vendredi 22 février 2019

MOSCOU: LES ÉTATS-UNIS TRANSFÈRENT DES TROUPES ET DU MATÉRIEL VERS LE VÉNÉZUÉLA


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 LES ÉTATS-UNIS TRANSFÈRENT DES TROUPES
ET DU MATÉRIEL VERS LE VENEZUELA 

PHOTO FERNANDO VERGARA
Préparant une provocation au Venezuela, les États-Unis continuent de transférer des forces spéciales et du matériel militaire vers les frontières du pays, a indiqué la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova. 
LA PORTE-PAROLE DE LA DIPLOMATIE
RUSSE, MARIA ZAKHAROVA
PHOTO 
GRIGORI SYSOEV
Lors d’un point de presse au ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova a confirmé que les États-Unis préparaient une provocation à grande échelle au Venezuela afin d’aider l’opposition à renverser le pouvoir légitimé dans le pays.
«Washington est en train de préparer une provocation et il le fait conformément à toutes les règles de la science militaire […]. Nous constatons le transfert de forces spéciales américaines et de matériels militaires plus près du Venezuela», a-t-elle déclaré.
Mme Zakharova a noté que cette provocation, préparée sous la couverture de livraison d’une aide humanitaire américaine au pays, avait pour but de donner un prétexte aux adversaires du pouvoir vénézuélien pour renverser le Président légitime Nicolas Maduro.
« Le déroulement des événements au Venezuela est arrivé à un point critique, tout le monde le comprend. Une dangereuse provocation à grande échelle est prévue pour le 23 février: conduit par Washington, le passage de la frontière vénézuélienne par un soi-disant convoi humanitaire risque de provoquer des affrontements entre partisans et opposants du gouvernement en exercice et donne un prétexte commode pour une action militaire visant à renverser le Président légitime », a ajouté la diplomate.
Livraison d’armes pour l’opposition vénézuélienne

LA SITUATION À LA FRONTIÈRE ENTRE
LA COLOMBIE ET VENEZUELA
PHOTO FERNANDO VERGARA
Il n’est pas exclu, a poursuivi Mme Zakharova, que l’opposition vénézuélienne puisse recevoir par l’intermédiaire des États-Unis une importante quantité de matériels militaires en provenance d’un pays d’Europe orientale.
« Selon nos données, des sociétés américaines et leurs alliés de l'Otan envisagent l’achat d'un important lot d'armes et de munitions dans un pays d'Europe orientale en vue de leur transfert aux forces de l'opposition vénézuélienne. Nous parlons de mitrailleuses de gros calibre, de lance-grenades et de lance-roquettes, de systèmes de défense antiaérienne portatifs, de munitions pour armes légères et pour armes d'artillerie à diverses fins. Ceci amène à poser la question de savoir ce qui est entendu par la livraison d’une aide humanitaire», a-t-elle ajouté.
Et d’ajouter:
« Une piste ukrainienne peut être retrouvée dans cette histoire absolument laide. Selon nos informations, l'entreprise Antonov pourrait y être impliquée ».
La diplomate a noté que la livraison des armes au Venezuela devrait être effectuée début mars en plusieurs lots à travers un pays voisin avec utilisation des avions de la société de transport international.

Rappelons que l’opposition vénézuélienne avait déclaré que des livraisons d’aide humanitaire en provenance des États-Unis seraient effectuées dans le pays à partir du 23 février. En réponse, Nicolas Maduro a annoncé que l’envoi de cette aide était un «show politique» et un «attrape-nigaud», et que le gouvernement l’empêcherait. Par la suite, les autorités ont fermé la frontière maritime avec les Petites Antilles.

Ce jeudi 21 février, le Président vénézuélien a également annoncé la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil. En outre, il n’a pas exclu la fermeture de la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

La crise politique au Venezuela a éclaté quand l'opposant Juan Guaido, renvoyé le 22 janvier du poste de président de l'Assemblée nationale vénézuélienne sur décision de la Cour suprême, s'est autoproclamé le lendemain «Président en exercice du pays» et a prêté serment au cours d'une manifestation. Donald Trump l'a reconnu comme «Président par intérim».

Une quarantaine de pays, dont le Royaume-Uni et l'Allemagne, en ont fait de même. La France l'a également reconnu comme «Président en charge». Le Président Nicolas Maduro a qualifié Juan Guaido de pantin des États-Unis.

La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs autres pays ont, quant à eux, soutenu Nicolas Maduro en tant que Président légitime du Venezuela. Le Kremlin a qualifié la décision de certaines nations européennes d'«ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela».

