jeudi 31 janvier 2019

LA MOBILISATION POUR SAUVEGARDER L’HUMANITÉ PREND CORPS


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PHOTO ROBERT DOISNEAU
Les manifestations d’attachement à notre journal se multiplient. Les juges ont examiné hier matin la situation économique du journal, entendu le directeur et le représentant des salariés. L’Humanité s’était placée sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny. Celui-ci rendra son jugement en délibéré le 7 février.
DESSIN EDMOND BAUDOIN
Dès l’annonce de cette procédure et la publication lundi de l’appel à la « Mobilisation générale pour l’Humanité » signée de son directeur, Patrick Le Hyaric, les réactions de solidarité se sont multipliées. Celles de nos lecteurs d’abord, qui jugent « impossible » de perdre leur journal et égrènent ce qu’ils y trouvent et qu’on ne leur présente nulle part ailleurs. Sur les réseaux sociaux, des parlementaires s’engagent et relaient des appels à la mobilisation : André Chassaigne, Sébastien Jumel, Éliane Assassi ou Fabien Gay. Des élus LaREM, LR, radicaux de gauche ou socialistes disent aussi que, quels que soient les désaccords qu’ils peuvent avoir avec des prises de position du journal, celui-ci doit absolument exister. Le député LR du Lot Aurélien Pradié annonce même qu’il a souscrit un abonnement. « Le journal de Jaurès ne peut disparaître », est-il insisté.

« C’est un quotidien qui fait des choix »

LAISSER MOURIR L'HUMANITÉ,
C'EST LAISSER MOURIR LE PLURALISME

INFO COM CGT
Samedi, le conseil national du PCF a appelé dans une motion à se mobiliser sans délai : « Tous les journaux connaissent de sérieux problèmes financiers. La plupart d’entre eux peuvent combler leur déficit parce qu’ils sont adossés à de grands groupes industriels et financiers, au prix d’une concentration de la presse et des médias entre quelques mains. L’Humanité, composante historique du pluralisme de la presse française et des combats progressistes, ne peut compter que sur l’engagement de ses équipes, le militantisme, ses lectrices et lecteurs, ses amis, les diffuseurs de l’Humanité Dimanche. » Et d’ajouter : « Qu’il s’agisse des luttes sociales, de celles pour la préservation de la planète, des confrontations politiques et culturelles nécessaires en démocratie, de la solidarité internationale et de la paix, dans tous ces domaines, l’Humanité joue un rôle original et utile. Tout commande de le revaloriser. Quand les médias rencontrent une telle crise de confiance, l’engagement de l’Humanité aux côtés des milieux populaires, des “invisibles”, des penseurs qui contestent le système, constitue un atout pour le journalisme et un atout précieux pour la démocratie. »


De son côté, Pascal Franchet, président du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, écrit tout son « soutien », et ajoute : « Votre quotidien est un outil indispensable pour celles et ceux qui luttent contre ce monde absurde. » Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international, membre du conseil scientifique d’Attac France, estime qu’« aucun autre quotidien ne peut remplacer l’action d’information réalisée par l’Humanité ». Le journaliste et producteur Édouard Zambeaux écrit : « Il faut soutenir l’Humanité au nom du pluralisme évidemment, mais aussi et surtout car c’est souvent un bon journal, un quotidien qui fait des choix, propose des angles, fait entendre des paroles précieuses, raconte des combats méprisés… et que son nom lui-même devrait nous inspirer plus souvent. »

Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération des ports et docks CGT, joint le geste à la parole : « Au-delà de notre abonnement, nous faisons parvenir à l’Humanité un don d’un montant de 1 000 euros afin d’apporter notre soutien et solidarité pour que vive la presse indépendante mais surtout progressiste. » Depuis le début de la semaine, le rythme des dons à la souscription exceptionnelle s’est accéléré. Il doit encore s’intensifier en urgence.

Des soutiens en mots, en vidéos...

CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER
Les soutiens émanent aussi d’artistes créateurs ou de journalistes : Xavier Durringer, François Busnel, Jean-Pierre Kalfon, Jack Dion, Didier Varrod, Lionel Thompson et le SNJ-CGT de Radio France, Aude Lancelin, Ali Rebeihi, Catherine Sinet, Antonio Fischetti de Charlie, Pouria Amirshahi, Laurent Delahousse, la compagnie Jolie Môme. Corinne Masiero, l’actrice des Invisibles et du Capitaine Marleau, a enregistré une vidéo maison en récitant le Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? et en appelant à soutenir le journal. De très nombreuses personnalités ont annoncé leur présence à la grande soirée de mobilisation et de solidarité pour notre journal qui se tiendra le 22 février à la Bellevilloise à Paris. Beaucoup le feront savoir par une vidéo. Quant à Michel Drucker, il a affiché son soutien en posant avec la une de l’Humanité en compagnie d’Olivier Dartigolles. Le geste pourrait bien devenir viral…

Vous trouverez régulièrement dans nos colonnes les échos de cette mise sous protection populaire de notre journal, de votre journal.

mercredi 30 janvier 2019

DES CAMIONS PUBLICITAIRES CIRCULAIENT DANS LES RUES DE NEW YORK

 «DES CAMIONS PUBLICITAIRES CIRCULAIENT
 DANS LES RUES DE NEW YORK »  
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VÉNÉZUÉLA : LE VÉRITABLE ENJEU.


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LE PRÉSIDENT VÉNÉZUÉLIEN NICOLAS MADURO (AU CENTRE),
EN VISITE AUX FORCES ARMÉES DANS L’ETAT DE CARABOBO,
AUX CÔTÉS DE SON MINISTRE DE LA DÉFENSE,
VLADIMIR PADRINO LOPEZ (À DROITE),
DIMANCHE 27 JANVIER 2019.
PHOTO MARCELO GARCIA
Après 20 ans de chavisme, Washington est ses alliés estiment que le moment est venu de porter un coup décisif. 
La confrontation politique porte d’abord sur les élections présidentielles du 20 mai 2018. Les résultats officiels donnent près de 68 % des voix à Nicolas Maduro, ainsi réélu pour 6 ans, 21 % à Henri Falcon (ex- chaviste), et environ 10 % à Javier Bertucci, pasteur évangélique ultra-conservateur. L’abstention atteint un niveau particulièrement élevé et dépasse les 53 %.
DESSIN LATUFF
L’argument des opposants (vénézuéliens ou non) à Maduro repose essentiellement sur l’affirmation d’une illégitimité du scrutin. Qu’en est-il ? Il est difficile d’affirmer, comme on le fait à Washington et ailleurs, que les résultats de ce scrutin devraient être rejetés car dans les faits il n’y a ni preuve explicite, ni analyse convaincante qui puisse confirmer sérieusement l’illégalité des résultats. La déclaration officielle des autorités françaises, en date du 23 mai, le montre qui fait simplement état de leurs « doutes ». Cette déclaration qualifie l’élection vénézuélienne de « non représentative ». Ce qui ne veut pas dire truquée avec des résultats falsifiés. Les mots ont un sens. Cela confirme une réalité d’évidence : un contexte politique problématique, profondément troublé et très tendu.

