vendredi 16 mars 2018

ASSASSINAT DE MARIELLE FRANCO, CONSEILLÈRE MUNICIPALE DE RIO DE JANEIRO



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 MARIELLE FRANCO
PHOTO MÁRCIA FOLETTO
Tuée mercredi en plein cœur de Rio de Janeiro, la conseillère municipale Marielle Franco était une militante de la cause noire, mais aussi féministe et LGBT. À Rio, elle est en passe d'incarner la lutte contre la violence qui gangrène la ville.

MANIFESTATION EN HOMMAGE À
MARIELLE FRANCO, À RIO,
LE 15 MARS 2018.
  
D’ordinaire, la gauche carioca défile bruyamment. Mais jeudi 15 mars, dans l’assourdissement des hélicoptères de la police militaire et des télés nationales, l’immense avenue Rio Branco, dans le centre de Rio de Janeiro, est bien silencieuse.




Dans la foule de ces milliers de jeunes, étudiants, familles engagées et citoyens plus âgés, les gorges sont nouées au lendemain de l'assassinat d'une conseillère municipale noire de Rio de Janeiro. Adressés au président, les « Dehors Temer » habituellement scandés, se font plus discrets entre deux pleurs. Alors, devant les visages tristes et les yeux gonflés de larmes, on brandit des pancartes.

« Nous sommes tous Marielle »

« Nous sommes tous Marielle », « ils ne nous feront pas taire », écrits à la va-vite sur des bouts de tissus. À 38 ans, la conseillère municipale au fort caractère et au sourire rayonnant s’est éteinte, mercredi 14 mars, avec son chauffeur, sous les tirs de neuf balles, non loin du lieu de la manifestation.

Marielle Franco, militante des causes noire et féministe du Parti socialisme et liberté (PSOL), se trouvait dans une voiture et revenait d’un rassemblement pour la promotion des femmes noires. C’était un de ses grands combats, avec la dénonciation des violences policières et militaires.


Un ultime hommage lui a été rendu par son compagnon de combats politiques Marcelo Freixo, candidat malheureux aux élections municipales de Rio, qui a porté avec des proches son cercueil jusque devant l’Assemblée municipale. Jeunes, noirs, LGBT… ses amis sont là, sous le choc. Elle qui symbolisait l’amour et l’union, est  morte de la pire façon » pour son amie Wescla Vasconcelos, conseillère PSOL transexuelle.

Une enfant des favelas devenue militante LGBT et féministe

En moins de 24 heures, Marielle est devenue une martyre de cette violence qui gangrène Rio. Née au Complexo da Maré, la plus grande favela de la ville, cette mère célibataire métisse, devenue militante LGBT puis conseillère municipale, en avait pourtant l’habitude. En 2017, 6 731 personnes sont mortes violemment à Rio, 1 124 tuées par la police. En majorité jeunes et noires. Des statistiques records que Marielle dénonçait sans relâche.

Elle venait de rejoindre la commission de contrôle des actions de l’armée brésilienne récemment déployée dans les favelas de Rio,une décision polémique du président Michel Temer, qui rappelle à certains l’arrivée de la dictature militaire au pouvoir en 1964. Marielle dénonçait justement un glissement dictatorial. Dans la rue ce soir-là, ses soutiens affirment que ce sont ses positions anti-interventionnistes qui l’ont précipitée vers la mort.

Devant l’Opéra de Rio, à la lumière d’un réverbère, Nayane Fernandes, 27 ans, prie à chaudes larmes, serrant les mains de ses amies. Elle ne la connaissait pas personnellement. « Mais j’ai quand même beaucoup de douleur, c’est comme un cauchemar dont on ne se sort pas. » Selon elle, Marielle a été visée, ciblée: « Elle touchait énormément de gens avec son combat. Elle savait que la police militaire tuait des jeunes sans justification dans les favelas, elle avait des preuves, c’est pour cela qu’elle a été tuée. » Dans la foule, on murmure le mot « attentat », "règlement de comptes », évoquant des airs de mise à mort.

« On tue nos enfants tous les jours en silence, et lorsqu’une femme noire cherche à nous défendre, voilà ce qu’on lui fait subir », nous interpelle une vieille dame arborant la une du journal O Dia immortalisant le sourire de Marielle.