APRÈS LE VÉNÉZUÉLA, LE NICARAGUA ? POUR JOHN BOLTON, LES JOURS DU PRÉSIDENT ORTEGA «SONT COMPTÉS»


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 PHOTO JIM YOUNG
Alors que le président du Nicaragua Daniel Ortega s’apprête à ouvrir des négociations avec l'opposition pour mettre fin à la crise, le conseiller américain à la sécurité John Bolton a affirmé que les jours du dirigeant sud-américain étaient comptés.
CAPTURE D'ÉCRAN
John Bolton nourrit une rancune tenace envers Daniel Ortega, le président du Nicaragua. Laissant entendre qu'un changement de régime désiré par Washington pourrait être imminent dans ce pays d'Amérique centrale depuis longtemps dans le viseur de l'Oncle Sam, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump a écrit sur son compte Twitter le 20 février : « Comme l’a dit lundi le président Trump, les jours d’Ortega sont comptés et le peuple nicaraguayen sera bientôt libre. »

 DANIEL ORTEGA LE PRÉSIDENT DU NICARAGUA
PHOTO 
OSWALDO RIVAS
Le président du Nicaragua Daniel Ortega a pour sa part annoncé le 21 février des «négociations» avec l'opposition pour tenter de mettre fin à la crise politique, commencée le 18 avril 2018 et qui a fait 325 morts depuis dix mois, selon l'AFP.

Le gouvernement souhaite «préparer la table des négociations» le 27 février avec des représentants désignés par l'opposition pour «ouvrir une nouvelle voie» politique pour le pays, «car il n'est plus question de revenir à la situation antérieure» aux manifestations, a déclaré Daniel Ortega. L'Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe étudiants, entreprises, organisations de la société civile et des syndicats, a immédiatement annoncé qu'elle acceptait ces pourparlers et qu'elle y enverrait une équipe de six négociateurs.


PHOTO OSWALDO RIVAS 
Au pouvoir depuis 2007, le président Daniel Ortega est en effet confronté depuis le mois d'avril 2018 à des manifestations massives. Celles-ci avaient initialement pour objet l'opposition à la réforme de la sécurité sociale que proposait le président du Nicaragua afin de réduire son déficit, suivant les recommandations du FMI. Il s'agissait d'augmenter le montant des contributions des salariés et des employeurs, et de diminuer le montant des retraites de 5%. Si la réforme a vite été abandonnée, le mouvement s'est peu à peu transformé en une campagne plus générale et violente pour le renversement du président, soutenue par Washington.

Une vieille rancune sur fond d'ingérence

Les États-Unis ont soutenu à maintes reprises le soulèvement populaire contre le gouvernement de gauche nicaraguayen. En novembre 2018, John Bolton prononçait déjà un discours appelant à «l'effritement» de ce qu'il a appelé la «troïka de la tyrannie» composée, selon lui, du Venezuela, du Nicaragua et de Cuba, affirmant que ces États représentaient un « berceau sordide du communisme dans l'hémisphère occidental ».

Ce n'est pas la première fois que John Bolton s'en prend à Daniel Ortega, qui a dirigé le Nicaragua de 1979 à 1990, avant de retrouver le pouvoir en 2007, sans toutefois parvenir à le déloger. Déjà, dans les années 1980, le président des États-Unis Ronald Reagan avait dépensé beaucoup d'énergie et d'argent pour soutenir les rebelles de droite, appelés «contras», provoquant ainsi une guerre civile qui a duré presque toute la décennie et fait des dizaines de milliers de morts. Les «contras», ou «contre-révolutionnaires», ont ainsi reçu un soutien massif de Washington, soutien fortement médiatisé par le scandale de l'affaire Iran-Contra.

John Bolton occupait plusieurs responsabilités à la Maison-Blanche sous Ronald Reagan. Il est très régulièrement accusé d'avoir joué un rôle crucial dans ce qui est devenu l'un des scandales politico-militaires les plus retentissants de l'histoire contemporaine des États-Unis. Plusieurs hauts responsables du gouvernement fédéral américain avaient encouragé un trafic d'armes vers l'Iran en autorisant le transfert aux «contras» d'une partie des sommes reçues en échange, et ce malgré l'interdiction explicite du Congrès des États-Unis de financer ces combattants armés. L'affaire est toujours obscure à ce jour.

John Bolton aurait également joué un rôle dans la tentative d'entraver l'enquête du sénateur John Kerry sur les affaires de trafic de drogue dans lesquelles étaient impliqués les «contras». Un rapport de 1989 du comité des Affaires étrangères du Sénat américain sur les activités des «contras» dans le trafic de drogue concluait en effet que «des seniors politiques des États-Unis n’étaient pas opposés à l’idée que l’argent de la drogue était une solution parfaite pour les problèmes de financement des "contras"».

