mardi 31 mai 2016

CHILI - DE LA MARÉE ROUGE À LA MARÉE HUMAINE OU CINQ RAISONS DU MOUVEMENT SOCIAL DE CHILOÉ

On suppose qu’il s’agit d’un phénomène naturel entraîné par la prolifération incontrôlée de micro-algues qui contiennent des toxines et qui, consommées par des mollusques et ces derniers, éventuellement, par des humains, sont potentiellement mortelles.

Différentes organisations chilotes et nationales mettent en doute le caractère naturel du phénomène, considérant que le déversement, il y a quelques mois, par les pêcheries industrielles de saumon, de 5 tonnes de déchets – saumons et truites en décomposition – qui génèrent des sulfures hydriques à haut risque, aurait altéré significativement l’écosystème et aurait sinon produit pour le moins aggravé profondément les effets de la marée rouge.

Ce qui se passe actuellement au Chili est loin d’être un simple épisode et on peut entrevoir, sans crainte de se tromper, que la rébellion chilote du mois de mai marquera un point d’inflexion dans l’histoire politique récente de l’archipel. De façon générale, pour expliquer cette manifestation on peut avancer 5 raisons pour lesquelles rien ne sera jamais plus pareil à Chiloé. L’île sera toujours une île mais ne sera jamais plus un strict sujet politique, compte tenu de ce que les mobilisations ont mis en évidence.

Première raison : La collusion de l’État avec les pêcheries industrielles de saumon

Durant la crise des pêcheries industrielles du saumon occasionnée par le virus ISA, le premier gouvernement de la présidente Bachelet a fait office de garant pour que les chefs d’entreprises puissent contracter des prêts auprès de la banque privée pour un total de 450 millions de dollars. Cela additionné à d’autres bénéfices mirobolants et des programmes d’aide. C’est ainsi qu’en dépit des préjudices économiques, sociaux, écologiques occasionnés par cette crise et sous la pression de l’industrie, en 2011 et 2012, le Système d’évaluation d’impact environnemental (SEIA, Sistema de Evaluación de Impacto Ambiental) de la Région des lacs a remis un rapport favorable de qualification environnementale (RCA) à 4 projets pour que l’industrie de la pêche puisse augmenter jusqu’à 16 fois sa production, à proximité de Isla Guar, dans le golfe du Seno de Reloncaví.

À cette même époque, en revanche, le ministre de l’économie offre aux pêcheurs, aux mareyeurs et à leurs familles une maigre compensation de 100 000 pesos mensuels pour qu’ils survivent dans des conditions humiliantes. Le ministre Jorge Burgos se moque des réclamations des pêcheurs en disant que le gouvernement n’est pas une « planche à billet » alors que lui gagne mensuellement 9 millions de pesos en tant que ministre de la défense et que – antérieurement – les gouvernements de la Concertation n’ont jamais investigué comment étaient dépensés les ressources provenant de la Loi de réserve du cuivre (Ley Reservada del Cobre) [1]. Dans ce cas la planche à billet a fonctionné sans problème pour les diverses branches de l’armée qui ont commis de graves délits de corruption : les cas de Milicogate, l’achat des frégates par la Marine, la contrebande d’armes avec la Croatie, le cas des avions Mirages, la constitution d’un patrimoine considérable par l’ancien commandant en chef de l’armée, le général Juan Miguel Fuente-Alba, pour ne citer que quelques exemples.

Deuxième raison : Le terrorisme environnemental et la discrimination environnementale

En mars, l’État a donné son aval, par le biais de ses institutions – la Marine et Sernapesca, par exemple – au déversement dans la mer de saumons en décomposition, fortement toxique. Ce n’est pas tout : durant des dizaines d’années, l’État a accordé des concessions aux pêcheries transnationales du saumon qui ont pollué les côtes intérieures de la province de Chiloé. Plus encore la mono-pisciculture intensive a poussé à l’extrême les processus de production qui entraînent une pollution importante pour les côtes, les lacs et les fjords. Le Chili est devenu le second producteur et exportateur de saumon dans le monde mais les bénéfices profitent aux multinationales, dans ce cas essentiellement norvégiennes, tandis que les travailleurs – majoritairement en sous-traitance – travaillent dans des conditions précaires. Ici, le milieu naturel est victime d’un terrorisme environnemental et ceux qui y vivent de discrimination environnementale : les Huilliche [2], leur Ñuke Mapu (Terre-mère) et leur Lafken ancestral [3], n’ont droit à aucun respect. La situation est identique pour le territoire mapuche historique : 70% des décharges sont situées sur les terres de leurs communautés. Le terrorisme et la discrimination environnementale sont une violation des droits de la nature, des droits humains et des droits collectifs des peuples indiens.

Troisième raison :L’existence d’une démocratie contrainte par la force ou d’une «démocradure»

Comme c’est le cas généralement face à des revendications sociales, le gouvernement répond par des menaces, que ce soit dans les discours ou dans les actes, refusant de dialoguer, à moins que les mobilisations ne s’arrêtent. C’est-à-dire en privant ainsi les organisations sociales du droit élémentaire de manifester ou d’exprimer leurs revendications et leurs exigences. Finalement, face à la résistance des secteurs mobilisés, décidés à poursuivre leur action, les autorités se voient dans l’obligation d’entamer des négociations à des conditions fixées par elles. C’est une limitation de la démocratie qui est renforcée en même temps par l’envoi de contingents de Forces spéciales de carabiniers transportés vers l’île par les avions ou les hélicoptères de l’armée. C’est ce qu’on peut appeler la démocratie contrainte par la force : la démocradure.

