jeudi 12 novembre 2009

Jorge Arrate dénonce une «machination politique»

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Jorge Arrate et Eduardo Frei lors du débat présidentiel sur la chaîne de télévision Canal 13
Même s'il a monté dans les sondages et amélioré son image auprès de l’opinion, le candidat présidentiel de la Gauche, Jorge Arrate, s'est montré réticent à évaluer les résultats du dernier sondage CEP.
«Je les prends toujours comme une donnée supplémentaire, mais je ne vois pas les sondages comme un oracle politique, et celui-ci pas plus que les autres» a déclaré le candidat à radio Bío Bío.
Mais Arrate n'est pas resté là. L'ex-ministre des gouvernements d'Allende et de Frei a qualifié comme un jeu électoral le concert de résultats préalables aux élections.
«Je crois qu’il existe au Chili un jeu électoral qui est passé dans les moeurs, qui se joue dans le long terme à travers des grands moyens de pression», a remarqué M. Arrate.
«Il s'agit d'un jeu seulement pour deux joueurs, qui cherche à réduire les possibilités de la candidature de gauche que je représente», a-t-il ajouté.
«Cela touche la candidature de la Concertation, car la droite a enflé la candidature de Marco Enríquez», a expliqué l'aspirant à La Moneda, qui dans les sondages CEP augmente de 1% en août à 5% en octobre.

Marco Enríquez lors du débat présidentiel sur la chaîne de télévision Canal 13
«Je n'interprète pas ce résultat parce que je ne me fie pas aux sondages, tant quand ils me sont défavorables que lorsqu’ils me favorisent», a-t-il précisé.

mercredi 11 novembre 2009

Chili, élections 2009 : publication du sondage CEP à J-32

La popularité de la présidente sortante, Michelle Bachelet, atteint 78% d'avis favorables, un capital, qu'à l'image des dernières élections, n'est pas transmis de manière automatique au candidat de la coalition du gouvernement. Le 13 décembre prochain, les Chiliens éliront leur futur président, 18 sénateurs (1/2 de la totalité) et l'ensemble des 120 députés.

Sans surprise, le candidat de la coalition de droite RN / UDI, Sebastian Piñera, reste à la tête de cette course. A la question "pour qui voteriez vous ce dimanche ?", 36% des Chiliens le feraient pour Piñera, 26% pour l'ex-président (1994-2000) officialiste Eduardo Frei, 19% pour le candidat indépendant de centre-gauche Marco Enriquez-Ominami et 5% pour le candidat de la coalition des communistes, Jorge Arrate.

Marco Enriquez-Ominami et Jorge Arrate ont gagné du terrain au niveau des préférences (+2 points et + 4 points respectivement) depuis la dernière étude de CEP, en août 2009. Le candidat de la droite a perdu 1 point et celui de la Concertacion 4 points.

Les scénarios autour du second tour, ont un léger goût, mais avec des résultats plus serrés, aux hypothèses du second tour des présidentielles françaises de 2007. En effet, si un second tour entre Frei et Piñera a lieu, l'ex-président obtiendrait 37% des voix et le candidat de la droite 43%.

Or, si lors du second tour Enriquez-Ominami s'oppose à Piñera, ce dernier ne pourrait réunir que 40% des préferences contre 37% pour le candidat indépendant.



La période de campagne officielle commence ce vendredi 13. En effet, les différents spots télévisés (5 minutes par jour par candidat) seront transmis quotidiennement et en alternance avec les spots des listes parlementaires soit à 12h00 soit à 20h40 à partir de vendredi et pendant 27 jours sur toutes les chaînes hertziennes.

L'Opalc suivra cette campagne, et publiera dans les jours à venir, des extraits des spots, les affiches de campagne et de nombreuses ressources sur ce processus.

mardi 10 novembre 2009

Débat présidentiel télévisé sur Canal 13 TV

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Jorge Arrate lors du débat présidentiel sur la chaîne de télévision Canal 13.

A son avis, la discussion de cette nuit a «malheureusement » montré le bas niveau de la vie politique chilienne, où les attaques personnelles sont venues remplacer le vrai débat d’idées.

C’est une situation qu’il essaie de dépasser, en demandant avec insistance de traiter les sujets de fond et les vraies propositions de chacun des candidats à La Moneda.

« Je n’entre pas dans ce concert d’aboiements et de morsures, car je pense que les questions d’ordre personnel n’ont ici aucune importance », déclara l’ancien ministre d’État et ex diplomate.

« Je pense que ce qu’il faut confronter ce sont des idées, et lors du débat il y a eu des moments où l’on a pu le faire ; c’est là quelque chose que j’ai appréciée », a conclu M. Arrate.