Le rapport poursuivait : «Les activités des "contras" inclut des paiements aux trafiquants de drogue par le département d'État des États-Unis autorisés par le Congrès en tant qu'aide humanitaire, dans certains cas après l’inculpation de trafiquants par des agences fédérales, dans d’autres alors que les trafiquants étaient sous enquête par ces mêmes agences».
Meriem Laribi

VÉNÉZUÉLA : GUAIDO NOMME DES «REPRÉSENTANTS DIPLOMATIQUES»


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MARIA FARIA REPRÉSENTANTE DU GOUVERNEMENT FANTOCHE,
QUITTE LES LOCAUX DEL'AMBASSADE VÉNÉZUÉLIENNE
À SAN JOSÉ DE COSTA RICA
PHOTO CARLOS GONZÁLEZ
 
Le ministre des Affaires étrangères de la République bolivarienne, Jorge Arreaza, avait déclaré que des inconnus avaient pénétré sur le territoire de l'ambassade du Venezuela au Costa Rica. 
Sputnik news 
De son côté, Maria Faria, nommée représentante diplomatique du Venezuela au Costa Rica par le chef de l'opposition vénézuélienne Juan Guaidó, a annoncé sur sa page Twitter qu'elle «avait pris le contrôle de l'ambassade du Venezuela avec ses collaborateurs» à San José, capitale du Costa Rica.

Le ministère des Affaires étrangères du Costa Rica a qualifié la tentative de saisie d'une mission diplomatique d'inacceptable et de contraire au droit international.

SUR LE MÊME SUJET :

jeudi 21 février 2019

MOSCOU: LES USA PRÉPARENT UNE PROVOCATION «FLAGRANTE» À LA FRONTIÈRE VENEZUELA-COLOMBIE


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« CAMOUFLAGE HUMANITAIRE »
ILLUSTRATION TALLEROP
Sous prétexte d’une livraison d’une aide humanitaire au peuple vénézuélien, les États-Unis sont en train de préparer une provocation «flagrante» à la frontière entre le Venezuela et la Colombie, a déclaré Dmitri Polyanskiy, premier adjoint du représentant permanent de la Russie à l'Onu.
«L'AIDE HUMANITAIRE» USA 
Au cours d’une réunion ce jeudi au Conseil de sécurité de l’Onu, Dmitri Polyanskiy a rejeté les allégations lancées contre la Russie concernant la République centrafricaine. Le diplomate russe a mis en garde la partie américaine contre la propagation de fausses nouvelles et a accusé les États-Unis d’avoir préparé une provocation à la frontière entre le Venezuela et la Colombie.
«Se trouvant apparemment dans un état de frénésie, nos collègues américains, qui préparent actuellement une provocation flagrante et incontestable à la frontière colombo-vénézuélienne, prévue pour le 23 février, se sont emportés et ont décidé de se lancer dans des insinuations et de diffuser de fausses nouvelles au sein du Conseil de sécurité [de l’Onu, ndlr]», a-t-il déclaré.
Rappelons que l’opposition vénézuélienne avait déclaré que des livraisons d’aide humanitaire en provenance des États-Unis seraient effectuées dans le pays à partir du 23 février. En réponse, Nicolas Maduro a annoncé que l’envoi de cette aide était un «show politique» et un «attrape-nigaud», et que le gouvernement l’empêcherait. Par la suite, les autorités ont fermé la frontière maritime avec les Petites Antilles.

Ce jeudi 21 février, le Président vénézuélien a également annoncé la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil. En outre, il n’a pas exclu la fermeture de la frontière entre le Venezuela et la Colombie.

La crise politique au Venezuela a éclaté quand l'opposant Juan Guaido, renvoyé le 22 janvier du poste de président de l'Assemblée nationale vénézuélienne sur décision de la Cour suprême, s'est autoproclamé le lendemain «Président en exercice du pays» et a prêté serment au cours d'une manifestation. Donald Trump l'a reconnu comme «Président par intérim».

Une quarantaine de pays, dont le Royaume-Uni et l'Allemagne, en ont fait de même. La France l'a également reconnu comme «Président en charge». Le Président Nicolas Maduro a qualifié Juan Guaido de pantin des États-Unis.

La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs autres pays ont, quant à eux, soutenu Nicolas Maduro en tant que Président légitime du Venezuela. Le Kremlin a qualifié la décision de certaines nations européennes d'«ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela».



