jeudi 28 janvier 2010

CHILI, UN ACCORD DE COOPÉRATION DANS LE NUCLÉAIRE ?

"C'est un projet de longue date mais aucune décision n'a encore été prise", a déclaré une porte-parole de GDF Suez, sans plus de précision.
"C'est un projet de long terme. On a toujours des discussions, qui ont été amorcées depuis de longs mois avec GDF Suez", a de son côté affirmé une porte-parole d'Areva.

Un accord pourrait être annoncé début mars, a indiqué à l'AFP une source proche des deux groupes français.


Il portera sur la recherche et le développement du réacteur nucléaire de 3e génération Atmea, sur la formation d'ingénieurs du nucléaire, et sur l'utilisation de l'énergie nucléaire pour faire fonctionner des usines de dessalement d'eau de mer, a-t-on indiqué de même source.


Selon les Echos, "un protocole d'accord en matière de nucléaire devait être signé la semaine dernière, mais les deux groupes ont décidé de temporiser" en "pleine polémique entre EDF et Areva" sur la gestion des déchets nucléaires.


Le sujet devait être soumis au conseil d'administration de GDF Suez le 20 janvier mais la question n'a finalement pas été abordée, selon le quotidien.


Aux termes de cet accord, GDF Suez, qui exploite 7 réacteurs en Belgique via sa filiale Electrabel, participerait au développement de l'Atmea, un réacteur de troisième génération, moins puissant que l'EPR (1.100 mégawatts contre 1.600 MW pour l'EPR).


Areva conçoit l'Atmea avec le géant japonais de l'industrie lourde Mitsubishi Heavy Industries.


Ce partenariat permettrait en outre à GDF Suez de proposer, en partenariat avec sa filiale Suez Environnement, des usines de dessalement d'eau de mer fonctionnant à l'énergie nucléaire dans des pays comme la Jordanie ou le Chili.


L'accord vise en outre pour GDF Suez à se placer en candidat incontournable à la construction d'un nouveau réacteur nucléaire en France, après les EPR de Flamanville (Manche) et de Penly (Seine-Maritime) attribués à EDF.


GDF Suez tente depuis quelques années de s'imposer dans le nucléaire civil, en France, comme à l'étranger. L'ancien Gaz de France veut exploiter 3 à 4 réacteurs nucléaires de 3e génération dans le monde d'ici à 2020.


Le groupe de Gérard Mestrallet a cependant subi plusieurs revers récemment. Chef de file pour un méga appel d'offres à Abou Dhabi, il a dû céder la place à EDF. Le consortium français a perdu ce contrat de 20 milliards de dollars fin décembre.


Candidat à la construction de l'EPR de Penly, le groupe s'est en outre fait rafler la mise par EDF début 2009.


Le groupe gazier, qui détient 33% de la société de projet chargée de construire l'EPR de Penly, souhaite cependant participer à l'exploitation de ce réacteur aux côtés d'EDf.


L'annonce de ce partenariat entre Areva et GDF Suez intervient au moment où le gouvernement français entend remettre à plat l'organisation de la filière nucléaire française, très divisée entre EDF, GDF Suez et Areva.


"Un accord regroupant uniquement Areva et GDF Suez continuerait à alimenter la guerre économique et technologique que se livrent les principaux acteurs du domaine et, de fait, contribuerait à affaiblir toute la filière", a estimé la CGT Mines-Energie, mercredi dans un communiqué.

mercredi 27 janvier 2010

Un salaire de président "insuffisant"

"J’ai des engagements financiers, je dois rembourser les crédits avec lesquels j’ai financé ma campagne, je dois payer les frais de fondations comme Futuro, Mujer Emprende, Tantauco. Tout cela nécessite de gros moyens. Il y a beaucoup de projets, et le salaire de président n’y suffit pas", rapporte l'hebdo satirique chilien The Clinic.

