mardi 10 octobre 2017

UN SÉISME DE MAGNITUDE 6,3 SECOUE LE NORD DU CHILI

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M 6.3 - 36 KM SUD-SUD OUEST DE PUTRE, CHILI
Un séisme de magnitude 6,3 a frappé le nord du Chili mardi matin, a annoncé l'institut géologique américain (USGS). 
SÉISME DE MAGNITUDE 6,3 À 
 36 KM SUD-SUD OUEST DE PUTRE, CHILI
La secousse a été enregistrée à 70 km à l'est de 
la ville côtière d'Arica, proche de la frontière péruvienne, à une profondeur de 82 km, a précisé l'USGS, sans faire état de victime ou de dégâts dans un premier temps.

L'un des pays les plus touchés par les tremblements de terre


 CHILI: SÉISME DE MAGNITUDE 6,3 DANS LE NORD DU PAYS
Le Chili est un des pays les plus touchés par les tremblements de terre. Il a ainsi enregistré ces sept dernières années trois séismes d'une magnitude supérieure à huit.

Les côtes du Chili longent des lignes de faille qui entourent le bassin du Pacifique et qui sont à l'origine de fréquents séismes et éruptions volcaniques.

lundi 9 octobre 2017

CHILI: DES MILLIERS DE MANIFESTANTS EN DÉFENSE DES INDIENS MAPUCHE


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CHILI: DES MILLIERS DE MANIFESTANTS
EN DÉFENSE DES INDIENS MAPUCHE  
PHOTO AGENCIA UNO

Le rassemblement, organisé chaque mois d'octobre en rejet de l'arrivée des Espagnols en Amérique latine, a pris une tournure plus revendicative cette année, pour exiger la fin de l'application d'une dure loi antiterroriste contre les indiens Mapuche accusés d'actes de vandalisme.


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Quatre d'entre eux, emprisonnés depuis l'an dernier, ont récemment observé une grève de la faim pendant plus de 100 jours pour réclamer d'être jugés selon la législation ordinaire.

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« Nous ne voulons plus d'armes sur notre territoire Mapuche, nous ne voulons plus de la loi antiterroriste », ont réclamé lundi les manifestants, parmi lesquels des Mapuche en tenue traditionnelle, qui ont défilé au rythme des tambours.

Quelques incidents ont éclaté quand des manifestants cagoulés ont lancé des pierres contre la police, qui a répliqué avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

La présidente chilienne Michelle Bachelet a accédé la semaine dernière à la requête des quatre grévistes de la faim, en raison de la détérioration de leur état de santé. L'ONU a également critiqué la dureté de cette législation appliquée aux Mapuche.

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Au total, une dizaine d'indiens Mapuche sont encore détenus pour différents actes de vandalisme, contre les camions, des temples religieux ou encore des propriétés privées du sud du Chili, où sont concentrés les Mapuche.

Les Mapuche sont la principale minorité indienne du Chili. Leur frange militante réclame des terres « ancestrales » saisies par l'Etat à la fin du 19e siècle, propriétés désormais d'entreprises forestières.

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PHOTO AGENCIA UNO
La communauté, qui a résisté à trois siècles de colonisation espagnole, compte 700.000 personnes (sur les 17 millions d'habitants du Chili) au niveau de vie très pauvre par rapport au reste de la population.

En juin, la présidente Bachelet avait demandé pardon pour les « erreurs et horreurs » commises contre cette ethnie, promettant d'étudier le registre des terres et eaux indigènes pour aborder la question de la restitution de territoires Mapuche.

vendredi 6 octobre 2017

MONDIAL 2018 : L'ARGENTINE AU BORD DU GOUFFRE, LE CHILI RESPIRE

Cinq équipes se tiennent en deux points, entre le Chili (3e, 26 unités) et le Paraguay (7e, 24 unités) qui garde un mince espoir de qualification grâce à son succès de jeudi (2-1) face à la Colombie (4e, 26). L'Argentine ne pointe qu'en sixième position, avec le même nombre de points que les Péruviens (5e, 25), qui occupent pour le moment une place de barragiste et rêvent à une première participation au Mondial depuis 1982. Même s'il admet que la position de l'Argentine «n'est pas très confortable», le sélectionneur Jorge Sampaoli se veut «très confiant dans le fait que nous allons être au Mondial».