 «VENEZUELA. L'AIDE HUMANITAIRE,
CHEVAL DE TROIE DES ÉTATS-UNIS»
ILLUSTRATION TALLEROP

VÉNÉZUÉLA : MADURO FUSTIGE LA «PROVOCATION» DES PRÉSIDENTS CHILIEN ET COLOMBIEN


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 «SHOW POLITIQUE» , «L'AIDE HUMANITAIRE» AMÉRICAINE 
POUR ISOLER LE VENEZUELA
ILLUSTRATION TALLEROP
Le président vénézuélien Nicolas Maduro a accusé mardi ses homologues chilien Sebastian Piñera et colombien Ivan Duque d'appeler à « prendre d'assaut » la frontière de son pays samedi, date à laquelle l'opposition a annoncé son intention de faire entrer de l'aide humanitaire.
«SHOW POLITIQUE» , 
«L'AIDE HUMANITAIRE» 
 ILLUSTRATION Lo Cole
«Les présidents à la botte des yankees comme ceux de Colombie et du Chili, qui encouragent la provocation et la violence contre le Venezuela, sont en train d'appeler à prendre d'assaut la frontière du Venezuela samedi prochain », a dénoncé M. Maduro à la télévison d'État.

"Les années passeront et on les oubliera, on ne les jugera plus que comme une mauvaise histoire arrivant dans un mauvais moment », a-t-il ajouté.

«À LA RESCOUSSE DU VÉNÉZUÉLA»
« SIMON COUILLON  »
MM. Piñera et Duque, très critiques à l'égard de M. Maduro et dont les gouvernements ont été parmi les premiers à reconnaître M. Guaido comme président, ont annoncé leur intention de se rendre vendredi dans la ville colombienne de Cucuta, frontalière avec le Venezuela, en soutien à l'opération qui doit faire entrer de l'aide dans le pays.

DESSIN
 ANTONIO RODRIGUEZ GARCIA
À l'appel de Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, quelque 700.000 bénévoles se sont portés volontaires pour aller chercher samedi les dizaines de tonnes d'aide humanitaire qui, envoyée par les États-Unis et le Brésil, attend aux frontières du pays.

Mais l'armée vénézuélienne, fidèle à M. Maduro, a bloqué le pont frontalier avec la Colombie à Cucuta et fermé les frontières maritimes avec avec les îles néerlandaises d'Aruba, Bonaire et Curaçao.
 «VENEZUELA. L'AIDE HUMANITAIRE,
CHEVAL DE TROIE DES ÉTATS-UNIS»
ILLUSTRATION TALLEROP

VÉNÉZUÉLA : L'ASCENSION D'UN TRAÎTRE PLUS QUE PARFAIT


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ILLUSTRATION01 SÉBASTIEN THIBAULT
Ce tour de force n’a été possible qu’après des mois de tractations, de diplomatie souterraine et de voyages secrets. 
DESSIN ANTONIO RODRIGUEZ GARCIA
6Temps de Lecture 11 min.
La main droite est ouverte et levée, l’autre posée sur un exemplaire de la Constitution. Il est peu avant 14 heures et le jeune député de l’opposition Juan Guaido fait face à plusieurs dizaines de milliers de manifestants rassemblés sur l’avenue Francisco de Miranda, cœur de Caracas. « Aujourd’hui 23 janvier 2019, lance-t-il, en tant que président de l’Assemblée nationale, invoquant les articles de la Constitution bolivarienne, devant Dieu tout-puissant et devant mes collègues de l’Assemblée, je jure d’assumer formellement les pouvoirs de l’exécutif national en tant que président en charge du Venezuela. » Tonnerres d’applaudissements.

À peine une dizaine de minutes plus tard, alors que les opposants au régime de Nicolas Maduro battent encore le pavé, Donald Trump annonce dans un communiqué et un Tweet qu’il reconnaît le président par intérim. La déclaration du président américain fait l’effet d’une bombe. Non seulement elle prend de court les dirigeants chavistes, et surprend par son côté abrupt et risqué en termes diplomatiques, mais elle renvoie à une action coordonnée inédite.

Il est 15 heures et Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des Etats américains, basée à Washington, félicite l’impétrant. Encore un quart d’heure et c’est au tour du Canada de reconnaître Juan Guaido. Arrive le Brésil, cinq minutes plus tard. Puis la Colombie et le Pérou. Encore deux heures, et c’est le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui dit « espérer que toute l’Europe va être unie en soutien des forces démocratiques au Venezuela ».

Une partition complexe

  « L'ESSENCE DE L'IMPÉRIALISME »
DESSIN ETTER CARVALLO
Jamais un opposant au régime chaviste n’avait suscité un tel élan d’unanimité. En moins d’une après-midi, Juan Guaido, encore inconnu quelques jours plus tôt de la majorité des Vénézuéliens et de la communauté internationale, est devenu le visage d’une opposition qui s’était surtout distinguée, depuis des années, par ses divisions malgré les faiblesses du régime. Pour la première fois, glisse un diplomate occidental à Caracas, elle fait preuve d’une capacité à s’unir, et de manière significative.

Cette bascule spectaculaire n’a été possible qu’après des mois de tractations en coulisses, de diplomatie secrète, de messages cryptés. Avec le recours aussi à de nombreux intermédiaires auprès de figures historiques de l’opposition comme Leopoldo Lopez, assigné à résidence depuis sa sortie de prison en 2017, ou d’autres partis en exil.

