vendredi 23 février 2018

PROCÈS #APPLECONTREATTAC : APPLE CONDAMNÉE


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PROCÈS #APPLECONTREATTAC :
APPLE CONDAMNÉE 
PROCÈS #APPLECONTREATTAC : APPLE CONDAMNÉE, ATTAC AGIT POUR « L’INTÉRÊT GÉNÉRAL » L’ordonnance de référé opposant Apple à Attac a été rendue ce vendredi 23 février 2018 : Apple est déboutée de l’ensemble de ses demandes et est condamnée à verser 2 000 € à Attac !
PHOTO ATTAC
par Attac France
Ce jugement était rendu à la suite d’une assignation en référé déposée par Apple devant le tribunal de grande instance de Paris pour empêcher toute future action d’Attac dans ses magasins. Le jugement du tribunal est limpide : « La simple pénétration de militants dans l’enceinte du magasin Apple Store Opéra, ou dans d’autres magasins situés en France, sans violence, sans dégradation, et sans blocage de l’accès du magasin à la clientèle, ne suffit pas à caractériser un dommage imminent justifiant de limiter le droit à la liberté d’expression et à la liberté de manifestation des militants de l’association Attac, qui agissaient conformément aux statuts de l’association, et dans le cadre d’une campagne d’intérêt général sur le paiement des impôts et l’évasion fiscale. »

« APPLE PAIE TES IMPÔTS !»
AFFICHE PCF

Alors que l’évasion fiscale pratiquée par Apple affaiblit les finances publiques, il aurait été scandaleux que la justice protège Apple et condamne une association qui défend l’intérêt général, avec des actions citoyennes non violentes. Au final, non seulement les accusations d’Apple sont rejetées en bloc, - Apple « parle des “actes de vandalisme”, ou des actions ayant mis en péril la sécurité des employés et des clients […] sans en justifier par la production de pièces probantes » -, mais le tribunal confirme le caractère d’intérêt général de la campagne d’Attac.

Comme le rappelle Dominique Plihon, porte-parole d’Attac France : « nos actions visent à ce qu’Apple, la plus grande multinationale du monde, paie sa juste part d’impôts dans les pays où elle exerce réellement ses activités et accepte le redressement fiscal de 13 milliards d’euros que lui réclame la Commission européenne en retirant son recours devant la Cour de justice de l’Union européenne. »

Pour Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France : « Avec la campagne #ApplePayeTesImpôts, nous avons constaté un ras-le-bol de la grande majorité de la population face à l’impunité fiscale des ultra riches et des multinationales. Au rassemblement du 12 février devant le TGI de Paris, l’ensemble des représentant·e·s associatifs, syndicaux et politiques ont accueilli positivement l’idée d’une “alliance pour la justice fiscale”. Ce jugement est donc un encouragement à poursuivre et amplifier la mobilisation pour que les multinationales paient enfin leur juste part d’impôts. »

Les militant·e·s d’Attac attendent sereinement un éventuel appel d’Apple et vont désormais consacrer toute leur énergie à la préparation de nouvelles actions pour la justice fiscale, notamment à l’occasion de l’examen du projet de loi contre la fraude fiscale prévu avant cet été. Attac invite d’ores et déjà à se mobiliser pour le procès de Nicole Briend le 7 juin à Carpentras (suite à une plainte de BNP Paribas) et pour les 20 ans de notre association prévus le 2 juin prochain à la Bellevilloise à Paris. 



LES PAYS DE L’ASIE-PACIFIQUE S’APPRÊTENT À SIGNER L’ACCORD DE LIBRE-ÉCHANGE


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NOUVEAU MONDE TPP
ILLUSTRATION WIKILEAKS 

Hanoi (VNA) – Le texte intégral de l’Accord global et progressif de partenariat transpacifique (CPTPP) a été publié mercredi 21 février, signe que 11 économies membres sont prêtes à le signer au début du mois prochain.
Vietnam plus
ILLUSTRATION ARTE TV
Selon l’agence de presse Reuters, plus de 20 articles ont été suspendus ou modifiés dans le CPTPP par rapport à son « accord prédécesseur », l’accord de Partenariat transpacifique (TPP), après le retrait américain du traité transpacifique en 2017.

