jeudi 21 mai 2015

CHILI: 505 ANS DE PRISON POUR L'EX-BRAS DROIT DE PINOCHET


Abattus par les services de renseignement

 ALEJANDRO DE LA BARRA
Les deux militants, l'actrice Ana Maria Ortiz et le politologue Alejandro de la Barra, avaient été abattus par des agents de la Direction nationale du renseignement (DINA), la police politique qui a opéré durant les années les plus sanglantes de la dictature.

Manuel Contreras avait affirmé dans un entretien à CNN-Chile, diffusée la veille du quarantième anniversaire du putsch militaire du 11 septembre 1973, que les victimes de la DINA "sont mortes au combat" et qu'il n'avait ordonné ni disparitions, ni tortures.
ANA MARIA ORTIZ 

La DINA a employé jusqu'à 60.000 personnes, dont des agents, des informateurs et des réseaux à l'étranger, et gérait également des prisons secrètes, ne rendant compte de ses activités qu'au général Pinochet.

3.200 morts, 38.000 personnes torturées


Elle a été créditée, entre autres, de l'assassinat de l'ancien ministre des Affaires étrangères Orlando Letelier à Washington en 1976, et de l'ancien commandant en chef Carlos Prats en Argentine en 1974, mais aussi de l'agression contre le démocrate-chrétien Bernardo Leighton, blessé par balle à Rome l'année suivante.

Manuel Contreras, jusqu'en 1977 bras droit du général Pinochet, a accumulé des peines de centaines d'années de prison au total, dans le cadre de plusieurs procès pour des violations des droits de l'homme commises sous la dictature qui a fait plus de 3.200 morts et ordonné la torture de quelque 38.000 personnes.

Augusto Pinochet est mort le 10 décembre 2006 sans avoir jamais été condamné.

Par la rédaction avec AFP

mercredi 20 mai 2015

LE CHILI VA ENVOYER UNE FRÉGATE LUTTER CONTRE LA PIRATERIE EN OCÉAN INDIEN

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LA FRÉGATE CHILIENNE TYPE 23 « ALMIRANTE COCHRANE »
Le gouvernement chilien prévoit d’envoyer une de ses frégates participer à la force navale de l’Union Européenne (EURONAVFOR), dans le cadre de l’opération européenne Atalante, au large des côtes somaliennes, afin de protéger les navires du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies qui transportent l’aide humanitaire vers ce pays.
Pour concrétiser cette participation, le Parlement chilien doit ratifier l’accord-cadre de participation de gestion de crise, base juridique qui encadre la participation chilienne aux opérations civiles et militaires de gestion de crise dirigées par l’Union Européenne. Cet accord avait été signé en janvier 2014 à Bruxelles.  

Une fois cet accord approuvé, accord qui permettra d’élargir la portée de l’association stratégique du Chili avec l’Union Européenne dans le domaine de la défense, une frégate chilienne devrait renforcer les moyens européens dans la lutte contre la piraterie, la surveillance de la pêche et la dissuasion des vols en haute-mer.

La marine chilienne se prépare à envoyer la frégate anti-sous-marine Almirante Cochrane, une ancienne frégate britannique Type 23. Ce type de navire a été préféré à un patrouilleur océanique pour ses capacités supérieures de contrôle et la possibilité d’embarquer plus de personnel.

Ce ne sera pas la première fois que le Chili participera à une opération de paix en association avec l’Union Européenne. Depuis 2004, différents contingents chiliens ont participé à l’opération en Bosnie Herzégovine ALTHEA.

samedi 16 mai 2015

DEUX ÉTUDIANTS MEURENT EN MARGE D'UNE MANIFESTATION AU CHILI

« Il y a eu deux morts à Valparaiso. Deux jeunes ont été tués par balles par un civil, alors qu’ils étaient en train de coller des affiches sur les murs d’un immeuble. Cette nouvelle nous a beaucoup affectés. »
Large mouvement de contestation au Chili. Dans plusieurs grandes villes du pays, dont la capitale Santiago, des milliers d'étudiants et d'enseignants ont manifesté pour réclamer une réforme en profondeur du système d'éducation. Dans certaines villes, les rassemblements ont dégénéré. A l'instar de Valparaiso, où deux étudiants ont été tués jeudi 14 mai 2015.