Pour comprendre ce tour de force, il faut remonter les fils, reprendre les étapes. Il a pour point de départ Caracas, mais pas seulement. Il y a aussi Washington, avec un Donald Trump et une administration obnubilés par le Venezuela, comme ils peuvent l’être par l’Iran ou la Corée du Nord. Madrid aussi, où vit une grande partie de la diaspora antichaviste. Le Brésil encore, et la Colombie. Autant de lieux et d’acteurs multiples engagés dans une partition complexe.

Aux États-Unis, dès la campagne présidentielle de 2016, le candidat Trump avait assuré que l’élection de son opposante démocrate, Hillary Clinton, transformerait le pays en « Venezuela à grande échelle ». En meeting en Floride – qui compte une importante communauté d’expatriés vénézuéliens, élément électoral à prendre en compte –, ce candidat peu versé dans la défense des droits de l’homme assure être « aux côtés du peuple opprimé » du Venezuela, « qui aspire à la liberté ».

Selon Fernando Cutz, chargé du Venezuela depuis janvier 2017 au sein du Conseil de sécurité national, le président Trump s’y intéresse « dès les premiers jours » de son arrivée à la Maison Blanche. Le contexte l’explique : un « alignement des planètes », comme l’a rappelé l’expert lors d’une récente conférence à Washington, avec l’arrivée au pouvoir de nouveaux gouvernements de droite en Argentine, en Colombie puis au Brésil, et la dégradation de la situation humanitaire au Venezuela.

LE SÉNATEUR DU PARTI RÉPUBLICAIN DE FLORIDE, 
MARCO RUBIO ARBORANT UNE CASQUETTE DE SOUTIEN
À JUAN GUAIDO, À LA FRONTIÈRE VÉNÉZUÉLIENNE 
AVEC LA COLOMBIE, LE 17 FÉVRIER 2019
PHOTO LUIS ROBAYO
De fait, dès son deuxième jour à la Maison Blanche,
 Donald Trump exige un briefing. Il demande si une intervention militaire américaine peut être envisagée. Les conseillers, inquiets, répondent qu’une invasion serait un désastre. Un mois plus tard, il reçoit dans le bureau Ovale Lilian Tintori, l’épouse de l’opposant Leopoldo Lopez, en compagnie du vice-président Mike Pence et de Marco Rubio, sénateur républicain de Floride.

Fait notable, le président évoque le Venezuela avec tous les dirigeants d’Amérique du Sud qui lui rendent visite au début de son mandat : le Péruvien Pedro Pablo Kuczynski en février 2017, l’Argentin Mauricio Macri en avril, le Colombien Juan Manuel Santos en mai. Ce même mois, l’administration adopte les premières sanctions contre des figures du régime de Nicolas Maduro. D’autres suivront à l’été. La pression s’installe, une stratégie s’ébauche.

« Troïka de la tyrannie »

En plein mois d’août 2017, dans son golf du New Jersey, Donald Trump prend de court ses conseillers en déclarant : « Nous avons beaucoup d’options pour le Venezuela. Et, au fait, je ne vais pas exclure une option militaire. » L’entourage du président temporise, mais sa détermination ne fait plus l’ombre d’un doute, d’autant qu’un groupe d’États américains exaspérés par le statu quo vient de se constituer à Lima. En marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le 16 septembre, Donald Trump ajoute : « Les États-Unis ont pris d’importantes mesures pour tenir le régime responsable de ses actes. Nous sommes prêts à prendre d’autres mesures si le gouvernement du Venezuela persiste sur la voie d’imposer un régime autoritaire au peuple vénézuélien. »

En novembre 2017, puis tout au long de 2018, l’administration multiplie les sanctions. Autour du président américain, plusieurs architectes de cette nouvelle approche sont des défenseurs historiques d’une diplomatie musclée. Une des figures clés, déjà présente dans l’équipe de transition entre l’élection et l’investiture de M. Trump, s’appelle Mauricio Claver-Carone, avocat et fils d’émigré cubain. Il a été l’un des plus fermes détracteurs de la politique latino-américaine de Barack Obama. Nommé coordinateur et assistant spécial à la Maison Blanche, il rejoint une équipe de partisans d’une ligne dure, soutenu par le sénateur Marco Rubio.

Autre « faucon », le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, annonce le 1er novembre 2018, à Miami, que les États-Unis appliqueront une tolérance zéro en Amérique latine, qualifiant Cuba, le Nicaragua et le Venezuela de « troïka de la tyrannie». Il affirme que les États-Unis vont appliquer de nouvelles sanctions visant le secteur aurifère vénézuélien et les entités détenues ou contrôlées par les militaires et services secrets cubains.