Le poing levé, un groupe de jeunes femmes noires nous interpellent : "Vous savez, le pire, c’est que nos voisins dans la favela ont tellement peur de la violence qu’ils en appellent au retour de la dictature militaire ! Voilà ! On fait tellement peur au Noir qu’il veut se punir lui-même ». Le retour de l’ordre, de l’armée… un vocabulaire ritournelle de l’extrême droite brésilienne et du candidat montant Jair Bolsonaro, souvent pointé du doigt pour ses déclarations homophobes, sexistes et racistes.

Rendre hommage à un Noir

La puissance des réseaux sociaux brésiliens fait trembler la Toile : des centaines d’articles reprennent la nouvelle, les photos des manifestations, Rio en tête. Des photos montrent enfin les Cariocas, d’ordinaire si peu nombreux à manifester contre la corruption politique, capables de s’arrêter un instant et de s’unir sur cette place de Cinelandia pour rendre hommage à l’une des leurs. Quelques heures, bien tristement, c’est comme si la ville avait retrouvé la fierté de sa mixité, de ses racines africaines. PSOL, PT, anarchistes, Parti communiste, tous les partis, même du centre, ont unis leurs forces sur le Web pour rendre hommage à Marielle.
« Ce mercredi a eu lieu ce qui semble être le premier assassinat politique de ce nouveau régime », écrit sur Facebook un sympathisant français vivant à Rio.
Un « régime » qui a immédiatement cherché à se défendre, Michel Temer dénonçant un "attentat à la démocratie et à l'État de droit". Le gouverneur de Rio a quant à lui ordonné l’ouverture d’une enquête, qui sera suivie de très près par l’ONG Amnesty International. Mais dans la foule, peu d’espoir de résultat. Dans les regards de ces jeunes militants, l’ombre de Marielle pèsera sur la campagne de l'élection présidentielle, qui aura lieu en octobre prochain.


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LA POLICE CIVILE SUIT L'EXPERTISE
DANS LE VÉHICULE DE MARIELLE FRANCO 

CUBA SANS CASTRO



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MIGUEL DÍAZ-CANEL BERMÚDEZ
PHOTO PHILIPPE HUGUEN
Le 19 avril prochain, les guérilleros qui ont participé à la révolution quitteront définitivement le gouvernement et la gestion du pays passera aux mains d’hommes politiques qui n’appartiennent pas à la famille Castro. Une révolution dans la révolution ? Probablement pas. D’après le professeur et chercheur cubain Esteban Morales, la stratégie de M. Raúl Castro (86 ans) — qui quitte son poste de chef de l’État, mais demeure à la tête du Parti communiste cubain (PCC) — « lui permettra de garder une position de surplomb pour contrôler la transition ». La Constitution cubaine ne définit-elle pas le PCC comme la « force directrice suprême de la société et de l’État, qui organise et oriente les efforts communs vers les nobles fins de la construction du socialisme » ?

MIGUEL DÍAZ-CANEL BERMÚDEZ, À DROITE,
PENDANT UNE SESSION DE L'ASSEMBLÉE
NATIONALE CUBAINE À LA HAVANE 2013.
PHOTO FRANKLIN REYES 
Le renouveau devrait néanmoins s’avérer suffisant pour permettre au futur gouvernement d’intensifier le processus de réforme économique lancé par M. Castro à son arrivée au pouvoir, d’abord par intérim en 2006, puis à la suite de l’élection de 2008. « Une fois que Raúl Castro se retirera du gouvernement, les autres dirigeants historiques devront suivre son exemple », commente l’analyste et diplomate cubain Carlos Alzugaray. Le départ de la vieille garde du Conseil d’État et du conseil des ministres changera la donne : fort de son prestige politique et de son rôle de premier secrétaire du PCC, M. Castro veillera à ce que le nouveau président « subisse le moins d’interférences possible », estime Azugaray.