Avec ces déclarations, Piñera "prépare le terrain pour annoncer qu'il ne tiendra pas entièrement sa promesse, toujours repoussée, de se défaire du portefeuille de participations qui reste en sa possession", commente The Clinic. Sebastian Piñera figure au
classement de la revue Forbes des personnes les plus riches du monde. Sa fortune, estimée à 1,2 milliard de dollars, est pour moitié composée d’actions de grandes entreprises chiliennes cotées en Bourse. Le cours des actions de son groupe Axxion s'est envolé depuis sa victoire à l'élection présidentielle. Les déclarations de Piñera surviennent au moment où le président de la Chambre nationale de commerce (CNC) appelle à réviser le salaire minimum à la baisse, note, perfide, The Clinic.

La justice identifie les restes de disparus de La Moneda

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CHARGÉ DU DOSSIER DES DISPARUS DE LA MONEDA, LE JUGE CHILIEN JUAN FUENTES BELMAR A ANNONCÉ, LE 25 JANVIER, QUE ONZE VICTIMES ONT ÉTÉ FORMELLEMENT IDENTIFIÉES PAR LE SERVICE MÉDICO-LÉGAL. PHOTO PATRICIO ULLOA 
Les militaires viennent alors de renverser le président Salvador Allende et arrêtent une quarantaine de personnes qui trouvaient à l'intérieur du bâtiment. Il s'agissait de conseillers d'Allende et de membres de sa garde rapprochée. Tous ont ensuite été tués, mais leurs dépouilles n'ont jamais été retrouvées. Chargé du dossier des disparus de la Moneda, le juge chilien Juan Fuentes Belmar a annoncé, le 25 janvier, que onze victimes ont été formellement identifiées par le service médico-légal. « En 2001, la juge Amanda Valdovinos avait découvert une fosse dans laquelle avait été enterrés les corps. Plus de 500 fragments avaient alors été récupérés », explique le quotidien La Nación. Il ne s'agissait alors que d'ossements épars, car les militaires avaient déterré les cadavres en 1978 et les avait jetés à lamer pour tenter de cacher leurs crimes.