Chili: les fonctionnaires se joignent aux enseignants en grève

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Enseignants en grève de la faim au Chili. Photo Christian Zúñiga
Plus de 80.000 enseignants réclament un accord sur le règlement de ce qu'ils appellent une "dette historique" de plusieurs milliards de dollars: leur perte d'avantages de statut quand le régime Pinochet délégua les collèges publics aux municipalités, dans les années 70.
Le gouvernement estime que le mouvement s'essouffle et que plus de 15% des professeurs ont repris le travail, mais 1,3 million d'élèves étaient encore privés de classe lundi, à un mois des examens de fin d'année.
Le gouvernement récuse la notion de dette historique et souligne que les rémunérations des enseignants ont augmenté de 300% depuis la fin de la dictature (1973-90), qui négligea l'enseignement public.
Les agents de ministères, de la santé publique, des impôts notamment, ont pour leur part lancé lundi une grève de 48 heures, la troisième en un mois, pour demander une augmentation de 8%, rejetant l'offre de 2,5% du gouvernement.
Les centres de santé publique étaient affectés par le mouvement, à l'appel d'organisations représentant 400.000 agents. Seules les urgences médicales étaient prises en charge, ainsi que les dossiers administratifs urgents pour "raisons humanitaires" dans l'état-civil.
Les conflits sociaux, liés pour partie à la récession -11 mois de croissance négative-, s'accumulent en fin de mandat de la socialiste Michelle Bachelet, même si le jugement des Chiliens lui reste très favorable, avec une approbation historique à 75-80%. Mais le candidat de droite Sebastian Pinera est favori de la présidentielle de décembre, à laquelle Mme Bachelet ne peut se représenter.

lundi 9 novembre 2009

Une présidentielle entre «Peter Pan» et «Capitaine Crochet»

« Je paie pour ton vote pour que le Chili soit rien qu'à moi »
par Pablo Rivas dans The Clinic
Pinera, un entrepreneur milliardaire de 59 ans, candidat pour la 2e fois après avoir été battu en 2005 par la socialiste Michelle Bachelet, a reproché à Marco Enriquez-Ominami, 36 ans, de vouloir incarner le renouveau en niant qu'il a appartenu à la coalition de centre-gauche au pouvoir.

«Marco, tu as le syndrome de Peter Pan, qui croit qu'il vient de tomber du ciel, et n'a ni histoire ni passé. Je te rappelle que tu as été jusqu'à il y a peu député de la Concertation» (coalition au pouvoir), a lancé Pinera lors du débat public à Talca (sud). «Je te demande d'assumer».

Pinera a aussi reproché à Enriquez-Ominami d'invoquer à l'excès l'atout de sa jeunesse: «elle est dans le coeur, pas sur la carte d'identité».

Son adversaire a répliqué que Pinera a lui-même une histoire qu'il tente d'oublier, en omettant que des partis qui appuient sa candidature donnèrent jadis leur appui au dictateur Augusto Pinochet.

Il a rappelé qu'un des projets de lois défendus par Pinera au Sénat fut l'extension -finalement retirér- d'une loi d'amnistie de 1978 toujours techniquement en vigueur pour des crimes de la dictature.

«Peter Pan a un mérite, il ne ment pas», a déclaré le candidat indépendant. «En plus, il rêve et il sourit. Nous allons battre le Capitaine Crochet en décembre, sans renoncer à notre sourire», a-t-il poursuivi.

Pinera est favori des sondages pour ramener la droite au pouvoir, après 20 ans de gouvernement de centre-gauche depuis la fin de la dictature. Mais les dernières enquêtes montrent que son avance baissé : 30,3% contre 23,7% au canidat de la coalition de centre-gauche, Eduardo Frei.

Enriquez-Ominami n'arrive qu'en 3e position à 17,3%, mais il est en progression constante. Et paradoxalement, il ferait mieux que Frei au second tour en l'emportant contre Pinera.

samedi 7 novembre 2009

GDF Suez fusionne des actifs au Chili avec ceux de Codelco

Le français paiera 172,5 millions de dollars, précise le numéro un mondial du cuivre dans un communiqué.

Selon l'accord conclu, les compagnies de génération d'électricité détenues en commun par Codelco et GDF Suez seront regroupées dans la filiale Edelnor EDN.SN de GDF Suez, dont l'action a monté après cette annonce.

GNL Mejillones, qui construit un terminal de gaz naturel liquide dans le nord du pays n'est pas concerné par ces rapprochements.

La nouvelle Edelnor ainsi augmentée aura une capacité totale de génération de 1.795 mégawatts.

Codelco contrôlera 40% de la nouvelle société et GDF Suez 52,4%.

(Alonso Soto, Rodrigo Martinez, version française Danielle Rouquié)

lundi 2 novembre 2009

Les conscrits des premiers temps de la dictature chilienne veulent raconter

Ces soldats, de tous jeunes hommes et mineurs lorsqu'ils furent appelés sous les drapeaux à l'époque du putsch du général Augusto Pinochet, ont donc été témoins des crimes de la dictature, ont parfois torturé et tué eux-mêmes.