« PROCHAIN ​​ARRÊT VÉNÉZUÉLA! »
DESSIN LATUFF
Au lendemain de la présidentielle, la France ne condamne ni l’élection, ni les autorités du Venezuela. Elle affirme cependant que ce scrutin ne peut être considéré comme légitime et crédible en raison du taux de participation historiquement faible. Une abstention majoritaire à près de 54 % révèle effectivement un problème réel. Et l’abstention vénézuélienne a ses causes : le boycott à l’appel de la principale coalition d’opposition, et une situation économique et sociale très difficile, au multiples et graves conséquences, qui marque durement la vie quotidienne, en particulier celle des couches populaires.

Mais peut-on condamner l’élection en elle-même du fait de son contexte ? Et alors, que dire à propos des élections en France ? Pour les Européennes le taux d’abstention est supérieur à 53 % depuis 1999, avec un pic à 60 % en 2009. Aux législatives de 2017, l’abstention atteint 51 % au premier tour et 57 % au second (!). Aux régionales de 2010 et 2015, elle atteint ou dépasse les 50 %. Même chose pour les départementales de 2011 et 2015. Faut-il considérer tous ces scrutins comme non légitimes et non crédibles ? Et affirmer, par exemple, que la majorité LREM au service du Président Macron est illégitime ? Où est la cohérence ? Où sont les principes ? Où est l’honnêteté ?

RÉÉLU POUR SEPT ANS, LE PRÉSIDENT VÉNÉZUÉLIEN,
NICOLAS MADURO, SALUE SES SUPPORTEURS APRÈS
SA VICTOIRE, À CARACAS, LE 20 MAI 2018
PHOTO JUAN BARRETO
Pour certains commentateurs, le bulletin de vote vénézuélien « n’a guère de sens ». Non pas que les citoyens n’aient pas pu voter… puisque, comme le souligne le quotidien Le Monde, « les électeurs qui se sont déplacés votent tranquillement, les machines électroniques fonctionnent ». Ce qui compte et poserait problème, explique Le Monde (1) et d’autres médias, c’est le « carnet de la patrie » et les « points rouges », c’est à dire des tentes ou « stands » installés non loin des bureaux de vote. Chaque électeur peut – après avoir voté – aller y toucher un bon donnant droit à une aide en faisant valider et scanner son carnet. Pour ses détracteurs, ce système fonctionnerait donc comme un moyen de contrôle du choix de chaque électeur. Sauf qu’avec ce système, rien ne prouve pour quel candidat l’électeur a voté dans l’isoloir. C’est toujours Le Monde qui le souligne. Mais là encore, où est la vérité alors que 150 observateurs internationaux du scrutin (dont ceux du Conseil des experts électoraux d’Amérique latine) ne confirment en rien les accusations portées contre ce système des « points rouges ».

La confrontation politique a changé de dimension et de nature

Ceux qui prétendent qu’au Venezuela « le vote n’a guère de sens » cherchent à nourrir la thèse d’un régime où les élections ne servent à rien puisqu’il s’agit, selon eux, d’une dictature. Une dictature que l’on affuble, selon l’inspiration, de différents noms d’oiseaux. La palme revient à un certain François Brousseau, éditorialiste pour le quotidien « Le Devoir », au Canada, pays où se réunira le Groupe de Lima (2) lundi 4 février, à Ottawa. Brousseau écrit que « cette crise est la phase terminale du socialisme du 21ème siècle, variante singulière du capitalisme d’État autoritaire, avec une véritable mafia au pouvoir »(3). Cette formulation contient et amalgame tout ce qui se présente comme comme épouvantails idéologiques dans le monde anglo-saxon (et au delà) : socialisme, autoritarisme, mafia… La volonté de diabolisation maximum est devenue tellement éclatante (et pas seulement au Canada) qu’elle pourrait faire sourire en raison de sa véhémence et des dérives qu’elle suscite. Mais ce manque de sérieux est cependant significatif qu’on est passé à une autre phase de la crise vénézuélienne. D’abord dans sa dimension. Elle est maintenant complètement portée au plan international. Les États-Unis ont voulu qu’elle soit traitée au Conseil de Sécurité de l’ONU… ce qui a permis, contre leurs propres calculs, de montrer que le Venezuela de Nicolas Maduro est moins isolé qu’on ne le dit. Mais surtout, la confrontation politique change de nature. Le Secrétaire d’État américain Mike Pompéo l’a montré en utilisant une expression dont on saisira aisément la finesse politique : « vous devez choisir votre camp ». Cela nous rappelle le « vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous » de Georges W. Bush après le 11 septembre. Ce fut alors le signal d’une sorte de guerre sainte, une croisade (le mot fut employé).

C’est bien ce dont il est question aujourd’hui, contre le Venezuela et le chavisme. Un Venezuela en crise et en grande difficulté. Il n’est plus question de faire dans la dentelle. Il faut saisir le moment d’opportunité et frapper fort. Les élections et la démocratie ne sont plus que des prétextes et des situations de convenance pour déguiser un « regime change » (comme on dit en français) ou un véritable coup d’État, en issue politique soit disant légitime… Ce que l’on peut constater c’est que les États-Unis, avec la bourgeoisie, la droite et l’extrême-droite vénézuéliennes, et tous ceux qui les soutiennent, considèrent, après 20 ans de chavisme, après 20 ans d’affrontements politiques et institutionnels, 20 ans de confrontation de classe, 20 ans de tentatives de déstabilisation économique et politique avec y compris une tentative de coup d’État en 2002… que le moment est enfin venu de porter un coup décisif à un régime qui a porté comme référence et comme vision d’avenir, le socialisme, la justice sociale, l’attention aux plus pauvres, la réforme agraire, le défi au FMI et à la Banque mondiale, l’opposition à la domination impériale des États-Unis, la solidarité latino-américaine, le soutien à Cuba… Pour Trump et pour ceux qui l’ont précédé, ça fait effectivement beaucoup. Mettez vous à leur place.

