu'il rejette de la manière la plus ferme et la plus catégorique de tels propos.

Tout au long de sa vie, par son action, Allende a en effet prouvé qu'il était révolutionnaire et marxiste, tant par l'analyse correcte des réalités chilienne et latino-américaine, que par l'application de politiques d'unité et d'action qui ont abouti à la création du gouvernement de l'Unité Populaire. Son gouvernement représentait le point culminant de la lutte du peuple chilien contre l'impérialisme et la bourgeoisie nationale. Le chemin qu'il a emprunté est aujourd'hui celui choisi par divers processus démocratiques et anti-néolibéraux qui s’épanouissent en Amérique Latine.

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 LA FIGURE DE SALVADOR ALLENDE Y EST OMNIPRÉSENTE. PHOTO DESERTMONSTERBELL 

La qualité de révolutionnaire n'est pas déterminée seulement par la méthode employée pour changer la société capitaliste, mais aussi par l'analyse de la réalité qui va dicter l'action la plus adéquate pour construire un monde meilleur. Ernesto Guevara l'avait compris, lui qui a dédié son livre « Guerra de guerillas», à Allende, à «  celui qui poursuit le même but par d'autres voies ». Et cela précisément parce que les réalités cubaine et chilienne étaient différentes.

La figure et les idées d'Allende seront, pour nous communistes chiliens qui nous sommes engagés pour le succès de l'Unité Populaire, un exemple qui nous accompagnera toujours dans la réalisation des transformations indispensables à la création du Chili plus juste que la société chilienne réclame.

Paris, mercredi 18 septembre 2013.

mercredi 18 septembre 2013

POURQUOI ONT-ILS TUÉ 
SALVADOR ALLENDE?


Angel ParraAUTEUR, COMPOSITEUR, INTERPRÈTE ET ÉCRIVAIN CHILIEN. 
ANGEL PARRA

Le projet qui importait le plus à Salvador Allende, c’était d’arriver à constituer un gouvernement socialiste à travers des élections démocratiques et libres avec comme objectif central de son programme la redistribution de la richesse : la nationalisation des matières premières, dont le cuivre ; la nationalisation des banques et la création de trois secteurs économiques du développement étatique, mixte et privé. Les compagnies nord-américaines, l’Anaconda Mining, entre autres, propriétaires des mines de cuivre, furent les premières touchées par cette nationalisation. Ce fut l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement du président Richard Nixon avait décidé d’en finir avec le gouvernement de l’Unité populaire du président Allende.

Raquel GarridoRAQUEL GARRIDO, AVOCATE ET PORTE-PAROLE INTERNATIONALE DU PARTI DE GAUCHE.

L’Unité populaire portait l’idée d’émancipation sociale et politique du peuple chilien. Comme le disait la chanson du « pouvoir populaire », premier titre du « disque programme » du groupe Inti Illimani, Canto al Programa : « Porque esta vez no se trata de cambiar un Presidente, será el pueblo quién construya un Chile bien diferente. » Il fallait oser, non ? Allende disait : « Il ne s’agit pas de changer de président, ce sera le peuple qui construira un Chili bien différent. » Ce projet de transformation radicale par le « protagonisme » du peuple lui-même est un marqueur de l’allendisme, comme on le vit avec le soutien que donnait le gouvernement aux familles et aux travailleurs qui avaient pris des terres ou des usines, les « tomas ». Cependant, ce qui sans nul doute a heurté plus frontalement les intérêts des multinationales, ce fut la nationalisation du cuivre. En septembre 1970, au moment de l’élection de Salvador Allende, les mines de cuivre fournissent des bénéfices de 40 % à leurs propriétaires étrangers. Après mûre réflexion, Allende limite ces bénéfices à 10 %. La reprise en main des ressources naturelles a été la marque que le Chili devenait adulte et indépendant, qu’il « mettait les pantalons longs » : « Chile se pone los pantalones largos. »  

« LE CHILI SE MET EN PANTALONS LONGS MAINTENANT LE CUIVRE EST CHILIEN ! »

Le Coup d’État politique d’Augusto Pinochet fut suivi par celui, économique, de l’école de Chicago, qui fit du Chili le premier laboratoire du néolibéralisme. Quel bilan faites-vous de cette double dictature ?