Quatrième raison : Le rôle de la communauté

Une des caractéristiques les plus significatives du mouvement social chilote est le rôle assumé par la communauté dans le déroulement de la manifestation, la construction du discours et l’activation de la mobilisation, ces jours derniers. À l’instar d’autres mouvements en Amérique latine c’est une logique plus horizontaliste, moins hiérarchisée et moins sectaire qui a plutôt prévalu. Ce n’est certes pas une communauté homogène, une sorte de modèle idéal, mais une conjonction de secteurs sociaux, économiques, d’organisations, venant des quartiers, des collines, de la campagne, de la mer, des ports, des villages, qui se réunissent dans un espace communautaire et qui, soit se sont affirmés, soit tentent de s’affirmer en tant que communauté identitaire, culturelle, sociale, grâce à des revendications communes. La communauté s’est retrouvée, a recouvré son énergie, sa vision tellurique, sa mémoire ancestrale. Cela a permis que le mouvement s’étende du canal Chacao jusqu’à Quellón et que les Chilotes aient eu la capacité de bloquer les accès des villages, ce qui a empêché le passage de la police et déconcerté le gouvernement. En outre, la force de mobilisation, qui a été bien au-delà des demandes de compensations économiques temporaires pour les familles affectées par la marée rouge, a discrédité un certain dirigeant qui avait négocié avec les autorités pour « une poignée d’argent sale », comme il l’a reconnu lui-même.

Cinquième raison : La territorialisation du mouvement et la politisation des revendications

Le mouvement chilote a ancré dans un territoire sa revendication et sa mobilisation ; ce qui veut dire, que non seulement il est passé de la mer à la terre, avec la revendication de pêcheurs artisanaux comme déclencheur, mais que la revendication a acquis une spécificité chilote. Elle n’est plus seulement une revendication économique, juste et légitime mais elle a gagné en orientation et en contenu politique, pour deux raisons au moins. La première raison : territorialiser les revendications du mouvement implique beaucoup plus que d’étendre les mobilisations géographiquement par des coupures de routes, blocus, barricades, manifestations localisées. Cela signifie aussi concevoir le territoire comme un espace social qui se construit et auquel on confère une charge culturelle. C’est un espace symbolique, identitaire, qui contient une mémoire, une histoire, et une possibilité d’avenir collectif. C’est un espace de pouvoir à conquérir. Par conséquent, le mouvement chilote, qu’il le revendique ou non, qu’il l’explicite ou pas, est un mouvement politique.

La deuxième raison : le processus de territorialisation des mouvements en Amérique latine s’est manifesté fondamentalement à partir de la décennie des années 90 et il est non seulement en relation avec la terre, les peuples originels ou paysans, mais aussi avec la récupération des territoires, que ce soit dans les secteurs ruraux ou urbains. Il se manifeste également de façon embryonnaire au Chiloé, avec la participation de pêcheurs, de plongeurs, de professeurs, de membres des communautés, de commerçants, de professionnels, de récoltants d’algues, d’organisations non gouvernementales, de villages et de communes, comme Ancud, Castro, Cucao, Chonchi, Curaco de Vélez, Achao, Dalcahue, parmi d’autres.

La territorialisation des revendications s’exprime par un ancrage territorial et dans le cadre d’une problématique spécifique : la crise environnementale dans l’archipel provoquée par l’industrie du saumon. Mais elle est, en outre, politique car elle remet en question la responsabilité de l’État et le modèle économique qui a rendu viable le pillage environnemental.

La politisation des revendications du mouvement chilote se manifeste dans la rue par l’exigence d’un pouvoir territorial même si dans le Petitorio de la Mesa Provincial de Chiloé (Requête de la représentation provinciale de Chiloé) les 15 revendications se réfèrent principalement à des problèmes environnementaux. Le 14e point dit clairement « Nous exigeons que le représentant que nomme le gouvernement vienne remettre sa réponse à Castro, capitale provinciale de l’archipel de Chiloé ». En d’autres termes le mouvement social de Chiloé est en train de se forger une autonomie, avec ou sans autorisation, la marée rouge se transformant en une marée humaine.

Le Dr. Tito Tricot est sociologue, directeur du Centre d’études de l’Amérique latine et de la Caraïbe (CEALC).

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis. AlterInfos est un média pluriel, avec une sensibilité de gauche. Il cherche à se faire l’écho de projets et de luttes émancipatrices. Les commentaires dont la perspective semble aller dans le sens contraire de cet objectif ne seront pas publiés ici, mais ils trouveront sûrement un autre espace pour le faire sur la toile.

[1] Loi qui permet de destiner les fonds de la vente du cuivre, principal produit d’exportation du Chili, à l’armée chilienne pour l’achat d’équipements et d’armements.

[2] Un des groupes du peuple mapuche, vivant dans la partie australe du Chili.


[3] En langue mapuche : zone protégée de mer et de terre, plantée d’alerces (cyprès de Patagonie).

lundi 30 mai 2016

CHILI: D'ANCIENS SOLDATS DE LA DICTATURE PINOCHET RÉCLAMENT UNE INDEMNISATION

La Corporation nationale pour l'application des droits de l'Homme aux ex-conscrits chiliens exige de l'Etat qu'il prenne en charge les dommages subis par les soldats et leur verse en conséquence une indemnisation.

"Nous avons pris la décision de demander à l'État qu'il nous reconnaisse comme les premières victimes de la dictature", a déclaré à Radio Corporativa, Marcelo Sanhueza, président de la Corporation.

Ce recours, annoncé samedi, demande que les anciens soldats soient reconnus comme "des victimes d'une politique d'État horrible" menée par la dictature militaire, qui a fait quelque 3.200 morts et torturé plus de 38.000 personnes, selon des chiffres officiels.

"Il m'a été très difficile de me contrôler après, dans la mesure où on a subi un vrai lavage de cerveau pour être ensuite capable de tuer et mutiler son propre peuple", a déclaré un ancien soldat, Jaime Fica.