Le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, s’est félicité de la publication du CPTPP dans son intégralité.

Il a fait savoir dans une déclaration que cet accord augmentera son soutien à la classe moyenne en attirant de nouveaux investissements dans la création d’emplois et en élargissant les possibilités d’exportation des entreprises canadiennes vers les marchés d’envergure à la croissance rapide.

Grâce au CPTPP, le Canada aura un accès privilégié à près d’un demi-milliard de consommateurs dans l’un des marchés les plus dynamiques au monde.

Le ministre néo-zélandais du Commerce, David Parker, a déclaré que le CPTPP devient de plus en plus important dans le contexte d’une opposition croissante aux règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Il a également estimé "peu probable" que les États-Unis reviennent dans l’accord, et le CPTPP entrera probablement en vigueur d’ici la fin de 2018 ou la première moitié de 2019, a déclaré Parker.

Le ministre australien du Commerce, Steven Ciobo, a pour sa part déclaré que le CPTPP aiderait à créer plus d’emplois en Australie dans tous les domaines, de l’agriculture à la fabrication, à l’exploitation minière et au service.

Auparavant, lors de la réunion du 23 janvier dans la capitale japonaise Tokyo, 11 pays participant aux négociations du CPTPP (Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam) ont convenu du convenu modifié de l’accord.

Les parties prévoient de signer le CPTPP lors du prochain round de négociations au Chili le 8 mars prochain pour que l’accord entre en vigueur au début de 2019. – VNA

jeudi 22 février 2018

POUR LE DÉFENSEUR DES DROITS « LE DEMANDEUR D’ASILE EST MAL TRAITÉ » PAR LE PROJET DE LOI SUR L’IMMIGRATION


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 PHOTO LA PROVENCE
Le Défenseur des droits estime, dans un entretien au « Monde », que le texte présenté le 21 février en conseil des ministres ne constitue pas la bonne approche du sujet.
[Le projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif », qui a été présenté le 21 février 2018 en conseil des ministres, et sera discuté en avril au Parlement, vise à trois buts :

  • La réduction des délais d’examen de la demande d’asile à six mois, contre quatorze mois aujourd’hui. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d’asile devront raccourcir leurs délais de traitement des dossiers. Par ailleurs, les requérants auront quinze jours au lieu d’un mois pour déposer leur recours.
  • L’allongement de la rétention en centre de rétention administrative pourra monter à cent trente-cinq jours, contre quarante-cinq, et la retenue administrative passera de seize à vingt-quatre heures. Des mesures facilitant la prise d’empreintes et punissant les refus entrent dans la loi.
  • La facilitation du séjour avec octroi d’une carte de quatre ans pour les titulaires de la protection subsidiaire et d’une carte « recherche d’emploi » ou « création d’entreprise » pour les étudiants étrangers ­ qui veulent rester en France.]


Entretien. Défenseur des droits depuis 2014, Jacques Toubon suit de près le traitement réservé aux migrants durant les premiers mois de leur séjour en France. Un sujet que l’ex-garde des sceaux trouve symptomatique du sort que l’État réserve aux plus fragiles. A ses yeux, la loi asile et immigration va réduire les droits des demandeurs d’asile.


Présenté en conseil des ministres, le projet de loi asile et immigration sera discuté en avril à l’Assemblée. Une nouvelle loi était-elle selon vous nécessaire ?

Ce sera le 20ème texte, au moins, depuis la fin des années 1970. La loi du 29 juillet 2015 réformait l’asile, celle du 7 mars 2016 le séjour des étrangers. Et comme le Conseil d’État le relève dans son avis sur le projet de loi, une partie des articles de ces deux textes n’était même pas encore mise en œuvre.