La mort de deux jeunes de 18 et 24 ans, jeudi dans la ville portuaire de Valparaiso, a plongé dans le deuil le mouvement de contestation. La vice-présidente de la Fédération des étudiants de l'université du Chili, Javiera Reyes, relate les faits : « Il y a eu deux morts à Valparaiso. Deux jeunes ont été tués par balles par un civil, alors qu’ils étaient en train de coller des affiches sur les murs d’un immeuble. Cette nouvelle nous a beaucoup affectés. »

Selon des témoins cités par l'Agence France-Presse, les coups de feu mortels auraient été tirés par un jeune homme de 22 ans vivant dans une batisse où les manifestants voulaient coller leurs affiches. Il a été arrêté. Après le drame, dans la soirée, des bougies ont été allumées à Valparaiso en hommage aux deux étudiants tués.

La présidente Bachelet face à sa promesse de gratuité

La manifestation à Valparaiso s'inscrit dans un large mouvement de contestation. La présidente socialiste du Chili, Michelle Bachelet, a entamé une vaste réforme du système éducatif, jusqu'à présent largement privatisé et inégalitaire. Mais étudiants et enseignants craignent que la réforme, dont un premier volet a été approuvé en janvier, n'aille pas assez loin. La première partie de la réforme visait à mettre fin à la sélection des étudiants et aux profits dans les écoles subventionnées par l'Etat.

Alors que les enseignants demandent pour leur part de meilleurs salaires, difficile de savoir comment la présidente de la République tiendra désormais l'une des promesses majeures de sa dernière campagne, à savoir la gratuité dans l'enseignement supérieur pour les 70 % de Chiliens les plus pauvres. Beaucoup craignent que la réforme n'aille pas assez loin.


Un contexte politique tendu au Chili

« Nous avons demandé la gratuité des universités. Nous demandons aussi le déblocage de fonds pour renforcer l’ensemble de l’éducation publique et gratuite telle qu'elle existe déjà, parce que ces institutions ont été abandonnées par l’Etat pendant des années, et elles sont aujourd’hui dans un état déplorable », explique Javiera Reyes.


La plus grande manifestation de jeudi a rassemblé des milliers de personnes dans la capitale du pays, Santiago. Plus de 130 personnes ont été arrêtées après des échauffourées entre des étudiants cagoulés, armés de bâtons et de pierres, et les forces de l'ordre, qui ont répliqué au canon à eau. A noter que la recrudescence du mouvement étudiant tombe au plus mal, quelques jours après la formation d'un nouveau cabinet par la présidente, affaiblie par des scandales de corruption impliquant certains de ses proches.

mardi 12 mai 2015

LE CHILI, MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT ET DE DÉMOCRATIE

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DURÉE : 00:02:16


«On a peine à imaginer que le Chili puisse se considérer ou être considéré comme un exemple à suivre par les autres pays latino-américains.»

Rares sont les pays latino-américains à être considérés comme des modèles de développement ou de démocratie. C'est pourtant le cas du Chili. Un colloque a été organisé sur ce thème à Santiago au début du mois.

par  Jean-Pierre Boris
[27/09/2007












      CHILI: FACE À UNE CRISE DE CONFIANCE, BACHELET RÉNOVE SON GOUVERNEMENT

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      MICHELLE BACHELET PRÉSIDE LA PREMIÈRE RÉUNION DE SON NOUVEAU GOUVERNEMENT.
      PHOTO ALEX IBAÑEZ

      Élue il y a 14 mois avec plus de 60 % des voix, la présidente chilienne est au plus mal dans les sondages. En effet, 64 % des Chiliens estiment qu’elle gère mal les affaires du pays. L’annonce de la composition de ce nouveau cabinet était donc très attendue et le remplacement de Rodrigo Peñalillo, jusqu’à présent ministre de l’Intérieur, par Jorge Burgos, ancien ministre de la Défense, est un signe fort.

      Rodrigo Peñalillo était considéré comme le fils spirituel de Michelle Bachelet. Avec Alberto Arenas, débarqué du ministère des Finances, il était à l’origine du programme électoral qui a permis à la présidente de s’imposer lors de la présidentielle. Michelle Bachelet se sépare donc de ses deux plus fidèles « lieutenants ».

