mercredi 30 août 2017

TEST


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ARGENTINE : «OÙ EST SANTIAGO MALDONADO ?»

CAPTURE D'ÉCRAN 

Un mois après la disparition de Santiago Maldonado, l’enquête, extrêmement lente, n’a pour l’instant abouti à rien. «Le juge et la procureure en charge ne sont pas impartiaux, proteste Verónica Heredia, l’avocate de la famille Maldonado. Ce sont ceux-là mêmes qui ont ordonné l’opération de la gendarmerie à Pu Lof ! L’Etat est responsable, c’est son obligation que Santiago soit retrouvé en vie.»

Face à cette demande de vérité et de justice, la ministre de la Sécurité a commencé par exprimer son «intime conviction» que la gendarmerie n’avait rien à voir avec cette disparition, cette dernière niant avoir réalisé la moindre arrestation ce jour-là. Mais la pression monte sur le gouvernement, y compris à l’international, l’ONU et la Commission interaméricaine des droits de l’homme ayant réclamé une action urgente.  

dimanche 27 août 2017

AU VENEZUELA POUR « LE MONDE », DES REPORTERS SOUS PSEUDONYME


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« LE MONDE RESSUSCITE LES MORTS POUR MENTIR SUR LE VENEZUELA »
« Le Monde ressuscite les morts pour mentir sur le Venezuela »
Depuis plusieurs années, le journal Le Monde compte sur les habituels pamphlets antichavistes de ses collaborateurs Marie Delcas et Paolo Paranagua. La première est correspondante du journal pour couvrir les événements au Venezuela. Petit détail, elle est en poste à Bogota, soit à 1400 kilomètres de Caracas.
Cela peut paraître assez étrange. On imagine assez mal un correspondant en Espagne relatant les derniers évènements tragiques de Catalogne depuis Paris. Pourtant la distance entre les deux villes européennes est plus courte que celle qui sépare les deux capitales latinos. Pour remédier à l´éloignement, la dite correspondance relève plus du commentaire élogieux des opinions de l´opposition à la Révolution bolivarienne. Mais ça, le lecteur du Monde n´en saura rien.
La deuxième personne est un éditorialiste. Il s´agit de Paolo Paranagua, alias le Comandante Saúl, responsable de plusieurs attentats dans les années 70 comme le rappelait encore Jean-Luc Mélenchon(1).

Viscéralement opposé aux gouvernements populaires d´Amérique Latine, M. Paranagua confond, depuis maintenant de nombreuses années, propagande politique et journalisme, et massacre régulièrement la notion d´information honnête et équilibrée. Mais ça, le lecteur du Monde ne le sait pas.

MARIE-EVE DETOEUF
(QUI SIGNE SES ARTICLES MARIE DELCAS)
À ces deux militants politiques qui, sous couvert de leur carte de presse, relaient les tracts les plus odieux de l´extrême droite vénézuélienne, s´ajoute désormais un troisième larron.

Depuis maintenant deux semaines une envoyée spéciale du Monde, Fanny du Villars, rédige des écrits à charge contre la Révolution Bolivarienne dans le plus grand mépris de toute déontologie et en claire violation de la Charte de Munich (au moins en ce qui concerne les articles 1,3,6,8,9 relatifs aux devoirs des journalistes). Or Fanny du Villars n´existe au Monde que depuis deux semaines, et n´a jamais rien écrit auparavant pour ce journal, ni pour aucun autre média.

ARTICLES DE PROPAGANDE ÉCRITS PAR
« L´ENVOYÉE SPÉCIALE » DU JOURNAL
LE MONDE, FANNY DU VILLARS
Fanny du Villars n´est pourtant pas une inconnue au Venezuela. Née en 1775 en France, c´est une lointaine cousine du Libertador Simon Bolivar, avec qui celui-ci aurait entretenu une relation amoureuse et a correspondu jusqu´à la fin de sa vie. Fanny du Villars est décédée le 21 décembre 1837, prés de Lyon.

Ce que l´on sait moins c´est que, visiblement, elle serait revenue à la vie, et travaillerait désormais pour le groupe de communication de messieurs Pigasse, Bergé et Niel.

LE « REPENTI »
PAULO A. PARANAGUA
Certaines mauvaises langues qui ne croiront pas un seul instant à cette histoire de réincarnation pencheront plutôt pour dire qu´il s´agit là d´un pseudonyme. Or le titre « d´envoyée spéciale » confère une certaine légitimité aux faits rapportés par une personne qui est sur place, et qui est censée nous proposer une vision fidèle des évènements. Mais si cette personne n´existe pas, on peut se demander s´il y a vraiment un envoyé spécial du journal Le Monde au Venezuela ? Et si oui, pourquoi alors utiliser un pseudonyme ? Il y a, à Caracas, des dizaines de journalistes étrangers travaillant pour des médias ou des agences internationales, et à notre connaissance, aucun ne se cache derrière le masque de l´anonymat. Ce qui nous amène à nous demander qui est derrière ce pseudonyme et surtout d´où vient l´information que Le Monde offre à ses lecteurs.

En effet, « Fanny du Villars » est-elle une personne directement liée aux franges les plus radicales de l´opposition vénézuélienne et dont la crédibilité ne résisterait pas à l´examen de son curriculum politique ? Est-ce un membre de la « Resistencia », ces groupes connus pour avoir brulé vif des afro-vénézuéliens parce qu´ils ressemblaient à des chavistes ? Qui écrit ? Qui nous informe ? Un journaliste qui nous rapporte des faits ou un mercenaire de l´information, payé pour tergiverser et mentir sur la réalité du Venezuela ?

Les articles du spectre Fanny du Villars sont tellement caricaturaux qu´on peut aussi légitimement se demander s´il ne s´agit pas de travaux élaborés par un bureau de diplomatie publique, et qui échouent dans les pages d´un journal qui se prêterait au jeu de la propagande. Un grand classique qui nous renvoie aux actions menées par Otto Reich et à la Office of Public Diplomacy for Latin America and the Caribbean du gouvernement des Etats-Unis lors de la guerre contre le Nicaragua Sandiniste(2).

