La présidente de la Fédération d'Étudiants de l'Université du Chili, Camila Vallejo, a prononcé un discours ce samedi 15 octobre à Paris, devant des milliers de jeunes français, dans le cadre des protestations des « indignés » qui ont eu lieu dans plusieurs villes du monde.
lundi 17 octobre 2011
vendredi 14 octobre 2011
UN RESPONSABLE DU MOUVEMENT ÉTUDIANT CHILIEN À GENÈVE
Quelle est la situation concrète des étudiants avec la loi organique sur l’éducation, dernier «cadeau» du général Pinochet aux gouvernements de la «Concertation» (centre-gauche)?
Les étudiants chiliens sont victimes d’un système pervers qui a transformé l’éducation en marché. Dans ce pays, les études coûtent plus cher qu’une maison. Il faut s’endetter auprès des banques privées pour accéder à l’enseignement supérieur, car l’éducation n’est pas un droit garanti par l’Etat. La majeure partie des étudiants sont inscrits dans des universités privées, dont beaucoup accumulent des bénéfices sur le dos des familles chiliennes.
Les universités étatiques existantes (très faibles) sont entrées dans une logique d’auto-financement, vu la faible contribution de l’Etat. Elles se retrouvent sur un marché ouvert, où elles doivent gagner des clients. Par exemple, le budget de mon université (à statut public) n’est couvert qu’à 7 % par l’Etat ; tout le reste est financé par nous. Pour cette raison, les taxes d’inscription sont très élevées, il n’y a pas de professeurs embauchés, nos infrastructures sont désastreuses. Au Chili, la taxe moyenne d’inscription est supérieure au salaire minimum.
Tout cela n’est pas un hasard. Ce modèle est un héritage direct de Pinochet. Il a été imposé par une dictature militaire féroce. Joaquin Lavin, ex-ministre de l’Education – destitué grâce à notre mouvement – et l’un des représentants de la droite la plus dure, parlait d’une « révolution silencieuse ». Dès 1975, le néolibéralisme s’est imposé. L’un des secteurs touchés a été l’éducation. Une série de « réformes » ont permis de la transformer en marchandise et de commencer à la privatisatiser. Le démantèlement de l’éducation supérieure, processus très long et complexe, a débuté en 1981. Un jour avant que le tyran Pinochet cède sa place, la Loi organique sur l’éducation (LOCE), qui légalisait toutes les privatisations de la dictature, était promulguée.
Les gouvernements de la «Concertation» n’ont pas modifié cette loi. Cette coalition arrivée au pouvoir en promettant des changements s’est contentée d’administrer le modèle mis en place par la dictature et de le protéger à tout prix. De nombreux assassinats politiques témoignent d’ailleurs du véritable visage répressif de la «Concertation».
En 2006, nous avons eu un avant-goût du processus actuel, lorsque la LOCE et les fondements de l’éducation de marché chilienne ont été remis en cause. Ce mouvement, connu comme la «révolution des pingouins», a mobilisé les étudiants du secondaire. Pour désamorcer le conflit, le gouvernement a promis de réviser la LOCE : il a pourtant promulguer la Loi générale sur l’éducation (LGE), qui maintient les bases de ce système.
Pourquoi le mouvement étudiant est-il si massif et recueille-t-il un appui social très large?
Les contradictions inévitables de ce modèle apparaissent clairement. Les gens comprennent que l’éducation est en crise. Ce thème transversal affecte tout le monde, la population chilienne a donc réagi positivement à l’appel des étudiants, cette année. Nos parents ont vu que nous luttions pour une juste cause et que notre mobilisation était nécessaire, que cette crise ne concernait pas seulement l’éducation, mais qu’elle remettait en cause tout le modèle dominant et son aspect institutionnel. Après des années où l’on nous promettait «le bonheur», les gens se sentent floués. Aujourd’hui, les anciens consensus s’effondrent, on commence à questionner les bases mêmes du pouvoir de la classe dominante.
