vendredi 13 juillet 2018

CHILI: UN PRÊTRE ARRÊTÉ POUR ABUS SEXUELS


ÓSCAR MUÑOZ TOLEDO

Un prêtre a été arrêté pour abus sexuels et viol sur des enfants. Des faits commis à partir de 2002 qui met à mal l'Eglise chilienne.
Emiliano Arias, procureur 

"Les crimes pour lesquels ce prêtre va être présenté au juge sont des crimes qui ne sont pas prescrits, qui peuvent encore être punis, donc la responsabilité pénale est totale."

Voici Oscar Muñoz filmé il y a quelques mois, ce prêtre chilien de 56 ans vient d'être arrêté jeudi. Il est accusé d'abus sexuels sur 7 enfants et de viol. des faits commis à partir de 2002

Cette affaire a été découverte par la justice lors d'une saisie opérée en juin au siege de l'archidiocèse chilien. Ancien vice chancellier de Santiago, Muñoz a été destitué il y a 2 mois après avoir reconnu des abus sur mineurs.

Ricardo Ezzati, archevêque de Santiago

"C'est d'abord très douloureux pour lui, pour sa famille, pour les victimes. Et je pense ensuite très fort et très chaleureusement aux victimes qui ont souffert."

L'église chilienne n'en a donc pas encore fini avec les scandales de pédophilie. Le pape François a récemment accepté la démission de 5 évêques accusé d'avoir couvert certains prêtres.

mercredi 11 juillet 2018

DES PÊCHEURS ATTRAPENT UNE ÉTRANGE CRÉATURE DE 5M DE LONG AU LARGE DU CHILI


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CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER
Au large de l’Océan pacifique près de la côte chilienne, un groupe de pêcheurs a attrapé ce qu’ils croyaient être un serpent de mer long de 5m mais la créature s’est révélée être un poisson surdimensionné.
Des pêcheurs ont pêché près de la côte chilienne une créature marine de 5m de long et pesant plus de 150kg, qu'ils avaient d'abord pris pour un «serpent de mer», relate le tabloïd The Daily Mirror.
Dans la vidéo ci-dessus, on peut voir la créature s'étaler sur le pont du bateau.

En fait, il s'agissait d'un énorme poisson-ruban (Regalecus glesne), qui n'a rien à voir avec les serpents de mer, et encore moins avec les monstres marins.

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Rogrigo Olivo, le coordinateur de la pêcherie Caleta Cavancha, a indiqué aux journalistes que les pêcheurs avaient remis le poisson à Miguel Araya de l'université Arturo Prat à Iquique au Chili.

«C'est une femelle de l'énorme poisson-ruban, également connue sous le nom du "roi des harengs"», a expliqué M.Araya.

Et de préciser: « Son estomac était plein de restes de krills. (…) Ces poissons vivent d'habitude en eaux profondes, mais il y des cas enregistrés où ils se sont aventurés dans des eaux côtières puisqu'ils étaient malades ou étaient à l'article de la mort. » 

mardi 10 juillet 2018

EN ISRAËL, LES TROIS DIMENSIONS D’UNE DÉRIVE FASCISANTE


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 BUDAPEST, 18 JUILLET 2017. — LE PREMIER MINISTRE HONGROIS
 VIKTOR ORBÁN REÇOIT BENYAMIN NÉTANYAHOU.
 PHOTO PUTITRIGHT.EU
Les dérives autoritaires et fascisantes de l’État d’Israël sont largement sous-estimées par les médias et les responsables politiques européens. Pourtant, elle sont réelles et porteuses de dangers pour tout le Proche-Orient.
Beaucoup de lecteurs du Monde auront été surpris de découvrir, sous la plume de l’historien Zeev Sternhell, spécialiste éminent du fascisme, une comparaison entre l’Israël d’aujourd’hui et l’Allemagne des débuts du nazisme. C’est que la plupart des grands médias ont peu couvert l’inquiétante radicalisation de la coalition de droite et d’extrême droite qui dirige Israël depuis 2015.

Ce phénomène comporte trois dimensions principales.

L’ÉTAT-NATION DU PEUPLE JUIF


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La première et la principale concerne le projet colonial en Palestine, qui connaît un tournant historique. Jusqu’ici les autorités israéliennes, y compris Benyamin Nétanyahou depuis son fameux discours de 2009, faisaient mine d’accepter la perspective dite « des deux États ». Certes elles accéléraient la colonisation — le quotidien israélien Haaretz a donné l’an dernier le chiffre de 700 000 colons juifs, 470 000 en Cisjordanie et 230 000 à Jérusalem-Est —, mais elles maintenaient formellement un flou artistique autour du statut des territoires occupés.