Nous devons la vérité au pays : la situation n’appelle pas de loi nouvelle. Le solde migratoire reste le même depuis des années, comme le montrent les données de l’INED et de l’Insee. Le nombre d’entrées et de sorties varie légèrement d’une année sur l’autre, mais ne s’apparente en rien à une « crise » qui nécessiterait de légiférer rapidement. Ce qui m’oblige à conclure que ce texte n’a pas été écrit par un besoin de la société mais pour répondre à l’opinion publique, qui veut sans cesse alimenter de carburant législatif ou réglementaire la chaudière de l’exaspération.

L’argumentaire de la loi établit pourtant qu’elle était nécessaire parce que la France connaît, depuis 2015, les conséquences d’une crise migratoire…

C’est bien la preuve que nous sommes dans un cercle d’irrationalité. Les politiques élaborent des textes dont la motivation première est de se rapprocher de la demande de l’opinion publique et non pour répondre à un besoin de terrain. Nous nous retrouvons face à des textes de loi qui ne correspondent pas à la réalité.

Qu’entendez-vous par « irrationalité » ?

Cette politique n’est pas menée pour changer le réel. Quand le chef de l’État dit, le 27 juillet à Orléans, qu’il ne veut plus de gens qui dorment dehors, il a envie, à juste raison, de modifier cette réalité. Mais ce n’est pas la nouvelle loi qui opérera ce changement. Ce qui m’intéresse, moi, Défenseur des droits, c’est que la manière dont les plus fragiles sont traités soit conforme aux droits fondamentaux, qu’on reconnaisse leurs droits humains universels. Et pour y parvenir, il faut engager une politique de terrain, sereine et délibérée, qui ne nécessite pas de nouveaux outils légaux.

La future loi n’est-elle donc pas adaptée à la situation que connaît la France aujourd’hui ?

Mardi, j’ai visité le centre de premier accueil destiné aux familles migrantes à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) [géré par Emmaüs Solidarité et ouvert en janvier 2017]. C’est un lieu qui évite les nuits à la rue à des gens qui ont parcouru les chemins de l’exil, depuis l’Afghanistan souvent. Là, ils se posent, récupèrent. Leurs enfants sont scolarisés et leurs droits vont être étudiés.

Un centre comme celui-là dispose, selon les dirigeants d’Emmaüs, d’un budget de fonctionnement de 8 millions d’euros annuels [financés par la Ville de Paris et l’État]… Si on en fait 10, avec 80 millions, on aura déjà changé l’accueil et l’orientation. On ne verrait plus chaque jour à la télévision des images dramatiques qui provoquent des réactions stéréotypées. Et si on veut mettre les moyens sur l’accueil, on a besoin seulement de crédits supplémentaires. L’organisation que j’ai vue est à rebours de ce que l’on fait aujourd’hui.

Il s’agit d’organiser les parcours migratoires et cela exige, avec courage, de reconnaître la réalité de la migration. Cela signifie qu’il faut arrêter de faire croire qu’on est capable de « maîtriser les flux migratoires », comme on le dit depuis 1974, pour s’atteler au vrai sujet : construire une politique publique qui organise les parcours migratoires.

Mais l’argumentaire du ministère de l’intérieur, qui estime que favoriser l’accueil ferait monter le Front national, ne vous convainc pas ?

Je connais cet argument de longue date. Je réponds : faisons 8 ou 10 centres de premier accueil comme ceux de la Chapelle, au nord de Paris, ou Ivry, nous risquons d’être surpris de voir combien cela fait baisser la pression. Je répète depuis plus de trente ans que ce n’est pas en s’alignant sur les thèmes du Front national qu’on va faire reculer ses votes.

La vraie réponse est rationnelle et effective. Il faut parvenir à ce que le discours sur l’identité soit de nouveau supplanté par un discours sur l’égalité. D’où l’intérêt du rapport que le député Aurélien Taché a remis lundi 19 février au premier ministre sur l’intégration des étrangers arrivant en France. Investissons sur ce thème et luttons contre la relégation.

Quelle lecture faites-vous des mesures contenues dans le projet de loi ?