La feuille de match d'Argentine - Pérou

Pour le match crucial de jeudi face au Pérou, la Fédération argentine avait misé sur l'ambiance bouillante du mythique stade de la Bombonera. Sauf que si Messi a bien touché le poteau au retour des vestiaires l'Albiceleste a livré une nouvelle fois une copie bien pâle. «On ne peut pas en demander plus à Leo Messi. Il a eu des opportunités, les a créées, a eu des balles de but. On a eu un Messi très intense, celui dont l'Argentine a besoin», a considéré Sampaoli. Ironie du sort, la dernière fois que l'Albiceleste a raté un Mondial (celui de 1970, au Mexique), elle avait été condamnée par un match nul (2-2) face au Pérou, dans ce même stade de la Bombonera.

L'Uruguay manque le coche

Double tenant du titre de la Copa América, le Chili a souffert jusqu'au bout mais est parvenu à remporter une victoire précieuse qui l'a remis sur les rails. L'attaquant Eduardo Vargas qui a ouvert le score à la 22e minute, avant l'égalisation de l'Equatorien Romario Ibarra à la 82e. Trois minutes plus tard, la star d'Arsenal Alexis Sanchez a redonné le sourire aux Chiliens (2-1). À Barranquilla, la Colombie tenait sa qualification pendant une dizaine de minutes, après un but de l'attaquant vedette de Monaco Radamel Falcao (79e), mais s'est totalement écroulée en fin de match. Oscar "Tacuara" Cardozo a égalisé (88e) et Antonio Sanabria a remis le Paraguay dans la course au Mondial en marquant dans le temps additionnel (2-1, 90e+2). L'Uruguay (2e, 28) a également raté une belle occasion de valider son billet pour la Russie en faisant match nul (0-0) à face à la lanterne rouge, le Venezuela, mais ne devrait pas avoir trop de mal pour se qualifier. Mardi, il lui suffira d'un point à domicile face à la Bolivie, déjà hors course, qui a tenu en respect le Brésil (0-0), handicapé par l'altitude de La Paz (3.600 m).

mercredi 4 octobre 2017

CUBA : LES DIPLOMATES ONT MAL AUX OREILLES


  CUBA : LES DIPLOMATES ONT MAL AUX OREILLES

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Migraines, nausées, troubles auditifs, les diplomates américains et canadiens à Cuba souffrent-ils d’“attaques acoustiques” ? Depuis neuf mois ils ressentent des symptômes inquiétants, dont personne ne comprend l’origine. Le ministre cubain des Affaires étrangères est à Washington pour tenter de résoudre le mystère avec son homologue américain.  Euronews · Dernière MAJ: 27/09/2017

mardi 3 octobre 2017

LES ÉTATS-UNIS ORDONNENT LE DÉPART DE 15 DIPLOMATES CUBAINS


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PHOTO ALEJANDRO ERNESTO

Selon un haut fonctionnaire de cette entité fédérale, cette mesure est liée aux incidents de santé rapportés par des membres du service extérieur des États-Unis à La Havane, mais il a souligné que ce geste ne signifie pas un changement de politique à l’égard de la Grande Île de la Caraïbe ni une attribution de responsabilités pour ces faits.

« Nous continuons d’entretenir des relations diplomatiques », a ajouté la source, selon laquelle ce pas répond au fait que, pour les États-Unis, Cuba n’a pas adopté toutes les mesures visant à assurer la protection de leur personnel dans l’Île.

Il a ajouté qu’un tel geste cherche à équilibrer la capacité de fonctionnement de sièges diplomatiques dans les capitales respectives, après la décision des États-Unis, le vendredi dernier, de retirer plus de la moitié de son personnel diplomatique à La Havane.

