dimanche 22 janvier 2017

L'Histoire au coeur de la visite de François Hollande au Chili




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RADIO FRANCE INTERNATIONALE , « L'HISTOIRE AU CŒUR DE 
LA VISITE DE FRANÇOIS HOLLANDE AU CHILI»  
ÉMISSION AMÉRIQUES, DU DIMANCHE 22 JANVIER 2017 - 

DURÉE : 00:01:01 

L'HISTOIRE AU CŒUR DE LA VISITE DE FRANÇOIS HOLLANDE AU CHILI

Car c’est surtout l’Histoire qui a été au centre de cette première journée à Santiago de Chili. François Hollande a visité en compagnie de Michelle Bachelet le musée de la mémoire consacré aux victimes de la dictature.

Les centaines de photos des personnes disparues accrochées au mur du musée ont visiblement ému le président, qui a rappelé le rôle joué par l’ambassade de France lors du coup d’État en 1973. « Nous sommes dans la résidence de France. Un lieu plein de symboles, puisqu'après le coup d'Etat contre Salvador Allende, des Chiliens qui craignaient pour leur vie étaient venus ici chercher refuge », a rappelé le président français.

Panneaux solaires dans le désert pour la primaire

Pour sa deuxième journée de visite au Chili, François Hollande va d’abord se recueillir sur la tombe de l’ancien président chilien Salvador Allende, icône de la gauche des années 1970. Après ce moment mémorial, François Hollande fera un saut dans le futur en se rendant dans le désert d’Atacama pour visiter le tout nouveau parc solaire d’EDF, pivot de la transformation énergétique au Chili.

Hasard du calendrier ou non : c’est lors du premier tour de la primaire de la gauche en France que le président socialiste s’éclipsera dans une des régions les plus arides de la planète. Alors que le parti socialiste invite ses militants à choisir leur candidat pour la présidentielle, pendant plus de 5 heures, François Hollande sera pratiquement coupé du monde. Car dans les sables d’Atacama, aucun réseau ne passe sauf les communications satellites.

C’est à 1 700 mètres d’altitude sous un soleil qui peut attendre les 40 degrés, que François Hollande inspectera cette réussite de la technologie française : la plus grande centrale photovoltaïque d’EDF au monde. Les conditions d’exploitation sont idéales : 300 jours de soleil par an, le plus haut niveau de radiation solaire au monde. Bolero, c’est le nom de cet immense site qui s’étend sur plus de 500 hectares a été inauguré en décembre dernier.

Mais pas question de profiter de ce bout du monde pour glisser quelques commentaires sur la primaire entre deux panneaux solaires. François Hollande a prévenu la presse qui l’accompagne lors de son voyage, ajoutant tout de même qu'il suivra bien sur le scrutin, car il s’intéresse à la vie politique de son pays.

samedi 21 janvier 2017

FRANÇOIS HOLLANDE EST ARRIVÉ AU CHILI


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PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ

Le président français doit entamer sa visite par une cérémonie de dépôt de gerbe au pied de la statue du héros de l'indépendance chilienne Bernardo O'Higgins, œuvre du sculpteur français Albert Ernest Carrier-Belleuse.

Il se rendra ensuite au Palais présidentiel de la Moneda pour une cérémonie d'accueil suivie d'un entretien avec la présidente Michelle Bachelet, avant la signature d'accords.

Les deux présidents doivent ensuite lancer officiellement "l'année franco-chilienne de l'innovation" lors de l'ouverture du Forum scientifique et académique. Puis ils visiteront ensemble le musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme de Santiago.
M. Hollande doit également rencontrer dimanche Isabel Allende, présidente du Parti socialiste chilien, fille de l'ancien président Salvador Allende victime du coup d'Etat d'Augusto Pinochet en 1973. Il visitera la maison historique de la famille Allende, la "Guardia vieja", et déposera une gerbe sur la sépulture de l'ancien président.