Il ne s´agit là, évidemment, que d´hypothèses mais une chose est sûre : les articles de « l´envoyée spéciale » Fanny du Villars ne sont pas l´œuvre d´un journaliste honnête dont le but est d´informer ses lecteurs.

Le journal Le Monde est une nouvelle fois pris la main dans le sac de la propagande de guerre. Derrière «Fanny du Villars », c´est notre droit à être informé qui est piétiné par le quotidien de référence au pouvoir dominant.


NOTES: 
(1) Jean Luc Mélenchon est le seul homme politique à avoir dénoncé le passé obscur et le parti pris idéologique de Paolo Paranagua, voir http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/10/21/retour-de-voyage-dans-la-v.... Le leader de la France insoumise dénonce aussi les attentats commis par Paolo Paranagua et son groupe dans les années 70. À l´heure où les attentats endeuillent plusieurs pays d´Europe, des dirigeants historiques de l´ancienne LCR ont condamné…..Jean Luc Mélenchon et se sont solidarisés avec l´éditorialiste du Monde. Voir : https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/19...
(2) Voir sur le site du National Security Archive de l´Université George Washington : http://nsarchive2.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB40/

GRANDES MANŒUVRES AUTOUR DU VENEZUELA


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NAVIRES DE MARINE AMÉRICAINE, NAVIGUENT 
EN FORMATION DANS L'OCÉAN PACIFIQUE  
PHOTO HITOSHI MAESHRIO
Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur ce qui se passe à l’intérieur du Venezuela, laissent dans l’ombre ce qui se passe autour du Venezuela. Dans la géographie du Pentagone, celui-ci entre dans l’aire du U.S. Southern Command (Southcom), un des six «commandements combattants unifiés»  entre lesquels les EU divisent le monde.
IMAGE SOUTHCOM
Le Southcom, qui couvre 31 pays et 16 territoires de l’Amérique latine et des Caraïbes, dispose de forces terrestres, navales et aériennes et du corps des marines, à quoi s’ajoutent des forces spéciales et trois forces opérationnelles spécifiques : la Joint Task Force Bravo, basée dans la base aérienne de Soto Cano au Honduras, qui organise des exercices multilatéraux et autres opérations ; la Joint Task Force Guantanamo, basée dans la base navale homonyme à Cuba, qui effectue des « opérations de détention et interrogatoire dans le cadre de la guerre au terrorisme »  ; la Joint Interagency Task Force South, basée à Key West en Floride, avec la mission officielle de coordonner les « opérations anti-drogue»  dans toute la région. L’activité croissante du Southcorn indique que ce qu’a déclaré le président Trump le 11 août - «  Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible action militaire  »  – n’est pas une simple menace verbale.

 LOGO DE L'EXERCICE INTERNATIONAL 
UNITAS LVIII.  
PHOTO MARINE DE GUERRE DU PÉROU
Une force spéciale des marines, dotée d’hélicoptères de guerre, a été déployée en juin dernier au Honduras pour des opérations régionales avec une durée prévue de six mois. Dans le cadre toujours du Southcorn s’est déroulé en juin à Trinidad et Tobago l’exercice Tradewinds, avec la participation de forces de 20 pays des Amériques et des Caraïbes. En juillet s’est déroulé au Pérou l’exercice naval Unitas, avec la participation de 18 pays, et, au Paraguay, la compétition-exercice de forces spéciales de 20 pays. Du 25 juillet au 4 août, des centaines d’officiers de 20 pays ont pris part à la Panamax, exercice officiellement destiné à la « défense du canal de Panama » . Du 31 juillet au 12 août s’est déroulé à la Joint Base Lewis-McCord (Washington) le Mobility Guardian, « le plus grand exercice réaliste de mobilité aérienne »  avec la participation de 3000 hommes et 25 partenaires internationaux, en particulier les forces aériennes colombiennes et brésiliennes qui se sont exercées dans des missions diurnes et nocturnes avec des forces étasuniennes, françaises et britanniques. Le « scénario réaliste »  est celui d’une grande opération aérienne, pour transporter rapidement des forces et armements dans la zone d’intervention. En d’autres termes, la répétition de l’intervention militaire au Venezuela menacée par Trump.

La base principale serait la Colombie voisine, reliée à l’Otan en 2013 par un accord de partenariat. « Du personnel militaire colombien – documente l’Otan – a pris part à de nombreux cours à l’Académie de Oberammergau (Allemagne) et au NATO Defense College à Rome, en participant aussi à de nombreuses conférences militaires de haut niveau » .

Qu’un plan d’intervention militaire au Venezuela existe déjà est confirmé par l’amiral Kurt Tidd, commandant du Southcorn : dans une audition au sénat, le 6 avril 2017, il déclarait que « la crise humanitaire croissante au Venezuela pourrait rendre nécessaire une riposte régionale » . Pour réaliser la menace de l’ « option militaire »  de Trump, pourrait être adoptée, même dans un contexte différent, la même stratégie que celle mise en acte en Libye et Syrie : infiltration de forces spéciales et de mercenaires qui jettent de l’huile sur les foyers intérieurs de tension, en provoquant des affrontements armés ; accusation contre le gouvernement de massacrer son propre peuple et l’ «intervention humanitaire » qui en résulte par une coalition armée conduite par les EU.

samedi 26 août 2017

WASHINGTON ALOURDIT SES SANCTIONS CONTRE LE VENEZUELA


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LA GUERRE ÉCONOMIQUE PERSISTE  
CONTRE VENEZUELA 
Washington accentue la pression contre le président Maduro : la Maison Blanche a imposé vendredi 25 août 2017 de nouvelles sanctions au Venezuela, visant à restreindre l’accès du régime aux capitaux étrangers dont il a un besoin crucial.
Le Monde.fr avec l'AFP 
LA GUERRE ÉCONOMIQUE PERSISTE 
CONTRE LE VENEZUELA 
Déterminé à démontrer que son pays ne resterait pas immobile face à « l’effondrement » du Venezuela, le président américain Donald Trump a signé un décret qui prévoit l’interdiction d’acheter de nouvelles obligations émises par le gouvernement du Venezuela ou la compagnie pétrolière nationale PDVSA.