Globalement, une courte partie du projet de loi propose une extension de droits pour quelques catégories de migrants. Ce sont des mesures que nous avions préconisées et que nous soutenons, qu’il s’agisse de l’extension de durée des titres de séjour pour les titulaires d’une protection subsidiaire ou de la sécurisation du séjour pour les victimes de violences familiales et les parents d’enfants réfugiés, ainsi que des cartes dédiées pour les étudiants.

Estimez-vous que le demandeur d’asile ressort gagnant de ce texte censé mieux le protéger ?

Contrairement au discours qui veut que tout soit fait en faveur du demandeur d’asile, il est en fait mal traité par ce projet. Il s’y retrouve pris dans des procédures tellement accélérées qu’elles confinent à l’expéditif. On va lui imposer des délais impossibles à tenir, notamment pour déposer un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui risquent de lui faire perdre ses droits au recours. En plus, les garanties sont amoindries par des recours non suspensifs de plus en plus fréquents.

On cherche manifestement à donner une préférence à la prétendue efficacité plutôt qu’à la prise en compte du contradictoire et des droits fondamentaux. Or, rester accroché à l’ensemble des droits fondamentaux n’est pas discutable. Je suis chargé d’en demander le respect…

De plus, pour faciliter l’éloignement, on va désormais pouvoir placer en rétention administrative des personnes qui sont en situation régulière et ne font pas l’objet de mesures d’expulsion, ce qui porte atteinte à la liberté d’aller et de venir.

Que nous dit le traitement des exilés sur notre société ?

Ce traitement nous permet de mesurer à quelle distance nous nous trouvons des droits fondamentaux. La population des étrangers et des migrants n’est pas une minorité à part, elle incarne les plus faibles d’entre nous tous.

Evidemment, je ne souhaite pas mettre en accusation ce gouvernement. Ce serait d’autant plus injuste que le traitement réservé aux étrangers en France résulte de décisions successives prises depuis plus de vingt ans. Ce qui est certain, c’est que ce texte s’inscrit dans un mouvement global de restriction de l’accès aux droits et pose la question, que je refuse, de la proportion de laissés-pour-compte que notre société est prête à admettre. Au fond, cela relève de la conception que se fera demain la France du rapport entre l’État et la société. 

VU DE L’ÉTRANGER. LE « TOUR DE VIS » DE LA FRANCE CONTRE LE DROIT D’ASILE

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DES TENTES OCCUPÉES PAR DES MIGRANTS LE LONG
 DU CANAL SAINT-MARTIN À PARIS
PHOTO REUTERS
Le projet de loi sur l’asile et la migration a été débattu en conseil des ministres, ce mercredi 21 février. La presse étrangère y voit un durcissement de la politique d’accueil française et un pari risqué pour Emmanuel Macron.
 DES AVOCATS FRANÇAIS ONT MANIFESTÉ, 
LE 21 FÉVRIER 2018 À PARIS, CONTRE LE 
PROJET DE LOI IMMIGRATION ET ASILE.  
PHOTO PASCAL ROSSIGNOL
le projet de loi asile et migration, porté par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, « se présente comme ‘énergique, sévère et humaniste’ », relate le journal conservateur espagnol ABC, avant d’ajouter: « Mais il semble en réalité très dur contre l’immigration et le droit d’asile, à la fois en termes judiciaires et de maintien de l’ordre, ouvrant la voie à une immigration sélective. »

« Toujours avide de négociation et de compromis, Emmanuel Macron ne raconte pas d’histoire sur l’immigration et suit le vent de l’opinion publique, qui veut plus de fermeté », estime de son côté La Stampa. Le journal italien juge que cette réforme constitue « un véritable tour de vis dans le secteur ».


« La future loi créera un règlement d’un nouveau genre, définissant de nouveaux délits, afin de produire un nouveau modèle d’immigration contrôlée », constate ABC. L’un des principaux objectifs du texte est de réduire à six mois le délai d’instruction de la demande d’asile, notamment en limitant les délais des recours possibles. De plus, ces recours ne seraient plus automatiquement suspensifs. « En résumé, les migrants seront expulsés avant même de connaître leur jugement en appel », souligne La Stampa.