De surenchère en surenchère, stimulés par la prévisible succession de Nétanyahou, les principaux autres chefs de la coalition ont imposé un changement de cap. Ministre de l’éducation et de la diaspora, le chef du parti Foyer juif Naftali Bennett répète inlassablement : « Le chemin des concessions, le chemin de la division a échoué. Nous devons donner nos vies pour l’annexion de la Cisjordanie. » Et il a déjà joint les actes à la parole, faisant voter une loi en ce sens par le Parlement, le 6 février 2017. Ce texte légalise rétroactivement une série d’« avant-postes » (ces colonies jusque-là illégales même aux yeux du droit israélien) en autorisant la saisie de terres privées palestiniennes et en ouvrant ainsi la voie à l’extension de la souveraineté israélienne sur la zone C, qui représente plus de 60 % de la Cisjordanie, voire sur toute celle-ci. Cette loi dite de « régularisation », appelée « loi des voleurs » par Benny Begin, le fils de l’ancien premier ministre, reste pour l’instant gelée par la Cour suprême. Mais cette dernière devient elle-même une cible des attaques du gouvernement, qui veut en modifier la composition et en réduire les prérogatives.

Qualifié de « fasciste » par l’ancien premier ministre Ehoud Barak, le Foyer juif, ultranationaliste, revendique l’héritage du Parti national religieux, qui fut toujours, avec le Bloc des croyants (Gouch Emounim), le cœur du mouvement de colonisation. S’il ne compte que huit députés et quatre ministres, il a néanmoins réussi à rallier à sa loi soixante députés, dont la quasi-totalité de ceux du Likoud, alors que le chef de ce dernier, le premier ministre Benyamin Nétanyahou, leur avait instamment demandé de s’y opposer. Il faut dire que fin 2017, même le comité central du Likoud se prononçait pour la mise en œuvre de l’annexion de la Cisjordanie.

Un autre texte prévoit d’annexer cinq blocs de colonies situés à l’est de Jérusalem, empêchant du même coup Jérusalem-Est de devenir la capitale d’un État palestinien. Mais il nécessite encore, selon Nétanyahou, une « préparation diplomatique ». En attendant, le Parlement a adopté, toujours sur proposition de Bennett, un amendement à la loi de 1980 sur Jérusalem. Il élève de 61 députés à 80 (sur 120) la majorité nécessaire pour tout retour de parties de la ville sous souveraineté palestinienne. Et il permet de retrancher des quartiers palestiniens situés à l’extérieur du Mur pour en faire des « entités séparées » dont les habitants ne seraient plus des « résidents ».

« S’il était mis en œuvre, le charcutage des limites de la municipalité y réduirait de près de 120 000 le nombre des Palestiniens et ajouterait 140 000 colons israéliens à la population de la ville, réduisant la part des Palestiniens à 20 % (contre 37 % aujourd’hui) », estime le rapport annuel étouffé des consuls de l’Union européenne à Jérusalem, selon le journaliste René Backmann.

Autrement dit, au-delà de leurs rivalités, les bâtisseurs du « Grand Israël » ont décidé, violant ouvertement cinquante années de résolutions des Nations unies, d’enterrer la solution dite « des deux États » au profit d’un seul : un État d’apartheid, où les Palestiniens annexés ne jouiraient pas des droits politiques, à commencer par le droit de vote. Il est vrai que, selon les démographes, la Palestine historique compte désormais plus ou moins autant d’Arabes que de juifs : environ 6,6 millions…

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption au Parlement symbolise cette volonté. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lecture parle d’« État-nation du peuple juif ». Et il précise : «Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu.

