lundi 7 novembre 2011

INDIGNADA DE SANTIAGO

CAMILA VALLEJO
Apparue sur la scène publique au début du mouvement, en mai, Camila Vallejo, étudiante en géographie, est vite devenue la leader charismatique des étudiants chiliens révoltés contre une éducation largement privatisée, très chère et qui, d’assez mauvais niveau, ne permet même pas de décrocher un emploi. Bonne oratrice - et très photogénique -, elle est une politique avisée, issue des Jeunesses communistes, et une dure négociatrice qui rejette sans appel les concessions, mineures selon elle, du président Sebastián Piñera.

Aujourd’hui, Camila Vallejo, parfois surnommée «la Che Guevara» du Chili, est en outre l’une des personnalités les plus populaires du pays. A Santiago, on l’arrête dans la rue pour la photographier. Les journalistes font la queue pour l’interviewer. Et sur la Toile, des admirateurs lui dédient des odes. A 23 ans, elle symbolise une jeunesse rebelle et décomplexée qui n’a pas connu la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) - elle avait 2 ans à son départ -, et qui renoue avec une tradition de lutte après deux décennies d’alternance politique sans grand enjeu.

Mi-octobre, à la tête d’une délégation d’étudiants, elle est venue quatre jours à Paris et à Bruxelles - sa première visite en Europe. Mais elle n’a pas vu grand-chose. Le séjour, très politique, s’est déroulé à un rythme effréné avec trois objectifs : expliquer la lutte des étudiants chiliens, comparer avec la situation en Europe, enfin chercher des soutiens. «Nous réclamons une éducation gratuite et de qualité, explique-t-elle, le Chili est l’un des pays au monde où l’Etat subventionne le moins l’éducation, où les familles paient le plus et doivent s’endetter. Un système qui reproduit les inégalités.» Le 18 octobre, levée à l’aube à Paris, elle a pris le train pour Bruxelles, a enchaîné les rencontres avec des députés européens verts et de gauche, déjeuné sur le pouce avec des élus, rencontré des Chiliens de Belgique, avant de regagner Paris pour assister à un meeting organisé par l’Unef à la Sorbonne, et de reprendre l’avion le soir même pour le Chili. Entre les rendez-vous, elle a encore répondu à plusieurs interviews télés, avec le même ton décidé et le même regard un peu lointain.

De prime abord, Camila Vallejo est une personne sérieuse, réservée, un peu sauvage, en un mot impénétrable. Politique rodée, elle répète inlassablement les mêmes discours, répond aux mêmes questions. Fatiguée mais stoïque, elle vous fait attendre pour accorder une interview, «le temps de récupérer et de rassembler mes idées», et s’y prête très concentrée, consciente de l’enjeu pour sa cause.

Camila Vallejo n’est pas arrivée là par hasard. Si elle assure que ses parents ne l’ont pas influencée et ont toujours laissé libres leurs quatre enfants, elle a grandi dans une famille marquée à gauche. Son père Reinaldo Vallejo, qui a une petite entreprise de chauffage, et sa mère Mariela Dowling, qui l’aide et s’occupe de la maison, sont tous deux au PC. Militants au temps de la dictature, ils ont dû un temps se réfugier dans la clandestinité. Son grand-père fut par ailleurs membre du MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire, qui a soutenu Salvador Allende et fut pourchassé par Pinochet). Ses ennemis lui reprochent d’être «manipulée par les communistes». «C’est une excellente école qui m’a permis de grandir politiquement», répond-elle. Lorsqu’on lui demande ses auteurs préférés, elle répond : «Gramsci, Marx, Lénine.» Camila Vallejo n’est pourtant pas une communiste bornée, plutôt une pragmatique convaincue qu’il faut en finir avec «une société injuste et inégalitaire où les jeunes ne se voient pas d’avenir». A la tête du mouvement, elle fait équipe avec Giorgio Jackson, l’autre figure de la mobilisation, un étudiant ingénieur, ancien champion de volley-ball, qui dirige la Fédération des étudiants de l’Université catholique. «Je suis sans parti et considéré comme un "fils de bourge" alors que Camila est communiste et d’un milieu plus modeste. Cela ne nous empêche pas d’être d’accord sur l’essentiel», explique-t-il. Ses détracteurs accusent aussi la jeune femme d’avoir joué sur sa beauté pour se faire élire à la tête de la puissante Fédération des étudiants de l’Université du Chili. Certains ont même dénoncé un «vote hormonal». Elle répond par le mépris : «C’est du pur machisme, encore profond au Chili. En tant que femme, j’ai eu droit à des ragots sur ma vie privée, sur mes amours, et on a diffusé mon adresse et mon téléphone sur le Net.»

Derrière l’armure militante, Camila Vallejo a beau faire : c’est aussi une jeune femme moderne et timide qui a horreur d’être interrogée sur sa vie privée. Elle raconte que petite, elle allait se cacher derrière un arbuste du jardin pour écouter ses parents et leurs amis lors des asados («soirées grillades»). Adolescente, elle aimait peindre et dessiner au collège Raimapu, un établissement connu pour sa pédagogie libérale. Lorsqu’on l’interroge sur la mode et les fringues, elle s’amuse : «Ah, non ! Ça n’est pas pour moi !»Rarement maquillée, si ce n’est pour les photos ou la télé, de longs cheveux sombres, des yeux bleu-vert et la peau claire, elle n’a pas vraiment besoin d’artifices pour se mettre en valeur. Elle a en outre un style vestimentaire bien à elle, entre le laisser-aller hippy et le superposé plus recherché. Jeans fatigués, tunique sur des leggings, éternel foulard autour du cou, petit anneau dans la narine… Le look de Camila Vallejo est désormais copié.