ÉTATS-UNIS EN GUERRE ÉCONOMIQUE
CONTRE LE VENEZUELA
Des sanctions américaines visent déjà nommément des responsables vénézuéliens, mais le décret de vendredi constitue une pression supplémentaire et une réponse à la décision controversée de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, en mai, d’acheter des obligations bradées émises par PDVSA. Cette opération, dénoncée par l’opposition à Nicolas Maduro, avait apporté un bol d’air à la banque centrale vénézuélienne.

Riche en ressources pétrolières mais pauvre en liquidités, le pays, dont la dette est estimée à plus de 100 milliards de dollars, redoute le spectre d’un défaut de paiement. Nicolas Maduro, très impopulaire, selon les sondages, est confronté depuis plus de quatre mois à des manifestations de l’opposition qui réclame sa démission.

« Ces mesures ont été soigneusement calibrées pour priver la dictature Maduro d’une source cruciale de financement, a souligné la Maison Blanche. Les États-Unis réitèrent leur appel au Venezuela à restaurer la démocratie, à organiser des élections libres et équitables, à libérer immédiatement et sans conditions tous les prisonniers politiques et à mettre fin à la répression du peuple vénézuélien. »

Le secteur pétrolier épargné

ÉTATS-UNIS EN GUERRE ÉCONOMIQUE 
CONTRE LE VENEZUELA
« Le statu quo est inacceptable », a martelé le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, précisant que des dérogations avaient été prévues, en particulier pour l’aide humanitaire, afin d’éviter que les Vénézuéliens soient directement frappés par ces mesures.

Pour Henkel García, directeur de l’institut Econometrica, l’effet de cette mesure est, à court terme, « très limité », car elle ne porte que sur les nouveaux financements de la dette. Le directeur du cabinet Ecoanalitica, Asdrubal Oliveros, estime pour sa part que l’attitude des États-Unis aggrave la dépendance du Venezuela vis-à-vis de la Russie et de la Chine.

« La prochaine échéance de la dette vénézuélienne s’élève à 2,9 milliards de dollars [2,4 milliards d’euros], assure l’économiste. Le gouvernement avait l’intention d’utiliser ses réserves en or, mais il aura désormais du mal à effectuer des opérations financières à l’international. » Pour honorer la dette, Caracas sera contraint de réduire les importations et donc d’accroître les pénuries.

Le Venezuela a immédiatement dénoncé, par la voie de son ministre des affaires étrangères, Jorge Arreaza, la « pire agression » qui soit contre le peuple. « Peut-être que les États-Unis essayent de créer ou de promouvoir une crise humanitaire dans notre pays », a-t-il lancé depuis New York à l’issue d’un entretien avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. « Que veulent-ils ? Affamer le peuple vénézuélien ? »

De son côté, la présidente del’Assemblée constituante vénézuélienne Delcy Rodriguez a dénoncé une « guerre économique » menée par les États-Unis. Cette assemblée, dont les membres sont tous issus du parti au pouvoir, a prévu de siéger deux ans. Elle a pour mission de réécrire la Constitution de 1999 promulguée par le défunt Hugo Chavez. L’opposition accuse Nicolas Maduro de vouloir en fait accroître ses pouvoirs et prolonger son mandat qui s’achève normalement en janvier 2019.

ÉTATS-UNIS EN GUERRE ÉCONOMIQUE
CONTRE LE VENEZUELA
Washington exclut une action militaire à court terme Washington et Caracas, qui n’ont plus d’ambassadeurs respectifs depuis 2010 mais dont les relations s’étaient quelque peu améliorées à la fin du mandat de Barack Obama, conservent des liens économiques et commerciaux étroits, avant tout dans l’industrie pétrolière.

Ce secteur stratégique sera d’ailleurs épargné par les sanctions. Le Venezuela exporte plus de 90 % de sa production vers les États-Unis. Un embargo le déstabiliserait dan­gereusement tout en désorganisant l’industrie américaine du raffinage. Les exportations de brut léger américain vers ce pays ne sont pas non plus concernées. En revanche, le décret empêche la compagnie de droit américain ­détenue par PDVSA, Citgo, qui raffine et distribue des carburants aux États-Unis, de transférer des dividendes au Venezuela.

La Maison Blanche a, par ailleurs, exclu vendredi toute action militaire américaine au Venezuela à court terme. « Nous étudions toujours un vaste éventail d’options, a déclaré le général HR McMaster, conseiller à la sécurité nationale. Toute décision serait prise en conjonction avec nos partenaires dans la région et aucune action militaire n’est prévue dans un futur proche. »

ÉTATS-UNIS EN GUERRE ÉCONOMIQUE 
CONTRE LE VENEZUELA
Interrogé à la mi-août depuis son golf de Bedminster, dans le New Jersey, Donald Trump avait évoqué « une possible option militaire si nécessaire », provoquant la colère du président vénézuélien Nicolas Maduro qui avait immédiatement ordonné des exercices militaires. Nombre de pays de la région – Brésil, Colombie, Pérou, Chili, Mexique ou encore Equateur – avaient clairement rejeté la perspective d’un recours à la force.

Alors que M. Trump a affirmé avec constance, au cours de la campagne présidentielle et pendant ses premiers mois à la Maison Blanche, sa volonté d’être guidé par les seuls intérêts américains, le Venezuela semble susciter une attention particulière chez lui. C’est en effet officiellement au nom de la démocratie que le tour de vis de vendredi a été décidé.

