mercredi 27 février 2008

Sécheresse : le Chili bientôt privé d’électricité ?

Distribution de réserves d'eau potable, à cause de la sécherese,
à Til Til au Chili © Raul Bravo / AFP
Des réserves d’eau distribuées par des camions citernes, des cultures de pommes de terre, d’oignons… asséchées. Le Chili est sujet à une sévère sécheresse depuis quelques semaines qui affecte non seulement le secteur agricole mais aussi le réseau hydro-électrique du pays.

En effet, la production des centrales est de plus en plus faible. En mars, la consommation d’électricité devrait augmenter à cause de la rentrée scolaire. Du coup, des coupures d’électricité pourraient intervenir, a indiqué le ministre de l’Energie du pays. Autre mesures prévues : la réduction de voltage de 220 à 210 volts et l'extension de trois semaines de l'heure d'été (-3 GMT) jusqu'à la fin mars.

samedi 23 février 2008

L’armée sur la sellette

















L
e journal ajoute que “cinq des neuf généraux de division qui constituent actuellement la tête du haut commandement militaire sont aujourd’hui mis en cause. […] La possibilité de leur participation à des crimes contre l’humanité vient aujourd’hui les rattraper au sommet de leur carrière.”
La Nación, proche du gouvernement socialiste, souligne que, dix-huit ans après la fin de la dictature, ces informations “pourraient poser de nouvelles questions et susciter de nouveaux conflits”. Car le nombre d’officiers concernés est tel que la doctrine officielle en vigueur depuis le retour à la démocratie, en 1990, et dite “d’obéissance due” [selon laquelle les militaires n’avaient pas d’autre choix que d’exécuter les ordres], pourrait être remise en question.
Le journal relate aussi que Juan Quintanilla, un chauffeur civil ayant participé à l’exécution de 22 paysans et ouvriers du village de Paine (à 30 kilomètres au sud de Santiago) le 24 septembre 1973, a fait voler en éclats l’argument qui avait jusque-là permis aux officiers de l’armée de se défendre dans cette affaire emblématique de la répression chilienne. Quintanilla, interrogé par un juge, a affirmé que le massacre avait eu lieu de jour, “avec le soleil dans la figure des prisonniers”, et non de nuit comme l’avaient affirmé les soldats présents en prenant ce prétexte pour cacher l’identité de leurs supérieurs. Trois officiers étaient présents ce jour-là. Quintanilla en a reconnu un, et la justice recherche désormais les deux autres…
Dans son édition du 5 février, La Nación annonce que le général de division Gonzalo Santelices Cuevas, commandant de la garnison militaire de la région métropolitaine de Santiago, a été poussé à démissionner “volontairement” de son poste. Une démission qui fait suite, selon La Nación, à une demande expresse du gouvernement.
Le général Santelices avait été appelé plusieurs fois à témoigner dans l’affaire de la “caravane de la mort” (un escadron de la mort qui avait sillonné le nord du Chili en octobre et novembre 1973, exécutant 73 personnes, dont 19 sont encore portées disparues), car il avait été chargé, en tant que sous-officier, du transfert de 14 des victimes à Antofagasta. Le général n’a pour l’instant pas encore été inculpé, grâce à la loi de l’“obéissance due”. Mais c’est la première fois, souligne La Nación, qu’un officier doit quitter l’armée avant d’être soumis à un procès.

Fidel Castro annonce qu'il abandonne ses fonctions à la tête du pays


Mes chers compatriotes,


Je vous ai promis vendredi dernier, le 15 février, que ma prochaine réflexion porterait sur une question qui intéresse bon nombre d'entre vous. Cette fois-ci, elle prendra la forme d'un message.

Le moment est venu de présenter et d'élire le président, les vice-présidents et le secrétaire du Conseil d'Etat.

J'ai assumé la charge de président durant de nombreuses années. Le 15 février 1976, la Constitution socialiste a été adoptée dans le cadre d'élections libres et directes, par scrutin secret. Plus de 95 % des citoyens ayant le droit de vote avaient participé à ces élections. La première Assemblée nationale avait été constituée le 2 décembre, puis elle avait élu le Conseil d'Etat et sa présidence. Auparavant, j'avais exercé les fonctions de Premier ministre pendant près de dix-huit ans. J'ai toujours ainsi disposé des prérogatives nécessaires pour mener le travail révolutionnaire avec l'appui de l'immense majorité du peuple.

Connaissant mon état de santé, beaucoup, à l'étranger, pensaient que j'avais cédé mes fonctions de président du Conseil d'Etat le 31 juillet 2006 au premier vice-président, Raúl Castro Ruz, non pas à titre provisoire, mais définitif. Raúl lui-même, qui occupe en outre le poste de ministre des Forces armées révolutionnaires pour son mérite personnel, et les autres camarades de la direction du parti et de l'Etat, se refusaient à considérer que j'avais abandonné mes fonctions malgré mon état de santé précaire. Ma position était délicate face à un adversaire qui a tout mis en œuvre pour me terrasser et ce n'est pas de gaîté de cœur que je lui ai laissé marquer des points.