D’où l’agressivité de bien des gouvernements de droite en Amérique latine. D’où l’attitude de quelques pays européens dont la France qui se permettent d’adresser un ultimatum à Maduro. Emmanuel Macron tweete le 26 janvier : « sans élections annoncées d’ici 8 jours, nous serons prêts à reconnaître Juan Guaido comme Président en charge du Venezuela pour enclencher un processus politique. » Un ultimatum, cela revêt un certain sens. Et pas n’importe lequel. C’est un acte qui sort les relations internationales des pratiques normales de la diplomatie. C’est un acte de force.

Le funeste parfum de l’irresponsabilité

Si Maduro n’obtempère pas et n’enclenche pas la processus politique « exigé », ce qui est le cas… que peut-t-il se passer ? Une montée brutale de la tension au Venezuela et sur le plan international ? La Russie et la Chine au Conseil de Sécurité ont, en effet, marqué leur opposition à la ligne de Washington. Une exacerbation de la violence ? Est-ce le but finalement recherché ? Va-t-on aller vers des affrontements armés élargis dans les rues de Caracas ? On nous répondra…mais non, il s’agit simplement d’obtenir de nouvelles élections. De cette manière ?.. et dans un tel contexte ? Un ultimatum a sa propre logique et ses risques d’engrenages. Il est consternant que la France ait pu accepter voire susciter une telle initiative. Cet ultimatum est un alignement politique de facto sur Washington et ses dangereuses prétentions impérialistes. De la part des autorités françaises, allemandes, britanniques et espagnoles c’est un choix dont le parfum d’ irresponsabilité nous fait sentir à quel point les relations internationales sont aujourd’hui gérées d’abord dans la brutalité et la carence de vision politique. C’est la logique de force, les diktats, le mépris du dialogue, des négociations possibles et du multilatéralisme qui dominent outrageusement. Nous assistons à la montée progressive de la sauvagerie dans l’ordre international.

Il est lamentable que les autorités françaises jusqu’au plus haut niveau, puissent y contribuer. Certains persistent pourtant à interpréter la politique étrangère d’Emmanuel Macron comme un « gaullo-mitterrandisme ». Ce concept n’a guère de sens sauf celui d’une hypocrisie (4). Il s’agirait d’accréditer l’idée d’une volonté d’indépendance et de liberté de choix sur les valeurs de la République. Mais où sont ces valeurs et cette liberté lorsque les choix français s’alignent sur ceux des États-Unis ? Que deviennent ces valeurs dans l’entretien permanent de relations privilégiées avec l’Égypte ou l’Arabie Saoudite ? En vérité, le rôle international de la France se précise dans un cumul d’affaiblissements, de cynismes et de dégénérescences politiques. Les autorités françaises se déconsidèrent en s’attaquant à un pays du Sud, aujourd’hui en difficulté, qui n’a cessé de vouloir montrer à son peuple, et au delà, que l’on peut faire autre chose qu’obéir aux règles du capitalisme et des puissances dominantes. Ce « nouveau monde » macronien ressemble furieusement à l’ancien.

1) « Au Venezuela, Nicolas Maduro proclamé vainqueur d’une présidentielle contestée », Le Monde, Rémy Ourdan, 21 mai 2018. 
2) Ce groupe est constitué du Canada et d’une dizaine de pays d’Amérique latine opposés au Président Maduro. 
3) « Venezuela, guerre froide », Le Devoir, François Brusseau, 28 janvier 2018. 
4) Sur cette question, voir en particulier dans ce blog : « 
ONU: une Assemblée générale très révélatrice. Version longue et modifiée », 22 novembre 2017,  

VENEZUELA : LE CHANTAGE AU RAFFINAGE DE WASHINGTON



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« PROCHAIN ​​ARRÊT VÉNÉZUÉLA! »
DESSIN LATUFF
Pour asphyxier Maduro et hâter le transfert du pouvoir à Guaidó, les Américains ont mis sous séquestre les bénéfices de la compagnie pétrolière d’Etat, qui raffine une grande partie de son brut aux États-Unis.

À CARACAS. PHOTO LUIS ROBAYO. 
Les États-Unis ont frappé un grand coup lundi en annonçant des sanctions inédites contre la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, PDVSA, afin d’empêcher « le détournement de ressources » par le président Nicolás Maduro. Priver le régime socialiste des revenus du pétrole, qui représente 95 % des exportations du pays (et autant des recettes budgétaires), c’est asphyxier économiquement le Venezuela et prendre le risque d’affamer encore un peu plus ses 32 millions d’habitants. Cinq jours après avoir reconnu le chef du Parlement, Juan Guaidó, comme président par intérim, la Maison Blanche s’est attaquée à PDVSA, accusée d’être « un véhicule de corruption ». Ce que Caracas reconnaît, puisque des poursuites pour détournements ont été lancées contre d’ex-dirigeants de la compagnie, nommés par Chávez et aujourd’hui en fuite.

Rupture des relations

LE CHANTAGE AU RAFFINAGE DE WASHINGTON
La compagnie pétrolière d’État ne peut désormais plus faire de commerce avec des entités américaines, et ses avoirs aux États-Unis (autour de 7 milliards de dollars, soit 6 milliards d’euros) sont gelés. Les raffineries de Citgo, filiale de PDVSA aux États-Unis, pourront continuer à fonctionner mais les transactions financières passeront par un compte placé sous surveillance et les bénéfices seront bloqués tant que Maduro restera au pouvoir, a précisé le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin.

Nicolás Maduro a déclaré lundi avoir «donné des instructions au président de PDVSA pour engager des actions politiques, légales, devant les tribunaux américains et du monde». « Ils veulent nous voler Citgo, à nous les Vénézuéliens ! », s’est emporté le chef de l’Etat, alors qu’il accueillait les diplomatesde retour au pays après la rupture des relations diplomatiques entre Caracas et Washington.