Le 12 décembre, Marco Rubio et le sénateur démocrate Bob Menendez (New Jersey) enjoignent à M. Trump de contester la légitimité de Nicolas Maduro et de reconnaître l’Assemblée nationale, tenue par l’opposition, comme la seule instance démocratique et représentative du pays, tandis que l’Assemblée constituante, élue dans des conditions controversées en juillet 2017, s’est arrogé l’essentiel des pouvoirs du Parlement.

Selon plusieurs sources, à peine quelques jours plus tard, mi-décembre, Juan Guaido, qui n’est pas encore le président de l’Assemblée nationale, traverse discrètement la frontière colombienne en contournant le poste douanier, avant de s’envoler vers Washington pour une visite secrète. Il y rencontre Luis Almagro et Marco Rubio, comme l’a confirmé le bureau du sénateur. Son séjour a été préparé par deux exilés, Carlos Vecchio et David Smolansky. Juan Guaido ne rencontre pas Bob Menendez. Toutefois, la position de l’administration est largement partagée par le camp démocrate, qui reste néanmoins hostile à la moindre intervention militaire.

Autour du Jour de l’an, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, se réunit avec plusieurs alliés clés et évoque le cas vénézuélien. Le 2 janvier, il s’entretient avec ses homologues brésilien et colombien. Avec le président Ivan Duque, il ira jusqu’à évoquer un plan d’action et une collaboration « régionale et internationale ».

À ce stade, les réseaux se densifient. L’activisme des opposants vénézuéliens en exil permet de pousser les pions auprès des différentes chancelleries. Un semblant d’unité se dégage. La pression de Washington fait le reste.

« Travail intense et collectif »

Antonio Ledezma, ancien maire de Caracas et figure de la diaspora, a lui aussi joué un rôle prédominant. Dès son arrivée en Espagne, fin 2017, il s’entretient avec le président du gouvernement espagnol d’alors, Mariano Rajoy. Quelques jours plus tard, il part pour Washington, où il voit des fonctionnaires de la Maison Blanche, du département d’Etat et du Congrès. Puis à Strasbourg, où il se réunit avec le président du Parlement européen, Antonio Tajani, et avec des responsables de tous les partis espagnols.

En janvier 2018, une réunion en Amérique du Sud lui donne l’occasion de dialoguer avec Mauricio Macri, Pedro Pablo Kuczynski et le Chilien Sebastian Piñera. De retour en Europe, M. Ledezma s’entretient en avril avec Emmanuel Macron, à l’Elysée. « Il nous a donné son soutien et son engagement à nous aider à résoudre la crise », affirme l’opposant.

À Madrid, sur une idée de Mariano Rajoy, l’ancien maire de Caracas décide d’aider à l’établissement d’un canal de communication entre l’UE et les quatorze pays des Amériques et des Caraïbes du « groupe de Lima ». Il évoque le sujet lors d’une nouvelle tournée au Pérou, où, le 14 avril, au siège de l’ambassade des États-Unis, il s’entretient avec le vice-président Mike Pence. Il se rend ensuite au Brésil, au Chili, au Costa Rica, au Panama, aux États-Unis puis au Mexique pour un premier contact avec l’entourage du nouveau président, Andrés Manuel Lopez Obrador. Celui-ci se démarquera de l’initiative.

« Le travail a été intense et collectif », insiste M. Ledezma. A ses côtés, on retrouve Carlos Vecchio, mais aussi Lester Toledo, le député du parti Voluntad Popular, celui de M. Guaido, la représentante de l’opposition vénézuélienne en Suisse, Maria-Alejandra Aristiguieta, l’ancien président du Parlement Julio Borges et le consultant Carlos Blanco. Au Venezuela, cette équipe est en contact avec l’ancienne députée de droite Maria Corina Machado et avec Leopoldo Lopez.

L’histoire s’accélère

« La proclamation de Guaido s’est décidée en moins de vingt jours, précise Antonio Ledezma. Il y avait bien un plan qu’il allait être président de l’Assemblée, mais il n’y avait pas d’accord sur le fait qu’il assume une présidence temporaire. Certains, comme [l’ancien candidat à la présidentielle] Henrique Capriles, étaient contre. Maria Corina Machado et moi étions convaincus que Guaido devait franchir le pas en se basant sur la Constitution. Nous avons obtenu les soutiens de Leopoldo Lopez et de Julio Borges. »

Le 5 janvier, Juan Guaido est donc désigné, par un système de rotation, président de l’Assemblée nationale. Le 11, au lendemain de la prestation de serment de Nicolas Maduro pour un second mandat présidentiel de six ans, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, John Bolton, publie un communiqué dans lequel il indique : « Nous appuyons en particulier la décision courageuse du président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, d’invoquer les dispositions prévues par la Constitution du Venezuela et de déclarer que Maduro ne détient pas légitimement la présidence du pays. »

L’histoire s’accélère. Après une brève tentative d’arrestation par des agents du service bolivarien de renseignement, le 13, Juan Guaido reçoit un appel de Mike Pence. Selon le compte rendu publié par la Maison Blanche, le vice-président exprime « le ferme soutien des États-Unis à l’Assemblée en tant que seul organe démocratique légitime du pays » et « encourage M. Guaido à construire l’unité des groupes politiques ».