Puis, j'ai pu retrouver le plein exercice de mes facultés, la possibilité de lire et de méditer, du fait de ce repos forcé. J'étais de nouveau en état d'écrire pendant de longues heures, une partie de mon temps étant consacrée aux séances de rééducation et de traitement. Le bon sens le plus élémentaire m'indiquait que cette activité était à ma portée. Par ailleurs, j'ai toujours veillé, en parlant de ma santé, à éviter d'entretenir de faux espoirs, car, en cas de dénouement malheureux, mon peuple recevrait des nouvelles traumatisantes au plus fort de la bataille. Le préparer à mon absence, psychologiquement et politiquement, était ma première obligation après tant d'années de lutte. Je n'ai jamais cessé de rappeler que mon rétablissement n'était "pas exempt de risques". Mon désir a toujours été d'accomplir mon devoir jusqu'à mon dernier souffle. Je m'y tiendrai.

Mes très chers compatriotes, vous qui m'avez fait l'immense honneur de m'élire récemment comme membre d'un Parlement au sein duquel doivent être adoptés des textes importants pour le destin de notre révolution, sachez que je ne briguerai pas et n'accepterai pas – je répète –, je ne briguerai pas et n'accepterai pas la charge de président du Conseil d'Etat et de commandant en chef. Dans de brèves lettres adressées à Randy Alonso, directeur de l'émission Table ronde, à la Télévision nationale, lettres qui ont été divulguées à ma demande, j'avais introduit discrètement des éléments du message que j'écris aujourd'hui, et pourtant le destinataire des missives en question ne connaissait pas mes intentions.

Voici des passages extraits de la lettre que j'ai envoyée à Randy le 17 décembre 2007 : "Mon devoir élémentaire est de ne pas m'accrocher à des fonctions, et encore moins de barrer la route à des personnes plus jeunes, mais bien d'apporter des expériences et des idées dont la modeste valeur tient à l'époque exceptionnelle qu'il m'a été donné de vivre." "Je pense comme l'architecte Niemeyer qu'il faut être cohérent jusqu'à la fin."

Ce serait donc trahir ma conscience que d'exercer une responsabilité qui exige une grande mobilité et un dévouement sans faille, ce que je ne suis pas en état d'assumer physiquement. Je le dis sans pathos.

Heureusement, notre processus compte toujours des cadres de la vieille garde, ainsi que d'autres qui étaient très jeunes quand la révolution est entrée dans sa première étape. Certains étaient presque encore des enfants quand ils ont rejoint les combattants des montagnes et ensuite, par leur héroïsme et leurs missions internationalistes, ils ont couvert leur pays de gloire. Ils ont toute l'autorité et l'expérience requises pour assurer la relève. Notre processus dispose également d'une génération intermédiaire, qui a acquis à nos côtés les rudiments de cet art complexe et presque inaccessible consistant à organiser et à diriger une révolution. Le chemin sera toujours escarpé et demandera l'effort intelligent de tous. Je ne crois pas à ces voies de la facilité apparente que sont l'apologétique ou l'autoflagellation comme antithèse. Il faut toujours se préparer à la pire des solutions. Etre aussi prudents dans le succès que fermes dans l'adversité, tel est un principe qu'on ne saurait oublier. L'adversaire à vaincre est de première force, mais nous l'avons tenu en respect pendant un demi-siècle.

Je ne vous fais pas mes adieux. Je veux seulement combattre comme un soldat des idées. Je continuerai à écrire sous le titre Réflexions du camarade Fidel. Ce sera une arme de plus dans notre arsenal avec laquelle on pourra compter. Merci,
Fidel Castro Ruz, 18 février 2008.

JCDecaux: contrat avec la ville de Santiago au Chili.

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Ce contrat comprend le design, l'installation, l'entretien et la commercialisation de 125 abribus publicitaires, 125 bornes de propreté et 4 JEI (Journaux électroniques d'information).
L'ensemble de ces mobiliers représente 580 faces publicitaires. La ville de Santiago a choisi le design Philip Cox pour ses nouveaux mobiliers.
Jean-Charles Decaux, codirecteur général de JCDecaux, a déclaré : "Ce contrat permet à JCDecaux, de renforcer sa présence et d'accroître ainsi son profil de croissance au Chili."

vendredi 5 octobre 2007

« EL MERCURIO », ÉTERNEL CONSPIRATEUR

« CHILIEN : EL MERCURIO  MENT »

Le consortium de El Mercurio qui se partage près de la moitié du marché des journaux dans le pays et pratiquement la totalité des quotidiens régionaux reçoit plus de 80% du total de l’investissement en publicité dans la presse écrite et, ce qui n’est pas un détail, contrôle l’agenda public. [le chef de file de la droite médiatique]
El Mercurio possède sans aucun doute bien davantage de pouvoir que ce qu’en disent les données ci-dessus. Plus de cent ans d’histoire, des relations géologiquement profondes avec tous les secteurs du pouvoir : économique, politique, militaire et, évidemment, culturel. Un pouvoir, en langage gramscien, hégémonique qui, dans ses registres, a non seulement la capacité d’influer sur la réalité, mais aussi celle de la modeler et de la transformer en une vérité apparente et intéressée. Mais il existe une autre vérité, jamais publiée par ce média, une vérité qui surgit d’avoir poussé l’histoire jusqu’à ses extrêmes, avec des attitudes évidentes de sédition et de putschisme. Il existe aujourd’hui suffisamment d’information écrite, évidemment non publiée par El Mercurio, qui lie le propriétaire de cet organe, Agustin Edwards Eastman, au coup d’État de 1973.