Les mesures de la semaine dernière et de ce mardi ont été adoptées bien que le Département d’État ait reconnu que les enquêteurs n’ont pas pu d’identifier ni les auteurs ni les causes de ce que Washington qualifie d’ « attaques », sans preuves concluantes à ce sujet. Le fonctionnaire de l’entité fédérale, qui a précisé que 22 diplomates étasuniens ont présenté des problèmes de santé à Cuba, a reconnu ne connaître ni les origines ni les motivations de ces incidents.  

Selon la source officielle, le gouvernement cubain l’a informé qu’il poursuivra l’enquête sur cette affaire « et nous continuerons de coopérer avec eux dans cet effort ».

« Nous poursuivrons aussi notre propre enquête », a ajouté le représentant du Département d’État, qui a affirmé que de telles décisions ne signifient aucunement une présomption de culpabilité.

À la suite de l’annonce de vendredi dernier, la directrice générale chargée des États-Unis au ministère cubain des Relations extérieures, Josefina Vidal, a qualifié de précipitée cette décision, affirmant qu’elle affectera les relations bilatérales, notamment la conclusion d’accords sur des questions d’intérêt mutuel.

Elle a souligné que le gouvernement cubain n'a aucune responsabilité dans les faits qui sont rapportés et qu'il s'acquitte avec sérieux et rigueur de ses obligations envers la convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961 en ce qui concerne la protection de l'intégrité des fonctionnaires diplomatiques étrangers accrédités à Cuba sans exception et leur proches.

Lors d’un entretien avec son homologue étasunien, le Secrétaire d’État Rex Tillerson, le 26 septembre à Washington, Bruno Rodriguez lui avait signalé qu’il serait déplorable de politiser une affaire de cette nature, et que des décisions hâtives soient prises sans preuves et sans résultat d’enquête concluants.

À la suite des décisions de Washington sur cette question, plusieurs voix se sont élevées pour qualifier les pas franchis par le Département d’État d’excessifs, et ont mis en garde contre le danger qu’ils représentent pour le processus de normalisation des relations bilatérales.

Sénateurs et congressistes, groupes d’entreprises et de transport, anciens diplomates et analystes jugent maladroite la posture de l’administration de Donald Trump, qui le 16 juin dernier avait annoncé la suppression de plusieurs des avancées enregistrées par les deux pays.

Plusieurs sources ont averti que ces décisions ne profitent qu’à des figures comme le sénateur cubano-américain Marco Rubio, adversaire farouche d’un rapprochement entre les deux pays, qui, le vendredi, a qualifié de « faibles et inacceptables » les actions du gouvernement et a appelé à expulser les diplomates cubains de Washington. (PL)

LA MORT VIOLENTE D’UNE HAÏTIENNE MOBILISE LES DÉPUTÉS AU CHILI


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« VELATÓN » (BOUGIETHON) POUR JOANE FLORVIL 
« Nous devons avoir une forme d’explication, parce que cette citoyenne a été arrêtée », explique Ramón Farías de la commission chargée de l’enquête à la Chambre des Députés. « On doit aussi savoir ce qui est arrivé à l’enfant. (…) Il y a une nébuleuse autour de cette affaire qui n’est pas claire. »

« On ne pensait pas que cela aurait une fin aussi tragique », réplique Eduardo Cardoza, secrétaire exécutif du mouvement des Migrants en Action. « Elle était une jeune femme qui avait un futur. Il s’agit d’un impératif moral des autorités de nous donner une explication. »

Branislav Marelic, directeur de l’Institut pour les Droits Humains annonce qu’il va « accompagner la famille de la victime… On va faire tout ce qui est en notre pouvoir  pour que l’enfant retourne vers son père. »

L’organisation Action et Mère met trois avocats à disposition de la famille victime alors que jeudi prochain, le frère de Joane Florvil doit rentrer au Chili pour entreprendre les démarches pour l’enterrement de sa sœur.