Le texte vise également à faciliter les reconduites à la frontière et pourrait étendre la durée maximale de rétention à 90 jours. « Il érige aussi un nouveau délit, celui de franchissement non autorisé des frontières, détaille le journal italien : jusqu’à un an de prison et 3 750 euros pour ceux qui, par exemple, passeraient d’Italie en France par les Alpes sans entrer par un poste frontière. » 

Une mise à l’épreuve pour la majorité

Ce projet de loi n’est pas sans risque politique pour le président français, pointe El País« Il met à l’épreuve pour la première fois la majorité d’Emmanuel Macron. » Plusieurs députés LRM ont en effet fait part de leur réticence à valider le projet de loi en l’état. Résultat, selon La Stampa, la majorité pléthorique de Macron « pourrait cette fois réserver quelques surprises ».

Côté allemand, la Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne que « le sujet divise la société française, ce qui aboutit aux premiers grognements au sein du parti au pouvoir ». Le journal de Francfort rappelle qu’Emmanuel Macron avait toujours défendu le droit d’asile lorsqu’il était en campagne, « et nombreux sont ceux qui l’accusent désormais de tourner le dos à cet humanisme ».




PÉDOPHILIE, L’ENQUÊTEUR DU PAPE HOSPITALISÉ AU CHILI


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« LES LAÏCS D’OSORNO » ONT ÉTÉ REÇUS
PAR LE PRÊTRE JORDI BERTOMEU
PHOTO AGENCIA UNO
Mgr Charles Scicluna, envoyé par le pape au Chili pour y enquêter sur le cas d’un évêque accusé d’avoir couvert un prêtre pédophile, a été hospitalisé à Santiago mardi 20 février pour une opération chirurgicale.
MGR CHARLES SCICLUNA  A ÉTÉ HOSPITALISÉ
PHOTO PABLO PRADENAS
Une opération en urgence qui tombe mal. Alors qu’il venait de commencer une série d’entretiens dans le cadre de son enquête sur Mgr Juan Barros, évêque d’Osorno accusé d’avoir couvert les agissements du père Fernando Karadima, reconnu coupable d’abus sexuels par le Vatican en 2011, Mgr Charles Scicluna a été hospitalisé mardi 20 février à Santiago du Chili.

JOSÉ ANDRÉS MURILLO LORS DE SON ARRIVÉE
À LA NONCIATURE APOSTOLIQUE AU CHILI
PHOTO ATON
Il avait été envoyé par le pape pour écouter tous ceux qui auraient eu à apporter des éléments sur ce cas, et notamment les victimes. François avait décidé de le dépêcher sur place après les vives critiques reçues pour avoir pris la défense de Mgr Barros lors de son voyage au Chili, au mois de janvier. Le pape avait même dû présenter ses excuses dans l’avion qui le ramenait à Rome.

Selon l’archevêché de Malte, dont l’envoyé spécial du pape est titulaire, il devait subir une intervention à la vésicule biliaire, après s’être plaint de douleurs au cours des jours précédents.

JAMES HAMILTON ET SON AVOCAT, JUAN PABLO HERMOSILLA LORS DE LEUR ARRIVÉE À LA NONCIATURE APOSTOLIQUE AU CHILI
PHOTO ATON
De son côté, le porte-parole de la Conférence des évêques chiliens, Jaime Coiro, a indiqué que Mgr Scicluna « était stable et conscient ». Il ne devrait pas rester à l’hôpital plus de deux jours.

Toutefois, a-t-il affirmé, le pape a demandé que les entretiens avec témoins et victimes se poursuivent comme prévu de mercredi à vendredi. D’ici au rétablissement de Mgr Scicluna, ils pourraient être menés par le père Jordi Bertomeu, un Espagnol qui aidait jusque-là l’envoyé spécial en tant que traducteur, retranscrivant aussi les échanges. Mais tout dépendra du temps nécessaire au rétablissement de l’archevêque maltais.