      C’est d’ailleurs la première fois depuis le retour de la démocratie au Chili qu’un ministre des Finances quitte ses fonctions. Et les défis qui attendent son remplaçant Rodrigo Valdés sont colossaux, selon la presse chilienne. Avec des indicateurs de croissance inférieurs aux prévisions et un secteur privé délaissé depuis le retour aux affaires de Michelle Bachelet, rétablir la confiance ne sera pas chose aisée.

      • Les explications de notre correspondante à Santiago du Chili, Claire Martin

      En sacrifiant ses ministres de l'Intérieur et des Finances, en plus du porte-parole du gouvernement, Michelle Bachelet s'est séparée de ses plus fidèles collaborateurs, ceux en qui elle a le plus confiance, ceux qui l'ont suivie durant toute la campagne électorale et qui incarnaient le renouveau en politique au Chili.

      Face à une crise politique sans précédent depuis la fin de l'ère Pinochet, provoquée par des scandales de corruption, la socialiste tente ainsi de donner à son gouvernement un nouveau souffle. Mais elle vient au passage de lui donner une note plus conservatrice, que l'opposition de droite applaudit.

      Le nouveau ministre de l'Intérieur, le démocrate chrétien Jorge Burgos, est ainsi plus au centre que son prédécesseur, plus proche de la vieille garde du centre gauche. Quant au nouveau ministre des Finances, Rodrigo Valdés, il est plus libéral et plus proche du secteur privé.

      Alors que la présidente tente de redorer le blason de la politique, avec des réformes anti-corruption, les nouveaux ministres se devaient d'être blancs comme neige. Or, le porte-parole du gouvernement et le ministre chargé des relations entre le gouvernement et le Parlement, ont tout deux fait partie d'une entreprise de lobbying chargée d'influencer les décisions législatives en faveur de leurs clients. Les critiques fusent déjà.

      lundi 11 mai 2015

      L’AIR DE LA HAVANE ET NOTRE DIPLOMATIE

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      FRANÇOIS MITTERRAND ET FIDEL CASTRO, À LA HAVANE, LE 25 NOVEMBRE 1974. 

      PHOTO KEYSTONE-FRANCE

      Enfin, un président français à Cuba  ! Parce que les États-Unis imposaient un blocus – pourtant condamné par l’ONU –, les relations avec la grande île caraïbe avaient pris un cours souterrain, maigrelet, emprunté, qui ne compensait pas les ravages causés par l’embargo à la vie des Cubains et qui laissait faire les menées de la CIA contre les dirigeants castristes. Il aura fallu d’ailleurs que Barack Obama réouvre le dialogue avec Raul Castro pour que François Hollande ose le voyage de La Havane. Le geste, s’il est suivi d’actes concrets de coopération et d’amitié, est le bienvenu, même s’il témoigne d’une dépendance narcotique à la politique américaine. La diplomatie française est à ce point vassale qu’elle n’ose pas déroger au code de conduite édicté par Washington et qu’elle a pâlement imité le Département d’État en boycottant les cérémonies de célébration de la capitulation nazie à Moscou. Le peuple russe a pris comme une gifle ce qui était un alignement mécanique sur une relance de la guerre froide planifiée par la Maison-Blanche.

      De Gaulle, réveille-toi, ils sont devenus fous ! Nicolas Sarkozy, puis François Hollande ont embastillé notre pays dans l’Otan et ne prennent plus de liberté que dans la surenchère. Sur la Libye, la Syrie, dans la complicité coupable avec les dictatures ou les fanatismes du Golfe, dans le soutien à un régime ukrainien qui interdit sa contestation et réhabilite les collaborateurs nazis.