dimanche 1 octobre 2017

LE SOCIALISME DE L’UPPERCUT

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REYNERIO TAMAYO. — « BOXING BALL », 2013
On ne compte plus les titres amassés par Cuba sur le plan sportif depuis les années 1960. L’île détient notamment le record de médailles olympiques par rapport au nombre d’habitants, et la qualité de ses athlètes fait office de référence dans le monde entier. Cette réussite n’a rien de miraculeux. Elle s’appuie sur une politique publique, mise en place au lendemain de la révolution, visant à favoriser le sport de masse et à consolider le statut d’amateur. Ailleurs, on miserait tout, au contraire, sur la professionnalisation…
Les États-Unis craignaient-ils de croiser la route de Cuba devant leur public, dans une discipline sportive — le base-ball — dont ils revendiquent la paternité et encline à exciter leur fibre patriotique ? Le 14 décembre 2005, le gouvernement américain fait savoir qu’il s’oppose à la participation de l’équipe nationale cubaine à la Classique mondiale de la discipline. Raison invoquée ? L’embargo auquel Washington soumet l’île depuis 1962. Organisée en mars de l’année suivante et réunissant seize nations, la compétition doit se tenir principalement aux États-Unis, ainsi qu’à Porto Rico (territoire américain) et au Japon (1). Devant le concert de protestations suscitées par l’affaire, Washington fait finalement marche arrière, en espérant sans doute une débâcle de la sélection caribéenne dans la compétition. Las, à l’issue de la finale disputée à San Diego, en Californie, les Cubains terminent vice-champions du monde... Les États-Unis, de leur côté, sont éliminés du tournoi dès le deuxième tour, relégués à la dernière place de leur groupe. Une « déconvenue de poids », comme le souligne la presse américaine (2). Qui l’aurait été davantage, et même vécue comme un affront, si les « Blues » chers à M. George W. Bush, alors président, avaient été défaits sur leur pelouse par les « Rojos » (« rouges »), soutenus par Fidel Castro.

Moisson de médailles

Abonnés aux podiums, les Cubains collectionnent à l’époque les trophées dans le domaine du base-ball : dix-huit couronnes mondiales depuis 1961 et trois médailles d’or aux Jeux olympiques (JO), contre deux titres de champions du monde pour les Américains et une seule récompense suprême aux JO. Les « Rojos » restent en outre sur une victoire lors de leur dernière confrontation à ce niveau avec les États-Unis (3), en finale de l’édition 2001 de la Coupe du monde (l’autre compétition planétaire de base-ball, disparue en 2011), qu’ils ont aussi remportée en septembre 2005  (4). D’où une certaine réticence des Yankees à l’idée de se mesurer à l’équipe de l’« ennemi socialiste », contre lequel l’administration américaine multiplie vexations et menaces.

Ironie de l’histoire, c’est le grand voisin du Nord lui-même qui a introduit le base-ball à Cuba dans les années 1860, peu de temps après la codification moderne de ce jeu aux États-Unis. On raconte que les Cubains l’ont appris de marchands américains commerçant avec l’île, alors colonie du royaume d’Espagne et dont Washington appuyait le combat pour l’indépendance. Les Caribéens l’auraient très vite adopté pour faire de l’ombre à la tauromachie, promue par les autorités coloniales. L’histoire du béisbol tropical (appelé aussi pelota par les insulaires), devenu sport national dès le début du XXe siècle, se confond par la suite avec celle des relations mouvementées entre Cuba et les États-Unis.
REYNERIO TAMAYO. — « KEY WEST AND
CUBAN BASEBALL PLAYERS », 2013
Après le départ des Espagnols, en 1898, les Américains occupent militairement l’île pendant plusieurs années. Ils lèveront leur tutelle sur le pays en 1934, tout en y usant d’influence jusqu’au renversement de la dictature de Fulgencio Batista par les guérilleros castristes, le 1er janvier 1959. L’allié d’hier se mue progressivement en ennemi, que le peuple cubain entendra battre à son propre jeu sur le terrain vert, d’égal à égal. La moisson de médailles en matière de base-ball aura lieu essentiellement au cours des décennies consécutives à la révolution. Six des dix-huit titres mondiaux récoltés par Cuba après 1959 seront même obtenus aux dépens de l’adversaire américain en finale. Des performances d’autant plus remarquables qu’on estime à plusieurs centaines le nombre de défections de joueurs de l’île vers les États-Unis — dont certains parmi les meilleurs du pays — depuis soixante ans.