« Main mise » de l’Église chilienne sur l’enquête ?

L’identité et le nombre de personne qui doivent livrer leur témoignage n’a pas été rendu public, pour respecter le souhait d’anonymat de certains, a assuré Jaime Coiro.

Le porte-parole, selon certains observateurs, aurait cherché, en répondant aux questions des journalistes, à « minimiser » la mission de Mgr Scicluna, en soulignant qu’il n’était pas là pour «établir la vérité ou faire justice sur tous les cas d’abus sexuels de l’Église chilienne ». De leur côté, plusieurs victimes du père Karadima craignent une « main mise » de l’Église chilienne et de la nonciature, où se déroulent les auditions, sur l’enquête de Mgr Scicluna.

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Selon l’association « Les laïcs d’Osorno », très engagée pour faire la lumière sur l’affaire Barros, le nonce apostolique à Santiago, Mgr Scapolo, aurait demandé à recevoir en amont des rencontres une copie de ce que les victimes allaient raconter à Mgr Scicluna. Informé, ce dernier a demandé que le document lui soit envoyé à lui, et que les témoins prennent soin d’en prendre un exemplaire lors des entretiens.

Les victimes, particulièrement déterminées, ont par ailleurs vivement critiqué les cardinaux Ricardo Ezzati, actuel archevêque de Santiago, et son prédécesseur Francisco Javier Errázuriz, membre du Conseil des 9 cardinaux chargés de seconder le pape dans la réforme de la curie. Ils sont accusés de « désinformation » sur les agissements du père Karadima.

mercredi 21 février 2018

MGR SCICLUNA HOSPITALISÉ AU CHILI



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MGR CHARLES SCICLUNA LORS DE SON ARRIVÉE À LA
NONCIATURE APOSTOLIQUE AU CHILI, LE 20 FÉVRIER 2018
PHOTO AFP 
Le porte-parole de la conférence épiscopale chilienne a fait savoir, ce mercredi 21 février, que Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et envoyé spécial du Pape François au Chili pour enquêter sur l’affaire Barros, était hospitalisé.
Mgr Scicluna a été hospitalisé pour des examens, qui font suite à un malaise ressenti la semaine dernière. Selon les médias locaux, il souffrirait d’une inflammation de la vésicule, mais il espère reprendre ses travaux dès le 22 ou le 23 février.Cependant, malgré son indisponibilité, les entretiens prévus à la nonciature se sont poursuivis, à la demande personnelle du Pape, qui a été informé de la situation et a demandé la poursuite de l’enquête au rythme qui était prévu.

Mgr Jordi Bertomeu, official de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui l’accompagnait comme notaire, a assumé ce mercredi la conduite des entretiens, en étant accompagné par un autre prêtre qui assure l’office de notaire.

«Nous espérons une guérison rapide de Mgr Scicluna, qui a manifesté sa disposition à pouvoir, dans la mesure du possible, rencontrer certaines de ces personnes dès qu’il pourra exercer la mission qui lui a été confiée», a précisé le porte-parole de la conférence des évêques du Chili.

La venue au Chili de l’archevêque maltais, ancien promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi, suscite de fortes attentes, alors que la controverse sur le silence présumé de Mgr Juan Barros sur les abus perpétrés par le prêtre pédophile Fernando Karadima s’est envenimée ces derniers mois.