"Devoir frapper des gens se trouvant dans la rue m'a marqué pour le restant de mes jours", a déploré, quant à lui, Fernando Mellado.

Les anciens conscrits appellent d'autres anciens soldats à se joindre à cette demande. 

mardi 24 mai 2016

CHILI : SOLEIL ET VENT FERONT ROULER LE MÉTRO DE SANTIAGO EN 2018


Pour parvenir à un objectif de 60% d'énergies renouvelables dans le métro en 2018, une centrale photovoltaïque et un parc éolien seront construits dans le désert d'Atacama, le plus aride au monde, pour un investissement total de 500 millions de dollars selon les autorités chiliennes.

La centrale El Pelicano, dont la construction par SunPower, filiale du géant pétrolier français Total, commencera mi-2016, comptera 250.000 panneaux solaires et produira l'équivalent de la consommation de 100.000 foyers.

Le consortium brésilien Latin American Power (LAP) sera lui charger de bâtir le parc éolien San Juan de Aceituno, avec une capacité de production de 185 mégawatts, la plus importante de ce type au Chili.

La centrale fournira 42% de l'énergie du métro, le parc 18% et les 40% restants seront apportés par Chilectra, la compagnie nationale d'électricité.

À leur entrée  leur entrée en fonctions, le métro de Santiago deviendra le premier au monde à s'alimenter majoritairement avec de l'énergie éolienne et solaire.

"Le Chili donne une formidable impulsion aux énergies renouvelables non-conventionnelles", a souligné auprès de l'AFP le ministre de l'Energie Maximo Pacheco.

Profitant de ses précieuses ressources en soleil et en vent dans le nord du pays grâce au désert d'Atacama, mais aussi de sa richesse en eau, le Chili s'est fixé comme objectif de générer d'ici 2050 70% de son électricité à partir d'énergies renouvelables.

Il s'est aussi engagé à réduire d'ici 2030 de 30% des émissions de CO2.

En intégrant les énergies éolienne et solaire, le métro de Santiago diminuera ses émissions de CO2 de 130.000 tonnes par an, presque l'équivalent des gaz dégagés en 2015 (159.000 tonnes).

Le métro de Santiago compte actuellement cinq lignes et 100 stations, sur une longueur totale de 103 kilomètres, mais deux nouvelles lignes sont en construction pour y ajouter 37 kilomètres supplémentaires à partir de 2017 et 2018.

dimanche 22 mai 2016

AU CHILI, DES MANIFESTATIONS PARTENT EN VRILLE AVEC LE DISCOURS DE MICHELLE BACHELET


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MICHELLE BACHELET LORS DE SON DISCOURS ANNUEL
SUR LES COMPTES DU PAYS FACE AU CONGRÈS NATIONAL

Cependant, certaines réformes devraient être mises sur pause vu l'économie chilienne qui tourne actuellement au ralenti...

Le discours était de loin de plaire ou de convaincre les foules: à Valparaíso, des manifestants dont certains encagoulés ont pris d'assaut plusieurs édifices et les ont mis à sac. La police a riposté avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

Un de ces bâtiments, celui où se trouvent les bureaux de l'administration de la ville de Valparaíso, s'est pris un cocktail Molotov. Le gardien du bâtiment, âgé de 71 ans, a dû être emmené à l'hôpital. Là, il est décédé d'asphyxie. Plusieurs heures après les événements, les bâtiments continuaient à brûler. Et Michelle Bachelet a condamné les événements tout en exprimant ses condoléances à la famille de Eduardo Lara.

Michelle Bachelet n'a plus les faveurs de ses compatriotes

Michelle Bachelet avait été élue pour une deuxième fois en décembre 2013, avec la promesse de s'attaquer aux inégalités. Seulement, l'enthousiasme des Chiliens pour leur présidente a dégringolé avec le ralentissement économique et un scandale de corruption qui implique la famille Bachelet. Ce mois de janvier 2016, plus des deux tiers des Chiliens désapprouvaient la politique de leur Présidente, selon une enquête publiée par la société de conseil Cadem.

UNE MANIFESTATION AU CHILI FAIT UN MORT

video
Au Chili une manifestation a dégénérée, ce samedi 21 mai 2016. Un vigile est mort, dans l’incendie d’un bâtiment municipal, à Valparaiso, la deuxième ville du pays, au nord de la capitale.
L’incendie aurait été allumé par des manifestants selon le procureur local. Des barricades ont ensuite été érigées dans les rues. 

Des images à la télévision locale montraient de la fumée qui s’élevait à différents endroits dans la ville. Le porte-parole du gouvernement Marcelo Diaz a condamné la mort du manifestant au réseau de télévision TVN.

La manifestation avait commencé par une marche pacifique, mais les choses se sont corsées lorsque certains participants ont lancé des pierres aux policiers et des cocktails Molotov sur des édifices. Les policiers ont riposté avec du gaz lacrymogène et des jets d’eau à haute pression.

Dans son discours, samedi, Mme Bachelet a souligné tous les accomplissements de son administration, dont la réforme pour assurer la gratuité de l’éducation. Elle a qualifié ces changements comme un processus dans lequel «il n’est plus possible de revenir en arrière».

samedi 21 mai 2016

CHILI, ARGENTINE ET URUGUAY APPELLENT AU DIALOGUE AU VENEZUELA


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UNE EMPLOYÉE D’UN SUPERMARCHÉ ATTEND LES CLIENTS LORS
 D’UNE COUPURE D’ÉLECTRICITÉ À SANTA TERESA, LE 25 AVRIL 2016
PHOTO FEDERICO  PARA 

L'agitation dans ce pays pétrolier à l'économie ravagée (inflation de 700% prévu par le FMI pour 2016), soulève des inquiétudes à travers le monde.

D'anciens chefs d' État ou de gouvernement, comme l'Espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, sont présents ces-jours-ci à Caracas pour tenter de renouer les fils du dialogue entre le gouvernement et l'opposition.


