samedi 14 janvier 2012

CHILI : LES VICTIMES "OUBLIÉES" ALOURDISSENT LE BILAN DE LA DICTATURE

L’ATTENTE D’UN CIVIL AVEC DEUX CERCUEILS AUX ABORDS DE LA MORGUE DE SANTIAGO, EN SEPTEMBRE 1973.  DES NOMBREUSES MORTS VIOLENTES INEXPLIQUÉES À L'ÉPOQUE OU NON SIGNALÉES PAR LA POPULATION TERRORISÉE, SONT MAINTENANT ATTRIBUÉES AUX EXACTIONS DES MILITAIRES. PHOTO MARCELO MONTECINO.

RÔLE CLÉ DU PARQUET MILITAIRE

La recherche, qui a croisé des données de l'Institut médico-légal, du registre civil, du cimetière général de Santiago et de la justice militaire, a souligné le rôle clé du parquet militaire, qui à l'époque prit en charge 90 % des dossiers de victimes de répression. Le rapport a été présenté mercredi au Musée de la mémoire de Santiago, ouvert en 2010 en hommage aux victimes de la dictature.
Le bilan de la dictature, dressé dans les années 1990 par plusieurs commissions officielles, a été réévalué en août de plusieurs milliers de cas, à 3 225 morts et disparus et environ 37 000 cas de torture et détention illégale par une commission réactivée en 2009 par l'ex-présidente Michelle Bachelet, pour analyser des nouveaux éléments. Pour les familles de victimes, le fait que des milliers de cas aient pu être perdus ou "oubliés" pendant vingt ans suggère que le bilan actualisé est encore très en-deçà de la réalité.

dimanche 8 janvier 2012

AU CHILI, DICTATURE ET RÉGIME MILITAIRE S’AFFRONTENT DANS LES MANUELS SCOLAIRES

Régime militaire ou dictature ?

Les deux mon général. Après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 fomenté par les trois armes contre le gouvernement démocratiquement élu du socialiste Salvador Allende, la junte formée sous la houlette du général Augusto Pinochet, ancien commandant en chef des forces armées, a mis en place un régime militaire dictatorial. Putsch contre les autorités civiles, arrestations arbitraires, dissolution du Parlement, organisation d’une sinistre police politique (Dina puis CNI), exécutions sommaires (3 236 morts et disparus recensés), tortures… L’armée chilienne a rôdé les techniques qui seront trois ans plus tard utilisées à plus grande échelle en Argentine. Pinochet régnera pour sa part en maître sur le pays avec les titres successifs de chef de la junte, chef suprême de la nation, chef de l’Etat, et enfin président de la République (décembre 1974). Le Chili a donc vécu dans un régime militaire contrôlé par un dictateur.

Pourquoi réveiller la polémique ?

Les aficionados de Pinochet sont toujours légion au Chili, cinq ans après sa mort. Ils rappellent volontiers que le dictateur a finalement obéi au peuple, qui lui avait signifié sa volonté de changement lors d’un référendum en 1988, et qu’il a lui-même organisé les élections générales de 1989 qui ont mis un terme au régime d’exception. Le président Sebastián Piñera s’était d’ailleurs opposé au général, en 1988, après avoir fait fortune dans les affaires au début de la dictature. Mais le ralentissement économique, le conflit avec les étudiants et la déception d’une partie de ses électeurs l’obligent à donner quelques gages à ses soutiens extrêmes. Il semble avoir fait fausse route : une partie de son camp souhaite faire marche arrière. «L’histoire ne se change pas par décret, Laissons-la aux historiens», a ainsi déclaré, jeudi, Manuel Ossandón, vice-président de Rénovation nationale. De fait, «enseignants et textes scolaires pourront utiliser le terme de dictature»,a affirmé le ministre de l’Education, assurant que la reformulation ne se voulait qu’une simple «invitation au débat».

vendredi 6 janvier 2012

AU CHILI, LES INCENDIES PRENNENT UNE DIMENSION POLITICO-ETHNIQUE

Parmi la série d'incendies ravageurs ayant anéanti, depuis dix jours, 56 000 hectares de forêt en Patagonie et jusque dans la région Biobio, Sebastian Piñera se réfère ici au feu qui a causé la mort, hier, de six pompiers employés d'une entreprise forestière dans la commune de Carahue.