samedi 23 janvier 2010

Un entrepreneur multimillionnaire à la tête du Chili

Se référant à la transition démocratique qui mit fin à la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1989), certains analystes n’hésitent pas à parler d’une « deuxième transition ». Selon eux, cette première alternance depuis la fin de la dictature serait même preuve d’une bonne santé démocratique. Après dix-sept ans d’un terrorisme d’Etat qui mit fin à l’expérience de l’Unité populaire de Salvador Allende, et à deux décennies d’une démocratie sous tutelle issue d’une « transition pactée », conduite par la Concertation des partis pour la démocratie — coalition de circonstance entre le Parti socialiste (PS) et de le Parti démocrate chrétien (PDC) —, le peuple chilien connaîtrait désormais les joies de l’alternance…
Dans son premier discours, le vainqueur, l’entrepreneur multimillionnaire Sebastian Piñera, a appelé à « l’unité nationale » et réitéré ses arguments de campagne favoris, dont la lutte contre « la délinquance et le narcotrafic », la gestion d’un « Etat efficace » avec « beaucoup de muscle et peu de gras », tout en se disant préoccupé par le sort « des plus faibles et de la classe moyenne ». Il a promis durant la campagne qu’il créerait un million d’emplois...
Sur presque sept millions de votes exprimés, le candidat élu a remporté le second tour avec 51,6 % des voix au nom de la Coalition pour le changement qui regroupe la droite libérale — Rénovation nationale (RN), dont il est issu) et les secteurs catholiques et conservateurs de l’Union démocratique indépendante (UDI), héritiers directs de la dictature. L’ancien président démocrate-chrétien Eduardo Frei (1994-2000), qui défendait les couleurs de la Concertation, obtient 48,4 %.
Cette élection met donc fin à un cycle de quatre exécutifs concertationnistes consécutifs : un personnel politique installé durablement aux manettes de l’Etat et qui s’était largement adapté au modèle économique hérité de la dictature, tout comme à la Constitution autoritaire de 1980, amendée plusieurs fois mais jamais remise en cause. Outre le manque de charisme de M. Frei et l’absence de renouvellement générationnel, la Concertation apparaît à bout de souffle. Ceci, malgré la grande popularité de la présidente sortante, la socialiste Michelle Bachelet, et un bilan défendu par la plupart des élites du pays, dans lequel l’ouverture économique aux multinationales et la marchandisation des services publics s’est combinée, depuis l’année 2000, avec une politique sociale destinée au plus pauvres.
M. Piñera s’est empressé d’annoncer qu’il ne ferait pas « table rase » de la période antérieure et qu’il restait ouvert à la « démocratie des accords », telle qu’elle a été pratiquée jusqu’à maintenant.
L’élection du 17 janvier signe certainement la fin de la Concertation telle qu’elle a pu exister et va accélérer les tensions en son sein entre le pôle démocrate-chrétien et le PS. La dichotomie démocratie-autoritarisme qui structurait le système politique de la « transition pactée » et permettait à la Concertation d’en appeler au « moindre mal » en cas de ballottage, ou de justifier des réformes faites « dans la mesure du possible », ne fonctionne plus. Née en 1988, la coalition a eu pour fonction essentielle de négocier une sortie de dictature avec les militaires et les classes dominantes. Ce pacte a signifié l’acceptation du modèle néolibéral des « Chicago boys », de nombreux accords parlementaires avec la droite, le maintien de toute une partie de l’héritage institutionnel autoritaire (Constitution, système électoral binominal, code du travail, loi d’amnistie) et la garantie d’une large impunité pour les responsables de violation des droits de l’homme (1).
Ce scrutin, le premier depuis la mort du général Pinochet en 2006, s’inscrit dans un champ politique dont la fluidité croissante, accentuée par le renouveau des luttes sociales, s’est accélérée au cours des derniers mois. La crise des partis gouvernementaux s’est concrétisée dès le premier tour, notamment avec la candidature dissidente de M. Marco Enríquez Ominami (MEO) (2), lui-même issu de la Concertation. Son discours critique, alternant quelques mesures progressistes et un programme économique libéral sur le fond, a déstabilisé les forces politiques traditionnelles. M. Ominami a su attirer les votes d’une partie de la jeunesse scolarisée, des classes moyennes urbaines et a capté pas moins de 20 % des voix au premier tour, pour finalement — peu avant le second tour — appuyer publiquement M. Frei.
Marginalisé dans le flot d’un immense show politique télévisé, le Parti communiste et ses alliés — au sein de « Juntos Podemos » (ensemble nous pouvons) — ont tenté de défendre la candidature de M. Jorge Arrate (lui aussi issu du PS et ex-ministre), avec un programme proposant des réformes sociales, un retour des services publics, un changement de la Constitution et une alliance « instrumentale » au niveau des élections législatives avec la Concertation, destinée à rompre « l’exclusion institutionnelle » de la gauche extraparlementaire (3).
Au sein de la gauche de la gauche, la fragmentation continue de dominer, mais nombreux sont les militants, tel le Mouvement des peuples et des travailleurs (MPT) — qui regroupe plusieurs petites organisations anticapitalistes —, qui ont fait campagne pour « annuler le vote », dénonçant l’absence de candidats « indépendants du système » et donc d’alternative. Malgré tout, une partie importante du mouvement syndical, dont la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), se sont ralliés à la candidature centriste face à une droite considérée comme « dangereuse » pour les droits de salariés.