Citons certains de ces antécédents pour dessiner le profil du journal qui se revendique aujourd’hui comme le gardien des valeurs, des bonnes mœurs et de l’échafaudage politique chilien. En 1970, le propriétaire et directeur de El Mercurio entreprit des démarches auprès de la Maison Blanche pour que le gouvernement des États-Unis empêche l’arrivée au pouvoir du président élu, Salvador Allende. Si cette action échouait, le plan était de le renverser. El Mercurio reçut plus d’un million et demi de dollars de la Central Intelligence Agency (CIA) pour mettre le complot en marche. Les preuves de tels faits et d’autres sont décrites dans des documents publics tels que le rapport Church du Sénat des États-Unis, les mémoires de l’ex-secrétaire d’État nord-américain Henry Kissinger, des documents déclassés de la CIA, des témoignages d’anciens hauts fonctionnaires du gouvernement de Richard Nixon ou différents travaux d’enquête journalistique.

Parler de El Mercurio, ce n’est pas simplement se référer au plus grand consortium chilien d’information, c’est aussi faire allusion à un réseau complexe à la trame obscure qui, non content d’avoir dessiné l’histoire s’efforce de la reproduire, de consolider cette histoire – qui est la structure du pouvoir- dans le présent et de la répéter pour le futur. Dans ce processus de reproduction, il n’y a rien de plus conservateur que le vernis libéral dont se couvre le journal. Une couche de modernité, de technologie, de mondialisation commerciale, qui cache les toiles d’araignée d’une structure oligarchique reliée aux mêmes pouvoirs qui la soutenaient il y a plus d’un siècle, peut-être deux.

C’est cela sa condition historique. Sa fonction quotidienne est de déterminer l’agenda public, d’imposer des thèmes, d’en effacer d’autres, d’interpréter, de passer sous silence. Maintenir les équilibres politiques et économiques tels qu’ils ont été écrits durant les dernières années ou décennies, ou, selon les dires de cette oligarchie, comme cela a toujours été.

Faire pression sur le gouvernement

Ce qui a été auparavant existe aussi aujourd’hui. El Mercurio semble être inébranlable. Rien qu’au cours de l’année dernière, il a fait tombé deux ministres et empêché, jour après jour, le développement d’autres agendas, parmi lesquels celui du gouvernement. Le palais présidentiel de La Moneda a dû résoudre crise après crise, parmi lesquelles seules peut-être celle des étudiants, les cas de corruption et évidemment l’histoire du Transantiago ne viennent pas des intérêts des groupes de pouvoir en lien avec et consolidés par ce consortium. Les autres crises inscrites à l’agenda des médias – celle du gaz argentin, le conflit mapuche, l’insécurité urbaine, le vote chilien pour le Conseil de sécurité de l’ONU et la perception d’ingouvernabilité – répondent à des intentions bien déterminées. L’obsession contre le président vénézuélien Hugo Chavez est un thème et un fantasme ancestral à part.

On peut affirmer que El Mercurio intègre et condense tout l’imaginaire conservateur, aujourd’hui aussi néo-libéral, qui émerge avec force dans notre histoire la plus récente depuis le coup d’État de 1973. Une idéologie qui se réinstalle et se renforce avec la dictature sous la forme des politiques de marché, qui, en 1990, franchissent le seuil de la démocratie en toute facilité. El Mercurio, qui était l’inspirateur et la sentinelle de ces politiques depuis le milieu des années 70, a été et est encore leur organe officiel. L’application et l’approfondissement de ces politiques sous la démocratie de même que leur mise en oeuvre durant la décennie précédente dans pratiquement tous les pays de la région a consolidé le caractère « officiel » et « institutionnel » de El Mercurio non seulement en ce qui concerne ce qu’on appelle les réformes structurelles mais aussi à l’égard d’un certain sens de la réalité, à l’égard – comme l’ont répété plusieurs gouvernants chiliens – d’une « vision du pays ». A part quelques aspects ponctuels relatifs à certaines politiques publiques et économiques, l’harmonie s’écoulait de La Moneda jusqu’à Santa Maria de Manquehuc, siège de El Mercurio. Et vice-versa.

Par définition, le conservatisme ne change pas. Ce n’est pas dans sa nature. La plus grande pression de El Mercurio sur le gouvernement actuel comme son opposition ouverte aux relations extérieures du Chili avec des pays latino-américains considérés comme « populistes », à la tête desquels se trouve le Venezuela, ont mené à un tournant apparent dans la ligne éditoriale du journal. Un retournement, un changement en tout cas illusoire, dirions-nous : ce qui s’est transformé, c’est le cadre politique régional, avec d’évidentes influences au niveau interne. El Mercurio ne fait que soutenir la tradition, les intérêts, les richesses gagnées durant les décennies de politique de marché. Ce qui a primé pendant plus d’un siècle et durant les dernières décennies n’est rendu plus visible aujourd’hui que par contraste.

Les comparaisons hystériques entre le moment actuel et les moments antérieurs au coup d’État de 1973 faites par certains journalistes du quotidien et de nombreux lecteurs au travers des « lettres au directeur » n’expriment que le retour de vieux fantasmes de l’oligarchie nationale et régionale qui ont réinstallé en Amérique du Sud un climat de guerre froide. Ce sont des fantasmes soulevés par le même journal qui a provoqué et organisé le coup d’État de 1973.