La frustration, la tromperie et une marginalisation constante font que la grande majorité de la population nous regarde avec d’autres yeux, et qu’elle place ses espoirs de changements en nous. A cela, s’ajoute l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes. Tout cet enthousiasme explose aujourd’hui dans un Chili qui semblait dominé et réduit au silence. Cela a aussi suscité un grand soutien.
Enfin, ce processus est sans précédent. Durant les années de la «Concertation», une lente accumulation de forces et de convergences s’est produite sur le terrain social. Lentement, le peuple chilien a commencé à se lever contre ce système et il est descendu dans la rue pour lutter pour ses droits. Des luttes historiques des Mapuches, en passant par les mobilisations des travailleurs du cuivre et de la forêt, des combats pour l’environnement au mouvement étudiant, une nouvelle étape semble s’ouvrir en 2011, un nouveau moment pour le Chili…
Quelles sont les perspectives pour faire aboutir les revendications du mouvement?
Cette mobilisation étudiante a réussi à imposer des thèmes très fondamentaux. A d’autres moments, les étudiants combattaient seulement pour leur propre compte et se retrouvaient enfermés dans une lutte sectorielle, sans en voir l’aspect global. Aujourd’hui, les étudiants luttent pour l’éducation gratuite, pour la prise en charge de l’éducation des jeunes à 100 % par l’Etat. Le débat très intéressant qui s’est ouvert met en question le dogme néolibéral. Nous avons affirmé que les ressources existaient au Chili, et qu’on devrait donc les prendre là où elles se trouvent. On a relevé que les grandes multinationales volaient nos ressources naturelles et que, par conséquent, la question de la re-nationalisation du cuivre devait être posée. Notre consigne est : «Renationalisation du cuivre, pour un travail digne et pour l’éducation gratuite», et nous sommes descendus dans la rue aux côtés des travailleurs du cuivre.
Les revendications ont donc dépassé le cadre sectoriel pour passer à une remise en cause du système économique chilien. Qualitativement, c’est un saut gigantesque. Dans nos assemblées, on discute comment mener à bien ces changements et l’on arrive toujours à la conclusion que c’est une tâche de tout le peuple dans le cadre d’un processus de transformation radical de la société.
Paru dans solidaritéS, n° 195 (www.solidarites.ch)
CHILI : CAMILA VALLEJO EN EUROPE
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CAMILA VALLEJO |
A Paris, Camila Vallejo et les deux autres leaders étudiants rencontreront le philosophe Stéphane Hessel et le sociologue Edgar Morin. L'UNEF (Union des Etudiants de France) a prévu une manifestation de soutien à La Sorbonne en prévision du passage éclaire de la délégation étudiante chilienne. Une rencontre à Strasbourg avec des représentants de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la Science, la culture ainsi qu'avec l'Organisation de Coopération et du développement économique (OCDE) sont à l'agenda de Camila Vallejo.
En Suisse, il est prévu que les trois leaders étudiants chiliens participent à une conférence à l'Université de Genève. Le court séjour prévoit de se terminer par la Belgique où ils doivent rencontrer des représentants de la Commission Européenne de l'éducation. Camila Vallejo, Giorgio Jackson et Francisco Figueroa plaideront pour le soutien européen à la CONFECH (Confédération des étudiants chiliens).
Nul doute qu'ils trouveront à Paris, Genève et Bruxelles un large soutien de la part des étudiants, chiliens ou non, d'Europe déjà très sensibles au mouvement du "printemps chilien" qui dure depuis cinq mois. Camila Vallejo hésitait à se rendre en Europe au moment où se prépare au Chili, la seconde grève nationale pour soutenir l'éducation, prévue ce 18 et 19 octobre 2011. L'insistance pour sa venue sur le continent européen étant tellement forte, au dernier moment, la présidente de la FECH (Fédération des étudiants chiliens) s'est ravisée et a sauté dans l'avion ce jeudi matin. Ce même jour, les lycéens chiliens, qui n'ont pas pris part aux négociations avec le gouvernement de Pinera, étaient dans la rue pour une grande manifestation à Santiago. Depuis le début du mouvement, de nombreuses personnalités dont Calle 13 et le chanteur de Franz Ferdinand ont apporté leur soutien à Camila Vallejo. Courtisée par de très nombreux médias en Amérique du Sud, Camila Vallejo est devenue le meilleur atout pour la couverture médiatique du combat des étudiants chiliens.