Cependant, la campagne de M. Frei n’a pas proposé de perspectives réelles face à l’immensité des inégalités sociales pour lesquelles le Chili est l’un des champions de l’Amérique latine… A la différence d’une droite qui a modernisé son image à grand renfort de communication, M. Frei rappelait trop la continuité d’un gouvernement marqué, pendant son mandat, par de nouvelles privatisations, la fermeture de la plupart des médias indépendants ou encore le refus de voir M. Pinochet être extradé en Espagne par le juge Garzón.
Quant aux jeunes, ils sont plus de deux millions à n’être pas inscrits sur les registres électoraux, ne se reconnaissant pas dans une représentation nationale qu’ils estiment éloignée de leurs préoccupations quotidiennes (4). Ce ras-le-bol est aussi celui de certains intellectuels de renoms, tel l’historien Sergio Grez, qui affirmait : « Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, les habitants de ce pays continueront à souffrir du modèle néolibéral que les deux aspirants à la Présidence de la République — avec des nuances — prétendent consolider. »
Dans ce pays qui a connu au cours des trente dernières années une véritable « révolution capitaliste », pour reprendre l’expression du sociologue Tomás Moulian, la citoyenneté fait en effet souvent place à une forte dépolitisation. Le constat du journaliste Mauricio Becerra est amer : « La fin du scénario était évidente : à donner tant de pouvoir au grand capital, c’est le patronat qui a fini par prendre le contrôle de l’Etat (…). Très peu d’entreprises publiques sont encore à privatiser. La subjectivité individualiste néolibérale façonne les prototypes identitaires. La concentration de toutes les craintes sur les délits contre la propriété, plutôt que face à l’insécurité sociale ou au manque de participation, est installée dans l’imaginaire collectif (5). »
Parfois surnommé le « Berlusconi Chilien », M. Piñera est l’un des hommes les plus riches du pays avec une fortune évaluée à 840 millions d’euros (sept cent unième fortune du monde au classement Forbes 2009). Il s’est enrichi durant la dictature — en partie de manière frauduleuse, selon les révélations des journaux La Nación et El Siglo — et contrôle une des principales chaînes de télévision — Chilevisión —, la compagnie d’aviation Lan Chile et un important club de football (Colo Colo).
Les investisseurs ne s’y sont pas trompés : le lendemain de l’élection, les actions en Bourse de ses entreprises ont connu une hausse de 13,8 %... Il bénéficie en outre de l’appui direct des grands moyens de communication, ce qui lui a permis de mener une campagne médiatique offensive et de se départir de l’ombre de la dictature qui continue de planer sur l’ensemble de la droite chilienne. M. Piñera, qui rappelle à l’envie qu’il a voté « non » au référendum de 1989 contre le général Pinochet, n’a toutefois pas hésité à affirmer qu’il compterait sur la collaboration d’anciens membres du régime militaire si leurs qualités pouvaient servir le pays. Les parlementaires ultraconservateurs de l’UDI attendent aussi leur dû du nouvel exécutif : alors que la droite contrôle la moitié des deux chambres, l’UDI possède à elle seule quarante députés (un tiers des sièges) et huit sénateurs (à égalité avec RN).
Sur cette base, ce sont sûrement quatre années difficiles qui attendent les familles de détenus disparus de la dictature, le peuple Mapuche mobilisé dans le sud du pays, les citoyens qui réclament une assemblée constituante et, plus largement, le mouvement social et syndical, véritables bêtes noires de M. Piñera. Mais ce tournant politique va aussi peser sur le plan régional. C’est derrière les Etats-Unis, aux côtés du Pérou, de la Colombie (le président Alvaro Uribe est l’un des exemples à suivre, selon M. Piñera) et face à l’axe « bolivarien » (Venezuela, Equateur, Bolivie, Cuba) que se situera le Chili, à partir de mars prochain, sur le plan géopolitique. Cette arrivée d’une droite décomplexée à la Moneda, le palais présidentiel qui vit la mort du président Allende le 11 septembre 1973, aura donc un impact bien au-delà de la Cordillère des Andes au moment où les peuples de l’Amérique latine tentent d’affirmer leur indépendance face aux géants du Nord.
Franck Gaudichaud
* Maître de conférences en civilisation hispano-américaine à l’université Grenoble 3. A dirigé : Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine, Textuel, 2008.
(1) Felipe Portales, Chile, una democracia tutelada, Editorial Sudamericana, Santiago, 2000.
(2) M. Enríquez Ominami est le fils du révolutionnaire Miguel Enríquez, assassiné par les militaires en 1974.
(3) Le PC et sa coalition Juntos Podemos — 6,2 % des voix au premier tour et trois députés — ont appelé à voter pour M. Frei en échange de « douze points de compromis » du candidat concertationniste. Le PC laisse désormais entrevoir une alliance de plus long terme avec le PS et certains secteurs progressistes de la Concertation au Parlement.
(4) Au total, ce sont toujours moins de citoyens qui participent aux élections depuis 1988 ; 31 % des Chiliens en âge de voter, soit 3,8 millions de personnes, ne sont même pas inscrits sur les registres électoraux (au Chili, le vote est obligatoire).