      En Europe, nos dirigeants trottinent derrière Angela Merkel et l’encouragent à étrangler le peuple grec, tout en tendant la nuque aux jougs de l’austérité et de la finance. Cette diplomatie soumise n’a ni grandeur ni valeur et elle ronge l’immense crédit qu’une histoire d’indépendance a forgé. Peut-on espérer que l’air de La Havane, où l’on a su résister 56 ans à un voisin super-puissant et hostile, réveillera nos gouvernants ? Il y faudra sans doute des piqûres électorales de rappel...

      dimanche 10 mai 2015

      CUBA. PETIT RAPPEL SUR L’ÉTAT DE SIÈGE ÉCONOMIQUE LE PLUS LONG DE L’HISTOIRE

       EN 1934, LE COLONEL BATISTA DEVIENT CHEF D'ÉTAT-MAJOR ET MET EN PLACE UN RÉGIME PRO-AMÉRICAIN. ICI EN 1956, IL REÇOIT LE PRÉSIDENT EISENHOWER. DEUX ANS APRÈS, IL S'ENFUIT AUX ÉTATS-UNIS. PHOTO BYRON ROLLINS

      En 1962, le gouvernement démocrate de John F. Kennedy a appliqué des sanctions économiques totales contre l’île. L’impact a été terrible. Les Etats-Unis ont en effet toujours constitué le marché naturel de Cuba. En 1959, 73% des exportations se faisaient vers le voisin du Nord et 70% des importations provenaient de ce territoire.

      Désormais, Cuba ne peut rien importer ou exporter aux Etats-Unis. Depuis 2000, suite aux pressions du lobby agricole étasunien qui cherchait de nouveaux marchés pour ses excédents, La Havane est autorisée à acheter certaines matières premières alimentaires, à des conditions draconiennes.

      La rhétorique diplomatique pour justifier le durcissement de cet état de siège économique a évoluée au fil des ans. Entre 1960 et 1990, les Etats-Unis ont d’abord évoqué le cas des expropriations de ses entreprises pour justifier leur politique hostile vis-à-vis de La Havane. Ensuite, Washington a évoqué tour à tour l’alliance avec l’Union soviétique, le soutien aux guérillas latino-américaines en lutte contre les dictatures militaires et l’intervention cubaine en Afrique pour aider les anciennes colonies portugaises à obtenir leur indépendance et à la défendre.

      En 1991, suite à l’effondrement du bloc soviétique, les Etats-Unis, au lieu de normaliser les relations avec Cuba, ont au contraire choisi d’accroitre les sanctions en invoquant la nécessité de rétablir la démocratie et le respect des droits de l’homme. En 1992, sous l’administration Bush Sr., le Congrès des Etats-Unis a adopté la loi Torricelli qui accroit les sanctions contre la population cubaine et leur donne un caractère extraterritorial, c’est-à-dire contraire à la législation internationale. Le droit international interdit à toute loi nationale d’être extraterritoriale, c’est-à-dire de s’appliquer au-delà des frontières du pays. Ainsi, la loi française ne peut pas s’appliquer en Allemagne. La législation brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. Néanmoins, la loi Torricelli s’applique pour tous les pays du monde. Ainsi, depuis 1992, toute embarcation étrangère – quelle que soit sa provenance – accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois. Les entreprises maritimes opérant dans la région privilégient le commerce avec les Etats-Unis, premier marché mondial. Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité, doit payer un prix bien supérieur à celui du marché pour convaincre les transporteurs internationaux de livrer de la marchandise sur l’île. La loi Torricelli prévoit également des sanctions pour les pays qui apportent une assistance à Cuba. Ainsi, si la France ou le Brésil octroient une aide de 100 millions de dollars à l’île, les États-Unis diminuent leur aide à ces nations à hauteur du même montant.

      En 1996, l’administration Clinton a adopté la loi Helms-Burton qui est à la fois extraterritoriale et rétroactive, c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la législation, ce qui est contraire au droit international. Le droit international interdit à toute législation d’avoir un caractère rétroactif. Par exemple, en France, depuis le 1er janvier 2008, il est interdit de fumer dans les restaurants. Néanmoins, un fumeur qui aurait consommé une cigarette le 31 décembre 2007 lors d’un repas ne peut être sanctionné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive. La loi Helms-Burton sanctionne toute entreprise étrangère qui s’installerait sur les propriétés nationalisées appartenant à des personnes qui, au moment de l’étatisation, disposaient de la nationalité cubaine, violant ainsi le droit international. La loi Helms-Burton viole également le droit étasunien qui stipule que les poursuites judiciaires auprès de tribunaux ne sont possibles que si la personne lésée par un processus de nationalisations est citoyen étasunien lors de l’expropriation et que celle-ci s’est déroulée en violation au droit international public. Or, aucune de ces deux conditions n’est remplie. Elle a pour effet de dissuader de nombreux investisseurs de s’installer à Cuba par crainte d’être poursuivis par la justice étasunienne et elle se révèle très efficace.