Les Etats-Unis sont le partenaire pétrolier historique du Venezuela. Pour des raisons de proximité d’abord : le pétrole de l’Orénoque, le principal fleuve du pays, parvient aisément, via la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique, jusqu’aux raffineries du Texas ou de Louisiane. Et ce pétrole lourd, une sorte de goudron devant être transformé en essence ou en dérivés, doit être mélangé à un pétrole plus léger, que le Venezuela ne produit pas. Au fil du XXème siècle, le pays n’a pas cherché à développer ses propres capacités de raffinage, pour des raisons techniques donc, mais aussi parce que le secteur était aux mains de compagnies étrangères qui reversaient une partie de leurs bénéfices à l’Etat.

En 1976, le président Carlos Andrés Perez (social-démocrate) nationalise le secteur énergétique mais crée des entreprises mixtes où, là encore, les partenaires étrangers se chargent des investissements en échange d’un pourcentage des bénéfices. Ce modèle rentier, qui ne fait que prolonger la vieille exploitation par les pays colonisateurs, n’a été que tardivement remis en cause par Hugo Chávez, en 2007, après huit ans au pouvoir. Cette année-là, le militaire et chef de l’Etat expulse les multinationales (dont le français Total) en les dédommageant.

Etau

Mais les compagnies américaines restent les clients privilégiés du Venezuela, avec un président socialiste peu désireux de mettre ses décisions économiques en accord avec ses diatribes anti-impérialistes. De leur côté, les États-Unis auraient pu utiliser bien avant l’arme du pétrole pour sanctionner Caracas. Le pays n’assure que les deux tiers de ses besoins en pétrole et dérivés, et les puits de l’Orénoque fournissaient près de 9 % des importations de Washington. Aujourd’hui, la part serait tombée à 3 %, le besoin d’une source alternative est donc moins pressant. Une autre explication du revirement des États-Unis est le bras de fer de Trump avec l’organisation des pays producteurs à laquelle appartient le Venezuela.

L’étau qui se resserre autour du président socialiste, à la veille de nouvelles manifestations à l’appel de l’opposition, inquiète vivement les principaux partenaires de Maduro, la Chine et la Russie, qui craignent de ne jamais revoir les milliards de dollars prêtés au Venezuela.

ALLIWARMIGU - COQUI MÁRQUEZ DELAROSA

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ALLIWARMIGU - COQUI MÁRQUEZ DELAROSA


mardi 29 janvier 2019

LE CHILIEN FERNANDO RAMOS, REMPLAÇANT D’UN PRÉSIDENT CONTESTÉ


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DESSIN SERGIO LANGER
Le secrétaire général de la Conférence épiscopale du Chili, Mgr Fernando Ramos, se rendra à Rome à la place de son président, accusé d’avoir dissimulé des abus sexuels.
Un séisme dont les secousses n’en finissent pas de secouer l’institution. Un an après le voyage du pape François au Chili, qui avait mis à jour sa gestion particulièrement calamiteuse de cas d’abus sexuels, l’épiscopat chilien est en pleine réorganisation, encore ébranlé par le choc. Démission de plusieurs évêques, poursuites judiciaires, dévoilement de mécanismes d’omerta... Le cas chilien est devenu emblématique de l’omerta et des dysfonctionnements qui entourent la prise en charge des abus sexuels dans l’Église.
LE PAPE FRANÇOIS REÇOIT ET 
MGR LUIS FERNANDO RAMOS PEREZ, 
PHOTO VATICAN MEDIA
Conséquence de cette situation, ce n’est pas le président de la Conférence des évêques chiliens (CECh), Mgr Santiago Silva, qui participera au Sommet sur les abus sexuels convoqué au Vatican par le pape François du 21 au 24 février. Il est mis en cause dans une enquête pour non dénonciation de harcèlement sexuel par un ancien séminariste qui affirme s’être confié à lui dans les années 1990, quand Mgr Silva n’était que professeur de théologie.

Aujourd’hui évêque aux armées, Mgr Silva a également été entendu au mois d’octobre par le procureur pendant plus de cinq heures sur des accusations concernant sa gestion d’un cas impliquant un aumônier militaire. À cette occasion, il a aussi été interrogé sur d’autres épisodes, notamment lorsqu’il était évêque auxiliaire du diocèse de Valparaiso et recteur du séminaire pontifical de San Rafael.

C’est donc Mgr Fernando Ramos, secrétaire général de la CECh, qui le remplacera à Rome pour cette rencontre, sur demande de Mgr Silva lui-même, lequel reste malgré tout à la tête de l’épiscopat chilien. Dans une interview accordée à la presse chilienne fin décembre, Mgr Ramos a expliqué que cette décision permettrait que « l’attention ne se concentre pas » sur des « analyses ou commentaires liés à la figure du président ».

Graves dysfonctionnements

Le voyage du pape François au Chili a marqué un tournant dans son pontificat. En janvier 2018, ce déplacement avait tourné au désastre. Le pape avait pris la défense de Mgr Juan Barros, évêque d’Osorno, soupçonné d’avoir dissimulé les abus sexuels de Fernando Karadima, ancien prêtre et prédateur sexuel. Cette attitude avait provoqué un tollé et obligé le pape à approfondir cette affaire en dépêchant au Chili un envoyé spécial, Mgr Charles Scicluna, chargé de recueillir des témoignages. Le résultat de cette enquête avait provoqué un revirement et un séisme dans l’Église chilienne tout entière, dont les graves dysfonctionnements étaient apparus.

Au mois de mai, le pape avait en effet convoqué l’ensemble des évêques chiliens pour une réunion inédite à Rome, afin de leur faire part des conclusions de Mgr Scicluna. Son rapport soulignait que des faits dénoncés aux évêques « ont été qualifiés superficiellement d’invraisemblables, alors mêmes qu’il y avait de graves indices de délit effectif » tandis que d’autre cas « ont été enquêtés avec retard voire jamais enquêtés ». Le pape avait aussi dénoncé, toujours d’après les informations de Mgr Scicluna, « des pressions exercées sur ceux qui devaient mener l’instruction des procès pénaux » ainsi que « la destruction de documents compromettants de la part de ceux qui étaient chargés des archives ecclésiastiques ».

Démission en bloc de l’épiscopat chilien

À la suite de cette rencontre, les évêques chiliens avaient présenté en bloc leur démission au pape. Ce dernier a jusqu’à présent accepté la démission de sept d’entre eux… dont Mgr Barros.