vendredi 25 août 2017

VO NGUYÊN GIAP : ET LE STRATÈGE DÉFIT L’AMÉRIQUE

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LE COMMANDANT EN CHEF DE L'ARMÉE POPULAIRE DE VIÊT-NAM, 
VÕ NGUYÊN GIÁP (1911-2013) A SALUÉ LA FOULE, LE POING LEVÉ, 
LORS D'UNE CONFÉRENCE DE PRESSE AU VIÊT-NAM DU NORD 
PENDANT LA GUERRE DU VIÊT NAM ENVIRON 1969.
 CENT-SIXIÈME ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE VÕ NGUYÊN GIÁP 
1911 -25 Août - 2017 
De rien il fit une armée ; d’un affrontement local, un symbole universel de la résistance à l’iniquité. Il vainquit les Français à Diên Biên Phu en 1954, puis ébranla les Américains avec l’offensive du Têt de 1968. Un David triomphant de plusieurs Goliath : ainsi s’inscrit le général Vo Nguyên Giap dans l’histoire du Vietnam.
par Xavier Monthéard
VÕ NGUYÊN GIÁP
Giap naît le 25 août 1911, en Annam, protectorat de l’Indochine française. Sa famille l’imprègne d’une fierté rétive à la domination étrangère. Au lycée de Huê, la lecture du Procès de la colonisation française, de Hô Chi Minh, le bouleverse. La cupidité des colons, leur mépris pour les indigènes, leur brutalité provoquent en 1930 un vaste soulèvement, durement réprimé. Instruit par la prison, Giap mènera dès lors une double vie.
Il obtient son baccalauréat en 1934, devient professeur, se marie. Simultanément, il rejoint le Parti communiste, clandestin. Les fondations du Vietminh, une structure ouvrière et paysanne liée au Komintern, sont posées. Passé en Chine en 1940, Giap y reçoit bientôt l’ordre de former une armée de libération. Il a une trentaine d’années, son destin bascule. Désormais, trois décennies de combat — indépendance en septembre 1945, guerre française d’Indochine jusqu’en 1954, guerre américaine, victoire de 1975 — seront marquées par son génie militaire.

Sans formation académique, Giap peaufina le concept de « guerre du peuple » : une armée de partisans s’appuyant sur la population. Ses troupes surent se concilier les villageois par leur abnégation, contrastant avec les exactions françaises ou américaines. En contrepartie, les civils servaient de coolies ; ils permirent des prouesses de logistique. Qu’on songe aux difficultés du siège de Diên Biên Phu : il fallut, cinquante-cinq jours durant, par bicyclettes et radeaux, ravitailler en nourriture et en armements, sur d’abrupts sentiers de jungle, une armée écrasée sous les obus et le napalm…

Pour Giap, la guerre révolutionnaire comporte trois phases : la défense stratégique, la guérilla et la contre-offensive. Il excella dans les deux premières, se montra parfois impatient lors d’opérations de grande ampleur. Il sut toutefois retourner une défaite tactique, comme celle du Têt en 1968, en triomphe politique : l’opinion américaine bascula quand elle découvrit l’omniprésence des « Vietcongs ».

LE GÉNÉRAL VO NGUYÊN GIAP
Confronté à une logique d’anéantissement, Giap développa une stratégie d’usure qui fit voler en éclats ce qu’il appelait le « mythe de l’insurpassable puissance des troupes américaines ». Selon son biographe, Cecil B. Currey, Giap fut « peut-être le seul génie militaire du XXe siècle et l’un des plus grands de tous les temps » pour « avoir déclenché une bataille contre ses ennemis à partir d’une situation de grave faiblesse, en commençant presque sans troupes, et capable pourtant de vaincre successivement les vestiges de l’empire japonais, les armées de la France, second empire colonial, et les États-Unis, l’une des deux superpuissances du monde ».




SUR LE MÊME SUJET :


LA CONSTITUANTE VÉNÉZUÉLIENNE ANNONCE UN RÉFÉRENDUM SUR LA FUTURE CONSTITUTION


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 L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE
PHOTO AFP
L’organe législatif, chargé de rédiger le texte, « fixera la date de la tenue d’un référendum », indique un article adopté jeudi à l’unanimité de ses membres.
« VAGUE DE VIOLENCE DÉCLENCHÉE
 PAR L'OPPOSITION »
La future Constitution vénézuélienne qui sera rédigée par l’Assemblée constituante sera soumise à un référendum, a annoncé jeudi 24 août 2017 cet organe législatif contesté doté de pouvoirs absolus pour piloter ce pays pétrolier secoué par une profonde crise.

« VAGUE DE VIOLENCE DÉCLENCHÉE
 PAR L'OPPOSITION »
«L’Assemblée nationale constituante approuvera le texte constitutionnel dans son intégralité et fixera la date de la tenue d’un référendum », indique l’article adopté à l’unanimité par les 545 constituants.

Cible des critiques de l’opposition, qui lui reprochait d’avoir convoqué une Assemblée constituante sans référendum préalable, le président vénézuélien Nicolas Maduro s’était engagé à consulter les Vénézuéliens sur le nouveau texte.

Début de la rédaction « la semaine prochaine »

« VAGUE DE VIOLENCE DÉCLENCHÉE
 PAR L'OPPOSITION »
L’Assemblée constituante, dont les membres sont 
tous issus du parti au pouvoir, a prévu de siéger deux ans. Elle a pour mission de réécrire la Constitution de 1999 promulguée par le défunt Hugo Chavez. L’actuel chef de l’État socialiste lui a notamment fixé pour mission d’apporter la « paix » et de redresser l’économie en lambeaux de cette nation pétrolière, naguère immensément riche.

L’opposition accuse M. Maduro de vouloir en fait accroître ses pouvoirs et prolonger son mandat qui s’achève normalement en janvier 2019.

L’élection fin juillet de la Constituante, installée le 4 août, a été entachée par des violences qui ont fait dix morts, alors que déjà près de 130 personnes avaient été tuées en quatre mois de manifestations contre le gouvernement.