A la tête d’une mobilisation qui a obtenu le remplacement du ministre de l’Education et a coûté sa popularité au chef de l’Etat, elle n’a plus le temps de faire autre chose. Elle a arrêté de travailler à son mémoire de master, sur «la construction sociale des territoires vulnérables». Elle ne sort plus guère que pour des réunions militantes. Pourtant, elle aime danser et écouter de la musique : tout sauf le punk et le metal. Et lorsqu’elle va sur les réseaux sociaux, ce n’est plus pour discuter entre amis mais pour appeler à des manifestations.

Dans le Thalys qui la ramène à Paris, Camila circule son appareil numérique à la main. Elle mitraille les paysages qui défilent. Dans quelques heures, après une nuit dans l’avion, elle prendra la tête d’une manifestation à Santiago. En attendant, elle joue à la touriste, silencieuse et appliquée.

En 6 dates

28 avril 1988 Naissance à Santiago du Chili.

2006 Entrée à la faculté d’architecture et d’urbanisme.

2007 Adhésion aux Jeunesses communistes.

Novembre 2010 Elue présidente de la Fédération des étudiants de l’Université du Chili.

Mai 2011 Premières manifestations.


Du 14 au 18 octobre Visite à Paris et à Bruxelles.

samedi 5 novembre 2011

AU CHILI, LES VIEILLES LUNES DE LA NOUVELLE DROITE

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UN STAND DE POISSONS ET DES FRUITS DE MER AU MARCHÉ DE LA VILLE DE LOTA SUD DU CHILI. PHOTO PATRICIA FICA CHEZ FLICKR.
Par une matinée ensoleillée, au cœur de l’été austral. Le marché bat son plein, la pêche du jour déborde des étals instables : coquillages, oursins, algues, poissons divers… Dans un panier tressé, Maria présente quelques belles scies fumées que son mari a capturées au large. Le sourire franc, les mains abîmées par le travail, elle interpelle les badauds : « 2 000 pesos la pièce ! » Soit 2,90 euros par poisson. Comme la veille, l’avant-veille ou le jour d’avant, elle devra se contenter d’une recette d’une dizaine d’euros — sans parvenir au salaire moyen, d’environ 450 euros par mois. « Ici, tout le monde travaille dur, explique-t-elle. La pêche, ce n’est plus ce que c’était : il y a de moins en moins de poisson. » Pourtant, pour les habitants de Lota (et d’une partie du littoral chilien), depuis un an le coût de la vie a considérablement augmenté. C’est que, sourit Maria, « après le tremblement de terre, il faut bien reconstruire ! ».
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DESSIN INÉDIT DU DESSINATEUR FRANÇAIS JACQUES TARDI, MIS À LA VENTE AU PROFIT DE LA ONG CHILIENNE CEPAS


Le 27 février 2010, un violent séisme secouait le Chili. Quelques heures plus tard, un raz de marée balayait plusieurs centaines de kilomètres des côtes du Sud. Bilan : cinq cent cinquante morts, d’importants dégâts matériels et près de huit cent mille sinistrés. Notamment dans les régions les plus pauvres du pays, dont celles de Maule et de Biobío, où se trouve la ville de Lota. Ici — malgré les efforts de la mairie — comme à Concepción (capitale régionale), de nombreux gravats jonchent encore le sol et entravent la circulation routière. Des édifices, lézardés de toutes parts, menacent de s’effondrer sur les passants. Le 13 avril 2010, le président Piñera (élu en janvier de la même année) proclamait pourtant : « Notre tâche principale et la mission de notre gouvernement, c’est de travailler à l’unité nationale, à la reconstruction du pays, de faire face à l’urgence et d’aider les victimes du séisme. »
Le couteau de Maria virevolte. Elle a reposé ses scies pour passer à la préparation d’un (succulent) ceviche, une marinade de fruits de mer. Les promesses du gouvernement ? « Leur plan de reconstruction, c’est du bla-bla ! Ils nous ont abandonnés. » Mais n’observe-t-on pas, ici et là, des chantiers et travaux en cours ? Entendant la conversation, deux hommes s’approchent et pointent du doigt une colline : « Les nouvelles constructions que vous voyez là-bas sont destinées à la vente, pas aux victimes du tremblement de terre. Ceux qui ont perdu leur maison vivent comme des mendiants, les uns sur les autres dans de minuscules maisons. La plupart n’ont pas l’électricité, ni l’eau courante. »



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UN STAND DE POISSONS AU MARCHÉ DE LA VILLE DE LOTA SUD DU CHILI. PHOTO SEBASTIAN ARENAS CHEZ FLICKR.
Six mètres par trois, des panneaux de bois pour toute protection contre les intempéries : les « logements d’urgence » ressemblent davantage à des cabanes. Prévus pour quatre personnes, ils sont en général surpeuplés. Lors de la visite, une question s’impose : comment des milliers de personnes pourront-elles passer l’hiver dans de telles conditions ? Nul n’a la réponse. « Pendant ce temps, ajoute Maria, une poignée de gens très riches ne savent que faire de leur argent. »

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LE PRÉSIDENT CHILIEN, LE MILLIARDAIRE CONSERVATEUR SEBASTIÁN PIÑERA, EST MEMBRE D'UNE FAMILLE ORIGINAIRE DES ASTURIES (ESPAGNE), IL EST LE FILS DE JOSÉ PIÑERA CARVALLO, AMBASSADEUR CHILIEN EN BELGIQUE PUIS AUX NATIONS UNIES SOUS LA PRÉSIDENCE D'EDUARDO FREI MONTALVA (1964-1970). PHOTO GALERIE SEBASTIAN PIÑERA CHEZ FLICKR.