Au cours des dernières années, le processus de réforme a en effet stagné : les réformes étaient entravées par des dirigeants qui craignaient de voir toute altération du modèle socialiste « à la soviétique » conduire mécaniquement au capitalisme (1). Ces « conservateurs » occupant des postes importants au gouvernement et au sein du PCC, ils ont pu entretenir d’incessants débats qui ont ralenti ou amoindri les changements souhaités par M. Castro. Un exemple : après des décennies d’interdiction, l’importation de voitures a été autorisée. Mais, au prétexte d’éviter un emballement marchand, les opposants aux réformes ont imposé les prix les plus élevés au monde : un quart de million d’euros pour une Peugeot 2008 SUV (plus de dix fois plus qu’en France). Alors que M. Castro a œuvré à légaliser l’activité privée, certains dirigeants estiment que l’État doit contrôler jusqu’aux ressorts les plus infimes de l’économie. Selon eux, même les vendeurs de rue devraient donc être des fonctionnaires comme les autres. Dans cette perspective, la légalisation du travail à compte propre leur apparaît comme une dérive et la légalisation des petites et moyennes entreprises (PME) — annoncée, mais toujours pas mise en œuvre — comme une trahison du socialisme.

Lors du dernier congrès du PCC, M. Castro a déploré qu’en cinq ans le gouvernement n’ait réalisé que 20 % des réformes planifiées, bien que ces dernières aient été débattues et approuvées par des millions de Cubains. « Le nouveau gouvernement doit être capable de rompre avec l’immobilisme qui a prévalu au cours des dernières années, estime Pavel Vidal, docteur en sciences économiques. L’ouverture aux investissements étrangers directs ne peut pas suffire à promouvoir la croissance et le développement économique. Il faut démanteler toutes les structures productives qui ont démontré leur inefficacité pendant des décennies. »

M. Castro a toujours su que son gouvernement sonnerait le glas de la vieille garde. La majorité des jeunes dirigeants promus par Fidel Castro l’ayant été pour récompenser leur alignement politique, il faudra recruter les acteurs de la transition loin de La Havane et de l’influence du commandant en chef. Bref, parmi des gens habitués à gouverner dans leur coin et à résoudre les problèmes sans le soutien du gouvernement central. Les acteurs de la « relève » frisent néanmoins les 60 ans. Tous les regards se tournent en particulier vers M. Miguel Díaz-Canel, « dont le parcours correspond à la vision du parti d’ascension progressive à travers l’appareil du PCC, selon le politiste Arturo López-Levy. Il ne semble pas rationnel que Raúl Castro aille dénicher un nouveau dirigeant à ce stade. » De même, Alzugaray estime que M. Díaz-Canel « représente le candidat le plus probable, mais aussi le plus commode. Je ne crois pas que la plupart des autres dirigeants actuels aient une grande expérience du pouvoir ».

Ingénieur en électricité, M. Díaz-Canel est tombé dans la marmite politique dès l’adolescence, avant de parcourir tous les échelons, de l’Union des jeunes communistes jusqu’à la direction du PCC dans la province de Villa Clara en 1994, pendant la pire crise économique, connue sous le nom de « période spéciale » (2). L’éloignement du pouvoir central et l’impossibilité de recevoir l’aide de La Havane l’ont conduit à développer un style propre qui a marqué son mandat. Son image faisait beaucoup jaser à l’époque : il se déplaçait à vélo, portait les cheveux longs et le short, comme les jeunes de son âge. Cela pourrait sembler sans importance, mais, dans un pays où tous les dirigeants portent l’uniforme ou la guayabera, la chemise traditionnelle de la Caraïbe élevée au rang de vêtement formel à Cuba, la décontraction de sa tenue annonçait une vision un brin différente. Des années plus tard, il devient le premier homme politique à utiliser un ordinateur lors d’une réunion du Conseil des ministres, au cours de laquelle tout le monde écrit dans des carnets, à l’instar de Fidel Castro.

Sa gestion de Villa Clara a pris le contrepied de certaines politiques officielles. Il y a permis le développement d’un mouvement rock important, alors que, ailleurs, ce type de musique était associé à l’empire américain. Il a autorisé les festivals de tatouage, dans un pays où les tatoueurs continuent d’exercer dans l’illégalité. Pendant son mandat, la province est devenue une oasis de diversité, symbolisée par El Mejunje, le premier centre culturel régenté par la communauté LGBTI (lesbienne, gay, bisexuelle, trans ou intersexe) et point de ralliement des jeunes rockeurs, des anciens qui viennent écouter des boléros et des comédiens travestis. Ce lieu, où les personnes séropositives bénéficient de la gratuité, abrite également une discothèque gay et propose une programmation jeunesse le dimanche.