      En 2004, l’administration Bush Jr. a créé la Commission d’assistance à une Cuba libre, qui a imposé de nouvelles sanctions contre Cuba. Cette Commission a notamment fortement limité les voyages. Tous les habitants des Etats-Unis peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent, sauf les Cubains. En effet, entre 2004 et 2009, les Cubains des Etats-Unis n’ont pu se rendre dans l’île que 14 jours tous les trois ans, dans le meilleur des cas, à condition d’obtenir une autorisation du Département du Trésor. Pour pouvoir voyager, il fallait démontrer qu’au moins un membre de la famille vivait toujours à Cuba. Néanmoins, l’administration Bush a redéfini le concept de la famille, qui s’est exclusivement appliqué aux Cubains. Ainsi, les cousins, neveux, oncles et autres parents proches ne faisaient plus partie de la famille. Seuls les grands-parents, parents, frères et sœurs, enfants et époux faisaient partie de l’entité familiale, selon la nouvelle définition. Par exemple, un Cubain résidant aux États-Unis ne pouvait pas rendre visite à sa tante à Cuba, ni envoyer une aide financière à son cousin. Les Cubains ayant pu remplir toutes les conditions pour se rendre dans leur pays d’origine, en plus de devoir limiter leur séjour à deux semaines, ne devaient pas dépenser plus de 50 dollars par jour sur place.  es citoyens ou résidants étasuniens peuvent envoyer une aide financière à leur famille restée au pays, sans limite de montant, sauf les Cubains qui ne pouvaient pas envoyer plus de 100 dollars par mois entre 2004 et 2009. Néanmoins, si un Cubain de Floride souhaitait envoyer de l’argent à sa mère – membre direct de la famille selon la nouvelle définition – qui vivait à La Havane, cela devenait impossible si celle-ci militait au sein du Parti communiste.


      EN AVRIL 1959, TANDIS QUE DES EXÉCUTIONS SOMMAIRES DÉTÉRIORENT L'IMAGE DU RÉGIME CUBAIN, SON LEADER CASTRO SE REND À WASHINGTON POUR RASSURER L'ADMINISTRATION EISENHOWER. ICI CASTRO ET LE SECRÉTAIRE D'ÉTAT CHRISTIAN HERTER. PHOTO ASSOCIATED PRESS

      En 2006, la Commission d’assistance à une Cuba libre a adopté un nouveau rapport accroissant les restrictions contre Cuba. Dans le but de limiter la coopération médicale cubaine avec le reste du Monde, les Etats-Unis interdisent toute exportation d’appareils médicaux à des pays tiers « destinés à être utilisés dans des programmes à grande échelle [pour] des patients étrangers », alors que la majeure partie de la technologie médicale mondiale est d’origine étasunienne.

      En raison de l’application extraterritoriale des sanctions économiques, un fabriquant d’automobiles japonais, allemand, coréen ou autre, qui souhaiterait commercialiser ses produits sur le marché étasunien, doit démontrer au Département du Trésor que ses voitures ne contiennent pas un gramme de nickel cubain. De la même manière, un pâtissier français qui désirerait investir le premier marché économique mondial doit prouver à cette même entité que sa production ne contient pas un gramme de sucre cubain. Ainsi, le caractère extraterritorial des sanctions limite fortement le commerce international de Cuba avec le reste du monde.

      Parfois, l’application de ces sanctions prend une tournure moins rationnelle. Ainsi, tout touriste étasunien qui consommerait un cigare cubain ou un verre de rhum Havana Club lors d’un voyage à l’étranger, en France, au Brésil ou au Japon, risque une amende d’un million de dollars et dix années de prison. Le Département du Trésor est clair à ce sujet : « On se demande souvent si les citoyens américains peuvent légalement acquérir des biens cubains, y compris du tabac ou des boissons alcoolisées, dans un pays tiers pour leur consommation personnelle en dehors des Etats-Unis. La réponse est non ». De la même manière, un Cubain vivant en France ne peut théoriquement pas manger un hamburger à Mc Donald’s.