UN ARSENAL LIBERTICIDE


PHOTO JACK GUEZ
Les leaders de l’extrême droite font aussi avancer leur cause par des provocations retentissantes. Ministre de la justice, Ayelet Shaked n’a pas hésité, pendant la dernière guerre de Gaza, à poster sur sa page Facebook un texte qualifiant « l’ensemble du peuple palestinien » d’ « ennemi d’Israël » et justifiant ainsi « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages »1. De son côté, Naftali Bennett a préconisé de tuer tous les « terroristes » arrêtés plutôt que de les mettre en prison. Et d’expliquer : « J’ai tué beaucoup d’Arabes, aucun problème avec ça ». Quant à Avigdor Lieberman, il affirme que « les Israéliens arabes n’ont pas leur place ici. Ils peuvent prendre leurs baluchons et disparaître », ajoutant : « Ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache ». Il propose même de transporter les prisonniers palestiniens « jusqu’à la mer Morte pour les noyer »…

Mais ces extrémistes le savent : leur fuite en avant pourrait susciter, à terme, des réactions négatives de l’opinion. Si l’absence d’alternative à gauche a poussé les Israéliens toujours plus vers la droite, cette évolution a (encore ?) des limites : selon une enquête d’opinion, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie et 53 % s’opposent à son annexion2. Voilà qui explique sans doute la deuxième dimension de la radicalisation de l’actuelle coalition : l’arsenal liberticide qu’elle a fait voter par le Parlement depuis le début de la décennie. Au cas où. En encadré ci-dessous, les morceaux de choix :
- une loi interdit tout appel au « boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël » (2011);  
- une autre prive de subventions d’État les organisations, institutions ou municipalités commémorant la Nakba, l’expulsion de 800 000 Palestiniens en 1948 (2011) ; - le même texte instaure des « comités d’admission » pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une cité sont « convenables » (2011) ;  
- un amendement à la loi fondamentale sur le gouvernement porte à 3,25 % le seuil minimal en dessous duquel une formation politique ne peut pas être représentée au Parlement (2014) ;  
- une loi contraint les ONG à déclarer plusieurs fois par an les subventions en provenance de gouvernements étrangers, si celles-ci représentent plus de la moitié de leur budget 3 (2016) ;  
- unique au monde, un texte permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement, pour incitation, racisme ou soutien à la lutte armée (2016) ;  
- une autre législation accorde des pouvoirs exceptionnels à l’État contre les «organisations terroristes » en Israël, y compris leurs « membres passifs ». Elle autorise le ministre de la défense à confisquer sans jugement les biens des membres de ces organisations (2016) ;  
- une loi permet l’emprisonnement à partir de 12 ans de mineurs accusés de plusieurs crimes violents (2016) ;  
- une législation autorise Israël à refouler à ses frontières les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott (2017). Une liste de vingt ONG bannies sera même publiée début 2018;  
- une autre loi, proposée par Bennett et votée en première lecture, permet au ministre de l’éducation d’interdire à des associations dénonçant l’armée — en l’occurrence Breaking the silence qui mène campagne contre la violence de l’armée israélienne dans les territoires occupés — d’intervenir dans les établissements d’enseignement (2017) ;  
- destinée à protéger Benyamin Nétanyahou, une législation interdit à la police d’informer le procureur général de l’existence de motifs d’inculpation dans le cadre d’enquêtes portant sur des personnalités publiques (2017) ;  
- une loi autorise le ministre de l’intérieur à révoquer le droit de résidence à Jérusalem de Palestiniens suspectés de « déloyauté » vis-à-vis de l’État (2018) ;  
- quasiment totalitaire, la dernière loi en date permet au premier ministre et au ministre de la défense de déclarer la guerre seuls, sans consulter le cabinet de sécurité ni a fortiori le gouvernement (2018).

ALLIANCE AVEC L’EXTRÊME DROITE EUROPÉENNE

Qui se ressemble s’assemble : Nétanyahou recrute ses meilleurs amis — c’est la troisième dimension de la radicalisation de sa coalition — parmi les pires populistes européens. Comme Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, liquidateur des libertés hongroises, islamophobe et antisémite. Le chef du Likoud n’a même pas manifesté le moindre état d’âme en apprenant que quelques jours avant leur rencontre de juillet 2017, son hôte s’était livré à une apologie du régent (1920-1944) Miklós Horthy, le Pétain hongrois dont les successeurs aidèrent Adolf Eichmann à déporter et à assassiner 430 000 juifs hongrois. Nétanyahou flirte aussi avec Jaroslaw Kaczyński, pourtant inspirateur d’une loi interdisant d’évoquer les — nombreux — collaborateurs polonais de l’occupant : en 1970 déjà, l’historien Szymon Datner estimait qu’ils avaient tué 200 000 juifs durant la seconde guerre mondiale. Ce texte négationniste, qui déclencha plusieurs manifestations ouvertement antisémites dans le pays, provoqua un tel scandale que Varsovie dut reculer. Mais Yehuda Bauer, le principal historien israélien de la Shoah, a qualifié la déclaration Nétanyahou-Morawiecki de «trahison stupide, ignorante et amorale de la vérité historique sur l’implication polonaise dans l’Holocauste ».

