samedi 5 mars 2016

11ème ANNIVERSAIRE DU DÉCÈS DE GLADYS MARÍN

Comme plusieurs autres dirigeants du PC chilien, Gladys est institutrice. À cette époque, être à la fois leader politique et femme était bien sûr beaucoup plus difficile qu'aujourd'hui; d'ailleurs, nos alliés et nos adversaires politiques ne lésinaient pas sur les plaisanteries faciles, parfois à la limite de la misogynie. 

À l´époque au Gladys dirige la Jota, un très important mouvement d'étudiants se développe sous la consigne de la réforme universitaire, et les Jeunesses communistes sont à la tête de ces luttes. C´est à ce moment-là que l´on adopte la chemise rouge amarante en guise d´uniforme. 


POIGNÉE DE MAIN DE SALVADOR ALLENDE À GLADYS MARÍN
C'est aussi le temps de la solidarité avec le Vietnam. La mobilisation atteint des proportions considérables; de nombreux jeunes acquièrent alors une conscience anti-impérialiste. Dons de sang, récoltes d'argent pour un hôpital au Vietnam ; deux grandes marches pour le Vietnam sont organisées de Valparaíso à Santiago, la première en 1967 et la deuxième en 1969. Lors de la deuxième marche naît la Brigade de propagande Ramona Parra (BRP). 

Gladys est de tous les combats et tous les jeunes militants peuvent la croiser lors de réunions partisanes, de travaux volontaires, de concerts ou de peñas de la nouvelle chanson chilienne, qui vient juste d'éclore. Lorsque la fin de nos réunions -à la rue Marcoleta, siège du comité central de la Jota- coïncidait avec la sortie des BRP pour peindre les slogans et fresques murales qui ont accompagné la campagne de Salvador Allende, elle venait nous saluer et nous donner des conseils de prudence. En 1965 Gladys est élue député du 2ème district de Santiago, qui compte des communes très populaires. Elle est ensuite réélue avec un score considérable ; son mandat est interrompu par le coup d´état militaire de 1973. 


POIGNÉE DE MAIN DE SALVADOR ALLENDE À GLADYS MARÍN
Plus d'une fois la députée Gladys est venue nous sortir de quelque commissariat de police de Santiago, à la suite d´une grève de lycées s´étant terminée en affrontement avec le «grupo móvil» (les CRS locaux) et leur «guanaco» (camion lanceur d´eau). 

Nous partagions de longues réunions politiques pour affiner les arguments de notre discours, en vue d'une large alliance avec tous les partis favorables aux changements. À ce moment-là, la grande difficulté était de convaincre nos alliés de l'utilité d'une alliance plus étendue, indispensable dans les comités de jeunesse de l´Unité Populaire (UP). Le discours de nos alliés prônait une grande radicalisation et certains étaient davantage tentés par les thèses jusqu'au-boutistes du MIR que par les appels à l'unité des «rabanitos*». 

Pendant ces jours d'allégresse tout se déroule de façon accélérée. Avant le triomphe de l'unité populaire une grande énergie collective était en marche. Une ambiance festive régnait dans les rues, les lycées et les bidonvilles, les universités et les lieux de travail. 

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C'était un fort élan collectif, porté par le peuple et surtout par la jeunesse, qu´animée d´un enthousiasme incroyable voyait à sa portée la possibilité de grands changements pour le pays et pour le continent. Il est aujourd'hui très difficile d'imaginer et de décrire ces instants de générosité et d'effort partagé. 

Les 1000 jours de l'UP passèrent à une vitesse considérable et il nous a été impossible de consolider sa base politique. La solitude d'Allende, le triomphe de la félonie, la trahison et le coup d'état de l'ignominie se sont ensuivis, avec la terreur qui s'est imposée depuis, pour longtemps. 

Nous nous retrouvâmes orphelins. Croyant leurs thèses confirmées par le putsch, quelques camarades ont tenté quelques vaines formes de résistance armée. La plupart des dirigeants passa à la clandestinité et dut trouver asile dans les ambassades, pour goûter plus tard à l'amer exil. Gladys Marín est-elle aussi contrainte à la clandestinité. 

Après décision de la direction du parti, elle trouve refuge à l'ambassade des Pays-Bas à Santiago en décembre 1973. La Junte militaire lui ayant refusé un sauf-conduit, elle y resta 8 mois. 

Elle retrouve plus tard en exil les dirigeants qui ont survécu. Une coordination extérieure du PC chilien est créée. Gladys se rend à Moscou et dans les anciens pays de l'Est, où elle tente de déployer la dénonciation de la dictature et la solidarité vers les camarades restés au Chili. 

La direction de la Jota s'établit à Budapest, ainsi que la délégation chilienne à la Fédération Internationale d'Étudiants. À son siège de Colombes, le coordinateur de la jeunesse chilienne en France reçoit la visite de Gladys Marín en 1977. Un hommage est alors organisé à l'occasion de la journée de la femme et pour les victimes disparues. 


  «  OÙ SONT-ILS ?  »
AVEC LE PORTRAIT DE SON MARI PORTÉ DISPARU
Gladys est elle-même conjointe d'un prisonnier disparu. En effet, son mari et père de ses deux enfants Jorge Muñoz, fait partie des prisonniers disparus de la rue Conférence, en 1976. Un très émouvant hommage leur a été rendu ce soir-là à Colombes. Quelques larmes ont roulé sur les joues de la camarade Gladys et on a vécu des instants de très vive émotion.

Gladys Marín rentre clandestinement au Chili au début de l'année 1978 pour s´occuper de la direction du parti à l'intérieur. Elle devient en 1984 sa secrétaire adjointe et lors du XXème congrès du PC, en 1994, Gladys Marín est élue Secrétaire Général. Elle est la seule femme dirigeante d'un parti politique au Chili. 

En 1997 elle est candidate au siège de sénateur et obtient la 8ème place au niveau national. Mais elle n'accède pas au sénat en raison du système binominal en vigueur, qui vise à empêcher les forces de gauche d'acquérir une représentation parlementaire. En juin 1998, elle est proclamée candidate à la présidence de la République. 

 PHOTO PATRICIO FUENTES
Atteinte d'un cancer, Gladys Marín est décédée début mars 2005 à Santiago, entourée de sa famille, ses amis et les dirigeants du PC chilien. Lors de ses funérailles, près d´un million de personnes s'est pressé autour de sa chapelle ardente, érigée à l´ancien Congrès national du Chili. 


* Les radis, surnom moqueur donné aux communistes, faisant allusion à la couleur rouge à l´extérieur et blanc à l´intérieur 
MC