      FIDEL CASTRO ET RICHARD NIXON, AVRIL 1959 

      Les sanctions économiques ont un impact dramatique dans le domaine de la santé. En effet, près de 80% des brevets déposés dans le secteur médical sont du fait des multinationales pharmaceutiques étasuniennes et de leurs filiales, et Cuba ne peut pas y avoir accès. Le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies souligne que « les restrictions imposées par l’embargo ont contribué à priver Cuba d’un accès vital aux médicaments, aux nouvelles technologies médicales et scientifiques ».

      Les touristes étasuniens peuvent se rendre en voyage en Chine, principal rival économique et politique des Etats-Unis, au Vietnam, pays contre lequel Washington a été plus de quinze ans en guerre, ou en Corée du Nord, qui possède l’arme nucléaire et qui menace d’en faire usage, mais pas à Cuba qui, dans son histoire, n’a jamais attaqué les Etats-Unis. Tout citoyen étasunien qui violerait cette interdiction risque une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison et 1 million de dollars d’amende.

      Suite aux sollicitations de Max Baucus, sénateur du Montana, le Département du Trésor a informé avoir réalisé, entre 1990 et 2004, quatre-vingt-treize investigations en rapport avec le terrorisme international. Dans le même temps, il en a effectué 10 683 « pour empêcher les Nord-américains d’exercer leur droit de voyager à Cuba ».

      Dans un rapport, le Bureau de responsabilité gouvernementale des États-Unis (United States Government Accountability Office – GAO) note que les services douaniers (Customs and Border Protection – CBP) de Miami ont réalisé des inspections « secondaires » sur 20% des passagers en provenance de Cuba afin de vérifier que ces derniers n’importaient pas de cigares, de l’alcool ou des produits pharmaceutiques de l’île. En revanche, la moyenne a été de 3% seulement pour les autres voyageurs. Selon le GAO, cette focalisation sur Cuba « réduit l’aptitude des services douaniers à mener sa mission qui consiste à empêcher les terroristes, les criminels et les autres étrangers indésirables d’entrer dans le pays ».

      Les anciens présidents James Carter et William Clinton ont exprimé à plusieurs reprises leur opposition à la politique de Washington. « Je n’ai eu de cesse de demander à la fois publiquement et en privé la fin de notre blocus économique contre le peuple cubain, la levée toutes les restrictions financières, commerciales et de voyage », a déclaré Carter après son second voyage à Cuba en mars 2011. Pour Clinton, la politique de sanctions « absurde » s’est soldée par un « échec total ».


      FIDEL CASTRO EN AVRIL 1961, LORS DE L'INVASION DE LA BAIE DES COCHONS © SIPAPRESS

      La Chambre de commerce des États-Unis, représentant le monde des affaires et les plus importantes multinationales du pays, a également fait part de son opposition au maintien des sanctions économiques.

      Le New York Times a condamné « un anachronisme de la guerre froide ». Le Washington Post, pourtant d’obédience conservatrice, se montre le plus virulent à l’égard de la politique cubaine de Washington : « La politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba est un échec […]. Rien n’a changé, excepté le fait que notre embargo nous rend plus ridicule et impuissant que jamais ».

      Selon un sondage réalisé par CNN le 10 avril 2009, 64% des citoyens étasuniens s’opposent aux sanctions économiques contre Cuba. Selon l’entreprise Orbitz Worldwide, l’une des deux plus importantes agences de voyages sur Internet, 67% des habitants des États-Unis souhaitent se rendre en vacances à Cuba et 72% pensent que « le tourisme à Cuba aurait un impact positif sur la vie quotidienne du peuple cubain ».

      Plus de 70% des Cubains sont nés sous cet état de siège économique. En 2014, lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, 188 pays sur 192 ont condamné pour la 23ème fois consécutive les sanctions économiques imposées à Cuba.

      Salim Lamrani, État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011.

      Salim Lamrani, The Economic War against Cuba, New York, Monthly Review Press, 2013.