mardi 11 octobre 2011
LES ÉTUDIANTS CHILIENS ESPÈRENT ENCORE FAIRE PLIER LE PRÉSIDENT SEBASTIAN PIÑERA
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LES ÉTUDIANTS ONT TOUJOURS CONDAMNÉ LES ACTES DE VIOLENCE QU'ILS ONT ATTRIBUÉS À L'INFILTRATION DE PROVOCATEURS. HÉCTOR RETAMAL |
Le dialogue entre le gouvernement et les étudiants a été rompu le 5 octobre, après seulement trois réunions. Les syndicats étudiants accusent le gouvernement de ne pas vouloir faire assez en faveur de la gratuité de l'enseignement publique, qui jusqu'ici ne bénéficie qu'à 40 % des écoliers et n'existe pas dans l'enseignement supérieur.
Le président Piñera refuse la gratuité arguant qu'il serait "injuste qu'avec leurs impôts les pauvres financent l'éducation des plus riches" qui vont à l'université. Sa cote de popularité a légèrement remonté à 30 %, soit trois points de plus qu'en septembre. Selon les mêmes enquêtes, 79 % de la population continuent pour leur part de soutenir les revendications des étudiants.
Le système d'éducation au Chili a été largement privatisé pendant la dictature militaire, et, même après que le général Augusto Pinochet a quitté le pouvoir, l'éducation privée a continué de prévaloir. Les quatre gouvernements de la Concertation de centre-gauche qui se sont succédé après le retour de la démocratie n'ont pas modifié ce modèle.
"Le Chili a aujourd'hui une énorme occasion d'améliorer le système éducatif, ce que je n'ai pas pu faire pendant mon gouvernement car je n'avais pas, à l'époque, l'appui de tous les secteurs politiques pour mettre fin au profit, assurer la gratuité et la qualité de l'éducation", a déclaré il y a quelques jours l'ancienne présidente socialiste Michelle Bachelet (2006-2009).
Il s'agissait de la première prise de position sur ce conflit de Mme Bachelet, qui avait été mise en difficulté, peu après son arrivée au pouvoir, par la révolte des "pingouins", nom donné aux lycéens portant des uniformes bleu marine et des chemises blanches.
Les étudiants, qui risquent de perdre le bénéfice de l'année scolaire qui se termine en décembre, dans l'hémisphère austral, cherchent de nouvelles formes de protestations. Ils ont organisé, les 7 et 8 octobre, un plébiscite dans tout le pays pour que les citoyens puissent se prononcer sur le principe de la gratuité de l'éducation. Des écoles, lycées et collèges et jusqu'à des centres de vote ont été installés sur des places pour accueillir des milliers de votants. Le vote pouvait également s'effectuer sur Internet, pour les Chiliens qui vivent à l'étranger.
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CHADWICK PIÑERA, COUSIN DU PRESIDENT ET PORTE PAROLE DE LA PRESIDENCE , ANCIEN COLLABORATEUR DE LA DICTATURE MILITAIRE
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Ce plébiscite, dont les résultats étaient attendus à partir du 10 octobre, n'a pas de valeur légale, mais les étudiants misaient sur une forte participation populaire pour faire pression sur le gouvernement. "Nous n'avons pas besoin d'une telle consultation. Les efforts qu'a faits le gouvernement sont plus que suffisants. Ce plébiscite est seulement du marketing politique", a rétorqué le porte-parole du gouvernement Andres Chadwick. La Constitution chilienne ne prévoit pas le recours à une telle procédure pour consulter les citoyens.