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CAPTURE D'ÉCRAN 


État d'exception


La fièvre est brusquement montée ces derniers jours dans un Venezuela en pleine crise économique, politique et sociale où le président Nicolas Maduro a décrété l'état d'exception qui lui accorde des pouvoirs accrus en matière de sécurité, de distribution alimentaire et énergétique.

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NICOLÁS MADURO.
DESSIN DE PANCHO CAJAS
DU QUOTIDIEN CONSERVATEUR
EL COMERCIO  D'EQUATEUR
L'état d'exception est «constitutionnel », a annoncé jeudi le tribunal suprême de justice. Le Parlement, dominé par l'opposition, rejette cette mesure et appelle la population à descendre dans la rue.

Selon la cour, l'état d'exception se justifie par la nécessité de «protéger le peuple vénézuélien et les institutions, qui ont été l'objet de menaces internes et externes, d'actions visant à déstabiliser l'économie et l'ordre social du pays ».

Le Parlement vénézuélien, où l'opposition est majoritaire, a rejeté mardi l'état d'exception. Il estime qu'il « approfondit la grave altération de l'ordre constitutionnel et démocratique que subit le Venezuela ».

Un demi-million de soldats déployés

Les juges du TSF estiment dans leur décision que les députés ont, par ce vote à main levée, agi de manière « inconstitutionnelle et invalide».

Dans le cadre de cet état d'exception, 519'000 militaires et miliciens doivent effectuer des manœuvres vendredi et samedi, le président ayant brandi la menace d'une « intervention extérieure ».

Le gouvernement «veut procéder à de grands déploiements militaires pour que les gens aient peur (...) Le faire avec le prétexte d'une menace extérieure est une bonne façon de montrer ses muscles », a expliqué l'analyste Benigno Alarcon.

«Cet exercice n'est pas fait pour provoquer une inquiétude quelconque dans le pays », a répondu le ministre de la défense Vladimir Padrino Lopez, qui a répété que le «Venezuela était menacé en ce moment».


(ats / 20.05.2016 21h19)   

vendredi 20 mai 2016

«LES PRÉJUGÉS ENVERS LES FEMMES ONT JOUÉ DE MANIÈRE ÉVIDENTE DANS LA DESTITUTION DE DILMA ROUSSEFF»

DILMA ROUSSEFF LORS D'UNE 
CONFÉRENCE DE PRESSE À BRASILIA, 
LE BRÉSIL, LE 12 MAI 2016
PHOTO IGO ESTRELA
Visée par un procès qui pourrait durer six mois, la présidente, Dilma Rousseff, est menacée d’être destituée. Le fait qu’elle soit une femme ­a-t-il accentué sa déroute?

Il existe, au Brésil, un débat entre juristes pour savoir si la procédure de destitution lancée à l’encontre de la présidente en raison de ses « pédalages budgétaires » est légitime [manipulation comptable conduisant à masquer la réalité du déficit public, dont ont usé aussi d’autres présidents]. Au-delà de cette interrogation, son impopularité et la crise économique ont eu un impact. Mais les préjugés envers les femmes ont aussi joué de manière évidente, même s’ils ne sont pas à l’origine du processus.
«APRÈS SA RÉÉLECTION, EN OCTOBRE 2014, ELLE A ÉTÉ L’OBJET DE MOQUERIES PARTICULIÈREMENT GROSSIÈRES. QUI SE SERAIT PERMIS CE GENRE DE CHOSES AVEC UN HOMME ? »
Avant sa première élection, en 2010, Dilma Rousseff ne répondait pas aux codes en vigueur pour une partie de la société brésilienne, qui est extrêmement conservatrice. La manière dont elle était traitée dans les médias était caractéristique : les gazettes insistaient sur son manque de féminité, son absence de « sex-appeal » et ne manquaient pas de souligner le fait que la candidate était une femme séparée, sans mari. Pour séduire, elle a d’ailleurs eu recours à la chirurgie esthétique.

Une fois au pouvoir, elle a toujours été considérée comme une femme qui n’était « pas à sa place ». En 2014, lors de l’inauguration de la Coupe du monde, elle a été insultée [des dizaines de milliers de supporteurs l’ont accueillie en criant « Ei Dilma vai ­tomar no cu » (« Dilma, va te faire foutre »)]. Après sa réélection, en octobre 2014, elle a été l’objet de moqueries particulièrement grossières : des autocollants posés sur les voitures la décrivaient dans une position dégradante et vulgaire [Dilma Rousseff a les jambes écartées, et on lui introduit dans le vagin une racine de manioc]. Qui se serait permis ce genre de choses avec un homme ?
Le poids des apparences, n’est-ce pas une caractéristique propre au monde politique? Lula, lui aussi, a dû soigner son image : enfiler des costumes et tailler sa barbe pour être élu…
Lula, comme tous les hommes politiques, a dû se rendre « présentable » pour séduire une majorité d’électeurs. Dilma Rousseff, elle, a dû opérer une transformation plus radicale afin de répondre à ce qu’une partie des Brésiliens attendent d’une femme. Comme s’il lui fallait accentuer ses attributs féminins pour compenser le fait d’être dans l’arène politique, loin du foyer. En Allemagne, ­Angela ­Merkel n’a pas eu besoin de recourir à ce genre d’artifice.
Vu de l’étranger, l’expression « tchau querida ! » [« salut chérie »], inscrite sur les pancartes brandies par les opposants à Dilma Rousseff, a choqué. Avait-elle une connotation machiste ?
Non. C’est une expression que Lula emploie fréquemment, donnant du « querido » ou du «querida» à ses interlocuteurs. Ces mots font référence aux écoutes des conversations téléphoniques entre l’ancien président et Dilma Rousseff, qui ont été diffusées auprès du public [par le juge Sergio Moro, chargé de l’enquête «Lava Jato» sur le scandale de corruption lié au groupe pétrolier Petrobras].
Au Brésil, on parle souvent d’un «racisme cordial», qui s’exprime de façon détournée. Peut-on parler d’un «machisme cordial» en politique ?
C’est un machisme parfois subliminal. Les hommes ne se disent pas machos, mais la réalité les contredit. Dans un même questionnaire, ils s’affirment en faveur de la liberté des femmes, d’accord avec le fait qu’elles travaillent loin du foyer, mais ils déclarent aussi consacrer beaucoup moins de temps aux tâches domestiques.
« EN DÉPIT D’UNE IMAGE ASSEZ LIBÉRÉE, LE BRÉSIL EST L’UN DES PAYS D’AMÉRIQUE LATINE OÙ LES VALEURS CONSERVATRICES ET RELIGIEUSES SONT LES PLUS FORTES. »
Au-delà de cette tradition machiste commune à la plupart des pays d’Amérique latine, le Brésil véhicule des stéréotypes propres à son système politique. Plus que pour un parti, dont l’idéologie est souvent mal identifiée, les électeurs votent pour une personnalité. Ils cherchent un chef charismatique. Dilma Rousseff a eu une trajectoire particulière, faite d’engagement et de fonctions techniques. Elle n’était pas aussi charismatique que Lula, mais ce qui a beaucoup pesé, c’est le fait qu’elle n’ait pas été élue avant d’être présidente. Traduction : « Elle n’a pas d’expérience. » Puis : « Elle est incompétente. » Ce sont pourtant des reproches que l’on peut faire à beaucoup de ministres du nouveau gouvernement intérimaire !