Ce scandale a touché l’Église catholique au Chili jusqu’au plus haut niveau, puisque le cardinal Ricardo Ezzati, archevêque de Santiago, fait actuellement l’objet d’une enquête de la justice chilienne – avec six autres évêques – pour dissimulation d’abus.

Au-delà de la question de la dissimulation de cas d’abus sexuels, ce scandale a également mis en lumière les dysfonctionnements au sujet des informations transmises au pape.

À la mi-janvier, le pape François a reçu à Rome les responsables de l’épiscopat chilien pour voir l’avancée du processus de réorganisation depuis cette rencontre.

Prévention et accompagnement des victimes

Né en 1959 dans la capitale chilienne, ordonné prêtre en 1989, Mgr Ramos, qui représentera donc le Chili lors du Sommet convoqué par le pape, ne résidait pas dans son pays dans les années où ce système d’omerta au sujet des abus sexuels était le plus prégnant. En effet, envoyé à Rome en 1993 pour y poursuivre ses études, il travailla ensuite jusqu’en 2007 au sein de la Congrégation pour les évêques, avant de revenir à Santiago.

Cette année-là, il fut nommé recteur du Séminaire pontifical chilien. En 2011, le cardinal Ezzati le nomma comme son premier vicaire épiscopal à Santiago. Durant cette période, Mgr Ramos fut aussi désigné comme membre du Conseil national pour la prévention des abus sexuels sur mineurs et l’accompagnement des victimes créé par la Conférence épiscopale chilienne.

En 2014, il fut nommé évêque auxiliaire du diocèse de Santiago et élu secrétaire général de la CECh depuis 2017. À la suite de la démission de l’évêque de Rancagua, Mgr Alejandro Goic, il est désormais administrateur apostolique de ce diocèse, qui se trouve dans une « situation compliquée ».

BRÉSIL. LE PRÉSIDENT LULA PROPOSÉ POUR ÊTRE LE NOBEL DE LA PAIX

« Le Brésil a quitté la carte de la faim dans le monde »

L’emblème de la campagne – une assiette, un couteau et une fourchette sur fond de drapeau brésilien – disait « l’émerveillement des sensations rassasiées » cher à l’écrivain Jean-Marie Le Clézio. Mais également le goût de tout ce qui manque, au-delà du riz et des haricots. Et notamment de l’espoir. En 2014, au cœur du quartier populaire de Campo Limpo, Lula invitait chacun à mesurer les avancées du géant sud-américain depuis le début des années 2000 : « Auparavant, la mère de famille qui allait faire ses courses revenait le panier vide car tout était inabordable. La viande est devenue accessible, on peut se permettre d’aller au restaurant, de voyager, d’entrer à l’université. Qui aurait imaginé ça ? Companheiras, dites à vos enfants qu’avant, l’espoir n’était pas permis. »

Si un certain nombre d’aspirations se sont évanouies depuis l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence, des citoyens semblent pourtant résolus à mener un combat extrêmement politique afin de porter la candidature de Lula au prix Nobel de la paix 2019 au nom de la « corrélation entre la garantie des droits de l’homme par les peuples, en particulier la santé et la sécurité alimentaire, et la construction internationale de la paix », assure le Comité de solidarité internationale pour la défense de Lula et de la démocratie au Brésil.

Portée par le lauréat du Nobel de la paix en 1980, l’artiste argentin Adolfo Pérez Esquivel, la pétition a déjà réuni près de 500 000 signatures (1), dont celles des sociologues Jean Ziegler et Éric Fassin, d’Angela Davis, de l’acteur Danny Glover, du linguiste Noam Chomsky et du syndicat UGTT. Selon eux, les programmes Fome Zero et Bolsa Familia (Bourse familiale) « ont été principalement responsables de la baisse des taux de malnutrition dans le pays (de 11 % en 2002 à moins de 5 % en 2007), ainsi que de la réduction de l’extrême pauvreté qui, selon un rapport de la Fondation Getúlio-Vargas (FGV), a chuté de 50,6 % au cours de la période liée au mandat de Lula. Cela a permis au pays de réaliser le succès historique de quitter la carte de la faim dans le monde des Nations unies en 2014 ».

Sur le plan international, les politiques initiées par Lula ont en outre été à l’origine d’une série de programmes à travers le monde et notamment de Zero Hunger International, en 2004, sous la houlette du gouvernement brésilien, de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et du président français Jacques Chirac. En outre, à l’inverse de son prédécesseur, qui prend déjà fait et cause pour tous les faucons qu’abrite la planète, Lula n’a cessé de jouer un rôle de médiateur, soulignent les initiateurs de la campagne. Ce fut le cas entre le Venezuela et la Colombie, lors du conflit armé en Colombie, et pour la Déclaration de Téhéran visant à établir un accord réglementant le programme nucléaire iranien.

« Un exemple mondial de la lutte contre la pauvreté »
Le dépôt de candidature auprès du Comité Nobel s’achève jeudi. Peuvent présenter un nom des parlementaires et ministres, des chefs d’État, des membres de la Cour internationale de justice de La Haye et de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, ou des professeurs, recteurs et directeurs d’université. Pour porter l’initiative, Adolfo Pérez Esquivel soutient que la faim « est un fléau et un crime dont sont victimes les peuples soumis à la pauvreté et la marginalité, privés de vie et d’espoir pour des générations. Pour cette raison, si un gouvernement national devient un exemple mondial de la lutte contre la pauvreté et les inégalités, contre la violence structurelle qui nous afflige en tant qu’humanité, il doit être reconnu pour sa contribution à la paix dans l’humanité ».