Le jour même, Juan Guaido reçoit un coup de fil chaleureux du député Eduardo Bolsonaro, fils du président brésilien, Jair Bolsonaro, et émissaire informel de son père. Le parlementaire a offert un « soutien plein et entier à notre action pour restaurer notre démocratie », confie alors le Vénézuélien au quotidien O Globo.

« Grand marché diplomatique »

L’activisme d’Eduardo Bolsonaro n’est pas nouveau. En novembre 2018, soit quelques jours à peine après l’élection de son père, il avait rencontré Marco Rubio lors d’un déplacement de trois jours aux Etats-Unis. Casquette floquée « Trump 2020 » sur la tête, Eduardo Bolsonaro s’est d’abord entretenu avec deux hauts fonctionnaires de la Maison Blanche en marge d’une conférence à l’American Enterprise Institute, un cercle de réflexion conservateur où était également présent Mike Pence. Puis, avec Luis Almagro, il parle de « scénarios politiques aux Amériques ». Le lendemain, il rencontre le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, le sénateur du Texas Ted Cruz, ainsi que l’ancien conseiller stratégique du président et idéologue ultranationaliste Steve Bannon.

Dans la foulée, une rencontre avec Marco Rubio. Elle est brève, mais sans doute décisive. Le sénateur de Floride y aurait évoqué l’idée d’un « grand marché diplomatique » : en échange d’une aide pour, notamment, faire entrer le Brésil dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Brasilia s’engagerait dans la résolution de la crise au Venezuela.
LE PRÉSIDENT BRÉSILIEN JAIR BOLSONARO POSANT AUX CÔTÉS DE 
MIGUEL ANGEL MARTIN, LE PRÉSIDENT DE LA COUR SUPRÊME 
VÉNÉZUÉLIENNE EN EXIL, LE 17 JANVIER 2019 À BRASILIA. 
PHOTO ALAN SANTOS / SERVICE DE PRESSE DE LA PRESIDENCE BRESILIENE / AFP
Les comptes rendus et Tweet des uns et des autres ne disent rien d’un tel accord. Quoi qu’il en soit, le 17 janvier, le président brésilien Jair Bolsonaro s’affiche aux côtés de Miguel Angel Martin, le président de la Cour suprême vénézuélienne en exil, affirmant que son gouvernement fera « tout son possible pour rétablir l’ordre, la démocratie et la liberté au Venezuela ». Sur la photo figure aussi Ernesto Araujo, le ministre brésilien des affaires étrangères qui, dans une note, s’empresse de décrire le Venezuela de Nicolas Maduro comme une «mécanique de crime organisé fondée sur la corruption généralisée, le narcotrafic et le terrorisme ».

Cette même journée, Ernesto Araujo s’entretient à Brasilia avec Antonio Ledezma, Julio Borges et Carlos Vecchio. Des représentants de la diplomatie américaine et du groupe de Lima sont présents, ainsi que l’omniprésent Eduardo Bolsonaro. « Là, nous sommes tombés d’accord sur le fait qu’il fallait consolider les soutiens internationaux pour reconnaître Guaido s’il franchissait le pas », précise M. Ledezma. Peu après, le Brésil se dit prêt à reconnaître Juan Guaido comme président, si l’Assemblée nationale en décidait ainsi.

Cargaison humanitaire estampillée « US aid »

Le 22 janvier, une délégation d’élus de Floride se rend à la Maison Blanche pour demander à Donald Trump de faire de même. Mike Pence s’entretient encore avec Guaido au téléphone, le soir même. Il veut s’assurer que le jeune député invoque bien la Constitution pour justifier son action.

« L'AIDE HUMANITAIRE » 
DESSIN ETTER CARVALLO
La suite est connue. Nicolas Maduro a dénoncé un putsch et Juan Guaido annoncé l’arrivée pour le 23 février d’une aide humanitaire internationale. La Maison Blanche a été la première à envoyer une cargaison, estampillée « US aid », à Cucuta, à la frontière colombienne. Cette semaine encore, lors d’un discours à Miami, devant des étudiants en grande majorité vénézuéliens et d’origine cubaine, Donald Trump a rappelé qu’il était toujours à la recherche d’une transition pacifique entre les deux leaders, mais que « toutes les options » restaient « ouvertes ».