Dilma Rousseff est la première femme présidente du Brésil. Au cours de ses deux mandats, ses gouvernements ont compté plus d’une dizaine de femmes ministres. Le nouveau gouvernement de Michel Temer n’en compte aucune. Que faut-il en déduire ?

C’est très symbolique, et révélateur d’un recul. Pour justifier l’absence de femmes ministres, Michel ­Temer a invoqué des raisons qui n’ont fait qu’aggraver la sensation de malaise. Il a précisé que sa chef de cabinet – il a employé le mot « secrétaire » – était une femme. Puis il a évoqué sa propre femme, ­Marcela, décrite par le magazine people Veja comme «belle, réservée et au foyer», en précisant qu’elle aurait une fonction dans le secteur social du gouvernement. Le président par intérim a aussi expliqué qu’aucun des partis qui participaient à son gouvernement ne lui avait suggéré de nom de femme. Il serait pourtant très étrange qu’avec près de 50 % de femmes au sein de la population active, aucune d’entre elles ne soit assez compétente pour entrer au gouvernement. C’est d’autant plus étonnant que l’exécutif compte des jeunes, des fils de dirigeants politiques qui, eux, n’ont aucune expérience… Ce recul est très préoccupant.
Comment l’expliquer ?
Le monde politique reste fermé aux femmes : la Chambre des députés compte moins de 10 % de femmes depuis 2006, alors que le taux de candidates est passé de 13 % à 32 % entre 2006 et 2014. Au Sénat, le pourcentage d’élues oscille entre 18 % et 19 %. Une disproportion ahurissante alors que le Congrès est censé être un miroir de la société. Le monde politique brésilien reflète en réalité les profondes inégalités et les préjugés de la société. Faire campagne exige de l’argent, l’aide d’une famille, l’appui des syndicats… Les Brésiliennes gagnent en moyenne 70 % du salaire des hommes, elles occupent nombre d’emplois informels et peu sont syndiquées. La politique exige d’aller à Brasilia, donc, souvent, de quitter sa famille ou de l’emmener avec soi. Beaucoup y réfléchissent à deux fois. La plupart des députées et sénatrices sont des femmes célibataires, séparées ou divorcées, avec un profil de féministes.
Sous la direction du Parti des travailleurs [PT, gauche], les femmes ont pourtant peu à peu conquis certaines sphères du pouvoir. Pourquoi les blocages perdurent-ils ?
En dépit d’une image assez libérée, le Brésil est l’un des pays d’Amérique latine où les valeurs conservatrices et religieuses sont les plus fortes. Les femmes ont pu accéder au pouvoir, mais les mentalités n’ont pas réellement évolué depuis la fin des années 1990. L’Église catholique et, de plus en plus, les Églises pentecôtistes influencent la société et la politique. L’Église reste ce en quoi les Brésiliens ont le plus confiance, devant les forces armées et les médias. Selon les données de 2010 de la Fondation Perseu Abramo, 61 % des hommes et 66 % des femmes déclaraient qu’ils ne voteraient jamais pour un candidat ne croyant pas en Dieu. 56 % des hommes et 57 % des femmes refusent un candidat qui se prononcerait en faveur de l’avortement. Cela explique en partie pourquoi, bien que le pays ait eu une femme présidente, certains sujets tels l’avortement n’aient pas avancé.

Dans les recherches que nous avons faites sous la direction de la professeure Marlise Matos (« Mulheres nas eleições 2010 », « les femmes et les élections de 2010 »), les Brésiliens faisaient part de positions encore conservatrices sur les questions de genre et d’orientation sexuelle : 45 % des femmes et 54,7 % des hommes étaient, par exemple, en désaccord partiel ou total sur l’union entre personnes du même sexe. En 2015, un projet de loi sur le « statut de la famille » a été examiné au Parlement : il visait à redéfinir strictement une famille comme une union entre un homme et une femme ou l’un des parents et leurs enfants. Le Brésil conservateur s’est réveillé.



mardi 17 mai 2016

DES MILLIERS DE MANIFESTANTS À PARIS

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Selon le ministère de l’intérieur, 68 000 personnes ont manifesté un peu partout en France et 87 personnes ont été interpellées. La CGT estime de son côté que plus de 220 000 personnes sont descendues dans les rues.