Créer un climat de terreur et de haine à partir de cette tribune est beaucoup plus facile aujourd’hui qu’il y a 34 ans. Le pouvoir de El Mercurio n’a pas de contrepoids : il n’y en a pas du côté des autres médias – le groupe Copesa, avec La Tercera, n’est qu’un concurrent commercial -, il n’existe pas de société civile pensante et organisée, il n’y a pas un haut taux de syndicalisation, le système des partis maintient le statu quo et les locataires de La Moneda préfèrent tout simplement pactiser car ce pouvoir leur fait peur. Le journal a un pouvoir qui déborde le médiatique pur et s’imbrique avec les autres pouvoirs, entre autres, le politique et l’État lui-même. Devant cette capacité, les gouvernements de la Concertación, ont abdiqué de manière systématique – ils ont été cooptés, comme le dit le sociologue Felipe Portales - devant le puissant réseau que forment les pouvoirs représentés par El Mercurio.

Le pouvoir économique

Il y a le pouvoir économique qui s’exprime à travers et par el Mercurio. Comme on le sait déjà, la presse écrite au Chili est partagée en parts plus ou moins égales entre les groupes el Mercurio et Copesa, consortiums qui totalisent, avec leurs différents produits, environ 99% du marché et de la diffusion. Il reste 1% pour La Nación.

Cette concentration de la diffusion acquiert une densité encore plus grande dans d’autres domaines. Dans la publicité de la presse écrite, qui représente environ 30% de l’investissement publicitaire total, il existe une distorsion évidente. Théoriquement, ces 30% devraient se répartir en parts plus ou moins égales entre les groupes El Mercurio et Copesa qui se partagent environ la moitié de la vente des journaux nationaux. Pourtant, un seul quotidien, El Mercurio, concentre plus de la moitié de la publicité en presse écrite. La Tercera suit avec à peine 15%. Par conséquent, il y a d’autres facteurs qui expliquent cette distorsion. Même s’il est probable que El Mercurio ait un lectorat plus nombreux et plus ciblé, qu’il remplisse d’autres exigences des annonceurs, aucun de ces éléments – en terme de marché – ne peut expliquer cette énorme différence. Il y aurait par conséquent un biais idéologique chez la classe entrepreneuriale.

Mais s’il existe un tel biais chez la classe entrepreunariale, cela devient scandaleux quand il s’agit de l’État, aujourd’hui administré par la Concertación. D’après plusieurs sources, environ 70% des dépenses publiques en publicité ont été canalisées vers El Mercurio. Loin de chercher à mettre de l’ordre et à équilibrer ce marché, le secteur public contribue plutôt à sa distorsion. La cooptation soulignée par Portales est une des réponses.

Cette distorsion évidente des investissements publicitaires a une motivation idéologique, comme l’affirment les universitaires Osvaldo Corrales et Juan Sandoval dans leur étude Concentration du marché des médias, pluralisme et liberté d’expression, publiée par l’Institut de la Communication et l’Image de l’Université du Chili. Le comportement de la presse et sa relation avec la grande entreprise – qui est le grand annonceur dans les médias - va plus loin que la notion traditionnelle d’oligopole, qui « n’est pas suffisante pour comprendre la façon dont le marché de la presse s’est structuré au Chili  », disent les auteurs. Il faudrait, affirment-ils, incorporer un nouveau concept, celui de « monopole idéologique ».

Le monopole idéologique évoqué par les auteurs est une autre façon de se référer à la pensée unique qui est la symbiose entre le néolibéralisme économique et le conservatisme culturel. Les chefs d’entreprise, appuyés par l’industrie de la publicité, utilisent l’investissement publicitaire comme un outil pour renforcer les médias et les discours qui leur sont le plus proches, ceux qui renforcent le cadre qui favorise leurs affaires.

Le monopole idéologique opère sur différents terrains. Dans El Mercurio, on le trouve de façon évidente dans la ligne éditoriale. Mais il est incrusté aussi dans d’autres rubriques, telles que El Mercurio opina, País Digital, Fundación Paz Ciudadana et, de manière moins directe, dans l’Instituto Libertad y Desarrollo. Grâce à ces institutions qui produisent information et opinion, le journal renforce sa ligne éditoriale et incorpore ses propres thèmes à l’agenda politique. Ces institutions, présentes non seulement dans les pages du quotidien du matin mais aussi dans le reste des médias ont été légitimées par le monde politique et le gouvernement. Non seulement en raison de la prétendue crédibilité de leurs informations et opinions mais parce qu’ils en font partie.

Paz Ciudadana, (Paix citoyenne) qui, à travers les pages du quotidien, a un espace prioritaire, non seulement comme institution mais aussi dans ses thématiques, influence quotidiennement l’agenda national tout ce qui est des thèmes en lien avec la sécurité des citoyens. Un travail qui est imbriqué avec le gouvernement, car, sous la présidence d’Agustin Edwards, plusieurs figures de la Concertación font partie de sa direction : Sergio Bitar, président du Partido Por la Democracia (PPD, Parti pour la démocratie), personnage choyé de El Mercurio, la présidente de la Démocratie chrétienne, Soledad Alvear et les ex-ministres José Joaquin Brunner et Edmundo Perez Yoma. La légitimité de toute l’information produite par Paz Ciudadana a été ratifiée par la Concertación.