 «MA PREMIÈRE FAMILLE. MON PÈRE, JOSÉ PIÑERA, MA MÈRE, MAGDALENA ECHENIQUE, ET MES FRÈRES GUADALUPE, JOSÉ, PABLO ET MOI.»

Un président qui n’est pas issu du sérail

Officiellement, le plan de reconstruction a été un succès. Pourtant, les laissés-pour-compte manifestent leur colère. Alors que le gouvernement a annoncé deux cent vingt mille subventions, il s’agit, dans l’immense majorité des cas, d’aides à la remise en état des maisons, pas de nouvelles constructions. Seules douze mille cinq cent trois habitations avaient été achevées fin février 2011. Quant aux familles réparties dans des campements de fortune, M. Francisco Irarrázaval, l’un des secrétaires exécutifs du ministère du logement, admet que 40 % d’entre elles (soit mille sept cents) « pourraient ne pas se voir offrir de solution (1) ». Une histoire classique ? Effectivement. Et c’est en cela que la catastrophe naturelle révèle la nature du projet du président chilien, censé reposer sur l’avènement d’une « nouvelle droite », « en rupture avec l’époque de la dictature (2) » d’Augusto Pinochet (1973-1990).
M. Piñera n’est pas tout à fait issu du sérail de la droite. « Quand il a décidé de se lancer en politique, observe le journaliste Ernesto Carmona, il a tout d’abord frappé à la porte du Parti démocrate-chrétien (PDC) », un parti conservateur plutôt centriste, dont son père fut l’un des fondateurs. « Il ne manquait pas de raisons pour cela : il avait voté “non” à Augusto Pinochet lors du plébiscite de 1988 [proposant le maintien au pouvoir du dictateur jusqu’en 1997]. Pendant un temps, Piñera a eu un pied dans le PDC, où il n’avait pas grand espace, et un autre au sein de la droite, qui lui offrait de meilleures opportunités (3). » Il opte finalement pour le parti Rénovation nationale (RN), la frange ultralibérale de l’échiquier politique, plutôt que pour l’Union démocrate indépendante (UDI), proche de l’Opus Dei et regroupant les fidèles du régime militaire. Mais la distance entre M. Piñera et la dictature demeure somme toute assez relative. L’occupant de la Moneda apparaît en 1989 comme conseiller de M. Hernán Büchi, l’ancien ministre des finances du général Pinochet. En outre, l’Alliance pour le changement, au nom de laquelle il se présente, se compose des libéraux, mais aussi des catholiques conservateurs de l’UDI.


Conseil des ministres ou 
conseil d’administration ?

D’ailleurs, si M. Piñera déclarait le 8 janvier 2010, dans le quotidien La Nación, que « ce n’est pas un péché » d’avoir travaillé pour le régime de Pinochet, c’est peut-être parce que cette période lui a plutôt réussi. Il s’est enrichi pendant ces « années noires » en investissant dans l’immobilier, le bâtiment, puis la banque. Profitant du soutien de son frère aîné — lui-même ministre du travail du régime et artisan de la privatisation des fonds de retraite —, il évite la prison pour une importante fraude bancaire à l’origine d’une partie de sa fortune (4). Viennent l’achat de parts de la compagnie d’aviation civile Lan Chile (qu’il présidera) et, enfin, l’investissement dans des domaines lui permettant de se forger une visibilité de premier plan : entre 2005 et 2006, il achète le très populaire club de football Colo-Colo et la chaîne de télévision Chilevisión. Désormais, M. Piñera compte parmi les cinq cents premières fortunes du monde. La revue américaine Forbes le considère comme le 51e homme le plus puissant de la planète. D’ailleurs, son compte en banque n’a pas souffert de son arrivée à la présidence. Il s’est étoffé de quelque 200 millions de dollars en un an, pour atteindre 2,4 milliards. Certains esprits chagrins crient au mélange des genres. M. Piñera répond que seuls « les morts et les saints » ignorent les conflits d’intérêts (5).
Devenu riche durant la dictature et parvenu à la présidence avec le soutien de l’UDI, M. Piñera professe néanmoins la rupture. D’abord parce que, pour la première fois depuis 1958, la droite est arrivée au pouvoir par les urnes. Ensuite, parce qu’il entend changer la façon de faire de la politique et diriger l’Etat comme une entreprise. L’une des siennes.
Son « gouvernement des meilleurs » ressemble davantage à un conseil d’administration qu’à un cabinet. Plus de la moitié de ses membres sont issus du privé, avec peu (ou pas) d’expérience politique préalable. Le ministre des affaires étrangères Alfredo Moreno, par exemple, a acquis son expérience « diplomatique » en tant que… membre du directoire de la chaîne de grande distribution Falabella, lors de son expansion dans les pays voisins. M. Juan Andrés Fontaine, nouveau ministre de l’économie, est directeur du Centre d’études publiques (CEP), l’un des centres de réflexion de la droite libérale, et lié au groupe Matte (industrie forestière, télécommunications, finance), propriété de l’une des familles les plus riches du pays.
M. Piñera entend tout contrôler personnellement, en imposant à ses collaborateurs le rythme effréné dicté par sa surexposition médiatique. Pendant plusieurs semaines, il envoûte le pays, et une bonne partie de la planète, grâce au sauvetage de trente-trois mineurs bloqués dans la mine de San José (désert d’Atacama). Une opération qu’il estime « sans égale dans l’histoire de l’humanité (6) ».
Bientôt, on parle de « piñérisme » : le « changement » aurait donc bien eu lieu. D’ailleurs, les caciques de la droite traditionnelle — sur lesquels repose son soutien parlementaire — ne se disent-ils pas irrités ? Certains câbles de l’ambassade des Etats-Unis à Santiago, révélés par WikiLeaks, fourmillent d’anecdotes sur la guerre fratricide entre la « vieille garde » et le « magnat ». Et l’ouverture du « staff » présidentiel à certains dirigeants politiques — tels M. Andrés Allamand (RN) et Mme Evelyn Matthei (UDI), respectivement aux ministères de la défense et du travail — ne suffit pas à apaiser les esprits.
C’est que, au-delà du style, certaines des politiques publiques du nouveau président agacent ses alliés : bourses universitaires destinées à former de nouveaux professeurs, restriction des attributions de la justice militaire, extension du congé postnatal à six mois, mesures en faveur de l’assurance-maladie des retraités, appel au respect du salaire minimum des employés de maison, relocalisation partielle d’un projet thermoélectrique à la suite de mobilisations écologistes, proposition d’accorder le droit de vote aux Chiliens résidant à l’étranger, inscription automatique sur les listes électorales et, le 11 mars dernier, instauration par un (maigre) transfert de ressources d’un « revenu éthique familial » destiné à un demi-million de personnes vivant dans la pauvreté extrême. Sur le plan international, M. Piñera reconnaît l’Etat palestinien — « libre, souverain et indépendant » —, dans le sillage de plusieurs dirigeants latino-américains, souvent de gauche (7).