Avancés pour justifier ces liaisons dangereuses, les prétextes diplomatiques ne sauraient expliquer le rapprochement entre Israël et les partis d’extrême droite ouest-européens. Dès décembre 2010, une trentaine de dirigeants d’extrême droite — dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Philip Dewinter et le successeur de Jörg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache — ont séjourné en Israël, accueillis avec les honneurs dus aux hôtes de marque. À l’époque vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui rêve de débarrasser de ses musulmans un État qu’il veut exclusivement juif, a conversé alors chaleureusement avec Wilders, qui rêve, lui, d’interdire le Coran aux Pays-Bas. Ce dernier s’était même rendu dans une colonie juive de Cisjordanie, où il avait, révélait l’AFP, « plaidé contre la restitution de territoires en échange de la paix avec les Palestiniens, proposant l’installation “volontaire” des Palestiniens en Jordanie ». Pour lui, les colonies constituent des « petits bastions de la liberté, défiant des forces idéologiques qui nient non seulement à Israël, mais à tout l’Occident, le droit de vivre dans la paix, la dignité et la liberté ».

Plus récemment, le Likoud a envoyé un de ses députés, Yehuda Glick, rencontrer le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ) fondé par Jörg Haider après son retour au gouvernement autrichien. Il y a fort à parier qu’il contactera aussi la Ligue victorieuse, avec le Mouvement cinq étoiles, aux dernières élections législatives italiennes. Seule reste non grata en Israël la formation de Marine Le Pen, dont le compagnon, Louis Alliot, y a néanmoins séjourné.

Dans cette radicalisation, il y a quelque chose de l’hubris grec, mélange de vertige, d’orgueil et de démesure, contre lequel les Dieux exerçaient leur vengeance. Nétanyahou et ses alliés/rivaux se croient tout permis parce qu’ils estiment détenir une sorte de carré d’as. Premier as, Donald Trump, le président américain le plus pro-israélien de l’histoire, porté notamment par des dizaines de millions d’évangélistes. Après le transfert de son ambassade à Jérusalem, il reconnaîtra sans doute l’annexion du Golan, voire appuiera une aventure israélienne contre Téhéran. Bref, il ne refusera rien à Tel-Aviv. Le deuxième as, c’est Mohamed Ben Salman, le prince héritier saoudien, qui a décidé d’abandonner ouvertement la cause palestinienne pour s’allier avec Washington et Tel-Aviv contre l’Iran. Le troisième as, ce sont Mahmoud Abbas et Yahya Sinouar, les frères ennemis palestiniens incapables de surmonter les divisions entre Fatah et Hamas, fournissant ainsi à Israël un atout maître. Enfin, quatrième as, les guerres de Syrie, d’Irak, du Yémen et de Libye, qui marginalisent la question de Palestine, autrefois centrale.

FAIRE TAIRE TOUTES LES CRITIQUES

Leur fuite en avant, Nétanyahou et ses alliés-rivaux le savent, ne pourra qu’accentuer, à terme, l’isolement international du gouvernement israélien. Déjà, l’État de Palestine est entré à l’Unesco (2011), aux Nations unies (2012) et à la Cour pénale internationale (2015). Et l’Assemblée générale a voté, fin 2017, en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga). Dans les enquêtes mondiales d’opinion sur l’image des différents États, Israël arrive depuis une quinzaine d’années dans le peloton de queue, avec la Corée du Nord, l’Iran et le Pakistan.