En 2003, M. Díaz-Canel est envoyé dans la province de Holguín avec la délicate mission de remettre de l’ordre dans le PCC et le gouvernement local, rongés par la corruption et l’inefficacité. À mi-mandat, il doit de surcroît répondre aux dévastations provoquées par le passage d’un violent ouragan qui détruit une grande partie des ressources de la région. Son bilan convainc : la même année, il accède au bureau politique du PCC, l’instance de pouvoir la plus élevée sur l’île.

Nommé ministre de l’éducation supérieure devant un drapeau révolutionnaire, M. Díaz Canel occupe en 2009 son premier poste au gouvernement à l’échelle nationale. Sa mission ? Désengorger les universités pour les mettre en phase avec les nécessités (et les possibilités) de l’économie. Sous Fidel Castro, 1,2 million d’étudiants ont obtenu un diplôme universitaire, sans néanmoins tous trouver un emploi correspondant à leurs qualifications. Le niveau des techniciens moyens a alors dégringolé, et beaucoup de métiers ont presque disparu : ici, on trouve plus facilement un physicien nucléaire ou un mathématicien-cybernéticien qu’un bon plombier.

Finalement, le 24 février 2013, M. Raúl Castro propose M. Díaz Canel au poste de premier vice-président, assurant que « ce n’est pas un arriviste choisi au hasard. Sa trajectoire a commencé il y a trente ans, en bas de l’échelle ». Il vient alors remplacer M. José Ramón Machado Ventura, le membre le plus actif de la vieille garde. Cette nomination le place en position de favori pour l’élection présidentielle du 19 avril 2018.

Mais le nouveau gouvernement devra nécessairement travailler en équipe. « Ni le charisme ni le passé héroïque ne se transmettent, souligne López-Levy. Le système politique devra revoir ses attentes à la baisse et changer une culture habituée à célébrer des dirigeants héroïques ou charismatiques, pour mettre en place une situation où l’on distribuera la gestion et les mérites de manière plus collective. » En somme, plus de figure unique qui se démarque des autres, mais des « pairs » qui se partagent le pouvoir.

La prochaine équipe devrait d’ailleurs réunir certains noms familiers : ceux d’hommes politiques qui détiennent le même portefeuille depuis des années, comme les ministres de la culture, du tourisme, des relations extérieures, de l’économie et de la santé publique. Ce dernier secteur compte beaucoup à Cuba du fait de ses réussites : une espérance de vie de plus de 79 ans et une mortalité infantile de 4 pour mille, c’est-à-dire proche de la moyenne européenne. Mais la santé représente aussi un enjeu économique vital pour les cinquante mille professionnels du secteur qui travaillent dans 63 pays et rapportent 80 % du revenu national.

Le colonel Alejandro Castro Espín, fils de M. Raúl Castro et chef opérationnel de la commission de défense et de sécurité nationale, jouera un rôle crucial dans la stabilité du nouveau gouvernement. « La police est le secteur le plus dur ; les forces armées restent la garantie suprême contre toute attaque visant Cuba », précise Morales. Le colonel Castro Espín, âgé de 50 ans, fait partie du ministère de l’intérieur. Spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage, il a participé à la guerre d’Angola. La confiance que le président voue à son fils unique lui a valu de faire partie de la délégation qui a négocié l’ouverture avec Washington sous le deuxième mandat de M. Barack Obama.

Pendant quelques années — juste assez pour consolider son pouvoir s’il l’emploie à bon escient —, le nouveau gouvernement bénéficiera du soutien de la génération « historique », qui occupe le bureau politique et le comité central du PCC. Les membres de la vieille garde, même les plus hostiles aux réformes, seront sans doute tentés de passer outre leurs divergences pour donner la priorité à l’« unité » interne afin de protéger ce que la révolution a accompli, dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la culture, du sport et de la souveraineté nationale — une gageure pour une petite île située au large d’une grande puissance mondiale.

Les principaux défis du nouveau gouvernement seront d’ordre économique : « Dans l’immédiat, il devra gérer une crise économique et financière dont on ne voit pas le bout et qui menace de s’aggraver en raison de l’affaiblissement irréversible des liens commerciaux avec le Venezuela, explique Pavel Vidal. Il faudra approfondir le processus de réformes en surmontant les forces internes hostiles au changement. » López-Levy croit aussi que l’aspect économique sera essentiel, car « la nouvelle gouvernance dépendra plus d’une légitimité de gestion, mesurée par des paramètres comme la stabilité sociale, la sécurité publique, la croissance économique et le bien-être de la population ».