« J’ai voté pour Piñera car il a bien réussi dans la vie »

Pour M. Rodrigo Hinzpeter, fidèle du patron président et ministre de l’intérieur, c’est cela, la « nouvelle droite » : « sociale et démocratique », elle « prend en compte de nouvelles préoccupations », notamment « l’engagement en faveur des droits de l’homme, le lien entre développement et environnement, l’équilibre entre l’économie et la justice sociale » (8). Un programme qui ne fait qu’approfondir la crise de l’opposition parlementaire, incapable de formuler des contre-propositions. A tel point que les députés de la Concertation (coalition de sociaux-démocrates, de socialistes et de démocrates-chrétiens, au pouvoir de la fin de la dictature à 2010) appuient régulièrement les projets du gouvernement.
Rupture avec la droite et continuité avec le centre-gauche, en somme ? « Maintenir la plupart des politiques mises en œuvre par la Concertation », c’est en effet ce que M. Piñera promettait lors de la campagne présidentielle. Le consensus était d’ailleurs tel entre M. Piñera et ses prédécesseurs que l’hebdomadaire britannique The Economist concluait, le 19 décembre 2009 : « Au niveau pratique, [une victoire de M. Piñera] n’aurait qu’un impact réduit. » Mais faut-il lire dans cette harmonie une dérive à gauche de la « nouvelle droite » chilienne ? Peut-être pas, car, depuis des années, la gauche — à commencer par le Parti socialiste — s’inscrit elle-même dans la… continuité.
Cette mutation néolibérale lui a assuré les louanges d’analystes aussi peu suspects d’idolâtrie marxiste que le Français Guy Sorman. Au Chili, expliquait celui-ci en 2008, le libre-échange — imposé par des économistes formés aux Etats-Unis et inspirés par Milton Friedman (les « Chicago boys ») à partir du coup d’Etat de 1973 — s’est montré si « efficace » que, « de Pinochet, chef de l’Etat de 1973 à 1990, jusqu’à Michelle Bachelet incluse, présidente socialiste depuis 2005, le Chili n’a guère modifié ses règles économiques (9 ) ». MM. Ernesto Ottone et Sergio Muñoz Riveros — tous deux anciens militants communistes devenus conseillers de la Concertation — analysent la conversion de la gauche chilienne au « réalisme économique » : « A force de se heurter à la réalité, elle a compris qu’elle devait abandonner ses anciennes croyances sur la malignité du système capitaliste. (…) Même si on a du mal à l’admettre, il faut concéder que, sur certaines questions relatives au fonctionnement de l’économie moderne, [les bons professeurs] se trouvaient sur “le trottoir d’en face”(10). »
En « traversant la rue », cette gauche a aidé à transformer la terre de Salvador Allende en modèle pour la finance mondiale. Dans le classement sur la « liberté économique » publié annuellement par The Wall Street Journal et la Heritage Foundation, le Chili apparaît depuis longtemps dans le peloton de tête (11e place sur 179 pays), loin devant la France (64e) et juste derrière les Etats-Unis. Fiscalité accueillante, fonds de pension généralisés, services collectifs — dont l’éducation et la santé — largement marchandisés, traités de libre-échange avec les Etats-Unis ou la Chine : « Le Chili laisse derrière lui le sous-développement et s’achemine à pas déterminés vers la constitution d’une nation développée », se réjouissait l’ancienne présidente, Mme Bachelet, le 11 janvier 2010. Flanquée de son ministre des finances, la militante socialiste tenait entre ses mains un précieux sésame : l’adhésion de son pays à l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). Fondée en 1961, celle-ci regroupe trente-quatre pays qui cherchent à stimuler « la démocratie et l’économie de marché ». Le Chili était le premier pays sud-américain à intégrer ce club très sélect.
Gauche néolibérale et droite de rupture ? En l’absence d’alternative réelle, le changement a pu s’incarner sous les traits de M. Piñera aux yeux d’une partie des classes populaires. Iván, la trentaine, est vendeur ambulant dans le centre de la capitale. Au milieu du smog de l’Alameda (la principale artère de Santiago) et de la cacophonie des micros (bus collectifs), il vend des friandises, des cigarettes à l’unité. « Vous savez, pour moi, ce gouvernement ne change pas grand-chose. Si j’ai voté pour Piñera, c’est qu’au moins il a bien réussi dans la vie. Et j’espère qu’il fera pareil avec le pays afin que nous en profitions un peu. »
Pourtant, le discours du réformisme sociétal du président ne l’a pas empêché de radicaliser un peu plus son néolibéralisme. Comme l’a démontré sa gestion des conséquences du tremblement de terre. Le processus de reconstruction du littoral, quand il n’est pas l’objet de clientélisme politique avéré (11), semble s’inspirer de la « stratégie du choc » décrite par Naomi Klein (dans son ouvrage du même nom, paru en 2008). L’annonce d’une augmentation temporaire des impôts sur les entreprises et de la redevance de certaines grandes compagnies minières, destinée à réunir plus de 3 milliards de dollars en quatre ans, a été accueillie avec scepticisme. En définitive, le mécanisme a fait déchanter ceux qui croyaient à un improbable tournant keynésien. Les compagnies minières (souvent multinationales) qui versent, sur la base du volontariat, cette contribution supplémentaire de deux ans se sont vu garantir le prolongement d’une des redevances les plus faibles du monde jusqu’en 2025 ! Parallèlement, le besoin d’argent frais a fourni l’occasion rêvée de recommander de nouvelles privatisations de biens « non indispensables » dans le secteur de l’énergie (la compagnie d’électricité Edelnor) et de l’assainissement de l’eau (Aguas Andinas). Une loi de flexibilisation du travail ainsi que de nouvelles concessions de mines au capital étranger sont envisagées dans la foulée. Au final, selon l’économiste Hugo Fazio, « le fonds de reconstruction servira de prétexte pour affaiblir l’Etat et livrer certains éléments du patrimoine public aux intérêts privés (12)».