Cette série de succès cubains n’est pas cantonnée au béisbol. Elle concerne également d’autres disciplines, comme la boxe et l’athlétisme (dont la figure la plus connue demeure Javier Sotomayor, détenteur du record mondial de saut en hauteur), sans compter le judo, le volley-ball, la natation ou la gymnastique. Autant de sports dans lesquels les insulaires ont glané de nombreuses récompenses à l’échelle internationale. Proportionnellement à sa population, Cuba est le pays qui compte le plus de distinctions olympiques par habitant (220 médailles au total, bien que les Cubains aient boycotté les JO de Los Angeles, en 1984, et ceux de Séoul, quatre ans plus tard) (5). Comment cette petite nation de onze millions d’individus a-t-elle pu se hisser aux sommets de la hiérarchie mondiale ? L’explication se trouve dans les réformes radicales menées dans le domaine sportif au lendemain de la révolution, parallèlement à la politique de nationalisation des secteurs de la santé, de l’éducation, de la culture, etc.

Soucieux de faire du sport un vecteur de promotion sociale, mais aussi un moyen de cimenter la population autour d’une pratique commune ainsi qu’un outil de rayonnement du socialisme à la cubaine, les dirigeants du pays fondent, le 23 février 1961, l’Institut national des sports, de l’éducation physique et des loisirs (Inder) (6). « Le sport est un droit du peuple », lance Fidel Castro dans une formule restée célèbre, et relève d’« un intérêt primordial pour la nation ». Réservées avant 1959 à une élite, souvent blanche et issue des classes aisées, l’éducation physique et les disciplines sportives s’ouvrent désormais à toutes les catégories de la population, dont les pauvres, les Noirs, les femmes et les handicapés. Pilier du « sport révolutionnaire », l’Inder va ainsi permettre de mener à bien le plan national en direction du plus grand nombre et agira dans le même temps comme une pépinière de champions. Aux yeux du gouvernement, le sport de masse favorise l’éclosion d’athlètes qui sauront porter haut et fort les couleurs du drapeau cubain dans les arènes mondiales (7).

Une autre mesure-phare voit le jour l’année suivante. Le 24 mars 1962, un décret abolit le professionnalisme sportif, que Castro considère comme un terreau de l’individualisme, contraire au type de société égalitaire qu’il entend construire. « Le sport professionnel en enrichit quelques-uns aux dépens de beaucoup », explique-t-il lors de la signature de la loi (complétée, en mars 1967, par la suppression des droits d’entrée pour assister aux compétitions). Les sportifs se voient appliquer un statut d’amateurs, auxquels l’État garantit un emploi en dehors des périodes d’entraînement et de concours. L’interdiction du professionnalisme provoque une avalanche de départs dans le milieu du base-ball, mais aussi de la boxe — autre sport roi à Cuba. Attirés par les espèces sonnantes et trébuchantes (au nom de convictions idéologiques, certains rejoignent aussi les rangs anticastristes), beaucoup de joueurs de pelota et de boxeurs, accompagnés de leurs entraîneurs et de managers, s’exilent à l’étranger. Les pugilistes José Nápoles (alias « Mantequilla ») et Florentino Fernández (« The Ox »), par exemple, ou les vedettes du base-ball Liván et Orlando Hernández, deviendront riches et célèbres en Amérique du Nord (8).
« Je ne veux pas être professionnel et me faire beaucoup d’argent. Mon diplôme d’éducateur me suffit. Les boxeurs professionnels sont exploités »
Pour autant, cette « fuite des muscles », comparable à celle des cerveaux que connaît l’île après la révolution, n’affecte pas significativement le sport cubain. Fort d’un vivier de talents encouragés par une politique d’envergure, le pays voit l’émergence de figures nationales qui domineront la scène sportive planétaire pendant de longues années, mettant à l’honneur le modèle de l’amateurisme. Les boxeurs cubains, en particulier, ont contribué à le promouvoir. Ainsi de Teófilo Stevenson, trois fois détenteur de la couronne mondiale entre 1974 et 1986, et médaillé d’or olympique en 1972, 1976 et 1980. Considéré comme l’un des plus grands boxeurs de l’histoire du noble art, il fut également un ardent défenseur du sport amateur — « Les sportifs occidentaux [dans le monde capitaliste] sont des marchandises », estimait Stevenson (9). À la fin des années 1970, approché par les Américains pour passer professionnel aux États-Unis, le natif de Puerto Padre refuse en bloc les contrats juteux qu’on lui propose en vue de défier des caciques de la boxe, dont le légendaire Muhammad Ali.