Dans País Digital, Pays digital, sous l’égide d’Agustin Edwards, comme dans les autres organisations, figurent, du côté de la Concertación Sergio Bitar, Eduardo Bitrán, Fernando Flores, Alejandro Foxley, Andrés Navarro, Yasna Provoste, Francisco Vidal et Eugenio Tironi. Avec un moins grand nombre de pages dans le quotidien, País digital est une fondation orientée vers le développement des technologies de l’information au Chili.

El Mercurio opina (L’opinion du Mercurio) est l’entreprise de sondages de El Mercurio. Au moyen d’enquêtes d’opinion plus ou moins fréquentes, il produit une information qui est publiée comme « nouvelle ». El Mercurio est son propre producteur d’informations ; qui malgré l’évident biais idéologique et politique, déterminent l’agenda public et font réagir le gouvernement. Les principaux changements dans le gouvernement de Michelle Bachelet ont été réalisés après des sondages de El Mercurio opina. Le dernier - « 77% veulent que Lagos se présente personnellement devant la commission d’enquête » (du Transantiago) - publiée le dimanche 10 juin cherchait à pousser l’ex-président à faire une déposition devant la Commission politique à la Chambre. Les intentions sont par trop évidentes.

Libertad y Desarrollo, Liberté et Développement, n’est pas une fondation de El Mercurio, mais est liée à l’Unión Demócrata Independiente (UDI, Union démocrate indépendante) et bénéficie d’un traitement et d’une couverture spéciale dans les pages du quotidien. Une grande partie de son information économique est évaluée et garantie par ce centre d’études qui a fini par devenir, comme Paz Ciudadana, une référence – apparemment impartiale – sur le devenir économique du pays. Le reste des médias, qui ne disposent pas de grandes usines de journalistes, rédacteurs et collaborateurs pour produire l’information politique et économique ont fini par cautionner l’Institut Libertad y Desarrollo, tout comme Paz Ciudadana, et reproduire ses opinions.

Sans tomber dans l’exagération, on peut dire que toute cette grande installation avec des liens dans le gouvernement et des relations avec tous les grands pouvoirs font pratiquement de El Mercurio l’unique producteur d’information politique du pays. Il crée l’agenda et le manie à son gré.

De même, il cherche à manipuler l’agenda au sujet de ce qui arrive en-dehors des frontières, un processus qu’il mène, soit individuellement, soit de façon coordonnée avec le Grupo de Diarios América (GDA) , un organisme collégial formé par la presse la plus réactionnaire de la région. Il est probable cela dit que ce soit El Mercurio, avec le complot qui a débouché sur le coup d’État de 1973, qui soit à la tête de la réaction. Avec le quotidien d’Edwards, il y a La Nación d’Argentine, O Globo du Brésil, El Tiempo de Colombie, La Nación de Costa Rica, El Comercio de l’Equateur, El Universal du Mexique, El Comercio du Pérou, El Nuevo Dia de Puerto Rico, El País d’Uruguay et El Nacional du Venezuela. Sa campagne la plus récente est le déploiement orchestré et simultané du 20 mai contre Hugo Chavez, qui est aujourd’hui le retour pour ces médias du fantôme de la guerre froide. Telles sont les vérités de El Mercurio. Un monde très dur.

Source : Punto Final (http://www.puntofinal.cl), n°641, 15 juin 2007.

lundi 1 janvier 2007

CÉSAR AUGUSTO SANDINO



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AUGUSTO NICOLÁS CALDERÓN SANDINO
Général des hommes libres.
Nicaragua, terre de lacs et de volcans, patrie d’un petit homme coiffé d’un grand chapeau : César Augusto Sandino. En ce temps-là, durant ces années qui bégayent, de 1909 à 1933, le pays vit, au sens propre, sous le joug des Américains.
Ce n’est pas par la porte de la grande histoire que Sandino entre dans sa geste aventureuse, mais par un banal fait divers. En 1920, embringué dans une « affaire d’honneur » demeurée mystérieuse, il blesse son adversaire d’un coup de pistolet. Pour éviter les conséquences de son acte, il prend le chemin de la côte atlantique — la Moskitia —, le bout du monde pour ainsi dire. Il s’exile ensuite en Amérique centrale, et au Mexique, dont la révolution l’influence au plus haut point. Il retrouve sa patrie en 1926, et c’est immédiatement pour y mener le combat.

« La souveraineté et la liberté d’un peuple ne sont pas destinés à faire l’objet de discussions, mais plutôt à être défendues par les armes. » La guerre menée par Sandino contre les marines débute en 1927 dans les montagnes de l’actuel département de Segovia, avec vingt et un combattants. Inventeur de la guérilla, à la tête de sa « petite armée folle » soutenue par des paysans en haillons, Sandino tient tête aux marines. Il finit par les expulser.

Il s’était engagé à cesser les hostilités dès que le dernier militaire américain aurait quitté le sol nicaraguayen. Il tient parole. En signant un accord avec le président Juan Bautista Sacasa, le 2 février 1933, il accepte de désarmer ses troupes et obtient de les transférer dans les environs du Río Coco, dans la Moskitia, pour y mener à bien une tâche constructive.