La législation antiterroriste 
toujours en vigueur

Malgré quelques protestations de la « vieille droite », la « nouvelle » ne maltraite pas vraiment sa base sociale. « Ce gouvernement est le gouvernement des entreprises. » Mme Viviana Uribe ne croit pas aux fables de la droite sociale et démocratique. « C’est la loi du marché qui régule tout et, si on ne l’accepte pas, la répression est immédiate », accuse-t-elle. La présidente de la Corporation de défense et promotion des droits du peuple, affiliée à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, sait de quoi elle parle. Les traits tirés, entre deux cigarettes elle épingle la politique défaillante qui a suivi le tremblement de terre ; les montages policiers contre une partie du mouvement libertaire ; l’état d’un système carcéral qui a abouti à la mort de quatre-vingt-un prisonniers lors d’un incendie à la prison San Miguel ; le peu d’engagement pour faire avancer la justice en faveur des victimes des militaires. Et, toujours, la criminalisation du peuple indigène mapuche.
Dernièrement, le bourg de Cañete, dans le sud du pays, a vu se dérouler un procès emblématique de la politique de la « nouvelle droite » dans le Wallmapu (pays mapuche) : dix-sept comuneros y étaient accusés de vol, incendie criminel, terrorisme… sur la base d’une législation d’exception — dite loi « antiterroriste » — datant de la dictature. A rebours de toute norme internationale, celle-ci permet de faire valoir des « preuves » issues de témoins occultes à la solde de la magistrature (13). Au terme de trois mois et demi de mobilisations et d’une interminable grève de la faim (quatre-vingt-six jours), la plupart des accusés ont été libérés. Mme Natividad Llanquilleo est porte-parole des « prisonniers politiques mapuches » (deux de ses frères sont derrière les barreaux). A vingt-six ans, cette étudiante en droit incarne la nouvelle génération revenue vers sa communauté pour défendre « la cause ». Selon elle, si la grève de la faim n’a pas eu tous les effets escomptés, elle a au moins permis que « les gens commencent à comprendre ». Et, surtout, M. Piñera a dû négocier.
Assez habilement, d’ailleurs. Là encore, il a tenu à se distinguer en demandant la non-application de la loi antiterroriste contre les Mapuches et la fin de la double mise en examen, au militaire puis au civil. Ces annonces médiatiques n’ont pourtant pas empêché, dans les faits, la poursuite de ce que Mme Llanquilleo qualifie de « procès politique » et la condamnation de quatre militants de la Coordination de communautés en conflit Arauco-Malleco (CAM), dont son leader, M. Hector Llaitul, qui pourrait passer vingt-cinq ans en prison.
La direction du travail reconnaît par ailleurs que le secteur privé a perdu l’équivalent de trois mille trois cents jours de travail pour faits de grève en 2010, soit une augmentation de 192 % par rapport à 2000. Selon la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), principale confédération syndicale, cette première année de la « nouvelle droite » est « perdue pour les travailleurs, les citoyens, pour l’approfondissement de la démocratie (14) ». La CUT regrette les hausses de prix à répétition et l’absence d’une augmentation substantielle du salaire minimum. La question du prix du gaz est particulièrement sensible. Elle a provoqué, en début d’année, le soulèvement entier de la province de Magallanes durant une semaine, obligeant l’exécutif à reculer. En février 2011, une enquête de l’agence Adimark suggérait que 49 % de la population désapprouvait la gestion de M. Piñera. Cependant, rien ne laisse encore présager un front social et politique assez puissant pour faire trembler un président qui prépare déjà les élections de 2014 (où il ne peut se représenter), mettant en avant ses ministres les plus populaires, avec en ligne de mire un nouveau mandat en… 2018.
Figure de la gauche, M. Manuel Cabieses est un grand gaillard jovial de plus de 75 ans. Dans son bureau de la rue San Diego, où il dirige contre vents et marées la revue Punto Final, il critique le gouvernement des « héritiers de la dictature » et appelle à la construction d’une « nouvelle gauche », indépendante de la Concertation. Il est conscient des difficultés à surmonter : « Nous vivons une période encore plus dure que celle j’ai vécue dans ma jeunesse, attribuable à vingt ans de dépolitisation et de fragmentation sociale. Notre défaite du 11 septembre 1973 est toujours là. »
Franck Gaudichaud
Maître de conférences à l’université Grenoble-III et coprésident de l’association France Amérique latine (FAL).