lundi 18 janvier 2010

Le Chili vire à droite avec l'élection de Sebastian Piñera

Le dernier président de droite avait été Jorge Alessandri (1958-1964). A nouveau candidat en 1970, il avait été battu par le socialiste Salvador Allende, renversé par le coup d'Etat du général Augusto Pinochet en 1973.

A la tête de la "Coalition pour le changement", regroupant le parti Rénovation nationale et l'Union démocratique indépendante, une formation conservatrice qui a soutenu le régime militaire, M. Piñera succédera le 11 mars, pour un mandat de quatre ans, à la présidente socialiste Michelle Bachelet, qui l'avait battu en 2006 au second tour.

"Viennent des temps meilleurs pour le Chili", a lancé, avec un sourire éclatant, le président élu à des milliers de partisans qui ont fêté leur victoire, dimanche soir, brandissant des drapeaux frappés d'une étoile, symbole de campagne de M. Piñera, dans plusieurs villes du Chili, notamment à Santiago, la capitale et dans le nord et le sud du pays, où le candidat de droite l'a largement emporté.

"J'ai voté pour Piñera pour voir s'il ferait mieux que les autres", expliquait dans la foule, à Santiago, une jeune institutrice : "S'il échoue, dans quatre ans Michelle Bachelet reviendra !" La présidente termine son mandat avec près de 80 % de popularité, mais la Constitution ne l'autorisait pas à briguer un second mandat consécutif.

"CONVOQUER UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CHILIENS"

Reconnaissant "ce qu'avait fait la Concertation ces dernières années", M. Piñera a promis "un gouvernement d'unité nationale pour faire tomber les murs qui divisent le Chili". "Je vais gouverner pour tous les Chiliens, avec une attention particulière pour la classe moyenne et les plus défavorisés", a-t-il affirmé, promettant l'élargissement des programmes sociaux et la création d'un million d'emplois. Il a également insisté sur la lutte contre la délinquance et les trafiquants de drogue.

M. Frei a reconnu sa défaite avant la fin du décompte des suffrages et félicité son rival. En présence des anciens présidents Patricio Aylwin, démocrate-chrétien, et Ricardo Lagos, socialiste, il a lancé un appel à "l'unité" de la Concertation. Quelques heures plus tard, les deux rivaux sont apparus, flanqués de leur famille respective, faisant l'éloge de "la solidité de la démocratie chilienne".

M. Piñera a vanté l'alternance et dénoncé une Concertation "usée, épuisée". Il s'est affiché comme le représentant d'une droite modérée, se démarquant des conservateurs traditionnels. Il avait appelé à voter "non" au référendum de 1988, par lequel le général Pinochet avait tenté de se maintenir au pouvoir. Il a dénoncé les violations des droits de l'homme.

Toutefois, pendant la campagne, M. Piñera n'a pas exclu de faire entrer dans son gouvernement des fonctionnaires ayant travaillé pour la dictature militaire. "Le fait d'avoir travaillé pour un gouvernement sans avoir commis de crimes, ni de violations des droits de l'homme, n'est aucunement un péché", a-t-il dit. "Mais je veux avant tout convoquer une nouvelle génération de Chiliens", a-t-il ajouté.

Le modèle économique libéral n'a pas été remis en cause par aucun des deux candidats. M. Piñera a précisé que ses priorités seraient de "privilégier une économie de marché avec une certaine initiative privée, l'ouverture et l'intégration".