Les six hommes se sont retrouvés instantanément encerclés par les flammes, mais ce qui nourrit surtout les soupçons c'est la revendication récente, par un groupe Mapuche, de la destruction dans la même zone, et par le feu toujours, d'engins forestiers et d'un hélicoptère. Revendication justifiée par la mort, il y a quatre ans, d'un étudiant Mapuche victime du tir d'un policier.

Depuis longtemps les Mapuche, première communauté indienne du Chili, donnent du fil à retordre au gouvernement chilien, parce qu'ils s'estiment dépossédés de leurs terres ancestrales dans le sud du pays. Certains ont choisi des actions radicales, et Santiago leur applique les vieilles lois anti-terroristes de la dictature Pinochet, ce que déplorent les organisations de droits de l'homme.

SANTIAGO - CHILI: L'ÈRE PINOCHET "DICTATURE" OU "RÉGIME" MILITAIRE, LE PASSÉ EN DÉBAT

Le gouvernement de Sebastian Piñera, qui en 2010 a ramené la droite au pouvoir au Chili pour la première fois depuis la fin de la dictature en 1990, s'efforçait jeudi de désamorcer l'indignation et semblait préparer une marche arrière.

Enseignants et textes scolaires "pourront utiliser le terme de dictature, ou tous les termes qu'ils jugent appropriés", a insisté jeudi face à la presse le nouveau ministre de l'Education Harald Beyer, assurant que la reformulation "n'impose rien" à l'enseignement, mais se veut "une invitation au débat".

M. Beyer, un universitaire respecté de 46 ans, ministre depuis un remaniement il y huit jours à peine, avait mercredi expliqué que la modification tenait de considérations non politiques, mais d'usage du "terme plus général de régime militaire".

Il a aussi assuré à titre personnel reconnaître "sans problèmes que cela a été un régime dictatorial", en référence à l'ère du général Augusto Pinochet, et son bilan de 3.225 morts et disparus et 37.000 cas de torture et de détentions illégales.

Le Sénat, que contrôle l'opposition de gauche, n'en a pas moins annoncé une session spéciale sur le sujet, à laquelle il convoquera M. Beyer.

"Ce qu'ils sont en train de faire, c'est occulter les faits survenus pendant une dictature, à travers une action cosmétique, en disant que la dictature n'a pas été une dictature", a dénoncé Guido Girardi, président de la Chambre haute.

"Il est surprenant qu'une telle proposition soit sortie du ministère (...) quand c'est la tâche de l'Etat de perpétuer dans le temps la vérité, pour contribuer à ce que cela (la dictature) ne se répète jamais", a dit Lorena Fries, directrice de l'Institut national des droits de l'homme.

La gauche y a vu la main d'un aile dure de la droite chilienne toujours influente 21 ans ans après. L'un des deux partis de la majorité de M. Piñera est la très conservatrice UDI, jadis base politique du dictateur Pinochet.

"Ca a des oreilles de chat, un corps de chat, ça miaule comme un chat, mais il y en a qui veulent l'appeler un chien", a ironisé le socialiste Osvaldo Andrade.

"Quelqu'un a essayé de marquer un point, pour s'attirer les faveurs de je ne sais qui", a noté Alejandro Goic, médecin et universitaire, qui a néanmoins avoué une boulette du CNE auquel il siège. "Personne ne s'est rendu compte du changement de phrase", a-t-il avoué. "Mais nous n'avions pas été avertis".

Le CNE a demandé jeudi au ministère "une nouvelle session pour étudier une nouvelle proposition de formulation de l'expression en question".

Cela, d'autant qu'au sein même de la majorité le vice-président du parti de M. Piñera, Rénovation nationale, a parlé "d'erreur, pour un conflit gratuit dans l'éducation". "L'histoire ne se change pas par décret, laissons-là aux historiens", a déclaré Manuel Jose Ossandon.

Pour autant, la polémique, qui ne dominait pas les premières pages de la presse, restait confinée aux milieux intellectuels et politiques, signe selon Guillermo Holzman, politologue de l'Université du Chili, "que le thème n'est pas si puissant pour les gens".