(1) Centro de investigación periodística.

(2) « S. Piñera : la nueva derecha que se desprende de la dictadura », El Mundo, Madrid, 16 janvier 2006.

(3) Ernesto Carmona, Yo, Piñera, Mare Nostrum, Santiago, 2010.

(4) Ana Verónica Peña, « La historia no contada de los orígenes de la fortuna de Sebastián Piñera », La Nación, Santiago, 19 avril 2009.

(5) « Piñera : “Sólo los muertos y los santos no tienen conflicto de intereses” », Clarín, Buenos Aires, 9 avril 2010.

(6) « Au Chili, derrière l’euphorie médiatique, les hommes », La valise diplomatique, 14 novembre 2010.

(7) Lire Maurice Lemoine, « L’Amérique latine s’invite en Palestine », Le Monde diplomatique, février 2011.

(8) « Hinzpeter : sus definiciones y la nueva derecha », Capital, Santiago, novembre 2010.

(9) Guy Sorman, L’économie ne ment pas, Fayard, Paris, 2008.

(10) Ernesto Ottone et Sergio Muñoz Riveros, Après la révolution. Rêver en gardant les pieds sur terre, L’Atalante, Nantes, 2008.

(11) Mme Jacqueline Van Rysselberghe (UDI), intendante de la région de Biobío, a dû démissionner en avril dernier pour avoir favorisé lors de la reconstruction un groupe d’habitants non sinistrés (Radio Cooperativa, 3 avril 2011).

(12) Hugo Fazio, « La “fórmula” de Piñera para reducir el Estado », édition chilienne du Monde diplomatique, mai 2010.

(13) Cf. le dossier d’Amnesty International Chili : « Conflicto Mapuche / Ley antiterrorista ».


(14) « La CUT frente al primer año de Piñera », 11 mars 2011.

vendredi 4 novembre 2011

CUBA, VENEZUELA, CHILI ET BRÉSIL : PROGRÈS DE L’IDH




PRODUIT EN 2005, CE COURT MÉTRAGE RETRACE L'HISTOIRE DU RAPPORT MONDIAL SUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN ET EST MARQUÉ PAR DES INTERVIEWS AVEC LES MEMBRES FONDATEURS DE L'ÉQUIPE DU BUREAU DU RAPPORT MONDIAL SUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN, AINSI QU'UNE SÉLECTION DE LEURS SUCCESSEURS ET COLLÈGUES DÉFENSEURS. INCLUANT DES COMMENTAIRES DE : AMARTYA SEN, MAHBUB UL HAQ, INGE KAUL, KEVIN WATKINS, SA MAJESTÉ LE ROI ABDULLAH, SIR RICHARD JOLLY, SAKIKO FUKUDA-PARR, ET BENJAMIN MKAPA.



Cuba avait disparu de l’IDH depuis quelques années, faute de statistiques fiables. Entre 2006 et 2011, Cuba progresse de dix points, se hissant au rang 51, se situant ainsi parmi les pays au développement humain élevé. Le Venezuela progresse de sept points, jusqu’au rang 73, dans la même catégorie.

Le Chili reste néanmoins en tête des pays d’Amérique latine et progresse d’un point (rang 44), dépassant l’Argentine (45) et Barbade (47). Ce sont les trois seules nations latino-américaines ou caribéennes classées parmi celles disposant d’un développement humain très élevé.

La plupart des autres pays de la région trouvent leur place dans la catégorie suivante, développement élevé : Uruguay (48), Cuba (51), Mexique (57), Panama (58), Antigua et Bermuda (60), Trinidad et Tobago (62), Grenade (67), Costa Rica (69), Saint Kitts et Nevis (72), Venezuela (73), Jamaïque (79), Pérou (80), Dominique (81), Sainte Lucie (82), Equateur (83), Brésil (84), Saint-Vincent et Grenadines (85), Colombie (87).