  AFP

LE CHILI DÉCLARE L'ÉTAT DE CATASTROPHE NATURELLE


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JEUDI 19 JANVIER 2017
Cette mesure concerne la région d'O'Higgins et de Maule, située au milieu de ce pays tout en longueur, coincé entre les Andes et le Pacifique.

L'état d'urgence agricole a également été décrété dans des zones où des agriculteurs ont vu leurs champs dévorés par les flammes.

L'état de catastrophe naturelle et d'urgence agricole permet de déployer des secours supplémentaires et l'accès à des aides de l'État.

Les fortes températures que connaît actuellement cette partie du pays favorisent la propagation des incendies.

La semaine dernière, le gouvernement chilien avait décrété «l'état d'exception pour catastrophe» sur le territoire de la commune de Valparaiso, en raison d'une série d'incendies de forêt.

Plusieurs incendies ont éclaté en raison d'une sécheresse persistante, de températures élevées et d'un vent fort venu du Pacifique, auxquels s'ajoutent les difficultés résultant de la topographie particulière de la ville, composée et entourée de 44 collines.

Le 2 janvier, les flammes y ont détruit plus de deux cents habitations et blessé une vingtaine de personnes.


jeudi 19 janvier 2017

LE CHILI, COLOSSE AUX PIEDS DE CUIVRE


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MINE DE CUIVRE DE CHUQUICAMATA, CHILI (22°19’ S - 68°56’ O)
PHOTO YANN ARTHUS-BERTRAND
Le Chili exploita d’abord les grandes quantités de nitrates présentes dans le désert – qui octroieront la moitié de ses revenus jusqu’à l’arrêt de sa production en 1929 – avant de miser sur le cuivre, dont il possède les premières réserves mondiales. De plus, sa façade maritime sur l’Océan Pacifique lui a permis d’exporter facilement ces ressources à travers la planète. Cette configuration géographique attira les capitaux étrangers, en particulier européens puis nord-américains, qui entrèrent en concurrence pour l’exploitation de ces richesses. Les mines de cuivres chiliennes furent nationalisées par Salvador Allende en 1971, nationalisation qui ne sera pas remise en cause par Pinochet malgré ses orientations néo-libérales, qui créera CODELCO (Corporación Nacional del Cobre del Chile). Ces mesures permirent au Chili de profiter pleinement des revenus du cuivre et de se développer plus rapidement que ses voisins : avec un IDH de 0,832, il est le second pays le plus développé d’Amérique-Latine avec l’Argentine (0,836). Aujourd’hui, le tiers de la production mondiale de cuivre vient du Chili avec plus de 5,5 millions de tonnes extraites chaque année, en particulier depuis la mine de Chiquicamata.


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LE PRÉSIDENT SALVADOR ALLENDE SIGNE LE DÉCRET
QUI PLACE SOUS CONTRÔLE DE L' ÉTAT LA RICHESSE
MINIÈRE CHILIENNE, AVEC LE SOUTIEN UNANIME
DU CONGRÈS NATIONAL. C’ÉTAIT LE 11 JUILLET 1971.

Santé, éducation, forces armées : la dépendance chilienne au cuivre

Le secteur minier est primordial au Chili, dans la mesure où il pèse pour 20% du PIB et 50% des exportations du pays. Les profits de CODELCO sont reversés à l’État, soit environ 10% de son budget annuel : l’État Chilien est dépendant de la bonne santé du marché mondial du cuivre. Évidemment, si le Chili n’est pas autant dépendant du cuivre que ne l’est le Venezuela du pétrole, le poids considérable de cette industrie dans l’économie du pays peut s’avérer problématique. Ainsi, le pays souffre d’une baisse mondiale des cours du cuivre, liée à un recul de la demande chinoise : le prix de la tonne est ainsi passé de 7121 $ en juillet 2014 à 4758 $ en octobre 2016. Cette chute brutale a directement affecté son économie : d’un rythme de 4 à 5% annuel, la croissance du pays a chuté à 1,9% en 2014, 2% en 2015 et 1,7% en 2016. Pour la première fois de son histoire, CODELCO a subit des pertes nettes à plus de de 2.2 milliards de dollars sur l’année 2015, son président lançant : « il n’y a pas un putain de peso » en août 2016, une formule choc illustrant la gravité de la situation de l’entreprise.