Cadeau empoisonné, bombes à retardement, les gringos ont créé, formé et laissé derrière eux une toute nouvelle garde nationale « apolitique ». Ils en ont confié le commandement à un chien bien dressé, Anastasio « Tacho » Somoza. Celui-ci fait abattre Sandino le 21 février 1934, alors qu’au terme d’une réunion il quitte la table de négociations. D’une balle dans le dos. Ainsi le premier des Somoza inaugure-t-il le règne de son clan. Quarante-cinq années de dictature et de sous-développement...

lundi 11 décembre 2006

AUGUSTO PINOCHET, ANCIEN DICTATEUR CHILIEN

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LE CERCUEIL DU DICTATEUR CHILIEN AUGUSTO PINOCHET PENDANT SES OBSÈQUES LE 11 DÉCEMBRE 2006 DANS SANTIGO, LE CHILI.  PHOTO MARCELO HERNANDEZ 

Après avoir été pendant un quart de siècle l'homme fort du pays, Augusto Pinochet est mort, déchu et solitaire, dimanche 10 décembre, à Santiago du Chili. Il était âgé de 91 ans.
l'un des dictateurs les plus sanguinaires du XXème siècle (1973-1990) était poursuivi par la justice de son pays pour des violations des droits de l'homme, qui ont fait 3000 morts et disparus, mais aussi pour évasion fiscale, enrichissement illicite, malversation de fonds publics et falsification de documents. C'en était fini de l'impunité du patriarche qui gouverna le pays d'une main de fer pendant dix-sept ans et fut pendant vingt-cinq ans le commandant de l'armée. L'étau judiciaire s'était resserré inexorablement sur le vieux caudillo.

Au cours des dernières années, il était de plus en plus seul. Lâché par la plupart de ses anciens partisans, il partageait son temps entre sa luxueuse demeure de Santiago du Chili, dans l'élégant quartier de la Dehesa, et sa résidence de la station balnéaire de Los Boldos, à 120 km au sud-ouest de la capitale.

Augusto Pinochet Ugarte est né le 25 novembre 1915 dans le port de Valparaiso (100 km à l'ouest de Santiago), fils de militaire et issu d'une famille française ayant quitté la Bretagne au début du XVIIIe siècle. Il n'a jamais terminé ses études, ayant été renvoyé pour indiscipline. A 15 ans, il postule à l'Ecole militaire, mais n'y sera admis qu'à la troisième tentative en 1932. En 1940, il épouse Lucia Hiriart, fille d'un ancien ministre radical, avec laquelle il aura trois filles et deux garçons.

En 1947, le capitaine Pinochet dirige un camp de prisonniers à Iquique (nord), où sont détenus les dirigeants du Parti communiste, proscrit lors de l'avènement de la guerre froide. Devenu officier d'état-major en 1953, il intègre l'Académie de guerre de Santiago. Admirateur des empereurs romains, de Napoléon et du général Franco, le jeune officier, plutôt effacé, se passionne pour la géopolitique.

Quand, le 4 septembre 1970, le socialiste Salvador Allende est élu président de la République, Pinochet devenu général de brigade est à nouveau en poste dans le nord du pays. C'est là qu'il apprend l'attentat contre le commandant de l'armée de terre, le général René Schneider, tué par un commando d'extrême droite qui cherchait à pousser les militaires à intervenir pour empêcher l'installation du gouvernement de l'Unité populaire (UP), l'union de la gauche chilienne.

Promu général de division, il rentre à Santiago en 1971. La même année, il officie comme aide de camp de Fidel Castro pendant la longue visite du leader cubain au Chili. Début 1972, le général Carlos Prats, commandant de l'armée de terre, fait du général Pinochet son chef d'état-major. Il est à ses côtés lorsque, le 19 juin 1973, le général Prats s'oppose à un groupe d'officiers qui tentent un soulèvement contre Allende.

Deux mois plus tard, le 23 août, lorsque le général Prats démissionne du commandement en chef de l'armée, il recommande au président Allende de nommer comme successeur Pinochet, qui lui "a donné tant de preuves de sa loyauté".

Dix-huit jours plus tard, le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet est à la tête du coup d'Etat qui met fin au gouvernement de l'Unité populaire. Encouragés par les services américains, qui craignaient de voir le Chili se transformer en un nouveau Cuba, les militaires chiliens décidèrent de renverser le gouvernement. Longtemps hésitant, Pinochet prit, in extremis, la direction du putsch sanglant. Salvador Allende se suicide dans le palais présidentiel de La Moneda, bombardé et pris d'assaut par les forces armées.

Le Chili plonge dans l'horreur. Le Parlement est dissous. Le communisme est proscrit et les partis politiques sont suspendus. Dans les semaines qui suivent le coup d'Etat, des milliers d'opposants et de syndicalistes sont arrêtés. Le stade de Santiago devient un immense camp de prisonniers. Exécutions sommaires, enlèvements, meurtres, tortures : Pinochet fait régner la terreur, tuant des milliers de personnes. Des cadavres flottent sur le fleuve Mapocho, qui traverse la capitale.

Le zèle des militaires chiliens franchit les frontières. Pinochet est à l'origine de l'opération Condor, une coordination des dictatures du cône sud de l'Amérique latine pour éliminer leurs opposants dans les années 1970-1980.

Le général Prats est ainsi assassiné avec son épouse, à Buenos Aires, au cours d'un attentat attribué à la DINA, la redoutable police secrète de Pinochet. Orlando Letellier, ancien ministre des affaires étrangères d'Allende, est également tué dans un attentat à Washington, en 1976.