NOUVELLE « OPÉRATION CONDOR » CONTRE LES MAPUCHES


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IMAGE J.P. ARMSTRONG
Ci-dessous, nous partageons l'article de Silvia Beatriz Adoue paru dans le Le monde Diplomatique du Brésil sur l'articulation anti-mapuche entre l'État chilien et l'État argentin. Le scandale entourant la mise en scène de l'opération Huracán est presque inconnu en Argentine, mais les messages prétendument falsifiés ont été utilisés par le ministère de la sécurité argentin pour justifier l'escalade antimapuche et l'articulation répressive avec le Chili.
Les dictatures du Cône Sud ont justifié les politiques répressives en inventant un ennemi intérieur. Pour coordonner la répression dans la région, ils ont organisé  « l'opération Condor ». Les gouvernements civils du Chili et de l'Argentine veulent aussi justifier la militarisation en présentant un nouvel ennemi: les Mapuches. L'escalade répressive est désormais une providence pour désarticuler préventivement la résistance à l'intégration de notre région aux canaux productif/extractifs, qui cherchent à contrôler l'utilisation des terres. Dans le cas du territoire du Wallmapu, les terres ancestrales de part et d'autre de la cordillère des Andes, les grands exploitants forestiers et miniers trouvent chez les Mapuches une barrière matérielle et idéologique à l'utilisation des ressources.

LE PETIT RUPAYÁN ÑANCULEF, INTERPRÈTE PRÉCOCE 
DES MÉLODIES ANCESTRALES DU PEUPLE MAPUCHE
D'autre part, la militarisation de la région est un laboratoire et constitue également une menace pour les Argentins et les Chiliens qui s'opposent par hasard au nouveau cadre réglementaire environnemental et aux relations sociales. Les grandes chaînes agro-industrielles et minières ont besoin de ces réformes pour opérer rapidement, sans heurts et en toute sécurité. Tel est le cadre de l'arithmétique entre les États chilien et argentin.

D'autre part, la militarisation de la région est un laboratoire et constitue également une menace pour les Argentins et les Chiliens qui s'opposent par hasard au nouveau cadre réglementaire environnemental et aux relations sociales. Les grandes chaînes agro-industrielles et minières ont besoin de ces réformes pour opérer rapidement, sans heurts et en toute sécurité. Tel est le cadre de l'arithmétique entre les États chilien et argentin.

Le gouvernement argentin défend de façon spectaculaire un "changement de doctrine" répressif, libérant les forces de police des limites de la loi. Il y a deux semaines, le président Mauricio Macri a reçu un policier au palais du gouvernement qui fait l'objet d'une enquête pour avoir tué un voleur qui s'échappait en tirant dans le dos. Les policiers sont officiellement encouragés à adopter de telles pratiques. Sur les 1 064 auteurs de crimes de la dictature condamnés pour crimes de lèse humanité, 533 ont été condamnés à l'assignation à résidence. Pour l'assouplissement des peines, il est rappelé aux répresseurs d'aujourd'hui que l'Etat n'oublie pas "les services rendus" à la défense de l'ordre, au-delà de la loi. Par ces gestes, l'État argentin se rapproche des politiques répressives de l'État chilien, modèle à suivre pour s'adapter aux "nouvelles exigences"du monde.

Le test de l'articulation répressive entre les deux gouvernements repose sur la lutte contre les "nouvelles menaces" régionales. Le danger présenté par le récit officiel chilien est celui du Comité de Coordination Arauco-Malleco (CAM) et le coucou argentin est la Résistance Ancestrale Mapuche (RAM). Si la première est présente dans l'organisation communautaire du centre-sud du Chili, la seconde est le signe d'une apparence rare et fantomatique. Depuis les années 1990, les communautés mapuches à l'ouest des Andes ont résisté à l'avancée des grandes sociétés transnationales dans les industries de la cellulose, de l'exploitation minière et du secteur de l'industrie salmonière ainsi qu'aux travaux d'infrastructure qui détruisent le territoire pour servir les intérêts de ces sociétés. Ils viennent récupérer des terres, défendre leurs biomes natifs et pratiquer une économie qui reproduit l'abondance naturelle. En Patagonie argentine, les Mapuches résistent à l'avancée de l'extraction pétrolière, minérale et forestière.