De la place de l’Ecole militaire à Denfert-Rochereau, plusieurs milliers de personnes – entre 11 000 et 12 000 selon la préfecture de police, 55 000 selon la CGT – ont défilé à Paris contre la loi travail. Casques et boucliers d’un côté, foulards et lunettes de piscine de l’autre, cette manifestation a de nouveau été ponctuée par des heurts entre policiers et manifestants. Selon la police, des projectiles ont notamment été lancés à proximité du métro Vavin, des journalistes faisant aussi état de jets de pavés. Douze personnes ont été interpellées, essentiellement pour port d’arme prohibée. Les forces de l’ordre, elles, ont largement fait usage de gaz lacrymogènes et ont eu recours à des grenades assourdissantes. 

Les manifestants, arborant souvent les couleurs de l’un des sept syndicats ayant appelé à cette journée d’action, ont fustigé la loi travail et le gouvernement. « Non à la casse du code du travail, retrait du projet de loi », « 49.3 : honte à toi Valls, PS de droite », ont-ils scandé. Le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, a confirmé que le mot d’ordre était plus que jamais au retrait du projet de loi. « C’est la colonne vertébrale du texte qui est mauvaise et qui organise le dumping social, a-t-il répété. On n’a pas été entendus, donc on va se faire entendre encore plus fort. »

Mobilisation en région

En dehors de Paris, les opposants à la loi travail étaient entre 3 500 (police) et 10 000 (syndicats) à Nantes, entre 6 800 et 80 000 à Marseille, 2 300 et 8 000 à Toulouse, 1 700 et 7 000 à Lyon, 1 400 et 3 000 à Montpellier, 1 100 et 2 000 à Rennes, ou encore de 1 600 à 7 000 à Grenoble. Au total, 56 300 personnes ont manifesté en province, selon le ministère de l’intérieur.

Des affrontements ont été signalés à Nantes, à Rennes mais aussi à Lyon, où « cinq policiers ont été blessés, dont un sérieusement », a ajouté le porte-parole du ministère, Pierre-Henry Brandet.

Des routiers et des grévistes ont également mis en place mardi matin des opérations escargot et des blocages de sites, notamment pétroliers, dans l’ouest de la France, provoquant d’importantes difficultés de circulation. Des actions menées à l’appel des fédérations FO et CGT des transports ont notamment eu lieu au Havre, à Rennes, à Lorient, à Caen et au Mans.

Des arrêtés d’interdiction de manifester suspendus
La justice administrative a suspendu neuf arrêtés sur dix émis par le préfet de police de Paris, qui empêchaient des militants antifascistes de participer à la manifestation contre la loi travail, a annoncé un avocat de la défense. Dans ses ordonnances de rejet, le juge relève que les interdictions constituent une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’aller et venir et à celle de manifester ».

Pour le dixième cas, dont le recours a été rejeté, le tribunal a estimé que la personne concernée « ne conteste pas sérieusement les agissements graves et précis qui lui sont reprochés », en l’occurrence des violences contre deux militaires. Au total, cinquante-trois personnes ont été interdites de manifester par arrêté, a précisé le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve.

mercredi 11 mai 2016

TENSIONS ENTRE LE CHILI ET LA BOLIVIE


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UNE DU QUOTIDIEN «EL POTOSÍ» 
DU 9 MAI 2016 
La réponse du président bolivien ne s'est pas fait attendre. « Le président dénonce ce qu'il qualifie d'agression de la part du Chili », rapporte le journal local El Potosí. Le gouverneur de ce département de Potosi accuse le Chili de « tentative d'intimidation, parce que la base militaire est installée près de la source de la rivière Silala». 

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Pour la version latino-américaine du quotidien El Pais, il n'y a pas de doute : « Les tensions entre la Bolivie et le Chili se cristallisent autour de la question de l'eau. Outre l'exigence de la Bolivie d'obtenir de la part du Chili un accès direct à la mer, La Paz prépare actuellement une nouvelle demande. Le gouvernement bolivien veut que le Chili reconnaisse une dette de plusieurs millions de dollars pour l'utilisation « illégale et abusive » des eaux de la source de Silala à travers des canaux construits par le Chili depuis un siècle. 

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CETTE IMAGE DE LA «BASE MILITAIRE SILALA», INSTALLÉE EN TERRITOIRE BOLIVIEN,
FUT SAISIE EN NOVEMBRE 2015 À 1,8 KILOMÈTRES DE LA FRONTIÈRE AVEC LE CHILI.

Le gouvernement chilien considère au contraire que ces eaux, qui prennent leur source en Bolivie, sont des eaux internationales puisqu'elles se jettent dans le Pacifique », explique El Mundo qui conclut : « Le gouvernement de Michelle Bachelet estime qu’Evo Morales utilise le Chili pour faire oublier ses problèmes de politique intérieure ».

lundi 9 mai 2016

BRÉSIL : ANNULATION DE LA PROCÉDURE DE DESTITUTION DE DILMA ROUSSEFF


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WALDIR MARANHÃO CARDOSO LE PRÉSIDENT DE
L'ASSEMBLÉE ANNULE LA DESTITUTION DE DILMA ROUSSEFF
PHOTO ATUAL7

Cette décision provoque un certain tollé d'autant que les sénateurs étaient appelés à voter cette semaine sur l'ouverture formelle du procès en destitution de Dilma Rousseff. À l'initiative de cette annulation, une requête de l'avocat du gouvernement José Eduardo Cardozo. La président Dilma Rousseff a déclaré à la suite de cette information qu'un appel a été accepté et que la procédure de destitution est suspendue, rappelant malgré tout que les conséquences de cette décision «demeurent incertaines».