Le ministre de l’extérieur cubain, M. Bruno Rodríguez Parrilla, rappelle que les anciens guérilleros de la Sierra Maestra resteront actifs depuis le Parti communiste : « Les “historiques” seront de notre côté. » Pour le chancelier, « le principal, c’est de maintenir l’unité et la continuité autour des caractéristiques particulières de notre programme et de notre socialisme ».

Les élections

Lors de la première étape des élections, « les habitants nomment eux-mêmes les candidats qui les représenteront au niveau municipal », nous explique M. Leonel del Pozo, porte-parole de la municipalité du Diez de Octubre à La Havane. Cette nomination se fait à main levée, chacun expliquant les raisons de la proposition qu’il formule. Quelques jours plus tard, lors d’un scrutin populaire, on élit les délégués municipaux parmi ces candidats.

Les commissions de candidature, composées de représentants des organisations populaires comme les Comités de défense de la révolution, la Fédération des femmes ou celle de la jeunesse, élaborent des listes pour des délégués provinciaux et les députés nationaux. La moitié des candidats de ces listes devront être des délégués élus dans les quartiers, tandis que l’autre moitié sont des personnages publics : sportifs, scientifiques, artistes, etc. Une fois ces listes établies, les Cubains retournent aux urnes pour ratifier ou rejeter les candidats nommés pour leur région. À chaque scrutin, il arrive dans certaines régions que les électeurs votent une deuxième fois lorsqu’un candidat n’a pas obtenu la majorité des voix.

Les six cents députés ainsi élus entrent au Parlement et choisissent — à bulletin secret — le nouveau président du Conseil d’État, c’est-à-dire le chef du pouvoir exécutif. Le PCC ne présente directement pas de candidat, mais son influence s’exerce néanmoins, de sorte que 90 % des députés en sont membres, tandis que, lors des nominations populaires de quartier, les militants communistes obtiennent environ 57 % des postes, comme dans la municipalité du Diez de Octubre.

Les représentants municipaux et provinciaux, ainsi que les députés, ne sont pas des politiciens de profession : ils ne perçoivent pas de salaire pour accomplir leur mission.

Fernando Ravsberg
Journaliste, La Havane (Cuba).
(1) Lire Renaud Lambert, « Cuba veut le marché… sans le capitalisme », Le Monde diplomatique, octobre 2017.
(2) Lire « Cuba, ouragan sur le siècle », Manière de voir, n° 155, octobre-novembre 2017.


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jeudi 15 mars 2018

SEBASTIÁN PIÑERA BÉNÉFICIE D'UN CONTEXTE ÉCONOMIQUE PARTICULIÈREMENT FAVORABLE


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LA CROISSANCE DU CHILI POURRAIT ATTEINDRE LES 3,5 %
EN 2018, APRÈS PLUSIEURS ANNÉES SOUS LES 2 %. 
Le président Piñera n'aurait pas pu rêver mieux. Le cours du cuivre est à la hausse et les prévisions de croissance pour 2018 frôlent les 3,5 %. « La situation lui est très favorable, estime Óscar Landerretche Gacitúa, ancien ministre de l'Energie et économiste de l'Université du Chili. Il démarre son mandat dans des conditions bien plus favorables que celles avec lesquelles Michelle Bachelet avait entamé le sien en 2014. » L'ex-présidente socialiste a connu  quatre ans de croissance morose , autour des 2 %, alors que le pays s'était habitué à des taux de 5 % à 6 % au début des années 2010, sous le premier mandat de Sebastián Piñera.
« Mais le mérite n'en revient pas à son gouvernement. Le Chili est très, voire trop dépendant du cours du cuivre et de sa volatilité sur le marché international », explique Óscar Landerretche Gacitúa. Le métal, qui représente 50 % des exportations chiliennes, a vu ses prix remonter ces derniers mois,  tirant toute la filière minière du pays vers le haut.

Autre point positif, le commerce extérieur de la cinquième économie d'Amérique Latine devraient rester au beau fixe. Preuve en est la signature, la semaine dernière à Santiago, d' un nouveau traité commercial transpacifique (TPP) qui inclut dix autres pays - à l'exception notable des Etats-Unis. L'occasion pour le Chili, qui réalise déjà plus de 40 % de ses échanges commerciaux avec l'Asie, de renforcer encore ses liens avec la région.