Les prisons successives du jeune lonko Facundo Jones Huala ont été l'occasion d'une coordination entre les états chilien et argentin. Membre du Pu Lof en Résistance Cushamen, Jones Huala avait été inculpé au Chili en 2013, avec cinq autres dirigeants mapuches qui luttaient contre la construction d'une centrale hydroélectrique, en vertu de la loi antiterroriste. Il est passé en 2014 par l'Argentine et n'a pas été jugé avec les cinq autres, dont quatre ont été acquittés et une jeune machi n'a été condamné qu' à 61 jours de prison "pour dissimulation", sans que l'on sache encore aujourd'hui qui elle aurait couvert. L'État chilien a présenté une demande d'extradition de Jones Huala à l'État argentin. Il a été arrêté en mai 2016 et le procès a été déclaré nul et non avenu parce qu'il était fondé sur des procédures illégales.

Cependant, le 27 juin 2017, et quelques minutes après une rencontre diplomatique entre le président argentin Mauricio Macri et la présidente chilienne Michelle Bachelet, le longko est de nouveau emprisonné. Les charges retenues contre lui étaient les mêmes que celles pour lesquelles il avait déjà été jugé et acquitté l'année précédente.

En août 2017, et après une manifestation avec le Pu Lof en Résistance Cushamen pour la libération de Jones Huala, la gendarmerie argentine entra dans la zone communautaire sans mandat judiciaire. Le gouvernement a voulu tester la figure légale de la "flagrancia", dont le mentor est le chef de cabinet du ministère de la Sécurité Pablo Noceti, présent dans la région et probablement supervisant l'essai. Le délit "flagrad" consistait en une douzaine de personnes se défendant avec des bâtons et des frondes .L'entrée et la persécution sur le territoire ont entraîné la disparition du jeune Santiago Maldonado, acculé par les gendarmes dans les eaux peu profondes du rio Chubut. Après 77 jours, le corps de Maldonado a été retrouvé à 500 mètres de cet endroit, en amont, où il avait déjà été fouillé sans succès.

L'autre pivot de l'articulation entre les deux états a été 'l" Opération Huracán " qui a donné lieu à des raids simultanés dans plusieurs municipalités pour arrêter huit leaders mapuches, dont le porte-parole du CAM, Hector Llaitul. L'enquête des Carabineros a présenté un rapport avec des messages cellulaires qui engageaient les huit Mapuche à préparer l'incendie de camions des compagnies forestières, avec des financements étrangers et la réception d'armes en provenance d'Argentine. L'appréhension et la saisie des téléphones cellulaires ont eu lieu en septembre 2017, et l'interception des messages aurait été effectuée par le logiciel "Antorcha", créé par Alex Smith, un ingénieur forestier qui travaille pour les Carabineros comme consultant en informatique. Le sous-secrétaire de l'Intérieur chilien a immédiatement rencontré le ministre argentin de la Sécurité pour coordonner la lutte contre la violence mapuche. Pour sa part, la ministre argentine a convoqué les gouverneurs des provinces de la Patagonie pour articuler une action répressive conjointe contre la RAM.

Ce n'est qu'en décembre, au milieu d'une accusation réciproque entre le bureau du procureur général du Chili et les Carabineros, que le premier soupçonnait les preuves présentées par le second. Après trois rapports d'experts, on a découvert que les messages étaient implantés dans les téléphones cellulaires saisis et que toute l'opération était un montage. Les conversations entre les Mapuches, toutes en espagnol, suivirent la dramaturgie tracée par les Carabineros. La tournée du Pape, qui visait la " réconciliation ", était loin de dénoncer ces abus. Les Mapuches, qui avaient déjà été déclarés non coupables, ont engagé des poursuites judiciaires contre sept responsables des Carabineros pour entrave à l'enquête, falsification d'instruments publics et délits informatiques. Héctor Llaitul pointe comme responsable de l'"Opération Huracán" Mahmoud Aleuy, sous-secrétaire de l'Intérieur et de l'Agence Nationale du Renseignement.

Les montages théâtraux de l'"ennemi mapuche" se succèdent avec l'aide des médias engagés dans l'effort dramatique. Il est intéressant de produire des chapitres dramatiques à haute intensité et non pas si le masque tombe à la fin de chaque épisode.