Pour la droite et les milieux d'affaires, Pinochet est "l'homme qui a sauvé le Chili du communisme" et fait décoller le pays en privatisant les grandes entreprises d'Etat. En matière économique, il impose un modèle ultralibéral, conseillé par de jeunes technocrates formés aux Etats-Unis, les "Chicago Boys". Sur le plan international, il s'assure l'amitié de Margaret Tchatcher, premier ministre britannique, en apportant un soutien décisif à la Grande-Bretagne dans la guerre des Malouines contre l'Argentine (1982).

En 1980, à l'occasion d'un plébiscite considéré comme "frauduleux" par l'opposition, le général Pinochet fait approuver une nouvelle Constitution qui prévoit notamment l'inamovibilité des chefs des armées et lui ouvre la possibilité d'être sénateur à vie, le jour où il ne sera plus ni chef d'Etat ni commandant de l'armée de terre. Il est à son apogée au point d'affirmer : "Aucune feuille ne bouge dans ce pays sans que je ne le sache".

Le 5 novembre 1984, le "chef suprême de la Nation" décrète l'état de siège. En septembre 1986, il échappe de justesse à un attentat perpétré par le Front patriotique Manuel-Rodriguez, bras armé du Parti communiste. Cinq de ses gardes du corps sont tués. "La Vierge Marie me protège", explique ce catholique fervent, qui a pourtant des démêlés avec l'Eglise à propos des violations des droits de l'homme.

Lors d'un référendum, le 5 octobre 1988, Pinochet brigue les suffrages de ses compatriotes, dans l'espoir de demeurer huit ans de plus au pouvoir, jusqu'en 1997. Cependant, 54 % des Chiliens votent non. Reconnaissant son échec, la mort dans l'âme, il convoque des élections générales. Le 11 mars 1990, Pinochet cède la présidence de la République à Patricio Aylwin, le candidat démocrate-chrétien à la tête d'une coalition de centre-gauche, qui comprend également les socialistes et les radicaux. La transition démocratique débute, lente et périlleuse. Pinochet reste à la tête de l'armée de terre jusqu'au 10 mars 1998. Il devient sénateur à vie.

Pinochet est pourtant arrêté le 16 octobre 1998 à Londres, où il était venu pour un traitement médical, sur requête du juge espagnol Baltasar Garzon. L'Espagne demande son extradition pour répondre de génocide. Le 25 novembre, les juges de la Chambre des lords décident que le général ne peut bénéficier d'aucune immunité.

Le 2 mars 2000, après 503 jours de détention domiciliaire, le gouvernement travailliste britannique relâche Pinochet pour des "raisons humanitaires" relatives à son état de santé. De retour au Chili, le 3 mars, à la descente de l'avion, le vieux caudillo bondit de sa chaise roulante, exultant. Ses pairs l'accueillent comme un héros. Le nouveau président chilien, Ricardo Lagos, premier socialiste élu depuis Allende, est sur le point d'assumer le pouvoir. Il assure que l'ancien dictateur peut être jugé au Chili.

Le 23 mai 2000, la cour d'appel de Santiago lève l'immunité parlementaire du sénateur à vie. La Cour suprême confirme l'arrêt. Le 1er décembre, le juge Juan Guzman, qui instruit depuis 1998, les centaines de plaintes déposées contre Pinochet, l'inculpe pour les crimes commis par la"Caravane de la mort", une unité militaire qui sillonna le Chili en 1973 exécutant sommairement soixante-quinze opposants de la dictature. Le 11 décembre, la cour d'appel de Santiago suspend la procédure. La Cour suprême ordonne des examens médicaux avant tout interrogatoire. En janvier 2001, les médecins estiment que Pinochet souffre d'une forme de "démence légère". Interrogé enfin par le juge Guzman, le 23 janvier, il se défausse sur ses subordonnés affirmant qu'il "n'est pas un assassin". Il est à nouveau inculpé et assigné à résidence.

Le 8 mars, la cour d'appel confirme l'inculpation, mais ne considère plus Pinochet comme "auteur intellectuel" des crimes de la "Caravane de la mort", mais simple "complice". Le 12 mars, le juge Guzman lui octroie la liberté provisoire, après 42 jours de détention domiciliaire et le paiement d'une caution. L'ancien dictateur rentre à son domicile à Santiago après une courte hospitalisation. Le 9 juillet 2001, la justice suspend "temporairement" les actions engagées, en invoquant la dégradation de l'état de santé de l'ancien dictateur, âgé alors de 86 ans. Le 1er juillet 2002, la Cour suprême archive le procès jugeant que la "démence légère" de Pinochet l'empêcherait de se défendre.

Le juge Juan Guzman, qui a été baptisé "Jean sans peur" par la presse chilienne, revient pourtant à la charge. Le 25 septembre 2004, après avoir à nouveau interrogé Pinochet, il le juge capable de se défendre. Le juge invoque un entretien de plus d'une heure, accordé par Pinochet en novembre 2003, à une chaîne de télévision de Miami. Le vieux caudillo était apparu lucide et même blagueur. "Je me considère comme un ange, qui réfléchit et médite", déclarait-il. Il jurait "être bon" et refusait de demander pardon aux victimes de la dictature. Dans le cadre de l'opération "Condor", le juge Guzman obtient à nouveau la levée de l'immunité de l'ex-dictateur, qu'il inculpe le 13 décembre 2004. Les avocats de la partie civile et les associations de familles des victimes de la dictature saluent "une victoire historique".