PHOTO ATON
Au Chili, il existe une « loi réservée du cuivre»: 10% des ventes sont allouées au financement de l’armée, soit la majeure partie de l’argent reçu par l’État. Si cette loi a permis au Chili d’acquérir le meilleur équipement militaire du continent sud-américain, cette primauté du budget militaire s’est faite au détriment d’autres secteurs, comme l’éducation ou la santé. Le cas de l’éducation est le plus connu, puisque l’Université est payante et relativement chère par rapport au revenu médian, ce qui explique les manifestations d’étudiants depuis de nombreuses années, ces derniers refusant de s’endetter sur vingt ans pour avoir accès à l’enseignement supérieur. Or, les blocages d’Universités retardent les programmes, allongeant la durée des cursus de plusieurs années et obligeant les étudiants à s’endetter encore plus pour terminer leurs études … La présidente Michelle Bachelet, élue pour un second mandat en 2013, avait promis la gratuité de l’éducation supérieure, mais si certains étudiants ont pu avoir accès à la gratuité ce n’est pas le cas de tous. D’où une vive remise en cause de la loi réservée du cuivre par l’opinion, en particulier depuis que des cas de détournements de ces fonds par des militaires à des fins d’enrichissement personnel. Ces éléments ont durci le climat social dans le pays : la coalition de Bachelet s’est inclinée lors dernières municipales et le président de CODELCO a reçu un engin explosif à son domicile le 12 janvier.

Toutefois, 2017 pourrait signifier un léger rebond pour l’économie chilienne, avec une hausse du cuivre à 5883 $ la tonne en ce début d’année. Mais on le voit bien, le développement intérieur du pays à moyen terme sera lié à sa capacité de diversifier son économie pour être moins dépendant vis-à-vis de son secteur minier, ainsi qu’à une meilleure attribution des revenus liées à ses exportations.


À SANTIAGO, FRANÇOIS HOLLANDE VA PARLER ÉCONOMIE

MANUEL RIESCO LARRAÍN
PHOTO CAMILO MELÚS 
« La France et le Chili sont de vieux partenaires économiques, mais leur collaboration s'est particulièrement accentuée ces dernières années. Les investissements français dans le domaine de l'énergie en sont un exemple », indique Manuel Riesco Larraín, économiste au Centre national d'études pour un développement alternatif (Cenda). Les principaux groupes énergétiques français ont en effet misé sur d'importants projets au Chili, notamment en matière d'énergies renouvelables. A hauteur de près de 2 milliards d'euros pour EDF Energies Nouvelles, qui vient d'inaugurer l'immense parc photovoltaïque Boléro , en plein désert d'Atacama. C'est d'ailleurs sur ce site que François Hollande terminera sa visite.

« Chilecon Valley »

Non sans avoir auparavant rencontré les chefs d'entreprise présents au Chili. La taille réduite du marché intérieur (18 millions d'habitants en 2016) a conduit le Chili à signer pas moins de 25 accords de libre-échange avec 65 pays. De fait, plus de 90 % de ses exportations sont destinées aux partenaires commerciaux avec lesquels le pays a des accords. Les entreprises françaises peuvent ainsi profiter des opportunités d'affaires de ce pays.