Angel Parra. Le bilan du coup d’État du général Augusto Pinochet, avec l’aide des Américains, s’est avéré désastreux pour le peuple chilien. Tout le progrès social, fruit d’années de lutte des travailleurs, disparaît avec la privatisation de la Sécurité sociale, de l’éducation et des transports publics. Les dirigeants politiques et syndicaux assassinés, emprisonnés et exilés, le champ était libre pour que le Chili devienne la vitrine du modèle néolibéral des Chicago boys.

Bernardo Toro. Dans un premier temps, la gauche chilienne a cru que le coup d’État visait à instaurer un gouvernement de type fasciste, c’est-à-dire protectionniste, replié sur la bourgeoisie nationale et réactionnaire. C’est le contraire qui s’est produit : le gouvernement militaire a imposé à feu et à sang un modèle ultralibéral inédit, qui est resté hégémonique jusqu’à aujourd’hui. Si le régime qui l’a imposé était une dictature, le modèle lui-même ne l’est pas. Il est sans doute hégémonique, générateur d’injustices sociales et très insidieux au sens où il survit au régime qui l’a institué, mais il ne constitue pas une dictature, à moins de donner à ce terme un sens très large.

RAQUEL GARRIDO
Raquel Garrido. Cet aspect du coup d’État est souvent caché. La Concertación, coalition entre la social-démocratie et la démocratie chrétienne qui a gouverné après avoir négocié la sortie de la dictature avec Pinochet,
a épousé l’idée qu’Allende avait commis des erreurs économiques, pour mieux justifier le maintien de « l’ancien régime » économique, véritable laboratoire ultralibéral. On ne dit pas assez que l’Unité populaire a été la cible d’un coup d’État larvé dès le tout début. Les archives déclassifiées de la CIA montrent que l’agent en poste à Santiago avait reçu l’ordre prioritaire et urgent de monter une action militaire dans un contexte de déstabilisation économique et politique dès le 7 octobre 1970, autrement dit un mois après l’élection d’Allende. Au final, l’emprise tentaculaire du marché sur tous les aspects de la vie humaine, la santé, l’école, la retraite, l’eau, la mer… est le modèle économique qui échoue spectaculairement aujourd’hui dans le monde entier. Malheureusement, il perdure au Chili du fait d’un verrou constitutionnel hérité du pinochétisme, et il faut le dire parce que la Concertación s’en est accommodée.  

Une nouvelle dynamique sociale 
s’est ouverte au Chili comme dans 
le reste de l’Amérique latine. 
Quelles lignes de fracturation 
de l’ordre néolibéral engendre-t-elle et cherche-t-elle à approfondir ?

Angel Parra. Aujourd’hui, dans le Chili du XXIe siècle, le système néolibéral et la société de consommation font que le pays est dans les mains des multinationales. Électricité, eau potable, communications et santé sont du domaine de la libre concurrence, sans contrôle d’aucune autorité. Les abus et les exactions sont quotidiens. Un exemple : les fleuves du Chili n’appartiennent plus au pays mais aux différentes compagnies étrangères ! D’où, depuis deux ans, les mouvements sociaux avec leurs grèves et manifestations dans
la rue qui poursuivent trois objectifs : le retour à une éducation gratuite, laïque et obligatoire, le rétablissement de la Sécurité sociale et une réforme fiscale pour financer ces objectifs. Michelle Bachelet, candidate de la Nouvelle Majorité à la prochaine élection présidentielle du 17 novembre 2013, s’est engagée devant le peuple chilien à réaliser ces objectifs. Pour ce faire, elle a décidé de faire voter une nouvelle Constitution puisque l’actuelle toujours en vigueur est celle établie sur mesure par la dictature de Pinochet.