La Confédération des étudiants du Chili (Confech) et la principale centrale syndicale chilienne, la CUT, ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation, à l'échelle nationale, pour le 19 octobre.
Christine Legrand
CHILI : 10.000 MANIFESTANTS À UNE MARCHE
L'intendante (préfète) de Santiago, Cecila Pérez, a néanmoins salué le caractère pacifique de la marche, et notamment le comportement des manifestants, qui ont tenté de créer "une chaîne humaine" entre fauteurs de troubles et la police. La manifestation marquait le "Jour de la race", commémorant la date "néfaste" selon les indigènes de l'arrivée de Christophe Colomb aux Amériques en 1492. Elle était menée surtout par les organisations mapuche, principale minorité indienne, représentant 6% environ des 17 millions de Chiliens, dans le sud.
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Isolina Paillal, dirigeante d'une des principaux collectifs mapuches, Meli Wixan Mapu, a qualifié la date d'arrivée de Colomb de "début du génocide des peuples indigènes des Amériques", et a dénoncé les gouvernements chiliens successifs pour considérer les Mapuches comme "une décoration". Elle a réclamé de l'Etat l'abrogation de la Loi antiterroriste, datant de la dictature (1973-1990) et récemment amendée, et la libération "des prisonniers politiques mapuches", en référence aux militants condamnés pour une vague de violences en 2008-09, ponctuée d'occupations de terres et heurts avec la police.
UNE GRANDE VOTATION CITOYENNE AUSSI AU CHILI
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PRESQUE UN MILLION ET DE MI DE PERSONNES A PARTICIPÉ AU PLÉBISCITE POUR L’ÉDUCATION NATIONALE AU CHILI. PHOTO HÉCTOR YÁÑEZ |
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CETTE VASTE CONSULTATION CITOYENNE A ÉTÉ AUSSI SUIVIE À L’ÉTRANGER : DANS PLUSIEURS VILLES D’EUROPE, EN AMÉRIQUE ICI PLACE DE LA SORBONNE À PARIS. PHOTO LE MONDE DIPLOMATIQUE - EDICIÓN CHILENA |
En effet, la vie politique Chilienne est toujours régie par la charte fondamentale édictée sous Pinochet, texte croupion taillé à la mesure du dictateur et approuvé dans un contexte de terreur politique.
LES THEMES DU REFERENDUM
- ÊTES-VOUS POUR UNE ÉDUCATION PUBLIQUE GRATUITE ET DE QUALITÉ À TOUS LES NIVEAUX, GARANTIE PAR L'ETAT?
- ÊTES-VOUS POUR QUE LES ÉCOLES, COLLÈGES ET LYCÉES SOIENT "DÉMUNICIPALISÉS" ET DÉPENDENT À NOUVEAU DU MINISTÈRE DE L'EDUCATION?
- ÊTES-VOUS POUR QUE LE PROFIT SOIT INTERDIT À TOUS LES DEGRÉS DE L'ÉDUCATION CHILIENNE?
- ÊTES-VOUS D'ACCORD SUR LA NÉCESSITÉ D'ORGANISER DES CONSULTATIONS SUR DES QUESTIONS D’INTERET NATIONAL?
lundi 10 octobre 2011
LE PRÉSIDENT CHILIEN APPELLE LES MANIFESTANTS ÉTUDIANTS À REPRENDRE LE DIALOGUE AVEC LE GOUVERNEMENT
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LOGOTYPE DE LA CONFÉDÉRATION DES ETUDIANTS DU CHILI (CONFECH) |
Jeudi, de nouveaux affrontements ont eu lieu dans la capitale Santiago, menant à des centaines d'arrestations, et la Confech a appelé à une nouvelle grève nationale les 18 et 19 octobre prochains.
Quelque 40% des étudiants chiliens dépendent du soutien financier de leurs parents pour leurs études universitaires.
Le mouvement estudiantin qui dure depuis plus de cinq mois a obtenu la sympathie de nombreux Chiliens et a affaibli la popularité de l'administration Piñera, selon de récents sondages.
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