mercredi 20 février 2019

VÉNÉZUÉLA LA TRANSE DE DONALD TRUMP SUR LE SENTIER DE LA GUERRE


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« JE SUIS LE PRÉSIDENT DU VÉNÉZUÉLA »
«JE NE SUIS PAS UNE MARIONNETTE»
Devant les Vénézuéliens de Miami, le président des États-Unis a confirmé qu’il était prêt à actionner une « option » militaire pour « dégager » Maduro et éradiquer par la même occasion le socialisme de la région.par 
PHOTO ANDREW HARNIK
Donald Trump s’est lancé dans une danse effrénée à la manière des Indiens d’Amérique célébrant un prochain recours à la force. Il s’est fait plus martial que jamais lundi à Miami devant une foule enthousiaste de « bons » immigrés. Pas de ces exilés, on l’aura compris, qui assaillent aujourd’hui la frontière Sud des États-Unis, mais de personnes dont les parents ou-eux-mêmes ont fui le Venezuela chaviste ou Cuba communiste pour trouver refuge en Floride. À cinq jours de l’ultimatum fixé à samedi prochain pour obtenir le scalp du président Maduro en même temps que l’ouverture des frontières aux cargaisons d’aide humanitaire venues des États-Unis, il a prévenu les militaires vénézuéliens qui restent très majoritairement fidèles à l’héritier d’Hugo Chavez. « Au cas où vous continueriez de soutenir Maduro, a-t-il lancé, vous n’aurez aucun endroit où vous réfugier, pas de sortie possible. Vous perdrez tout. »

Devant un public conquis, le locataire de la Maison-Blanche a qualifié le président vénézuélien de « marionnette cubaine ». Bannissant le régime socialiste, il s’est saisi, comme d’une opportunité à ne pas manquer, des immenses difficultés rencontrées par la plus grande partie d’une population vénézuélienne inquiète et divisée, convaincue de la nécessité de changements mais pas du sabordage des acquis de la révolution bolivarienne, pour estimer que « les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba ».

« UNE ÉLECTION SANS ÉLECTION »
  
Guaido semble tout attendre des initiatives de Trump
Compte tenu des pénuries de médicaments et de denrées alimentaires subies, l’aide humanitaire est devenue une arme clé de l’oncle Sam pour s’immiscer ouvertement dans les affaires intérieures vénézuéliennes. Si l’armée la laissait entrer, cela démontrerait que Maduro et le régime bolivarien ont perdu le contrôle. Cela affaiblirait leur légitimité au profit du président auto-proclamé et chef de l’opposition de droite, Juan Guaido. En même temps, le besoin d’une véritable aide se fait lancinant.

Cet enjeu n’a pas échappé aux puissances internationales hostiles aux menées impérialistes des États-Unis. La Russie, opposée comme la Chine ou la Turquie aux ingérences états-uniennes, devrait ainsi envoyer, « ce mercredi, quelque 300 tonnes d’aide humanitaire au Venezuela », s’est félicité le président Maduro.

À Miami Donald Trump a laissé entendre qu’il préférerait « une transition pacifique ». Mais, comme on le fait dans un souffle pour récupérer avant d’entonner l’élément de langage le plus important signalant sa montée en transe sur le sentier de la guerre : « Toutes les options sont sur la table », a-t-il martelé, en allusion directe à un potentiel recours à la force.

Ce forcing de Trump constitue une arme à double tranchant pour Guaido. Lui qui semble se détourner totalement d’un éventuel dialogue politique intérieur pour surmonter la crise et tout attendre ostensiblement des initiatives du bouillant locataire de la Maison-Blanche, révèle crûment le nom de la politique qu’il porte. Quand il va jusqu’à accueillir favorablement l’éventualité d’une intervention militaire des États-Unis, il apparaît en fait comme une poupée dans les mains de Washington, rejoignant une tradition bien établie de dirigeants conservateurs latino-américains dans la seconde moitié du siècle dernier.

Cuba dénonce « des mouvements de forces d’opérations spéciales des États-Unis vers les aéroports de Porto Rico, de la République dominicaine et d’autres îles des Caraïbes sans que leurs gouvernements n’en aient été informés ». Tous ces bruits de bottes génèrent une tension extrême qui alarme certaines ONG états-uniennes. Adam Isacson qui dirige un groupe de défense des droits humains basé à Washington s’inquiète : « Avec ce type de discours de traîneur de sabre, vous créez , dit-il, cité par le New York Times, toutes les conditions pour une potentielle déflagration. »

Pour sa part, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a réuni lundi l’ensemble des ambassadeurs en poste sur l’île pour les appeler à empêcher l’irréparable. Il leur a demandé « au nom du gouvernement de Cuba », « d’agir en défense de la paix et pour éviter, grâce à l’effort conjoint de la communauté internationale, une agression militaire des États-Unis contre le Venezuela.»