"Le discours de Piñera a consisté à convaincre qu'il pourrait faire plus efficacement quelque chose de relativement semblable à ce que faisait la Concertation", souligne l'analyste Jorge Navarrete. "La droite s'est légitimité démocratiquement, elle a retrouvé ses racines républicaines", juge le politologue Oscar Godoy qui décrit M. Piñera comme "plus libéral que conservateur".

RUPTURE AVEC LE BIPARTISME TRADITIONNEL

C'était la première élection présidentielle depuis la mort du général Pinochet en 2006. Les violations des droits de l'homme de son régime – 3 200 morts ou disparus– ont été invoquées par la coalition de centre-gauche. "C'est la fin de la supériorité morale de la Concertation, estime l'avocat Gabriel Villarroel. Jusqu'à présent, il suffisait qu'elle fasse appel à l'axe démocratie-dictature pour présenter ses adversaires comme moralement indignes de gouverner."

En dépit du soutien de la présidente Bachelet et de constitution d'une nouvelle équipe de campagne, plus jeune et dynamique, entre les deux tours, la défaite de M. Frei marque la fin de la transition démocratique, avec quatre gouvernements successifs de la Concertation, formée par la démocratie chrétienne, le Parti socialiste, le Parti radical social-démocrate (PRSD) et le Parti pour la démocratie (PPD, socialiste).

Cette élection présidentielle a rompu avec le bipartisme traditionnel. La principale surprise a été constitué par les 20 % de suffrages obtenus, au premier tour, le 13 décembre 2009, par le jeune dissident socialiste Marco Enriquez-Ominami. Après avoir durement critiqué la Concertation, le candidat rebelle avait annoncé, à la veille du second tour, qu'il voterait pour M. Frei, sans pour autant donner de consigne de vote à ses électeurs.

Certains analystes expliquent la défaite de M. Frei par son manque de charisme. La plupart soulignent les divisions et l'absence de relève générationnelle. Il n'y a pas eu de primaires pour choisir le candidat. "La Concertation n'a pas fait de propositions substantielles pour régler les grands problèmes, la précarité du travail, les bas salaires, les inégalités, la mauvaise qualité de l'éducation publique", souligne l'analyste Carlos Huneeus.

Christine Legrand

dimanche 17 janvier 2010

La droite de retour au pouvoir au Chili

Après vingt ans de domination du centre gauche au Chili, la droite effectue son retour. D'après les premières estimations, confirmées par le ministère de l'Intérieur, Sebastian Piñera serait le nouveau président du pays. Il aurait obtenu 51,87% des voix, face à son adversaire de centre gauche Eduardo Frei (48,23%).
Le milliardaire Sebastian Piñera, qui était arrivé en tête du premier tour, a souvent été comparé, durant la campagne, à Slivio Berlusconi. Chef d'entreprise, il est classé 701e fortune mondiale par le magazine Forbes.

jeudi 14 janvier 2010

Chili / élection: Enriquez soutient Frei

"Face à la conjoncture historique, face à la possibilité que la droite empêche la marche du Chili vers l'avenir, il est de ma responsabilité de contribuer comme je peux à ce que cela n'arrive pas", a-t-il dans une déclaration publique. "En conséquence, je déclare officiellement ma décision de soutenir le candidat de ce peuple", en allusion à M. Frei, a ajouté Marco Enriquez Ominami.
Ce dernier, arrivé troisième au premier tour avec 20% des voix, n'avait alors pas donné de consignes de vote, jugeant M. Frei, 67 ans, et le candidat de droite Sebastian Pinera, 60 ans et favori dans les sondages, "trop semblables" et porteurs de projets "appartenant au passé".
L'avance du milliardaire Piñera s'est réduite de façon substantielle à quatre jours du scrutin, avec 50,9% contre 49,1% à son adversaire Eduardo Frei, selon une projection de l'institut de sondage Mori publiée avant l'annonce de M. Enriquez Ominami.