« À partir de la semaine prochaine nous allons rédiger les chapitres de la nouvelle Constitution », a déclaré jeudi Delcy Rodriguez, présidente de l’Assemblée constituante et proche du président Maduro.

mercredi 23 août 2017

LA « GUERRE ÉCONOMIQUE » POUR LES NULS (ET LES JOURNALISTES)


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LA « GUERRE ÉCONOMIQUE » POUR LES NULS (ET LES JOURNALISTES) 
Sous la forme d’un feuilleton en quatre parties que vous pourrez retrouver chaque jour à partir du 11 août 2017, Mémoire des luttes publie une enquête exclusive de Maurice Lemoine consacrée à la question de la « guerre économique » au Venezuela. 
Alors que la vague de violence déclenchée par une opposition décidée à le renverser a provoqué la mort de plus de cent dix personnes depuis début avril, le président « chaviste » Nicolás Maduro a réussi son pari : faire élire une Assemblée nationale constituante le 30 juillet. Malgré une situation extrêmement tendue et les menaces proférées contre les électeurs par les groupes de choc d’extrême droite, plus de 8 millions de citoyens (41,5 % de l’électorat) se sont déplacés et ont choisi leurs représentants. 
Largement traitée par des médias totalement acquis à l’opposition, la grave crise que traverse le Venezuela comporte une dimension systématiquement passée sous silence : comme dans le Chili de Salvador Allende, une sournoise mais féroce « guerre économique » déstabilise le pays.
PARTIE 1
SIMON BOLIVAR, 
BÂILLONNÉE PAR LA PRESSE 
Le 18 janvier 2013, alors que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (en anglais FAO) vient de publier son rapport annuel [1], son ambassadeur Marcelo Resende de Souza visite au Venezuela un marché de Valencia (État de Carabobo), accompagné du vice-président de l’époque Nicolás Maduro. « Nous possédons toutes les données sur la faim dans le monde, déclare-t-il. Huit cents millions de personnes ont faim ; 49 millions en Amérique latine et dans la Caraïbe, mais aucune au Venezuela parce qu’ici la sécurité alimentaire est assurée. »


Etrangement, quatre mois à peine se sont écoulés que, la maladie ayant emporté Hugo Chávez et son ex-vice-président venant d’être élu chef de l’État, le quotidien (et porte-parole officieux des multinationales espagnoles) El País entonne une toute autre chanson : « Le désapprovisionnement accule Maduro » [2]. Certes, la pénurie concerne principalement, à ce moment, le papier hygiénique (qui, pendant de longues semaines, va fournir un passionnant sujet de dissertation aux pisse-copies du monde entier), mais, mentionne El País, elle s’ajoute à « une absence cyclique (…) de la farine, du poulet, des déodorants, de l’huile de maïs, du sucre et du fromage (…) dans les supermarchés ».

«GUERRE ÉCONOMIQUE» POUR 
LES NULS (ET LES JOURNALISTES) 
Ainsi débute médiatiquement ce qui va devenir « la pire crise économique » connue par ce pays, « potentiellement l’un des plus riches au monde », du fait de sa « dépendance à l’or noir », de « la baisse du prix du baril de pétrole » et de « la gabegie du gouvernement ». Alors que les porte-paroles de l’opposition incriminent en vrac l’excessive intervention de l’État, la régulation « autoritaire » des prix, l’impossibilité qui en découle pour l’entreprise privée de couvrir ses coûts de production, le manque de devises octroyées par le pouvoir pour importer matières premières et produits finis, les pénuries deviennent chroniques, les rayons des supermarchés désespérément vides, les files d’attente interminables, le « marché noir » omniprésent. « Au Venezuela, la baisse du pétrole fait flamber les prix des préservatifs » pourra bientôt titrer Le Figaro (17 février 2015). Même les médicaments deviennent introuvables, attisant l’angoisse et les souffrances de la population.

Une telle situation a de quoi émouvoir les humanistes du monde entier. « S’il y a une crise humanitaire importante, c’est-à-dire un effondrement de l’économie, au point qu’ils [les Vénézuéliens] aient désespérément besoin d’aliments, d’eau et de choses comme ça, alors nous pourrions réagir », annonce sur CNN, le 28 octobre 2015, le chef du Commandement sud de l’armée des États-Unis (Southern Command), le général John Kelly, en réponse aux appels « désespérés » de la « société civile » vénézuélienne. Dès 2014, alors que la Table d’unité démocratique (MUD) appelait au renversement du chef de l’État en lançant l’opération « La Salida » (« la sortie »), l’une de ses dirigeantes, María Corina Machado, avait tracé la voie : « Certains disent que nous devons attendre les élections dans quelques années. Est-ce que ceux qui n’arrivent pas à alimenter leurs enfants peuvent attendre ? (…) Le Venezuela ne peut plus attendre ! » La violente séquence subversive échoua, mais se solda par 43 morts et plus de 800 blessés. Et les Vénézuéliens continuèrent à éprouver des difficultés chaque jour plus insupportables pour s’approvisionner.

«GUERRE ÉCONOMIQUE» POUR 
LES NULS (ET LES JOURNALISTES)
Le 6 décembre 2015, lors des élections législatives, les tracas, les privations et le mécontentement ayant érodé le moral des citoyens de tous bords, le chavisme perd 1 900 000 voix et devient minoritaire à l’Assemblée. Inversant les termes de l’équation, la grande internationale néolibérale célèbre ce triomphe de la « démocratie » sur le « chaos ». Soumis à une information triée et rassemblée pour conforter cet a priori, bien peu, en particulier à l’étranger, ont conscience de ce que cette victoire a reposé fondamentalement sur un torpillage de la « révolution bolivarienne » par une déstabilisation économique similaire à celle employée dans les années 1970 au Chili contre Salvador Allende. Dénoncée en son temps par les progressistes (plus organisés, lucides et courageux à l’époque qu’aujourd’hui), cette dernière fut officiellement confirmée, trente-cinq années plus tard, par la déclassification de vingt mille documents des archives secrètes du gouvernement des États-Unis. S’agissant de la « crise vénézuélienne », on peut donc espérer voir cesser la déconnexion entre discours médiatique et réalité dans environ… trois décennies. Ce qui, malheureusement, arrivera un peu tard pour la compréhension des événements et la défense urgente, sur la terre de Bolivar, d’une démocratie particulièrement menacée. Mais permettra sans doute à ceux qui, actuellement, ferment volontairement ou détournent lâchement les yeux, de vendre du papier en publiant et commentant avec une indignation de bon aloi ces « stupéfiantes révélations ».