CHILI : L'ETAT ACCUSE LES MILITANTS INDIENS MAPUCHES D'ÊTRE À L'ORIGINE DES INCENDIES

LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR RODRIGO HINZPETER. PHOTO AGENCIA UNO
Le ministre de l'Intérieur Rodrigo Hinzpeter a mis en cause un groupuscule Mapuche radical, la Cordination Arauco Malleco (CAM), qui avait revendiqué ces jours-ci l'incendie, le 30 décembre, d'engins forestiers et d'un hélicoptère de lutte contre le feu appartenant à une firme d'Araucanie, la région de Carahue.

"La CAM revendique l'attentat contre un hélicoptère forestier et peu après, il y a beaucoup d'incendies. Au bout du compte les choses commencent à s'emboîter", a déclaré M. Hinzpeter sur la chaîne TVN.

Six pompiers professionnels, contractuels d'un groupe forestier privé, ont péri dans les flammes, un autre restait disparu et deux ont été blessés, selon un bilan actualisé des autorités et de l'employeur.

Hector Herrera, rescapé, a raconté comment il s'est trouvé en quelques minutes prisonnier des flammes avec ses collègues, après qu'une étincelle eût rallumé un foyer derrière eux.

"Quand j'ai voulu sortir, je ne pouvais plus, je me suis tourné et il y avait du feu de tous les côtés. La seule option était de sortir la gourde, me tremper et passer par-dessus le feu", a-t-il raconté à des médias locaux.

A Carahue, l'émotion était intense, notamment parmi les autorités convaincues du caractère intentionnel du feu.

"Ca n'a pas de nom, c'est un crime", a grondé le préfet d'Araucanie Andres Molina, tremblant de rage, les yeux rougis.

Paradoxalement, l'incendie de Carahue était l'un des moins importants (1.300 hectares) des 19 encore actifs jeudi soir à travers le Chili, selon le dernier bilan du Bureau national des urgences. Dix-neuf autres feux étaient maîtrisés.

Plus de 1.800 pompiers et militaires, luttaient à l'échelle du pays contre les feux de forêt, qui ont consumé 56.000 hectares en une dizaine de jours.

Ces feux, fréquents en été dans le sud boisé, sont aggravés par la chaleur et la sécheresse cette saison, mais des départs de feu simultanés ont soulevé des soupçons

"Nous sommes à une époque d'incendies de forêts, mais ce qui s'est passé n'est pas normal", a affirmé M. Hinzpeter.

"Nous devons combattre non seulement les incendies, mais les criminels qui sont derrière les incendies", a lancé le président Sebastian Piñera.

L'invocation de la loi antiterroriste marque un raidissement: cet arsenal pénal datant de la dictature (1973-90) reste, bien qu'amendé, un outil très controversé, qui autorise des détentions préventives prolongées, des peines alourdies.

Son dernier usage était en 2011 au procès d'activistes Mapuche, dont Hector Laitlul, leader de la CAM, condamné à 14 ans de prison pour des violences en 2008. Mais la Cour l'avait relaxé de "terrorisme".

Les Mapuche sont la première minorité indienne (6% des 18 millions de Chiliens). Leur frange la plus dure revendique une forme d'autonomie, et la restitution de terres "ancestrales" saisies par l'Etat au 19ème siècle, puis cédées au privé, dont des grands groupes forestiers.

Leur radicalisation depuis sept à huit ans a pris la forme de sabotages, occupations de terres, heurts avec la police, lors desquels trois jeunes Mapuches ont été tués. L'un d'eux le 3 janvier 2008: un anniversaire évoqué par la CAM dans sa récente revendication.

mercredi 4 janvier 2012

WEEK-END EN FÊTE LES 7 ET 8 JANVIER AU CHILI

« LA FÊTE DES EMBRASSADES : ON Y VA TOUS! » LA GRANDE FÊTE ANNUELLE DES COMMUNISTES CHILIENS, DANS L'ANNÉE DU CENTENAIRE DE LA FONDATION DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN, PLUS JEUNES QUE JAMAIS ! 7 ET 8 JANVIER / AU PARC O'HIGGINS.
D’abord, c’étaient quelques familles courageuses et leurs amis qui se réunissaient très discrètement, en pleine dictature militaire, pour célébrer début Janvier l’anniversaire du Parti communiste chilien, alors interdit et implacablement persécuté. Par la proximité avec le jour de l’an, mais aussi pour codifier sa vraie dénomination, on surnomma l’anniversaire la fête des embrassades.