RICARDO FFRENCH-DAVIS MÚÑOZ
Au total, elles sont plus de 200 firmes tricolores présentes sur ce marché. Dans l'énergie particulièrement, mais aussi les infrastructures et les nouvelles technologies. Celles-ci attirent les investisseurs français qui voient là un véritable eldorado. « Il est plus facile d'entreprendre au Chili que dans d'autres pays d'Amérique latine comme l'Argentine. La création d'entreprise est vraiment encouragée », explique Ricardo Ffrench-Davis, professeur d'économie à l'université du Chili. Le pays a en effet lancé en 2010 le programme Start-up Chile, qui permet de financer la création de start-up étrangères dans le domaine de l'innovation, jusqu'à 90 % des coûts. Son succès a été tel que la capitale chilienne a gagné le surnom de « Chilecon Valley », et que 2017 a été déclarée année franco-chilienne pour l'innovation.


CHILI : LES DIFFICULTÉS DE BACHELET NOURRISSENT LES ESPOIRS DE LA DROITE

À soixante-sept ans, l'ancien président de centre-droit de 2010 à 2014 pourrait bien préparer son grand retour en politique. Cet homme d'affaires milliardaire trône en tête des sondages, avec 23 % d'opinions favorables.  

« La politique menée par Michelle Bachelet a déçu. Elle n'a pas réussi à tenir ses promesses de réformes, notamment en ce qui concerne les retraites et l'université. La colère sociale n'a fait qu'augmenter dans le pays », explique le politologue Manuel Antonio Garretón. Le second gouvernement de Michelle Bachelet - déjà présidente entre 2006 et 2010 et réélue triomphalement avec 62 % des voix en 2013 - a dû faire face à d'importants conflits sociaux, comme l'ont montré les manifestations de l'an dernier contre le système de retraites privées. La crédibilité de la chef d'Etat a aussi été affectée par l'affaire Caval, un scandale de corruption impliquant sa belle-fille, dont l'entreprise aurait obtenu un prêt de 10 millions de dollars de Banco de Chile pour réaliser une opération immobilière très lucrative. Une enquête a été ouverte pour trafic d'influence. « Pour Michelle Bachelet, cela a été le coup de grâce. Elle, qui se présentait comme une dirigeante intègre, en dehors de l'élite chilienne, a tout d'un coup été touchée par la corruption », indique Alberto Mayol, professeur de sociologie à l'université du Chili. Le mois dernier, Michelle Bachelet terminait 2016 avec seulement 22 % de popularité, contre... 84 % à la fin de son premier mandat en 2010.

« C'est la classe politique chilienne dans son ensemble qui est discréditée, estime Manuel Antonio Garretón, la désillusion des électeurs de centre-gauche encourage l'abstention, ce qui joue en faveur de l'opposition. » Une perte de confiance qui s'est déjà fait sentir au moment des municipales d'octobre dernier, lorsque 65 % des électeurs chiliens ont boycotté les urnes. La Nouvelle Majorité, coalition de centre-gauche de Michelle Bachelet, a essuyé une importante défaite en voyant basculer à droite certaines communes emblématiques comme Santiago Centre ou Maipú.

Fort de cette victoire, Sebastián Piñera pourrait bien se présenter comme l'homme providentiel pour tenter de l'emporter le 19 novembre. Mais pour Alberto Mayol, « ce ne sera pas si simple. Sebastián Piñera est impliqué dans plusieurs affaires de conflits d'intérêts. Des scandales qui pourraient remettre en cause sa candidature à droite. »

De l'autre côté du spectre politique, c'est Alejandro Guillier qui est pressenti pour prendre la tête de la coalition menée auparavant par Michelle Bachelet - la Constitution chilienne n'autorisant pas le président sortant à se représenter immédiatement. Cet ancien journaliste de 63 ans très populaire, sénateur indépendant, apparaît comme une personnalité capable de faire face à Sebastián Piñera. Il devrait être intronisé candidat de la Nouvelle Majorité lors d'une primaire organisée en juillet. Mais rien de garanti là non plus, puisqu'il devra faire face à un autre ancien président, le socialiste Ricardo Lagos