Créations d'emplois

Pour autant, l'économiste Leonardo Letelier indique que « Sebastián Piñera a devant lui d'importants défis, et en premier lieu la relance des créations d'emplois, l'une de ses grandes promesses de campagne ». Un objectif qui conduira, selon lui, le gouvernement de droite à proposer « une réforme du marché du travail, pour aller vers davantage de flexibilité ».

La question de la réduction du déficit public, très sensible ici, sera également au coeur du second mandat du président. Le déficit public du Chili, qui s'est creusé ces dernières années, représentait 2,8 % du PIB en 2017. Un taux que le nouveau gouvernement chilien aura bien du mal à résorber s'il tient ses promesses d'investissement dans le secteur de l'éducation et dans le futur administrateur public de fonds de pensions que Sebastián Piñera compte mettre en place pour réformer le système des retraites. Son ministre du Budget, Felipe Larraín, a annoncé dès son entrée en fonction, ce lundi, qu'il proposerait une réforme fiscale dans les mois à venir.

Envoyée spéciale à Santiago du Chili 

mercredi 14 mars 2018

PORTRAIT. GINA HASPEL, UNE FEMME ACCUSÉE DE TORTURE POUR DIRIGER LA CIA


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GINA HASPEL EN 2017.
L’actuelle numéro 2 de la CIA pourrait devenir la première femme à diriger la célèbre agence de renseignement… si son passé trouble dans les prisons secrètes américaines et les accusations de torture ne viennent pas contrecarrer sa nomination.
DESSIN MARIAN KAMENSKY
Dans un tweet enthousiaste dont il a le secret, Donald Trump se félicitait mardi de la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA – en remplacement de Mike Pompeo, nommé secrétaire d’État après le renvoi de Rex Tillerson – en soulignant qu’elle serait « la première femme » à occuper ce poste.

Las ! La presse américaine n’a pas retenu l’angle “féminin” pour parler de cette promotion, préférant s’intéresser à la carrière controversée de cette ancienne espionne de 61 ans, dont le nom est associé aux épisodes les plus sombres de l’histoire récente de la CIA. “Le genre de Gina Haspel est la chose la moins importante la concernant”, affirme ainsi le magazine The Atlantic, résumant l’avis d’une grande partie des médias.

CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER
Le Los Angeles Times reconnaît que Mme Haspel “a adroitement navigué entre les postes difficiles à l’étranger et la vaste bureaucratie du siège de l’agence à Langley” et qu’elle a “constamment gravi les échelons des services secrets, pourtant dominés par les hommes, durant une carrière commencée en 1985 et menée principalement dans l’ombre”.

Mais le magazine Time préfère insister sur le fait que l’actuelle numéro 2 de la CIA “a dirigé dans le passé une prison secrète de l’agence, en Thaïlande, où les détenus étaient soumis à la torture. Elle est aussi liée à l’initiative, au sein de l’agence, de détruire les preuves des interrogatoires”, qui reposaient entre autres sur les techniques de privation de sommeil et de simulation de noyade.

Une personnalité controversée, selon The Atlantic, qui observe que “le rôle d’Haspel a suscité à la fois éloges et critiques, certains la voyant comme une professionnelle loyale appliquant des méthodes qui avaient été validées et jugées légales après la pire attaque terroriste de l’histoire du pays, d’autres la voyant comme partie prenante de l’adoption inconsidérée, après le 11-Septembre, de méthodes de renseignement inhumaines et inefficaces”.

Ce profil hautement contrasté “pourrait susciter la résistance du Sénat”, qui doit donner son feu vert à cette nomination pour la rendre effective, remarque le magazine Rolling Stone. Partisans et opposants ont pris leurs marques dès mardi, le sénateur démocrate de l’Oregon Ron Wyden considérant que “le passé de Mme Haspel la rend inapte à diriger l’agence”, selon des propos repris par USA Today.

Les avis divergent même chez les républicains, observe le quotidien. Si le sénateur Richard Burr, président du comité du Renseignement, estime que l’intéressée a “les compétences, l’expérience et le jugement” pour le poste, son collègue de l’Arizona John McCain, ancien combattant torturé au Vietnam, prévient que Mme Haspel devra expliquer devant le Sénat “la nature et l’étendue de son implication dans le système d’interrogatoire de la CIA” si elle espère être nommée.