Et de faire résonner cette phrase de Martin Luther King : « Si on m’annonçait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. »

(1) https ://www.change.org/p/premio- nobel-de-la-paz-para-lula-da-silva-pr % C3 % AAmio-nobel-da-paz-a-lula-da-silva-nobel-peace-prize-to-lula-da-silva-friedensnobelpreis-an-lula-da-silva-premio-nobel-per-la-pace-a-lula-da-silva/u/23657944 (2) https ://www.nobelpeaceprize.org/Nomination/Nominator-application-form
Lina Sankari

lundi 28 janvier 2019

DIFILM : «MASSACRE DE LA PLACE BULNES, 1946 »

CHILI : «MASSACRE DE LA PLACE BULNES, 1946 »  
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CHILI : «MASSACRE DE LA PLACE BULNES »


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ELÍAS LAFERTTE DÉPOSE UNE OFFRANDE FLORALE À LA MÉMOIRE
DES VICTIMES DU «MASSACRE DE LA PLACE BULNES » AU CHILI
PHOTO  BIBLIOTHÈQUE DU CONGRÈS NATIONAL DU CHILI
 

73 ÈME ANNIVERSAIRE DU MASSACRE DE LA PLACE BULNES 
 1946 -28 JANVIER- 2019 
Le « massacre de la Place Bulnes » fut une tuerie survenue sur la place du même nom à Santiago du Chili, dans le centre civique de la capitale, le 28 janvier 1946, lors de l’administration du président radical Juan Antonio Ríos du Front populaire, qui, atteint d'un cancer, avait délégué ses fonctions au vice-président Alfred Duhalde Vásquez.
LA DÉPOUILLE DE RAMONA PARRA 
ET D'UNE AUTRE VICTIME À LA 
MORGUE DE L'HÔPITAL DES 
URGENCES DE SANTIAGO DU CHILI
PHOTO MEMORIA CHILENA
Duhalde Vásquez assume l’intérim le 17 janvier de cette année. Le même jour, au nord du pays commençait un conflit du travail, qui aurait des conséquences inopinées dans tout le Chili. Ce 17 janvier les travailleurs des usines de salpêtre Mapocho et Humberstone ont répondu à la hausse unilatérale des prix dans les épiceries des mines, en se déclarant en grève.

L'événement tragique s’est produit lors d'un meeting organisé par la Confédération de Travailleurs du Chili, en soutien aux travailleurs du salpêtre en grève.  Les carabiniers -police militarisée- a fait feu sur les manifestants en déclenchant une débandade et a fait six morts —Filomeno Chávez Villalobos, Alejandro Gutiérrez Álvarez, Roberto Adolfo Lisboa Caldera, Manuel López López,  Ramona Parra Alarcón et César René Tapia— et autour d’une centaine de blessés. Parmi les victimes se trouvait la jeune militante communiste Ramona Parra, devenue depuis l’icône de ces événements tragiques. 

Après cela, le Parti communiste du Chili s'est éloigné du gouvernement (ils avaient soutenu la candidature de Juan Antonio Ríos) : le ministre Eduardo Frei Montalva, qui avait le portefeuille des Travaux publics, a démissionné de son poste en signe de protestation.


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VENEZUELA : LA RUSSIE ET LA CHINE ONT DÉNONCÉ L’INGÉRENCE AMÉRICAINE DANS LES AFFAIRES INTÉRIEURES DU PAYS


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DESSIN OSMANI SIMANCA
Washington avait espéré réunir un soutien – sous la forme d’une déclaration – pour encourager la transition démocratique au Venezuela et son président autoproclamé Juan Guaido. Mais le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo est reparti d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU), samedi 26 janvier 2019, avec un aperçu des divisions profondes qui animent la communauté internationale sur la réponse à apporter à la crise politique qui secoue le pays depuis le 23 janvier.
ELLIOTT ABRAMS L'ÉMISSAIRE AMÉRICAIN AIDERA À 
«RESTAURER LA DÉMOCRATIE» AU VÉNÉZUÉLA
PHOTO MANUEL BALCE CENETA
La Russie, la Chine, la Guinée Équatoriale et l’Afrique du Sud ont commencé par tenter d’empêcher la tenue de la réunion réclamée par Washington, en faisant valoir que la crise politique que traverse ce pays d’Amérique latine n’était pas une menace à la paix et la sécurité dans le monde.

« Si quelque chose représente une menace (…), ce sont les actions honteuses et agressives des États-Unis et de leurs alliés qui visent à évincer un président du Venezuela légitimement élu », a déclaré l’ambassadeur russe, Vassily Nebenzia, qui a accusé Washington de fomenter un coup d’État au Venezuela.

Faux, ont répondu neuf des quinze membres [«les laquais des États-Unis »] qui ont rappelé l’exode de plus de trois millions de Vénézuéliens dans les pays limitrophes, dont près de 700 000 au Pérou, faisant peser sur ces États un risque de déstabilisation grave.

« Tentatives d’ingérences »

L'ENVOYÉ SPÉCIAL AMÉRICAIN RÉCEMMENT NOMMÉ POUR LE 
VENEZUELA,  ELLIOTT ABRAMS, -QUI A AVOUÉ AVOIR MENTI 
DEVANT LE CONGRÈS LORS DE L'ENQUÊTE SUR L'AFFAIRE
IRAN-CONTRA- EST ASSIS JUSTE DERRIÈRE, À LA 

DROITE DE POMPEO PHOTO DE SPENCER PLATT 

La réunion a donc eu lieu, et elle a permis aux amis du président Nicolas Maduro de s’exprimer. La Chine, la Russie, la Bolivie, le Nicaragua, la Bolivie et des pays des Caraïbes ont indiqué leur soutien à son gouvernement et ont dénoncé « les tentatives d’ingérences » dans les affaires intérieures vénézuéliennes. Moscou a violemment dénoncé les « jeux sales » de Washington et ses tentations de « changement de régime » en Amérique latine, « son sport favori » a ironisé M. Nebenzia, en rappelant l’historique de la baie des Cochons à Cuba ou de l’affaire Iran-Contra au Nicaragua. « Vous mettez le pays au bord du précipice d’une guerre intestine sanglante », a-t-il encore prévenu.

Très offensif, Mike Pompeo a rappelé le lourd passif de violation des droits de l’homme du président Maduro, qui « n’hésite pas à affamer » son peuple pour mener « une expérience socialiste ». La situation humanitaire dans le pays exige « une réaction immédiate » de la communauté internationale, a exhorté M. Pompeo qui a rejeté «les indécisions et les tentatives de diversion ». Les Vénézuéliens « ne peuvent plus attendre », a-t-il soutenu avant de demander à ses alliés de choisir leur camp, « soit du côté de la force de la liberté soit du côté du chaos et de Maduro ».

Symptomatique des relations de plus en plus difficiles avec Pékin et Moscou, le secrétaire d’Etat américain a par ailleurs accusé la Chine et la Russie de « soutenir un régime en faillite dans l’espoir de récupérer des milliards de dollars grâce à des investissements inconsidérés et à une assistance consentie au fil des ans ».