Voilà pourquoi le gouvernement israélien s’efforce de faire taire les critiques de sa politique. D’où sa volonté de criminaliser la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), qualifiée par Nétanyahou de « menace stratégique majeure » qu’il combat avec une organisation récemment dotée de 72 millions de dollars. À cette première opération s’en ajoute depuis deux ans une seconde, visant à interdire l’antisionisme, assimilé à l’antisémitisme. S’appuyant sur une petite phrase d’Emmanuel Macron lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) exige, par exemple, une loi en ce sens, à partir d’une « définition » de l’antisémitisme élaborée par un lobby, l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

Tout cela pose une question de vocabulaire, évidemment politique. S’agissant de n’importe quel autre pays, une évolution comme celle d’Israël depuis quelques années serait qualifiée de fascisation. Comparaison n’est bien sûr pas raison. Mais comment oublier que, si le courant dont Benyamin Nétanyahou est issu — le sionisme révisionniste de Vladimir Zeev Jabotinsky — ne se réclamait pas du fascisme, Benito Mussolini, lui, se réclamait de Jabotinsky ? « Pour que le sionisme réussisse, confia le Duce en 1935 à David Prato, futur grand rabbin de Rome, il vous faut un État juif, avec un drapeau juif et une langue juive. La personne qui comprend vraiment cela, c’est votre fasciste, Jabotinsky »4. Hasard ou prémonition ? Ben-Zion Nétanyahou, le père de Benyamin, servit de secrétaire à Jabotinsky. Tel père, tel fils !


DOMINIQUE VIDAL
Journaliste et historien, auteur de Antisionisme = antisémitisme ? (Libertalia, février 2018).
  1. Le Parisien, 12 mai 2015. La page Facebook archivée est ici.
  2. Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient, en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de « résident » : Institut de la démocratie israélienne (IDI), 8 février 2017.
  3. Échappent du coup à cette obligation les associations de droite et d’extrême droite qu’arrosent pourtant des fondations juives américaines extrémistes.
  4. Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators, Croom Helm, Londres et Canberra, 1983.


dimanche 8 juillet 2018

BRÉSIL : UN JUGE ANNULE L'ORDRE DE LIBÉRATION DE L'EX-PRÉSIDENT LULA


La police fédérale doit s'abstenir «de pratiquer quelconque acte qui modifie la décision collégiale» de condamner Lula da Silva à 12 ans et un mois de prison pour corruption, a ainsi affirmé le juge Joao Pedro Gebran Neto, décidant que l'ex-président devrait rester dans sa prison de Curitiba (sud).
La décision initiale de la cour d'appel précisait que la libération de l'ex-président, incarcéré depuis début avril pour corruption, devait avoir lieu «selon le régime d'urgence en la date d'aujourd'hui, en présentant cet ordre à une autorité policière présente au siège de la Police fédérale de Curitiba».
La justice brésilienne reproche à Lula d'avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer de la part d'une entreprise de construction en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics, ce qu'il a toujours catégoriquement nié, invoquant l'absence de preuves et dénonçant un complot visant à l'empêcher de briguer un troisième mandat.

«Je veux juste que la Cour suprême rende justice. Je ne veux aucun bénéfice personnel et qu'elle indique quel crime j'ai commis», avait déclaré Lula le 2 avril à Rio de Janeiro.

Ancien ouvrier, Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, a présidé le Brésil de 2003 à 2011.

BRÉSIL : UNE COUR D'APPEL ORDONNE LA LIBÉRATION DE L'EX-PRÉSIDENT LULA


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PHOTO PAULO WHITAKER
Cette décision a été prise par un des juges du TRF4 de Porto Alegre, cour d’appel qui a alourdi de 9 ans et six mois à 12 ans et un mois la peine de prison de l’ancien président.
Par LIBERATION, avec l'AFP
Une cour d’appel brésilienne a ordonné dimanche à la surprise générale la libération de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, incarcéré depuis début avril pour corruption, qui pourrait sortir de prison dans les prochaines heures.

La décision judiciaire stipule que la libération doit avoir lieu «selon le regime d’urgence en la date d’aujourd’hui, en présentant cet ordre à quelconque autorité policière présente au siège de la Police Fédérale de Curitiba», où Lula est incarcéré.

Cette décision a été prise par un des juges du TRF4 de Porto Alegre, cour d’appel qui a alourdi de 9 ans et six mois à 12 ans et un mois la peine de prison de l’ex-président (2003-2010), en tête des intentions de vote pour la présidentielle d’octobre.

Pas la compétence pour ordonner cette libération ?
Le juge Rogério Favreto a décidé d’accepter une demande d’Habeas Corpus présentée vendredi par plusieurs députés du Parti des Travailleurs (PT), fondé par Lula en 1980. Dans un document officiel émis dimanche le juge anticorruption Sergio Moro, qui a condamné Lula en première instance en juillet, a cependant affirmé que ce magistrat n’a pas la compétence d’ordonner cette libération.