SIMON BOLIVAR, 
BÂILLONNÉE PAR LA PRESSE 
Rien de nouveau sous le soleil, pourtant. En matière de «déstabilisation économique» débouchant sur un coup d’État, le Chili de l’Unité populaire (4 septembre 1970 – 11 septembre 1973) demeure évidemment une référence incontestée. Rien de plus clair que l’ordre donné par Richard Nixon à la Central Intelligence Agency (CIA) : « Make the economy scream ! » (« faites crier l’économie »). Ainsi que la multiplication des mesures de rétorsion mises en œuvre contre Santiago : blocage des biens et avoirs chiliens aux États-Unis, disparition des machines et pièces de rechange pour les mines, manœuvres à l’international pour empêcher la consolidation de la dette chilienne, pressions sur le cours du cuivre, saisie-arrêt des exportations de ce métal vers l’Europe... En 1972, du fait des mesures sociales et de l’augmentation du pouvoir d’achat, la consommation populaire augmente considérablement. Suspendant la mise en vente de leurs stocks, retenant leurs marchandises, les entreprises privées provoquent délibérément des problèmes de ravitaillement. Des files d’attente interminables se forment à l’entrée des magasins. La majorité des biens de première nécessité – dont l’inévitable papier hygiénique ! – ne se trouvent plus qu’au marché noir. Quotidien chilien « de référence », El Mercurio se délecte : « Le socialisme c’est la pénurie ». Casseroles vides à la main, des milliers d’opposants se rassemblent dans les rues. Le 25 juillet 1973, grassement « arrosée » de 2 millions de dollars par la CIA, la puissante fédération des camionneurs déclare une grève illimitée et immobilise sa flotte de poids lourds pour empêcher les aliments de parvenir à la population. Dans très peu de temps, il ne restera au général Augusto Pinochet qu’à intervenir pour mettre un terme à la débâcle de l’« économie socialiste ».

Les difficultés du peuple constituant un ferment constant de révoltes, des techniques relevant de la même philosophie avaient déjà été utilisées contre Cuba. Prenant acte du fait qu’on ne pouvait compter sur un soulèvement populaire pour renverser Fidel Castro, le sous-secrétaire d’État américain aux affaires internationales Lester D. Malory conseilla dans son rapport du 6 avril 1960 : «  Le seul moyen prévisible de réduire le soutien interne passe par le désenchantement et le découragement basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques (…) Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement (…) dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. » Le 3 février 1962, dans le but d’étrangler l’île, John Fitzgerald Kennedy annoncera la mise en place de l’embargo – toujours en vigueur actuellement. Sans résultat dans ce cas, à l’exception des souffrances inutiles infligées au peuple cubain.

« VAGUE DE VIOLENCE 
DÉCLENCHÉE PAR L'OPPOSITION »
Vingt ans après Cuba avec Fulgencio Batista, le Nicaragua sandiniste s’est débarrassé en 1979 de son dictateur Anastasio Somoza. Alors que les premières élections libres doivent avoir lieu le 4 novembre 1984 et que les troupes contre-révolutionnaires – la « contra » –, financées, entraînées et approvisionnées par les États-Unis, harcèlent le pays depuis le Honduras et le Costa Rica voisins, des agents des forces spéciales américaines minent les eaux de plusieurs ports nicaraguayens en début d’année. De nombreux navires ayant été endommagés, les primes d’assurance augmentent, les bateaux marchands étrangers évitent la destination, affectant très fortement l’économie par la réduction drastique des importations et des exportations. Objectif atteint ! « La pénurie au cœur des élections », titre et développe Libération, le 2 novembre 1984 : « Au marché noir, on peut pratiquement tout acheter, à condition d’y mettre le prix : 65 cordobas les deux piles de radio (produit rare), 160 le tube de dentifrice. L’occupation principale de quelques centaines de “hiboux” consiste à se procurer des dollars au marché noir (environ dix fois le taux officiel) puis à partir s’approvisionner au Costa Rica ou au Guatemala. Les produits sont ensuite revendus jusqu’à vingt fois le prix officiel, dans les baraques [du marché] de “l’Oriental” de Managua. (…) L’étatisation économique se renforce de jour en jour. (…) Les partis d’opposition affirment que les problèmes de ravitaillement ont constitué le thème le plus mobilisateur [c’est nous qui soulignons]. »

« VAGUE DE VIOLENCE 
DÉCLENCHÉE PAR L'OPPOSITION »
Les Nicaraguayens n’étant pas tombés dans le piège et le sandiniste Daniel Ortega ayant malgré tout été élu président de la République avec 67 % des voix, Washington doublera la mise en imposant au Nicaragua un embargo commercial total en 1985. Cette agression militaire et économique entraînant une très forte dégradation de la situation, le pays s’endettera, s’enlisera dans une gestion de survie et devra mettre genoux à terre, « vaincu par la faim et la guerre », lors de l’élection présidentielle du 25 février 1990.

«GUERRE ÉCONOMIQUE» POUR 
LES NULS (ET LES JOURNALISTES)
Au Venezuela, si Hugo Chávez a évoqué le concept de « guerre économique » dès 2010, le premier à la théoriser, en 2013, a été Luis Salas. La source d’inspiration initiale de ce chercheur du Centre stratégique latino-américain de géopolitique (Celag), très éphémère ministre de l’économie en 2016, a de quoi surprendre : loin des exemples latino-américains précédemment cités, il explique avoir fondé les prémices de sa réflexion sur l’ouvrage Les problèmes politiques du plein emploi [3] que l’auteur polonais Michal Kalecki (1899 – 1970) écrivit en se basant sur son expérience vécue… en France, sous le Front populaire. « Il y dit que, d’un point de vue marxiste conventionnel, on ne peut pas comprendre ce qui s’est passé. Car, paradoxalement, pendant ses trois années, à travers les hausses salariales et l’augmentation de la consommation ainsi que la croissance enregistrée, le gouvernement de Léon Blum avait permis un enrichissement des entrepreneurs et des commerçants. »

Or, et même en supposant que ceux-ci ont tout intérêt à ce qu’un gouvernement, à travers le plein emploi, augmente le pouvoir d’achat de la population, ce type de politique pose au capital un problème fondamental. « Pour les patrons, le plein emploi rend la main d’œuvre plus chère et les travailleurs moins dociles, moins susceptibles d’accepter n’importe quoi. Entre autres inconvénients, le capital ne peut plus jouer sur la menace de licenciement. Par ailleurs, le gouvernement Blum avait commencé à assumer de nombreuses tâches qui, normalement, appartenaient aux patrons, comme la distribution des aliments. Leur pouvoir reposait là-dessus… » Politique à court terme, le problème devient économique à long terme. « Leur pouvoir, en tant que classe, pouvait être déplacé. » La presse de droite se déchaîna alors contre les « salopards en casquette » qui allaient profiter des congés payés ; financiers et industriels spéculèrent et transférèrent leurs capitaux vers l’étranger. La suite appartient à l’Histoire de France. Mais présente de fait quelques similitudes avec ce qui se passe au Venezuela où, s’estimant menacé, le « monde de l’entreprise » participe activement au sabotage de l’économie.