Le 15 juillet 2004, le Washington Post avait révélé que la Banque Riggs a aidé Pinochet à cacher plusieurs millions de dollars pendant sa détention en Grande-Bretagne. Selon une enquête du Sénat américain, de 4 à 8 millions de dollars auraient transité entre 1994 et 2002 sur des comptes au nom de Pinochet ou à celui de son épouse Lucia Hiriart. A Santiago, le juge Sergio Munoz commence une procédure pour fraude fiscale qui englobe le patrimoine familial, estimé à 27 millions de dollars.

Le juge Guzman, qui a pris sa retraite le 2 mai 2005, est remplacé par le juge Victor Montiglio, favorable à une loi d'amnistie. Les dossiers relatifs aux violations des droits de l'homme sont classés sans suite. Le 7 juin 2005, l'ex-dictateur bénéficie d'un non-lieu dans l'inculpation pour les crimes de l'opération"Condor". Quelques heures auparavant, la même cour avait décidé à une écrasante majorité – 21 voix contre 5 – de lever l'immunité de Pinochet en tant qu'ancien président dans le cadre des affaires de corruption. L'ex-dictateur peut donc être poursuivi pour fraude fiscale et détournements de fonds à la suite de plaintes du service national des impôts et du conseil de défense de l'Etat, organisme d'enquête autonome qui défend les intérêts de l'Etat.

Ce nouveau coup de théâtre entraîne l'indignation des défenseurs des droits de l'homme, qui se demandent si pour la justice chilienne la corruption est plus grave que les crimes contre les droits de l'homme. Le 23 novembre 2005, Pinochet est assigné à résidence à Santiago et inculpé de fraude fiscale par le juge Carlos Cerda. Les examens médicaux qui sont pratiqués dans le cadre de cette affaire ont conclu que l'état de santé physique et mental de l'ex-dictateur lui permettait d'affronter un procès. Le même diagnostic est finalement retenu pour sa responsabilité dans les violations des droits de l'homme de l'opération "Colombo", l'assassinat de 119 opposants d'extrême gauche en juillet 1975.

En mai 2006, le juge Alejandro Madrid a demandé que l'immunité d'ancien président de Pinochet soit une nouvelle fois levée, pour son rôle dans l'enlèvement et l'assassinat en Uruguay, en 1993, d'un ex-agent du régime militaire, Eugenio Berrios. Pinochet était encore à l'époque chef de l'armée. Berrios, un biochimiste, agent de la Dina, avait fui en 1991 à Montevideo mais il était surveillé par des militaires chiliens qui devaient l'empêcher de témoigner dans un procès pour assassinat. Le 26 octobre, un nouveau scandale de corruption éclate : il porte sur la découverte présumée de 9 tonnes de lingots d'or que Pinochet aurait déposés à Hongkong, dans une filiale de la banque britannique HSBC. Celle-ci a nié détenir de l'or appartenant à l'ex-dictateur. "C'est une canaillerie", a lancé l'épouse de Pinochet, qui a reconnu que le couple avait voyagé à deux reprises à Hongkong.

Le 30 octobre 2006, Pinochet est placé en détention provisoire avec assignation à résidence à Santiago, après avoir été inculpé de crimes commis dans le centre clandestin de détention de la villa Grimaldi qui fonctionnait dans la capitale. L'immunité dont jouissait l'ex-dictateur en tant qu'ancien président a été levée dans cette affaire par la Cour suprême. Dix jours après il bénéficie d'une libération sous caution. Plus de 4 500 prisonniers politiques sont passés par la villa Grimaldi et 225 n'en sont jamais sortis. La présidente Michelle Bachelet et sa mère, Angela Jeria, y furent torturées en 1975. Le 27 novembre, pour la cinquième fois en cinq ans, Pinochet est assigné à résidence.

Le 25 novembre, il avait fêté ses 91 ans, saluant quelques partisans devant sa résidence. "Aujourd'hui, proche de la fin de mes jours, j'assume la responsabilité politique de mes actions. Je ne garde rancœur à personne", avait-il déclaré dans un message lu par son épouse. Plus de trente ans après le coup d'Etat, l'ancien homme fort du Chili ne jouait plus aucun rôle sur la scène politique. L'héritage de Pinochet continue toutefois de peser dans la vie du pays. Malgré une réforme de la Constitution en août 2005, le scrutin binominal qui empêche toute représentation des partis minoritaires au Parlement n'a pu être aboli, limitant l'exercice de la démocratie. Les syndicats ont été démantelés, le droit de grève est limité. Pour l'essentiel, les systèmes de santé et d'éducation sont toujours privatisés. La presse est contrôlée, directement ou indirectement, par la droite et les groupes économiques les plus conservateurs.

Le juge Guzmán, surnommé "le tombeur de Pinochet" estimait qu'un procès de l'ex-dictateur était possible au Chili mais qu'étant donnée la lenteur de la justice, les possibles appels et recours en cassation, il n'y aurait pas de sentence avant au moins dix ans. "Pinochet sera sans doute mort avant", avait anticipé le magistrat.