Ascension d’un prodige

STEVENSON POSE POUR UN PORTRAIT EN 2006.
PHOTO ANDREJ PALACKO
Après sa carrière, Teófilo Stevenson se voit confier des responsabilités au sein de la fédération cubaine de boxe. Il concourt notamment à l’ascension d’un autre prodige de la discipline, Félix Savón, six fois champion du monde, entre 1986 et 1999, et décoré d’or trois fois aux JO (1992, 1996, 2000). En 1996, Savón rejette les 10 millions de dollars que lui faisait miroiter Don King, le manitou de la boxe aux États-Unis, pour affronter Mike Tyson, à l’époque roi du ring professionnel. « Que représentent 10 millions de dollars comparés aux onze millions de Cubains qui me soutiennent ? », répond-il à King. Attaché à son statut amateur, le pugiliste caribéen, dont on dit qu’il égalait, voire surpassait, Tyson, ajoutera : « Je ne veux pas être professionnel et me faire beaucoup d’argent. (…) Mon diplôme d’éducateur physique me suffit. (…) Les boxeurs professionnels sont exploités. » Devenu entraîneur en 2001, après avoir pris sa retraite sportive, Savón s’occupe aujourd’hui des jeunes pousses cubaines qui seront peut-être les futures gloires de l’île. Une île à laquelle les boxeurs du cru ont offert une centaine de titres mondiaux et plus de soixante-dix récompenses olympiques depuis 1972, dont une quarantaine en or. Un record inégalé à ce jour.

Olivier Pironet

(1) « US bars Cuban team from Classic », BBC Sport, 15 décembre 2005.
(2) Cf. « Japan beats Cuba, while USA falls in round two », dans Will Lingo (sous la dir. de), Baseball America 2007 Almanac : A Comprehensive Review of the 2006 Season, Baseball America Inc., Durham (États-Unis), 2007.
(3) Les Cubains ont également battu les Américains lors de l’ultime match des Jeux panaméricains en 1999 et en 2003.
(4) La tendance s’est depuis inversée, les États-Unis ayant remporté les Coupes du monde 2007 et 2009 — face à Cuba —, et la dernière Classique mondiale, en mars 2017.
(5) Cf. https://www.olympic.org/cuba
(6) Sur l’Inder, voir Beñat Çuburu-Ithorotz, « Sport et société dans la Cuba révolutionnaire », Caravelle, vol. 89, n° 1 Toulouse, 2007.
(7) « Le sport est une des activités qui expriment le mieux la révolution », déclarera également Fidel Castro en 1974, dans un discours dressant un bilan d’étape des évolutions sportives à Cuba.
(8) Voir Françoise Escarpit, « Cuba : “Le sport, un droit pour tous” », Outre-Terre, n° 8, Serignac, janvier 2004.
(9) Cité dans Geralyn Pye, « The Ideology of Cuban Sport » (PDF), Journal of Sport History, vol. 13, n° 2, University of Illinois Press, Champaign (États-Unis), été 1986.