Raquel Garrido. Aucun changement n’est possible au Chili dans le cadre de la Constitution de 1980, toujours en vigueur. D’une part, le système électoral « binominal » garantit une répartition à « 50-50 » du Parlement à la Concertación et aux héritiers de Pinochet. D’autre part, la Constitution exige une majorité qualifiée des deux tiers pour changer les lois sur le cuivre, sur l’école… Cela explique que, lorsque Michelle Bachelet était présidente, elle n’a pas pu répondre positivement au déjà puissant mouvement lycéen et étudiant. Le manque de volonté pour sortir du joug de la Constitution de 1980 a produit un rejet si puissant qu’il a permis, en 2010, le retour au pouvoir de Sebastián Piñera, héritier direct du régime militaire. Heureusement, la revendication d’une assemblée constituante pour une nouvelle constitution a émergé lors de l’élection présidentielle de 2009, portée par le candidat Jorge Arrate, qui avait été jeune conseiller économique de Salvador Allende. Cette question, qui n’est évidemment pas qu’institutionnelle et formelle, cristallise les oppositions aujourd’hui, tout en étant un puissant facteur d’unité entre la jeunesse et les travailleurs, notamment les mineurs. Le mouvement de jeunesse, porteur du désir d’égalité et de dignité civique, devra lutter sans relâche. Il est l’avenir du Chili.

Bernardo Toro. Lors de son dernier discours, Allende s’est adressé aux hommes de demain : « D’autres hommes, a-t-il présagé, dépasseront ce moment gris et amer où la trahison prétend s’imposer. » À son sacrifice réel, répondait le sacrifice politique de toute une génération qui a dû se résigner à voir son projet politique partir en fumée le 11 septembre 1973. Allende n’a pas appelé le peuple à défendre son gouvernement, ce qui aurait été très coûteux en vies humaines, mais au contraire il lui a demandé d’être patient. D’autres hommes, plus tard, ouvriraient « las grandes alamedas  » «  les grandes avenues ». Ces hommes de demain, qu’Allende appelait de ses vœux, commencent désormais à montrer leur visage et à occuper l’espace public. Ce sont, bien sûr, les leaders du mouvement étudiant, porteurs de revendications proches de celles d’Allende, auquel ils font souvent référence. Au Chili, la courroie de transmission entre les générations a donc fonctionné, et le message d’Allende a été entendu.  

Au Chili, le fascisme a voulu extirper les racines du socialisme démocratique. Elles ont résisté avec ténacité. Quel avenir pour le projet d’émancipation qui le sous-tend ?

Raquel Garrido. Salvador Allende, dans l’allocution radiophonique qu’il a réussi à transmettre depuis La Moneda juste avant de se sacrifier, disait être confiant dans l’avenir. Il disait que les graines semées dans la conscience du peuple chilien ne pouvaient pas être extirpées par la force. Salvador Allende a semé des graines dans le monde entier. Son
influence posthume est très visible dans l’Amérique du Sud d’aujourd’hui, où ont été déclenchées des révolutions citoyennes fondées sur des assemblées constituantes. Lorsque Evo Morales raconte comment la Bolivie est passée d’une répartition des bénéfices de l’exploitation du gaz de 82 % pour les sociétés étrangères et 18 % pour la Bolivie, à l’exact contraire – 12 % pour les sociétés étrangères et 82 % pour la Bolivie –, c’est d’évidence la méthode allendiste qui est appliquée. Cette remise en cause des intérêts économiques de l’empire a d’ailleurs les mêmes conséquences. Les États-Unis ont tenté un coup d’État au Venezuela et en Équateur, et en ont réussi un au Paraguay. L’indépendance et la souveraineté populaire portées par des outils politiques nouveaux, débarrassés de la social-démocratie, tels sont les traits des processus politiques qui ont réussi de nos jours à « ouvrir les grandes avenues par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure », comme le disait le président Allende et comme l’a rappelé si justement Bernardo Torro.  

Entretiens réalisés par Jérôme Skalski