«Lula libre maintenant !», pouvait-on lire sur le compte Twitter de l’icône de la gauche, avec un lien vers un article de son site titré «Le TRF4 détermine la fin de la prison illégale de Lula».

@LulaOficial Lula livre já! 
17:31 - 8 juil. 2018
TRF4 determina fim de prisão ilegal de Lula
Accusé d’avoir reçu un appartement en bord de mer pour favoriser une entreprise de bâtiment pour l’obtention de marchés publics, Lula nie farouchement et se dit victime d’un complot pour l’empêcher de briguer un troisième mandat. Malgré ce coup de théâtre, même s’il est remis en liberté, l’ex-président pourrait néanmoins voir sa candidature invalidée par le tribunal électoral.

mercredi 4 juillet 2018

HUIT MILITAIRES CHILIENS CONDAMNÉS POUR LE MEURTRE DE VICTOR JARA


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LE 5 DÉCEMBRE 2009 À SANTIAGO, LES FUNÉRAILLES DE VÍCTOR JARA,
36 ANS APRÈS SA MORT, FURENT SUIVIES PAR DES MILLIERS DE CHILIENS.
PHOTO CLAUDIO SANTANA. AFP

 SANTIAGO DU CHILI (Reuters) - Huit militaires chiliens à la retraite ont été condamnés mardi à des peines de 15 de prison pour le meurtre du chanteur et poète chilien Victor Jara lors du coup d'Etat qui a conduit, en 1973, le général Augusto Pinochet.

Un neuvième accusé a été condamné à cinq ans de prison pour voir couvert ce meurtre.

Alors âgé de 40 ans, Victor Jara était un chanteur et un directeur de théâtre reconnu. Également universitaire, il avait soutenu Salvador Allende lorsque ce dernier menait campagne pour être élu à la présidence du Chili en 1970.

Comme des milliers d'autres partisans du président socialiste, Victor Jara a été arrêté par l'armée dans la foulée du coup d'État et conduit dans le stade de football de Santiago du Chili qui porte aujourd'hui son nom.

Selon des survivants, ses mains ont été écrasées à coups de crosse et il aurait été brutalement battu au cours de sa brève incarcération. Retrouvé quelques jours plus tard, son cadavre était criblé de plusieurs dizaines de balles.

(Aislinn Laing, Nicolas Delame pour le service français)

lundi 2 juillet 2018

CHILI : CASO QUEMADOS



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VEILLÉE FUNÈBRE DE RODRIGO ROJAS DE NEGRI 
PHOTO LA NACION.
1986 - 2 JUILLET - 2018
32ÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT
DE RODRIGO ROJAS DE NEGRI
Il fait nuit, déjà, ce 2 juillet 1986, lorsque la patrouille militaire les encercle. Plus d’échappatoire, le piège se referme sur Rodrigo Rojas de Negri et Carmen Gloria Quintana. Le premier a 19 ans. Exilé aux États-Unis, il vient tout juste de rentrer au Chili, où le général Pinochet fait régner la terreur depuis treize ans. La seconde a 18 ans, elle est étudiante. Elle accompagne son camarade, venu photographier des manifestants dans un quartier populaire de Santiago en ce jour de grève nationale contre la dictature. Les soldats se saisissent des deux jeunes gens, les traînent dans une ruelle et, se croyant à l’abri des regards, ils les cognent et les frappent, encore et encore, à coups de pied, à coups de crosse. Carmen se souvient qu’ils devaient être trente, au moins, à s’acharner sur eux. La rage des tortionnaires est inextinguible, tabasser ne leur suffit plus. Ils aspergent leurs victimes d’essence, craquent une allumette et savourent le macabre spectacle des deux jeunes corps en flammes, avant de les enrouler dans des couvertures et de les jeter dans un camion. 

VERÓNICA DE NEGRI, MÈRE DE RODRIGO ROJAS,
LORS DES OBSÈQUES DE SON FILS
PHOTO LA NACION.
Carmen et Rodrigo sont laissés pour morts au fond d’un fossé, à l’extérieur de la ville, avant d’être découverts, quelques heures plus tard, par des passants qui les transportent à l’hôpital. Le photographe agonise quatre-vingt-seize heures durant, avant de rendre son dernier souffle. Son amie, elle, est sauvée in extremis mais, brûlée à 62 %, elle est défigurée et conservera toute sa vie de douloureuses séquelles.