GUERRE ÉCONOMIQUE 
CONTRE VENEZUELA
« En 2013, quand Maduro est arrivé au pouvoir, rappelle Salas, la loi du travail, la dernière qu’a signée Chávez [le 30 avril 2012], venait d’être approuvée. Et cette loi, bien qu’elle n’altère pas la relation capital/travail, crée un nouveau rapport qui complique la domination sur les travailleurs. Elle octroie la stabilité salariale, réduit la durée du travail à quarante heures hebdomadaires, sanctionne les licenciements injustifiés, rend les vacances obligatoires, crée des avantages nouveaux, etc. Dès lors, patronat et négociants ont affiné leurs techniques pour se débarrasser de Maduro. »

« Affiner » est bien le mot, car ils n’en étaient pas à leur coup d’essai. En 2001, après la signature de 49 décrets-lois emblématiques – loi sur les hydrocarbures, loi sur la terre et le développement agraire, loi de la pêche, etc. –, puis, surtout, fin 2002, après l’échec du fugace coup d’État américano-militaro-médiatico-patronal d’avril, Chávez lui-même a dû affronter ce type de déstabilisation. Du 2 décembre 2002 au 9 février 2003, alors que ses hauts cadres dirigeants paralysaient la compagnie pétrolière PDVSA et que le pays sombrait, victime non d’une « grève générale » mais d’un « lock out » patronal, les aliments et autres biens de première nécessité disparurent dans les « barrios ». C’est l’époque où, dans l’État de Zulia, on put voir des producteurs de lait jeter dans les rivières des millions de litres de leur production pour générer la pénurie.

GUERRE ÉCONOMIQUE 
CONTRE VENEZUELA
Particulièrement affectée et ouvertement poussée à se révolter comme elle le fit (spontanément) lors du « caracazo » en 1989 [4], la population modeste, base sociale du chavisme, conserva son sang-froid et ne tomba pas dans la provocation. Au terme d’une bataille de soixante-trois jours, le « comandante » reprit le contrôle, mais, la paralysie de l’activité économique avait coûté 20 milliards de dollars au pays et une remontée spectaculaire de la pauvreté – passée de 60 % en 1997 à 39 % fin 2001, elle atteignit 48 % en 2002 puis 55,1 % en 2003. Près de 590 000 travailleurs, essentiellement des femmes, se retrouvèrent sans travail de 2001 à 2003 ; les morts par dénutrition augmentèrent de 31 %.

La reprise du contrôle de PDVSA et l’affectation des revenus pétroliers au financement des politiques sociales permettront de renverser la situation (21,2 % de pauvreté en 2012) jusqu’à l’actuelle phase de déstabilisation.

GUERRE ÉCONOMIQUE 
CONTRE VENEZUELA
Ainsi, donc, à en croire la vulgate en vogue, depuis que la crise financière internationale a orienté le cours du pétrole à la baisse en 2008, la rente ne suffit plus à couvrir la facture des importations. Etonnant, non ? Ayant pulvérisé les sommets à la mi-2008 (150 dollars le baril), l’or noir est certes redescendu à 38 dollars en 2015 avant d’osciller entre 21 et 24 dollars en 2016, mais il se vendait à… 7 dollars le baril en 1998, lors de l’arrivée au pouvoir de Chávez. Et personne ne se souvient avoir vu à l’époque de longues files d’attente devant les commerces – depuis les échoppes jusqu’aux supermarchés.

D’aucuns pourraient objecter que, plongés alors en masse dans la pauvreté, les Vénézuéliens consommaient beaucoup moins à l’époque qu’à l’heure actuelle (ce qui est vrai !) ; bien peu le font car ce serait évidemment un hommage rendu implicitement par le vice à la vertu. Mais en tout état de cause, avec un pétrole remonté en 2017 aux alentours de 40 dollars, la théorie de la population « au bord de la famine » à cause du « pays en faillite » résiste mal à la réflexion (pour peu, bien sûr, qu’il y ait une réflexion).

GUERRE ÉCONOMIQUE 
CONTRE VENEZUELA
Commençons par le commencement – d’après les porte-parole officiels et officieux du patronat, le gouvernement n’octroie pas aux entreprises les dollars nécessaires à l’importation et à la production – et tentons d’analyser la situation…

Quatre-vingt-quinze pour cent des devises du pays proviennent de l’exportation du pétrole. Cette situation structurelle date de 1920, année où a été approuvée la première loi sur les hydrocarbures et où s’est établi le mécanisme à travers lequel l’Etat capte une partie, plus ou moins importante selon les périodes, de la rente pétrolière. Depuis le début de ce XXe siècle, la bourgeoisie s’est ingéniée à se réapproprier cette rente en échangeant ses bolivars contre des dollars et à l’utiliser essentiellement pour importer – ce qui ne présente aucun risque et ne requiert aucun investissement. Il en résulte que, pour en revenir à la période actuelle, les 10 % des exportations non pétrolières du Venezuela sont constitués de produits minéraux (26 %), chimiques (45 %), de plastiques et de caoutchouc (3 %), de métaux (10 %), tous produits par… des entreprises publiques. La contribution du secteur privé, en moyenne, ne dépasse pas 1 % du total des exportations [5].