Avec le temps, la fête des embrassades est devenue un événement annuel très populaire et très attendu, une grande fête en plein air proposant des activités culturelles, des expositions, des concerts et importants rencontres avec la littérature, la photographie et la danse, des tables rondes, vidéos et documentaires.

Des forums politiques et des débats thématiques sont organisés avec la participation d’économistes et des journalistes, des juristes et des dirigeants des mouvements sociaux. C’est un moment de rencontre entre la population et des responsables politiques, et c'est aussi l’occasion des retrouvailles pour des militants et des familles qui ont combattu longtemps et résolument la dictature militaire.

Un marché très animé tient lieu parallèlement avec une grande variété de produits, neufs ou d’occasion : des livres et des disques, des affiches et des films, des instruments musicaux et des vêtements, un choix énorme et varié d’articles liés à la culture chilienne, latino-américaine et mondiale. Des stands proposent diverses spécialités gastronomiques et des boissons locales et du reste du monde. 

Sur une scène centrale se produisent les meilleurs artistes populaires, des groupes folkloriques et troupes de théâtre. Des personnalités politiques font aussi entendre leurs propositions face à un très nombreux public.
CAMILA VALLEJO, JEUNE LEADER DES SYNDICATS ÉTUDIANTS CHILIENS, DEVENUE UNE ICÔNE MONDIALE DE LA CONTESTATION AU MODÈLE UNIQUE IMPOSÉ PAR LE NÉOLIBÉRALISME. ELLE SERA LE SAMEDI 7 JANVIER À LA TRADITIONNELLE « FÊTE DES EMBRASSADES » POUR PRÉSENTER SON LIVRE « NOUS POUVONS CHANGER LE MONDE ».

La Place des lettres  —créée il y a sept ans par Gladys Marín, leader communiste et un groupe d'écrivains—, est devenue une tradition à la fête des embrassades et elle s’est proposée dès ses débuts d’offrir un espace à la littérature, le chant populaire et la réflexion historique. Des nombreux écrivains chiliens et étrangers sont venus dans cet espace, des prix nationaux et des poètes, mais aussi des jeunes créateurs.

Cette année,  la Place des lettres accueille Camila Vallejo, la dirigeante du printemps des étudiants au Chili, qui a fait la une des médias internationaux et a été une des personnalités remarquables de l’année 2010. Elle y présentera son premier livre, « Nous pouvons changer le monde ».

À l’occasion du centenaire du Parti communiste, et avec le récent « printemps chilien » qui a vu en 2010 l’éveil du peuple chilien qui reprend et prolonge les demandes des étudiants, la fête des embrassades recouvre une grande importance et un particulier relief.



Fête des embrassades
Samedi 7 janvier 2012 - Dimanche 8 janvier 2012
M° 2 - Station Rondizzoni

mardi 3 janvier 2012

CHILI - LE PRÉSIDENT PIÑERA EN MAUVAISE POSTURE

Ces résultats ne font qu'accroître l'inquiétude de ses proches, à en croire le quotidien El Mostrador. Quelques heures avant la publication de ce sondage, un remaniement ministériel avait été finalement confirmé. Des changements visant le ministère de l'Agriculture (pour des raisons strictement personnelles du ministre sortant) et, surtout, celui de l'Education (Felipe Bulnes), après une année de manifestations et revendications estudiantines pour une éducation gratuite et de qualité. Le nouveau ministre de l'Education, Harald Beyer, est un universitaire de droite et ingénieur commercial de formation, jusqu'à maintenant directeur adjoint d'un centre d'études proche des grandes entreprises, précise El Ciudadano. "Piñera a remplacé deux ministres par deux figures qui n'ont aucune expérience politique. Cette décision reflète son incapacité à faire entrer des leaders de parti dans son gouvernement", écrit El Mostrador.