La décision de Maranhao à son tour invalidée ?

Maranhao a remplacé la semaine passée à la tête de la chambre des députés Eduardo Cunha, suspendu par la Cour suprême du pays dans une enquête sur une affaire de corruption. Adversaire implacable de Dilma Rousseff, Eduardo Cunha était celui qui avait lancé la procédure en destitution de la présidente brésilienne.

La chambre des députés avait voté le 17 avril en faveur de la destitution de la présidente accusée d'avoir maquillé des comptes publics pour favoriser sa réélection en 2014. Après décompte des voix, 367 députés s'étaient prononcés favorablement à la motion qui devait être adoptée par au moins deux tiers des voix, soit 342 suffrages.

La procédure avait alors été transmise au Sénat dont une commission a recommandé vendredi que la présidente soit jugée par la chambre haute en formation plénière. Il n'a pas été établi si la décision prise par Waldir Maranhao peut être, à son tour, invalidée par la Cour suprême, le Sénat ou la majorité de la chambre des députés.

samedi 7 mai 2016

MORT AU CHILI DE MARGOT HONECKER, VEUVE DE L'EX-DIRIGEANT DE LA RDA

Elle est arrivée au Chili en 1992 avec sa fille Sonja, trois ans après la chute du Mur, et suivie de son époux qui y mourut le 29 mai 1994 d'un cancer. 

Surnommée à l'époque de la RDA «la Sorcière violette », en raison de la couleur de ses cheveux blancs abondamment rincés, Margot Honecker, dont l'autorité était crainte, avait introduit doctrine et entraînement militaire dans l'enseignement secondaire. 

Lors d'une de ses dernières interventions publiques en octobre 2009, la femme la plus puissante d'Allemagne de l'Est avait défendu le bilan de son mari qui a dirigé la RDA de 1976 à 1989, avant d'être contraint à la démission trois semaines avant la chute du Mur. 

«À l'Est, nous ne connaissions ni l'incertitude, ni la nécessité, ni la misère. Maintenant le monstre de l'argent a remplacé les relations humaines », avait-elle écrit, alors qu'on célébrait les dix ans de la réunification allemande. 

«Le socialisme reviendra, et pourquoi pas en Allemagne », avait-elle ajouté. 

Dans son livre «L'autre Allemagne » publié en 2000, elle s'était inquiétée de la montée de manifestations de haine dans son pays natal: «La xénophobie et le néo-fascime sont en train de se développer à l'Est (...) Les racines de ce démon sont inhérentes à l'ordre social capitaliste »

Accusés de violations des droits de l'homme et critiqués pour la répression contre ceux qui tentaient de traverser le Mur de Berlin pour fuir à l'Ouest, Erich Honecker et son épouse s'étaient réfugiés à Moscou, au sein de l'ambassade chilienne. 

Après des mois de négociations, le gouvernement chilien les avait autorisés à venir à Santiago, en raison de l'état de santé délicat de M. Honecker. 

Durant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), la RDA avait accueilli de nombreux Chiliens qui fuyaient le régime militaire, dont l'actuelle présidente socialiste Michelle Bachelet, qui y a réalisé une partie de ses études de médecine. 

vendredi 6 mai 2016

CHILI: LES LYCÉENS DANS LA RUE


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PHOTO AGENCIA UNO
Mais depuis le lancement du projet en 2014, les manifestations de lycéens, d'étudiants et de professeurs se sont multipliées pour en dénoncer le manque d'ambition. 

À l'appel de l'Assemblée coordinatrice des lycéens (ACES), les manifestants se sont réunis près du palais présidentiel de La Moneda avant de défiler sur l'avenue Alameda. Mais ils n'ont pas respecté le parcours convenu avec les autorités. La police les a repoussés avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

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La réforme de l'éducation était l'une des principales promesses de campagne de Michelle Bachelet. Une partie a déjà été votée, interdisant la sélection des étudiants et introduisant de manière progressive la gratuité dans les établissements recevant l'aide de l'Etat. Dans les universités, près de 145.000 étudiants (sur un million), appartenant aux catégories les plus pauvres de la population, ont commencé cette année à étudier gratuitement, pour la première fois en 35 ans, toujours dans le cadre de cette réforme qui vise à moyen terme la gratuité totale.


jeudi 5 mai 2016

BRÉSIL: DILMA ROUSSEFF PROMET DE «CONTINUER À SE BATTRE»

«Si je démissionne, la preuve vivante qu'il y a un coup d'État (...) disparaît.»
«Ce processus de destitution est illégitime, illégal», a-t-elle ajouté affirmant vouloir «lutter jusqu'au bout» pour son retour au pouvoir et «contre cette procédure d'impeachment». 

«Ne comptez pas sur moi pour démissionner», a assuré Dilma Rousseff. «Si je démissionne, la preuve vivante qu'il y a un coup d'État (...) disparaît.»

«Je risque de ne pas assister aux jeux Olympiques comme présidente», a déploré Mme Rousseff.  «La crainte que ce ne soit pas moi mais une personne qui a usurpé mon poste me laisse un sentiment de tristesse et d'injustice»

Après l'approbation, le 17 avril 2016, de la procédure d'impeachment par le Congrès des députés, les sénateurs devraient approuver la semaine prochaine l'ouverture formelle d'un procès en destitution contre Mme Rousseff. 

L'impopulaire présidente de gauche, accusée de maquillage des comptes publics, sera alors écartée du pouvoir pendant un maximum de 180 jours en attendant un jugement final, et remplacée par le tout aussi impopulaire Michel Temer. 

Au sommet de l'État, M. Temer est le seul à échapper aux foudres judiciaires. Le vice-président a pourtant été cité comme bénéficiaire de pots-de-vin par plusieurs inculpés du dossier Petrobras, scandale de corruption autour du groupe pétrolier d'État brésilien. 