Ce n’est donc pas le pétrole en soi qui constitue un problème, mais le fait que si les devises se trouvent initialement et en quasi-totalité entre les mains de l’État c’est parce que le secteur privé, moteur autoproclamé d’une économie « dynamique » et « efficace », se limite (dans le meilleur des cas) à fournir par l’importation le marché intérieur, en prenant une confortable marge au passage, et ne participe quasiment pas à l’accroissement de la richesse nationale. Plutôt que d’investir, il n’a pour préoccupation que de récupérer le magot et de l’utiliser à son profit.

Une fois ce cadre global établi, on cherchera l’erreur :
PHOTO MAURICE LEMOINE
 depuis qu’en 2003 a été instauré un contrôle des changes pour éviter la fuite des capitaux, les entreprises privées ont reçu de l’État 338,341 milliards de dollars pour l’importation de biens et de services. En 2004, alors qu’elles ont disposé à cette fin de 15,75 milliards de dollars, on n’a constaté aucune pénurie. En 2013, alors que la somme attribuée a quasiment doublé pour atteindre 30,859 milliards de dollars, les principaux biens essentiels ont disparu [6]. Doit-on parler de magie ? Peut-être. Mais, dans ce cas, de magie noire.

Si la crise économique mondiale et la baisse des prix du pétrole ont évidemment un rôle dans la dégradation de la situation, elles n’en sont aucunement la cause principale. La conviction des néolibéraux nationaux et internationaux qu’il fallait profiter de la mort de Chávez pour « achever » la « révolution bolivarienne » a incontestablement marqué le point d’inflexion vers l’organisation du désastre. Dès lors, d’après Pascualina Curcio, professeure de sciences économiques à l’Université Simón Bolivar, s’articulent quatre phénomènes : une pénurie programmée et sélective des biens de première nécessité ; une inflation artificiellement provoquée ; un embargo commercial camouflé ; un blocus financier international. Auxquels on ajoutera, depuis avril 2017, la violence insurrectionnelle soutenue par les États-Unis, leurs alliés régionaux (Argentine, Brésil, Mexique) ainsi que l’Union européenne, sanctifiée par les commissaires politiques des médias. Ce que d’aucuns appellent « une guerre de quatrième génération ».

En 2004, tandis qu’étaient importés pour 2,1 milliards de dollars d’aliments, chacun pouvait se nourrir dans des conditions normales. En 2014, avec 7,7 milliards, une augmentation de 91 % – sachant que, depuis 2004, le gouvernement octroie les dollars à un taux préférentiel pour l’achat des biens essentiels –, on ne trouve plus ni beurre, ni huile, ni farine de maïs précuite, ni riz, ni lait en poudre, ni pâtes alimentaires, ni lait pasteurisé, ni viande de bœuf, ni fromages, ni mayonnaise, ni sucre, ni café sur les rayons des commerces et des grandes surfaces. En revanche, les gondoles croulent sous les boissons gazeuses, les galettes, les biscuits, les friandises, les gourmandises et autres sucreries, les conserves exotiques, les surgelés sophistiqués. De quoi s’interroger sur la curieuse « crise humanitaire » dont le monde entier a entendu parler.

Le 20 mai 2016, Agustín Otxotorena, un entrepreneur basque pas spécialement « chaviste » résidant à Caracas, fatigué de répondre à ses amis et proches qui, depuis l’Espagne, s’alarmaient pour sa santé dans un pays affecté par une famine similaire à celles qui frappent la Somalie ou l’Ethiopie, en fut réduit à publier sur sa page Facebook une série de photographies particulièrement édifiantes prises dans les établissements commerciaux des secteurs des classes moyenne et supérieure de l’est et du sud-est de Caracas (les fiefs de l’opposition). « Si tu as de l’argent, persiflait-il, il y a du whisky 18 ans d’âge, du rhum vénézuélien exquis, du champagne français, de la vodka russe ou suédoise, des bonbons belges, des viandes savoureuses, des langoustes, des vêtements de marque, des restaurants exclusifs, des discothèques spectaculaires, des plages avec des yachts, des clubs de golf et hippiques, des terrains de tennis et de football, et tout un pays à l’intérieur d’un autre pays, où il n’y a pas de pauvres, où les femmes et les enfants sont blonds, vont dans des collèges exclusifs, des universités exclusives, et se divertissent dans l’Ile de la Tortue ou dans l’archipel de Los Roques, là où les uniques Noirs ou pauvres sont les serveurs, le personnel des services ou de la sécurité », avant de conclure l’une de ses dernières livraisons d’un rageur (et en majuscules) : « JE SUIS FATIGUÉ DES MENSONGES ! [7] »

D’où la question que tout un chacun (à condition de ne pas être journaliste) se pose forcément : pourquoi y a-t-il pénurie de certains produits et pas d’autres, pourquoi des aliments sont-ils si difficiles à obtenir et d’autres non ? Pourquoi les fruits et les légumes, par exemple, n’ont-ils pas disparu ?
La « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes)

Suite de l'enquête - Partie 2
Suite de l'enquête - Partie 3
Suite de l'enquête - Partie 4 (fin)





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NOTES

[1] « Panorama de la Seguridad Alimentaria y Nutricional en América Latina y el Caribe 2012 », FAO, Rome, 2012.
[2] Alfredo Meza, « El desabastecimiento acorrala a Maduro », El País, Madrid, 16 mai 2013.
[3] Essai initialement publié en 1943 dans le Political Quarterly, fondé à Londres en 1930 par Leonard Woolf (époux de Virginia Woolf).
[4] Révolte populaire brutalement réprimée par le gouvernement du social-démocrate Carlos Andrés Pérez – 3 000 morts – en février 1989, à la suite d’un ajustement structurel imposé par le Fonds monétaire international (FMI).
[5] Pascualina Curcio, « Mitos sobre la economia venezolana », 15 y ultimo, Caracas, 17 juin 2017.
[6] Pascualina Curcio, La Mano visible del Mercado. Guerra económica en Venezuela, Editorial Nosotros Mismos, Caracas 2016. De nombreux chiffres mentionnés dans cet article proviennent de cette étude. Voir également sur le Web : « Venezuela : tout comprendre sur l’inflation et les pénuries », Venezuela Infos, 29 mai 2017.
[7] Voir : https://www.youtube.com/watch?v=p447jwE7lac