DES MILLIERS DE PERSONNES EMPRISONNÉES, TORTURÉES, TUÉES...

Devant la colère et l’indignation que soulève cet acte de barbarie, le général Pinochet lui-même est contraint de s’exprimer sur l’affaire, laissant entendre que les deux victimes auraient été brûlées par l’explosion accidentelle de produits inflammables. La presse, à l’époque, livre une version tout aussi saugrenue, mettant en scène des émeutiers victimes d’un barrage de feu allumé pour repousser les militaires. Finalement, il faudra attendre 1993, après le départ de Pinochet, pour que le chef de la patrouille, le capitaine Pedro Fernández Dittus, soit condamné… pour « négligence ». Il écope d’abord de six cents jours de prison, avant de voir sa peine, qu’il purge dans la prison de luxe pour tortionnaires de Punta Peuco, réduite à un an pour « raisons de santé ».

Le déni de justice du « Caso quemados » (« l’affaire des brûlés ») sera-t-il enfin réparé ? Le 24 juillet, près de trente ans après les faits, la justice chilienne a inculpé sept anciens militaires, six comme auteurs et un comme complice, pour homicide dans le cas de Rodrigo Rojas de Negri et pour tentative d’homicide dans le cas de Carmen Gloria Quintana, aujourd’hui exilée au Canada. Le magistrat Mario Carroza avait rouvert le dossier en 2013, ordonnant l’arrestation des ex-officiers impliqués dans l’affaire après le témoignage d’un militaire, Fernando Guzman, ayant contredit ses précédentes déclarations. Une entaille dans le « pacte du silence » liant les tortionnaires d’une dictature sanglante, durant laquelle des dizaines des milliers de personnes ont été emprisonnées arbitrairement, torturées, violées, tuées ou soumises à des disparitions forcées. « Avec ces poursuites, l’affaire ne s’arrête pas là, il faut voir comment elle suivra son cours, a commenté la mère du jeune photographe assassiné, Veronica de Negri. Nous devons insister encore pour que cesse ce pacte du silence, pour que tous les militaires ayant commis des crimes contre l’humanité soient dégradés. » Deux jours plus tôt, le 22 juillet, le juge Miguel Vázquez inculpait dix autres anciens militaires, accusés de l’enlèvement et de l’assassinat de Víctor Jara et de l’ex-chef de la police militaire, Littré Quiroga Carvajal. Auteur, compositeur, interprète, militant communiste, Victor Jara est l’un des symboles de la sauvage répression qui s’est abattue sur le peuple chilien au lendemain du coup d’État du 11 septembre 1973 contre le président Salvador Allende et le gouvernement d’Unité populaire. Arrêté durant le coup d’État, détenu à l’Estadio Chile, qui porte aujourd’hui son nom, puis à l’Estadio Nacional, le musicien a succombé à des sévices atroces, ses tortionnaires allant jusqu’à lui détruire les mains pour s’assurer que jamais plus il ne pourrait jouer de la guitare. Témoin lors d’un premier procès, en 2009, Hector Herrera décrit la dépouille du chanteur « couverte de boue, mains écrasées, criblée de dizaines d’impacts de balles », au milieu des « corps entassés dans les couloirs, les escaliers ». La nouvelle de l’assassinat du musicien avait, à l’époque, profondément affecté Pablo Neruda, lui inspirant ces mots terribles : « La morgue est pleine de cadavres en pièces. Victor Jara est l’un de ces cadavres en pièces. Mon dieu ! C’est comme tuer un rossignol… »

Du Caso quemados à Victor Jara, ces nouveaux développements judiciaires témoignent d’une volonté de mettre fin à la longue nuit de l’impunité qui a prévalu longtemps après la chute de la dictature. Pinochet lui-même, protégé par son statut d’ancien chef d’État et de sénateur à vie, n’est-il pas mort paisiblement, sans avoir à rendre compte de ses innombrables crimes ? Si cette page semble se tourner, pour les victimes de disparitions forcées et de torture, pour leurs familles, l’attente est longue, interminable. « Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour que toutes les victimes et leurs familles obtiennent justice et les réparations auxquelles elles ont droit », insiste Ana Piquer Romo, directrice d’Amnesty International Chili. À ce jour, seules 262 personnes ont été condamnées pour des violations des droits humains commises pendant la dictature.