Plusieurs médias remarquent en outre que même victorieuse devant le Sénat, Gina Haspel devra composer in fine avec un autre adversaire de taille : Donald Trump lui-même. Comme l’explique le Los Angeles Times, le président américain est coutumier des “sévères critiques” à l’encontre des services de renseignement. Et The Atlantic de rappeler à quel point Trump est “manifestement déloyal avec les gens qu’il nomme”.




mardi 13 mars 2018

CUBA : LE PEUPLE A VOTÉ POUR L’AVENIR

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MIGUEL DIAZ-CANEL (À DROITE) A PASSÉ TROIS DÉCENNIES À
GRAVIR DISCRÈTEMENT LES ÉCHELONS DU POUVOIR CUBAIN,
JUSQU'À ÊTRE PRESSENTI POUR DEVENIR PRÉSIDENT LE MOIS
PROCHAIN APRÈS 60 ANS DE POUVOIR DES FRÈRES CASTRO.
PHOTO YAMIL LAGE
BIEN qu'il s'agisse encore de données préliminaires, 7 399 891 Cubains se sont rendus aux urnes le 11 mars, un chiffre qui représente 82,90 % du nombre total d'électeurs, soit 8 926 575, selon les listes mises à jour.
Yudy Castro Morales
 CONFÉRENCE DE PRESSE D'ALINA BALSEIRO GUTIÉRREZ,
PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION ÉLECTORALE NATIONALE (CEN)
PHOTO PRENSA LATINA 
C’est ce qu’a déclaré en conférence de presse Alina Balseiro Gutiérrez, présidente de la Commission électorale nationale (CEN), qui a affirmé que les 605 députés au Parlement et les 1 265 délégués aux assemblées provinciales ont été élus avec plus de la moitié des suffrages valides exprimés.

L'élection de tous, a-t-elle précisé, a représenté 80,44%, tandis que le vote sélectif a obtenu 19,56%, ce qui reflète le soutien apporté au vote uni, la « stratégie du peuple » conçue par Fidel.

Concernant la qualité du vote, elle a souligné que sur le nombre total de bulletins, 94,42% étaient valides; 1,26% nuls et 4,32% en blanc.

Selon Balseiro Gutiérrez, plus de 200 000 autorités électorales ont participé à ces élections, ce qui a constitué une fois de plus « un succès populaire et une victoire électorale », et la participation massive des électeurs a signifié la réaffirmation consciente de notre système électoral.

CHILI : LES DÉFIS D’UNE PRÉSIDENCE BIS POUR SEBASTIÁN PIÑERA



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SEBASTIÁN PIÑERA, LE 11 MARS 2018 À SANTIAGO, AU CHILI.
PHOTO AFP
Deux dossiers sensibles attendent le conservateur pour son second mandat : les retraites et les tensions avec les communautés indigènes.
La somme des participations dans des sociétés chiliennes et étrangères détenues par Sebastián Piñera, quatrième fortune du Chili, s’élevait à 1,2 milliard de dollars (970 millions d’euros). La semaine dernière, le nouveau président du Chili a confié l’ensemble à des fonds privés pour éviter les conflits d’intérêts avec sa fonction présidentielle.

Mapuches.

Le milliardaire s’est ainsi momentanément séparé d’une somme supérieure à ce qu’exige la loi chilienne, pour mettre à distance les critiques et scandales liés à son premier mandat (2010-2014). La justice enquête encore sur une entreprise de pêche péruvienne dont il avait gardé des parts alors qu’il était président, en plein conflit avec Lima sur la frontière maritime entre les deux pays.

Un scandale parmi d’autres, qui n’ont pas empêché le sexagénaire toujours bronzé d’être élu une seconde fois président en décembre, avec 54,5 % des voix, sur la promesse de relancer l’économie du pays. Il succédera donc une deuxième fois à la socialiste Michelle Bachelet, élue en 2005 et 2013. «Il va trouver un pays dans lequel la croissance est en hausse, contrairement à ce qu’a dû affronter Michelle Bachelet lors de son second mandat», estime Marcelo Mella, doyen de la faculté des sciences humaines de l’université de Santiago. Le PIB du Chili devrait en effet progresser de 3 % cette année, deux fois plus que l’an dernier.