LE PRÉSIDENT CONTESTÉ REPROCHE SON « ARROGANCE »
À L’EUROPE, LA JUGEANT DÉCONNECTÉE DE
L’HISTOIRE ET DES RÉALITÉS VÉNÉZUÉLIENNES.
NICOLÁS MADURO (À GAUCHE), AVEC LE JOURNALISTE
TURC CÜNEYT ÖZDEMIR, SAMEDI, AU PALAIS PRÉSIDENTIEL
PHOTO CNN 
Les Européens, qui soutiennent, pour leur part, une position alternative – l’organisation d’élections libres sous huit jours sous peine de reconnaître Juan Guaido comme président – ont peiné à convaincre. Seuls Paris, Berlin et Madrid soutiennent officiellement cette proposition et l’ultimatum fixé par les capitales a été immédiatement rejeté par Caracas et ses soutiens. « L’Europe nous donne huit jours ? Pourquoi ? D’où tire-t-elle qu’elle peut nous imposer une telle idée ? C’est infantile », s’est élevé le ministre des affaires étrangères vénézuélien Jorge Arreaza.

« Pourquoi Macron se penche-t-il sur le Venezuela au lieu de se pencher sur la crise des “gilets jaunes” ? », s’est aussi interrogé à voix haute M. Arreaza. Paris a immédiatement rejeté une comparaison « déplacée et hors sujet » en rappelant que « les élections en France sont démocratiques » et que le gouvernement traite des « affaires intérieures dans le respect de l’état de droit et le dialogue ».

Sortie de crise difficile

Les débats, qui ont duré près de cinq heures, ont laissé entrevoir une sortie de crise difficile. « Toutes les parties devront très bientôt céder du terrain et négocier les conditions de la transition, y compris les réformes en profondeur nécessaires pour organiser des élections honnêtes. Sinon, les tensions dans le pays et les appels à une intervention militaire vont s’aggraver », a insisté Ivan Briscoe, directeur pour l’Amérique latine de l’International Crisis Group.

Le chef de la diplomatie vénézuélienne n’a d’ailleurs pas manqué de souligner l’ironie de la présence autour de la table en forme de fer à cheval du Conseil de sécurité d’Elliott Abrams, nommé par le département d’Etat vendredi envoyé spécial au Venezuela. Alors jeune diplomate sous l’administration de Ronald Reagan, M. Abrams avait organisé le financement des rebelles Contra au Nicaragua sans l’approbation du Congrès américain. Il avait menti deux fois sur son rôle avant d’être gracié en 1991 par George H. W. Bush.

Les alliés de Caracas n’ont pas hésité à y lire une réhabilitation de la doctrine Monroe par l’administration Trump, faisant de l’Amérique latine une arrière-cour des États-Unis qui échapperait à leur politique de non-intervention. Le Venezuela pourrait en être le premier exemple.
Marie Bourreau 

vendredi 25 janvier 2019

LA FRANCE APPELLE MADURO À «S'INTERDIRE TOUTE FORME DE RÉPRESSION DE L'OPPOSITION»

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors de ses voeux à la presse, a "fermement" appelé aujourd'hui le président vénézuélien Nicolas Maduro à "s'interdire toute forme de répression de l'opposition, tout usage de la violence contre des manifestants pacifiques".
Par Le Figaro.fr avec l'AFP
Le chef de la diplomatie française a ajouté que Paris apportait son "plein soutien" au Parlement et son président, Juan Guaido, qui s'est autoproclamé "président" par intérim du pays en proie à une crise politique majeure.

"Nous entendons apporter notre plein soutien à l'Assemblée nationale vénézuélienne et son président en tant qu'institutions démocratiquement élues et qui à cet égard (doivent) jouer totalement (leur) rôle", a déclaré Jean-Yves Le Drian.

Le ministre a également appelé "à bref délai à la tenue d'élection présidentielle dans des conditions qui en garantissent le caractère démocratique".


VENEZUELA. LE SCÉNARIO DU COUP D’ÉTAT ÉTAIT PRESQUE TROP PARFAIT


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UN MANIFESTANT SOUTIEN DE L'OPPOSITION
MANIFESTE DANS LA VILLE DE MARACAIBO, 
AU VENEZUELA, LE 23 JANVIER 2019
PHOTO  CHINE NOUVELLE
Le président de l’Assemblée nationale veut s’arroger le pouvoir exécutif avec l’accord des États-Unis et des gouvernements de droite du continent. L’armée réitère son soutien au président socialiste Nicolas Maduro. Le pire n’est pas à exclure.
DE MANIFESTATIONS PRO-MADURO ONT ÉTÉ
PUBLIÉES MERCREDI SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX.
 À CARACAS, LE 23 JANVIER 2019.
PHOTOLUIS ROBAYO / AFP
Comment un illustre inconnu de la scène internationale peut-il jouir d’une telle reconnaissance mondiale, quelques instants seulement après s’être autoproclamé président du Venezuela ? Les historiens et politologues pourront plancher des heures durant sur les événements qui se déroulent dans la puissance pétrolière, en argumentant, s’il le faut, qu’un coup d’État suppose un recours à la violence. Ils seront alors bien en peine d’expliquer les soubresauts que connaît l’Amérique latine depuis les putschs au Honduras, au Paraguay, au Brésil et désormais au Venezuela. Quant au scénario du pire, il n’est pas à exclure après cette journée du 23 janvier où le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, s’est auto-investi chef de l’État « en exercice» de la manière la plus illégale.

Personne ne peut croire que l’opposition de droite, pourtant morcelée, puisse s’adjuger le pouvoir d’un claquement de doigts sans le soutien de Washington ? Certes, elle manifestait ce jour-là en masse, tout comme les dizaines de milliers de partisans du président socialiste Nicolas Maduro, à l’occasion de l’anniversaire de la chute de la dictature de Perez Jimenez en 1958. Le tempo parle de lui-même.

Quatre petites minutes seulement après les déclarations de Juan Guaido annonçant la constitution d’un gouvernement intérimaire, les États-Unis s’empressaient de le désigner comme le président « légitime ». Trois minutes plus tard, c’était au tour de Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des États Américains – organisme créé sur mesure pour défendre les intérêts de la puissance états-unienne dans la région –, d’apporter sa bénédiction. On rappellera ici que l’Uruguayen a été exclu de sa formation politique, le Front large (centre gauche), en raison de ses attaques répétées contre la souveraineté vénézuélienne. Puis, Mike Pompeo, le secrétaire d’État, et Donald Trump en personne ont donné le ton en exigeant de Nicolas Maduro qu’il abandonne son siège au nom de la « démocratie ».