Le Brésil progresse d’un point, mais reste derrière dix-huit pays de la région, malgré tous les efforts des dernières années pour faire reculer la pauvreté, redistribuer le revenu national et améliorer l'éducation. Maigre consolation, le Brésil est mieux classé parmi les BRICS, derrière la Russie (66), mais devant la Chine (101), l’Afrique du Sud (123) et l’Inde (134).

La catégorie développement humain moyen comprend la République Dominicaine (98), le Suriname (104), le Salvador (105), le Paraguay (107), la Bolivie (108), le Guyana (117), le Honduras (121), le Nicaragua (129) et le Guatemala (131).

Sans surprise, Haïti figure au rang 158, en queue de peloton, parmi les pays à faible développement humain. La liste du PNUD s’étend à 187 nations ou territoires, grâce notamment à la prise en compte de statistiques plus fiables des Caraïbes. Le classement va de la Norvège à la République démocratique du Congo, ravagée par la guerre civile.

L’Amérique latine reste la région la plus inégalitaire au monde en termes de revenus. Mais l’espérance de vie et le niveau de scolarité la situent au-dessus de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie méridionale.

mercredi 2 novembre 2011

CHILI : JUGEMENT DE SIX ANCIENS MILITAIRES POUR ENTRAVE À LA JUSTICE DANS LE CAS SORIA

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CARMELO SORIA ET SES FILLES CARMEN ET LAURA. L’ÉCONOMISTE ET DIPLOMATE ESPAGNOL FUT ARRÊTÉ ET ASSASSINÉ A LA MI JUILLET 1976. PHOTO MUSÉE DES DROITS DE L'HOMME, CHILI
M. Carmelo Soria, fonctionnaire de la Commission économique des Nations Unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes et titulaire de la double nationalité chilienne et espagnole a « disparu » le 14 juillet 1976, à Santiago du Chili. Son corps a été retrouvé deux jours plus tard dans un canal de la ville. L'autopsie a révélé que M. Soria avait été sauvagement torturé et assassiné par un brutal coup de karaté qui lui a brisé le cou.

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BRIGADIER JAIME LEPE ORELLANA, MEMBRE DE LA BRIGADE MULCHÉN DE LA DINA, RESPONSABLE DE PLUSIEURS CRIMES COMMIS PAR LA DICTATURE MILITAIRE CONTRE SES OPPOSANTS. IL A ÉTÉ AUSSI  LE SECRÉTAIRE PRIVÉ DU GÉNÉRAL PINOCHET.

Les verdicts

Le général à la retraite Eugenio Covarrubias Valenzuela est condamné à 3 ans de prison pour sa responsabilité comme auteur du délit d'association de malfaiteurs.

Le brigadier Jaime Lepe Orellana est condamné à 3 ans de prison pour association de malfaiteurs ; à 61 jours pour sa responsabilité dans la falsification d'instrument public, en plus de 60 jours de prison et une amende de 1200 € pour sa responsabilité comme auteur du délit de présentation de faux témoins dans un procès.

Également, Sergio Cea Cienfuegos, colonel à la retraite, écope de 3 ans de prison pour falsification d'instrument public. Le lieutenant colonel René Quilhot Palma est condamné à 541 jours de prison pour sa responsabilité comme auteur du délit d'association de malfaiteurs.

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LE GÉNÉRAL EUGENIO COVARRUBIAS VALENZUELA, ANCIEN CHEF DE LA DIRECTION D'INTELLIGENCE DE L’ARMÉE. IMPLIQUÉ AUSSI DANS PLUSIEURS CRIMES DE LA DICTATURE, Y COMPRIS L’ÉLIMINATION D'ANCIENS MEMBRES DES APPAREILS RÉPRESSIFS A L’ÉTRANGER. PHOTO ALEX MORENO
Le sous-officier Leonardo Quilodrán Burgos est condamné à 60 jours de prison pour association de malfaiteurs, et Leonardo García Pérez à 60 jours de prison comme complice du délit de falsification d'instrument public.

mardi 1 novembre 2011

PORTE PAROLE CHILIEN DENONCE DES LIENS ENTRE LES ETUDIANTS ET GROUPE EXTREMISTE ARGENTIN

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Le journal cite le cousin du président Sebastián Piñera et porte-parole du gouvernement chilien Andrés Chadwick Piñera, qui a assuré que les étudiants « ont le soutien des mouvements argentins, des gens avec une organisation ».

Les militants argentins auraient eu des contacts avec des ex-intégrants du Front Patriotique Manuel Rodríguez (Fpmr), groupe armé de gauche qui s’est levé pendant les années 80 contre la dictature chilienne et démobilisé depuis longtemps.

La longue contestation étudiante au Chili a éveillé un grand intérêt aux Amériques et ailleurs, partout où des jeunes qui font des études supérieures doivent faire face à une problématique similaire. Des missions d’information dépêchées par des organisations homologues de plusieurs pays se sont rendues au Chili, et des délégations d’étudiants chiliens ont également voyagé au Brésil, en Argentine et en Europe, dans le but de faire connaître leur réalité dans des tribunes internationales.

Alors qu’à l’invitation de l’Onu et du Parlement français les représentants de la Confech sont attendus en novembre à Génève et à Paris, le porte parole chilien joue la carte de la criminalisation et tente de discréditer par contamination le mouvement étudiant, qui s’est toujours gardé de toute violence et jouit d’un capital de sympathie intact auprès de l’opinion publique.a

LA MARINE CHILIENNE VA ACHETER LE « FOUDRE »

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TCD  « FOUDRE ». TRANSPORT DE CHALANDS DE DÉBARQUEMENT TYPE FOUDRE. PHOTO  MARINE NATIONALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.