Parmi les priorités du nouveau président, gérer les tensions dans le sud du pays, où les communautés indigènes mapuches (9 % de la population chilienne) revendiquent les terres confisquées à leurs ancêtres. Des Mapuches sont régulièrement accusés d’incendie ou de violences volontaires dans la région, et jugés sous le régime de la loi antiterroriste. Une loi dénoncée par les organisations de défense des droits humains, mais aussi pointée du doigt pour son inefficacité. Sebastián Piñera prévoit de la «moderniser» pour « mettre fin à l’impunité » dans la région.

Lors de sa campagne, le milliardaire a aussi promis d’approfondir la gratuité de l’enseignement supérieur, une idée qu’il avait dédaignée durant son précédent mandat. Il veut en outre créer un administrateur public pour réguler les fonds de pension, système de gestion des retraites par capitalisation que le Chili fut le premier pays au monde à adopter, en 1981, en pleine dictature. Une réponse, à sa manière, aux deux plus grands mouvements sociaux connus par le pays ces dernières années : les manifestations pour l’éducation gratuite, puis contre le système de retraites, qui reste aujourd’hui entièrement privé. Sur ce dernier point, Sebastián Piñera est loin des revendications des manifestants, qui demandaient une refonte totale des retraites vers un système public et solidaire.

«Polarisation».

Pour autant, explique Marcelo Mella, ces mouvements sociaux, d’une ampleur inédite depuis la fin de la dictature du général Pinochet en 1990, sont aujourd’hui « essoufflés ». Selon le politologue, le principal risque pour Piñera est ailleurs : « Il revient au pouvoir sans majorité qualifiée au Parlement - nécessaire pour les grandes réformes -, et dans un pays qui vient de connaître une série de réformes progressistes, comme la dépénalisation de l’avortement ou l’accord d’union civile », un équivalent du pacs. Des sujets sources de forte «polarisation au sein de sa coalition» qui, selon Marcelo Mella, pourrait se diviser profondément sur les questions de société.

Justine Fontaine Correspondante au Chili

lundi 12 mars 2018

CHILI: SEBASTIAN PIÑERA PREND À NOUVEAU SES FONCTIONS

SEBASTIÁN PIÑERA A PRIS SES FONCTIONS
EN TANT QUE PRÉSIDENT DU CHILI POUR LA
DEUXIÈME FOIS CE 11 MARS 2018.
PHOTO LUCAS ALVARADO 
Le Chili a désormais un nouveau président. Le milliardaire de droite Sebastian Piñera a officiellement pris ses fonctions ce dimanche. Il succède pour la deuxième fois à la socialiste Michelle Bachelet. Quelques milliers de partisans du nouveau chef d'État chilien sont venus l'applaudir dimanche, avec l’espoir qu’il s’attaque à l’immigration et à la question des enfants ainsi que des personnes âgées.
Justine Fontaine
Les partisans de Sebastian Piñera sont réunis autour du palais présidentiel de la Moneda pour l'arrivée de leur nouveau président. Alicia Muñoz est venue d'un quartier populaire de Santiago, « avec mon drapeau chilien, et le drapeau du parti de mon président, Rénovation nationale, explique cette femme au foyer. Ce qui nous préoccupe, c'est la question des enfants, la question des personnes âgées, et puis l'immigration. »

Elle a participé bénévolement à la campagne présidentielle, tout comme Pablo Jimenez qui lui aussi est préoccupé par l'immigration inédite que vit le Chili en ce moment, principalement venue du Venezuela et d'Haïti. « Je ne suis pas contre, mais je pense qu'il faut filtrer les arrivées, comme le fait la majorité des pays développés. Si les gens viennent, pourvu qu'ils aient quelque à chose à offrir au pays. »

Les partisans de Sebastian Piñera saluent par ailleurs la réforme qu'il a promise concernant les centres d'accueil pour enfants abandonnés, des centres pointés du doigt pour une surmortalité inquiétante ces dernières décennies. Enfin, ils espèrent que la réforme des retraites annoncée par Sebastian Piñera permettra d'augmenter les pensions, aujourd'hui très faibles au Chili.

Le nouveau président a jusqu’à 2022 pour mettre en œuvre ses promesses.