Jusqu'à présent, la plupart des témoignages ayant permis de faire avancer les dossiers des crimes de la dictature sont ceux d'anciens détenus survivants. Et les indications des jeunes conscrits d'alors pourraient être précieuses pour retrouver les cadavres des disparus toujours recherchés par leurs familles.

Beaucoup veulent aujourd'hui se libérer du poids psychologique de cette culpabilité. "Nous avons été exécutants et témoins de nombreuses atrocités, et nous voulons en parler pour notre rédemption personnelle", explique le soldat Fernando Mellado, organisateur de la manifestation de dimanche et responsable pour la capitale du groupe "Anciens conscrits de 1973". "S'il y a un moyen pour nous de témoigner, peut-être sous couvert de l'anonymat, nous en serions heureux".

Selon lui, sur les quelque 8.000 adolescents originaires de Santiago de la classe 73, conscrits pendant cette terrible année qui suivit le renversement de Salvador Allende et au cours de laquelle la junte assit son pouvoir en réprimant à tour de bras, "20 à 30% sont prêts à parler". Et beaucoup savent des choses sur les disparus, selon lui.

Selon les chiffres officiels, 3.186 personnes ont été tuées par la dictature, dont 1.197 disparues. Depuis près de 20 ans que la démocratie a été rétablie au Chili, moins de 8% des dépouilles ont été retrouvées, selon Viviana Diaz, de l'organisation des Familles des Détenus Disparus.

Viviana Diaz espère donc que ces anciens appelés parleront, même hors des tribunaux. "Des gens viennent nous voir, et tout ce que nous leur disons c'est 'cela n'est pas grave si vous ne révélez pas votre identité, mais racontez-nous bien, l'endroit, des détails'".

Au Chili, comme en Argentine voisine, la loi de "l'obéissance due" permet une certaine clémence pour les soldats qui se soumettent à la justice, donnent les noms de leurs supérieurs et fournissent des informations permettant de résoudre certains crimes.

Mais la plupart des anciens soldats ont peur des conséquences pour eux et leurs familles, craignent parfois que des juges, arrivés en poste sous Pinochet, ne préfèrent protéger plutôt leurs anciens officiers supérieurs. Ils réclament donc l'immunité de poursuites pour ces faits.

Pour Mellado, ils sont aussi des victimes, forcés par la peur à faire des choses inavouables qui leur pèsent. Et de raconter ce soldat qui a été contraint d'abattre une famille entière, ou cet autre, aujourd'hui SDF dans les rues de Santiago, qui noya un enfant de sept ans dans un bac de ciment.

La plupart des disparus l'ont été aux mains de la terrible DINA (Direction des services de renseignements nationaux), la police politique chargée de la répression, sous les ordres du colonel Manuel Contreras, lequel est aujourd'hui derrière les barreaux pour plus de 350 ans.

Le centre de tortures originel de la DINA, son incubateur -"l'oeuf du serpent", selon l'avocat Hiram Villagra, spécialiste des droits de l'homme et défenseur des familles de disparus, était la caserne de Tejas Verdes, à une centaine de kilomètres de Santiago, sur la côte, près San Antonio, foyer de la dissidence.

Le conscrit José Paredes, 56 ans, y a fait cinq mois de service militaire. Vivant aujourd'hui reclus avec sa femme dans une petite bourgade du bord de mer, il s'est confié à l'Associated Press, racontant des choses qu'il "avait toujours dit qu'il emmènerait dans la tombe".

Et d'évoquer les cellules aveugles de deux mètres sur deux construites au "Camp de prisonniers numéro Deux", la camionnette blanche, surnommée "la colombe", qui emmenait les prisonniers vers la salle de tortures, le "centre médical", où certains tortionnaires portaient des tabliers blancs, les dents des prisonniers réduites en bouillie... "Notre mission était de monter la garde dehors, nous entendions les hurlements", déclare-t-il.

Tejas Verdes ferma à la mi-1974, et s'il n'existe pas de chiffres, Villagra estime que des milliers de détenus y sont passés, dont des dizaines ont disparu. Paredes dit y avoir "travaillé avec 500 ou 600 prisonniers" et "compté 30 à 40 morts".

Il raconte aussi que les "vols de la mort" y ont été pratiqués dès le début. "L'hélicoptère venait une fois par semaine, il se posait au régiment et emmenait les morts. C'était comme voir un film nazi".

Selon les chiffres auxquels l'agence AP a eu accès, 769 agents ont été poursuivis pour assassinat et autres violations des droits de l'Homme pendant ces années. Au 31 août, il avait seulement 276 condamnations.

"Il n'y a clairement aucun désir de notre part pour que ces soldats portent le poids de la culpabilité des officiers, qui prenaient les décisions", ajoute Hiram Villagra. AP