Les lignes rouges ont été franchies

Dans une Amérique latine, portée désormais par une vague réactionnaire, les exécutifs de droite – Brésil, Chili, Argentine, Paraguay, Équateur, Guatemala – se sont aussitôt alignés. À vrai dire, sans grande surprise. Quant à l’Union européenne, le président du Conseil, Donald Tusk, a plaidé pour que « toute l’Europe » soit unie «  en soutien aux forces démocratiques ». « Contrairement à Maduro, l’Assemblée parlementaire y compris Juan Guaido ont un mandat démocratique des citoyens vénézuéliens», a-t-il tweeté. Bruxelles emboîte ainsi le pas à la déclaration de guerre prononcée le 4 janvier par le groupe de Lima (Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou), qui, réuni dans la capitale péruvienne, a annoncé qu’il ne reconnaîtra pas le nouveau mandat de Nicolas Maduro dont l’investiture a eu lieu le 10 janvier. Cette structure à laquelle n’appartiennent pas les États-Unis, mais qui y participaient par vidéoconférence, a accordé sa «pleine reconnaissance à l’Assemblée nationale élue, le 6 décembre 2015 ». Impressionnant hasard du calendrier, Juan Guaido était investi le lendemain président de l’Assemblée nationale, majoritairement dominée par la Mesa unidad democratica (MUD), une coalition hétéroclite de partis de droite qui a explosé en vol en raison de divisions internes sur la stratégie à adopter pour déloger le Parti socialiste uni du Venezuela (Psuv) du pouvoir. Qu’importe si ce parlement a été déclaré en outrage en mars 2017 pour avoir outrepassé les pouvoirs judiciaires et électoraux qui lui sommaient de procéder à de nouveaux scrutins à la suite de l’élection frauduleuse de trois députés. Fort de la déclaration du groupe de Lima, qui a exigé de Nicolas Maduro qu’il « transfère le pouvoir exécutif à l’Assemblée nationale », Juan Guaido a demandé à l’armée de se ranger de son côté, allant désormais jusqu’à offrir une amnistie à d’éventuels rebelles.

CAPTURE D'ÉCRAN
Depuis Paris, Emmanuel Macron y est allé de son couplet. « Après l’élection illégitime de Nicolas Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie », a-t-il tweeté en espagnol et en français. On peine à croire que le Quai d’Orsay ne soit pas au fait des événements depuis 2017, à la suite des violences meurtrières initiées par la MUD. Ce triste épisode avait ouvert la voie à un processus de dialogue entre l’opposition et l’exécutif chaviste afin de trouver une solution pacifique à la crise politique et économique. Plus de 150 réunions officielles et secrètes ont eu lieu. Grâce à la médiation du président dominicain, Danilo Medina, et de l’ex-premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, un pré-accord incluant une élection présidentielle a été trouvé en décembre 2017. Tout était fin prêt pour la signature, jusqu’à ce que Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, fasse marche arrière sur pression du secrétaire d’État américain (limogé depuis), Rex Tillerson, qui entreprenait une tournée en Amérique latine. L’ancien chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Caracas, Todd Robinson, a, quant à lui, exigé d’Henry Ramos Allup, l’un des pré-candidats de la droite à l’élection présidentielle du 20 mai 2018, de ne pas se présenter afin d’en discréditer l’issue.

En dépit de ces injonctions, trois formations de l’opposition ont concouru au scrutin, au cours duquel 46,07 % des électeurs se sont prononcés. Cette faible participation – qui n’est pas étrangère non plus à l’exaspération populaire consécutive à une économie en lambeaux et à une hyperinflation horrifiante – justifie-t-elle pour autant de renverser Nicolas Maduro, qui a obtenu plus de 60 % des voix, soit 30,45 % des inscrits ? Les chancelleries devraient y réfléchir à deux fois. Car, pour mémoire, le très droitier président chilien, Sebastian Piñera, a été élu avec 26,5 % des inscrits ; son voisin argentin Mauricio Macri, avec 26,8 %, et le chef de la Maison-Blanche avec 27,20 %. Quant à Emmanuel Macron, ses 18,19 % du premier tour ne lui permettent guère de fanfaronner.

Si on excepte quelques déclarations de bonne intention de l’ONU, la diplomatie semble se prendre les pieds dans la stratégie interventionniste de Washington. Depuis 1999, date de l’accession d’Hugo Chavez au pouvoir, elle a multiplié les entreprises de déstabilisation au Venezuela, pays aux insondables richesses naturelles. Mercredi, les lignes rouges ont été franchies. Le président élu Nicolas Maduro a ordonné aux diplomates états-uniens de quitter le sol vénézuélien. En vain, « les États-Unis ne reconnaissent pas le régime de Maduro (...) (Ils) ne considèrent pas que l’ancien président Nicolas Maduro a l’autorité légale pour rompre les relations diplomatiques », a rétorqué le département d’État qui entend gérer leurs relations « par le biais du gouvernement du président par intérim Guaido ».

« Jamais nous ne trahirons la volonté du peuple. Nous ratifions notre absolue loyauté à la Constitution et à notre commandant en chef, Nicolas Maduro ! » a assuré le commandant général de l’armée bolivarienne, Jesus Suarez Chourio.

Outre la Chine ou encore la Russie, le dirigeant socialiste a reçu le soutien régional de la Bolivie, du Nicaragua, de Cuba, de l’Uruguay, ainsi que du Mexique qui avait déjà refusé de signer la déclaration commune du groupe de Lima au nom de la non-ingérence dans les affaires internes d’un pays tiers. « La dualité de pouvoirs, intentionnelle et, il va sans dire, bien méditée (...) est un chemin direct au chaos et à la destruction des ciments de l’État vénézuélien», a déclaré Moscou, en condamnant «ceux qui poussent la société à l’abîme d’un conflit sanglant ».

Depuis Davos, Patrick Pouyanné, le patron du géant pétrolier français Total, présent depuis un demi-siècle sur le territoire vénézuélien, a, quant à lui, estimé que les événements à l’œuvre étaient «probablement une très bonne nouvelle pour le peuple vénézuélien», sous couvert d’évoquer la « sécurité de (son) personnel (...) le difficile accès à l’eau, à l’électricité»...