 «Ils peuvent bien enquêter sur moi», a affirmé Mme Rousseff.  «J'accepte n'importe quelle enquête, parce que je sais que je suis innocente». 

Mais  «même si l'on prouve plus tard que ces accusations étaient infondées, (...) le mal est déjà fait», a-t-elle regretté.   

BRÉSIL : LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS DÉMIS DE SES FONCTIONS


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LE «COUTEAU SUISSE D'EDUARDO CUNHA» 

Il est notamment soupçonné d’avoir dissimulé sur des comptes en Suisse au moins 5 millions de dollars provenant de fonds détournés du groupe pétrolier, selon les enquêteurs.

Décision le 11 mai concernant Dilma Rousseff

Eduardo Cunha est affilié au Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), l’immense formation centriste du vice-président Michel Temer.

Les sénateurs doivent se prononcer le 11 mai par un
 TEORI ZAVASCKI JUGE DE LA 
COUR SUPRÊME BRÉSILIENNE

vote à la majorité simple sur l’ouverture formelle d’un procès en destitution de Mme Rousseff. Elle serait alors écartée du pouvoir pendant au maximum six mois en attendant le jugement final des sénateurs. L’issue de ce vote ne fait pratiquement plus aucun doute et le vice-président Temer se prépare déjà à former un nouveau gouvernement. S’il n’avait pas été écarté de ses fonctions, M. Cunha serait alors devenu second dans l’ordre de succession.

L’enquête sur Petrobras, ouverte en 2014, a mis au jour un système de trucage systématique des marchés passés entre le groupe pétrolier public et ses sous-traitants, donnant lieu à des commissions de 3 % sur chaque marché, dont une partie était reversée à des élus de la coalition au pouvoir.

SARKOZY À UNE RENCONTRE PATRONALE AU CHILI

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Participent également à cette réunion Michelle Bachelet, présidente de la République du Chili, le milliardaire mexicain Carlos Slim et plusieurs directeurs et propriétaires de compagnies des plus importantes d'Amérique Latine. Cette réunion «hermétique» comme l’a dénommée le quotidien conservateur El Mercurio dans son compte rendu; a eu lieu dans le Musée historique et militaire du Chili, le tout agrémenté d'un dîner privé. 

Les amphitryons de la réception furent les familles Saieh, Solari, Said et Luksic parmi les plus riches du pays.

mercredi 4 mai 2016

L’HÉCATOMBE CONTINUE AU CHILI

DES MILLIERS DE PALOURDES ÉCHOUÉES SUR LES CÔTES 
DE L'ÎLE DE CHILOÉ, ENVIRON 1.000 KM AU SUD DE SANTIAGO, 
AU CHILI, LE 1ER MAI 2016. PHOTO ALVARO VIDAL

Le premier signal d'alarme est venu l'an dernier, quand plus de 330 baleines ont été retrouvées mortes dans un fjord isolé de la Patagonie, à l'extrême sud du pays.

Mais il n'est pas resté un incident isolé : début 2016, une prolifération anormale de micro-algues dans la région de Los Lagos (sud) a tué par asphyxie 40 000 tonnes de saumon, soit 12% de la production annuelle du pays, numéro deux mondial du secteur.

Quatre mois plus tard, ce sont 8000 tonnes de sardines mortes qui ont été découvertes à l'embouchure du fleuve Queule, dans la région de La Araucania (sud).

Et la semaine dernière, des dizaines de milliers de mâchas, coquillage typique du Chili, ont connu le même sort près de l'île de Chiloé, dans la région de Los Lagos, nouvel indice d'un océan perturbé.

La faute à la marée rouge ?

Pour les autorités, le décès massif de mâchas est dû à la présence, dans cette zone, de la «marée rouge», liée à la multiplication d'algues. Par précaution, elles ont interdit l'extraction de fruits de mer dans toute la région, privant de travail des milliers de pêcheurs.

«Tous les ans nous avons des marées rouges dans la partie australe du Chili, mais cette fois la marée a avancé plus vers le nord, affectant ces populations de mollusques qui n'y avaient jamais été exposés auparavant», explique Jorge Navarro, expert du Centre de recherche en écosystèmes marins en haute altitude (Ideal).

Ou bien El Niño ?

Pour les scientifiques, derrière la majorité de ces épisodes étranges se trouve le phénomène météorologique El Niño, qui touche l'Amérique latine depuis environ un an. Il provoque, entre autres, un réchauffement des eaux de l'océan Pacifique, propice à la prolifération d'algues consommant l'oxygène des poissons ou entraînant une forte concentration en toxines comme dans le cas de la marée rouge.

«Nous supposons qu'un facteur commun à tous ces cas de mortalité survenus tant chez les saumons d'élevage dans le sud du Chili que chez les poissons des côtés (les sardines principalement) est l'actuel phénomène d'El Niño, l'un des plus intenses de ces 65 dernières années», a ainsi indiqué un panel d'experts de l'Institut de la pêche du Chili (Ifop).

Le Chili manque d’information sur la mer

Mais les scientifiques citent aussi d'autres facteurs. Laura Farias, océanographe de l'Université de Concepcion, soupçonne le développement croissant de la pêche dans la zone d'avoir entraîné les morts de saumons et coquillages.

«Il y a des études qui indiquent qu'en Patagonie, la plus forte fréquence de bloom (prolifération d'algues, ndlr) toxique pourrait être une conséquence de l'aquaculture», explique-t-elle, assurant qu'«il n'y a pas de phénomène écologique, océanographie ou climatique» reliant tous ces incidents.

«Le Chili manque encore d'information sur la mer», souligne Valesca Montes, spécialiste de la pêche au sein de l'organisation WWF Chili. Selon elle, «il faut investir dans l'information océanographique, afin d'être capables de prédire certains événements» et mieux se préparer aux effets du changement climatique.