Actuellement en Afrique

Restait à savoir à qui. A priori, le mystère n'existe plus. D'après la presse chilienne, l'amiral Edmundo González Robles, commandant en chef de leur Marine, a déclaré que « plus qu'un nouvel achat, nous récupérons en fait la capacité perdue avec le désarmement du « Valdivia »(un bâtiment de débarquement de chars livré par les États-Unis en 1995, ndlr), après 15 ans de service. Le « Foudre » est amené à le remplacer (...)
Le bateau pourrait arriver au Chili au premier semestre 2012. Admis au service actif en 1990, il s'agit donc d'un navire relativement récent et en très bon état, mesurant 168 mètres de long pour un déplacement de 12 000 tonnes en charge.



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LE « FOUDRE », TRANSPORT DE CHALANDS DE DÉBARQUEMENT (TCD).
PHOTO :  MARINE NATIONALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Le TCD « Foudre » peut transporter près de 500 hommes de troupes et mettre à terre par moyens amphibies(1) des chars de combat. Il peut également accueillir quatre hélicoptères lourds et dispose d'installations hospitalières développées.

Le navire est actuellement au large de l'Afrique de l'Ouest pour assurer une nouvelle (et dernière ?) mission Corymbe. Après son retrait, la Marine nationale pourra encore compter sur son sistership, le TCD « Siroco », lancé en 1996.

CHILI / URUGUAY - PREMIÈRE VISITE DU PRÉSIDENT CHILIEN PIÑERA À MONTEVIDEO

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LE MILLIARDAIRE CONSERVATEUR SEBASTIÁN PIÑERA,  PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CHILI  AVEC SON HOMOLOGUE DE L'URUGUAY, JOSÉ MUJICA, LE 27 OCTOBRE 2011 À MONTEVIDEO.
PHOTO  JOSÉ MANUEL DE LA MAZA
Sebastián Piñera a rappelé certains problèmes de la région, comme les inégalités, le respect des droits de l'homme ou encore le narcotrafic. Il craint d'ailleurs énormément que la crise internationale génère des attitudes protectionnistes et crée des barrières commerciales, qui nuieraient fortement à la région. Il estime que les gouvernements nationaux ne peuvent pas faire face seuls à ces problèmes et qu'il faut chercher à « réunir les forces ». Aussi, il a révélé au cours de son intervention au sein de la « Asociación de Dirigentes de Marketing », comme cela est expliqué dans l'article précité de El Mundo, qu'une vraie « volonté politique » était nécessaire pour avancer dans cette intégration, pas seulement une succession de sommets mis en place par les organisations, comme Unasur, Mercosur, OEA... 

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OFFRANDE FLORALE AU PIED DU MONUMENT DÉDIÉ AU GÉNÉRAL ARTIGAS.
 PHOTO  JOSÉ MANUEL DE LA MAZA


Piñera et le président de la République Orientale de l'Uruguay, José Mujica (élu en novembre 2009, successeur de Tabaré Vázquez) ont discuté ensemble des questions d'intérêt régional et des relations bilatérales, de nouvelles formes de coopération envisageables. Les présidents se sont mis d'accord pour renforcer les échanges entre leurs pays, qu'ils soient d'ordre commercial, technologique, éducatif ou encore culturel (vaste programme) et ont surtout exprimé leur volonté de vaincre la pauvreté. Il nous plaît de l'entendre dire... Les deux hommes ont affirmé avoir des valeurs et principes communs, comme « la tolérance et le pluralisme, dans un esprit républicain », selon un article du journal argentin El Comercial.
Toujours dans cette optique de rapprochement, ils ont précisé que leurs pays respectifs avaient tous deux traversé de fortes périodes de violence, d'intolérance et d'atteinte aux droits de l'homme mais que la démocratie avait cependant pu être reconstruite. Piñera en a profité pour inviter Mujica au Chili l'année prochaine. Cette visite du président chilien ayant donc eu pour but de tenter de renforcer les liens entre le Chili et l'Uruguay a été suivie de l'inauguration les 28 et 29 octobre du 21è Sommet ibéro-américain au Paraguay, à laquelle le président uruguayen n'a pu se rendre mais a été représenté par le vice-président Astori.

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LE MILLIARDAIRE CONSERVATEUR SEBASTIÁN PIÑERA,  PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CHILI  AVEC SON HOMOLOGUE DE L'URUGUAY, JOSÉ MUJICA, POSANT POUR LES PHOTOGRAPHES LE 27 OCTOBRE 2011 À MONTEVIDEO.
PHOTO  JOSÉ MANUEL DE LA MAZA
Notons enfin que cette visite de Piñera a été très mal perçue par la « Federación de Estudiantes Universitarios de Uruguay » (FEUU) : des manifestants se sont réunis pour divulguer un communiqué en soutien aux étudiants chiliens, qui luttent actuellement contre le système éducatif privilégiant les institutions privées très coûteuses. Ils ont entre autres évoqué la forte inégalité à laquelle les présidents de la Colombie, de Porto Rico et du Chili soumettraient leur peuple en termes de santé, travail et éducation. Cette proclamation était également dirigée contre Mujica, qui aurait « manifesté sa sympathie envers le modèle éducatif chilien ».