mercredi 12 août 2015

CHILI : 14 EX-MILITAIRES CONDAMNÉS POUR LA MORT D'UN AGENT DE PINOCHET

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ILLUSTRATION PORTAIL MONTEVIDEO   
Son corps avait été retrouvé sur une plage uruguayenne en 1995, présentant des impacts de balles dans le crâne.

D'après l'enquête, les militaires mis en cause avaient pour mission d'effacer les traces des crimes commis par le régime chilien. Il s'agirait de l'une des dernières opérations du Plan Condor, une vaste opération de répression contre des opposants menée en coopération par les dictatures d'Amérique du sud dans les années 1970.

La police secrète chilienne a notamment eu recours à des gaz neuro-toxiques comme le sarin, le soman ou le tabun, pour éliminer des opposants.

La Cour suprême a édicté un jugement définitif dans l'enquête pour enlèvement, meurtre et association de malfaiteurs sur la mort de l'ex-chimiste de la Dina Eugenio Berrios Sagredo, a indiqué un communiqué de la justice chilienne.

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ANCIENS MILITAIRES CONDAMNÉS POUR LE MEURTRE DE L'ANCIEN 
CHIMISTE DE LA DINA EUGENIO BERRIOS SAGREDO 

Les trois ex-militaires uruguayens, extradés au Chili en 2006, ont été condamnés à des peines allant de cinq à quinze ans de prison.

Deux accusés chiliens ont été condamnés à vingt ans de réclusion, les autres, dont un ancien procureur militaire, à des peines de cinq à dix ans.

ANCIENS MILITAIRES CONDAMNÉS POUR LE MEURTRE DE L'ANCIEN 
CHIMISTE DE LA DINA EUGENIO BERRIOS SAGREDO

L'ensemble des protagonistes, condamnés en 2010 mais qui avaient fait appel et se trouvaient en liberté surveillée dans l'attente de la confirmation du jugement, vont être à nouveau incarcérés afin de terminer de purger leurs peines.

La figure de M. Berrios était d'une extraordinaire importance pour faire la lumière sur des cas de violations des droits de l'homme sous la dictature, a regretté auprès de l' AFP l'avocate Fabiola Letelier, soeur de l'ancien ministre des Affaires étrangères Orlando Letelier, tué dans l'explosion de sa voiture piégée par des agents du régime à Washington en 1976.

M. Berrios s'était enfui en Uruguay lorsqu'il avait été appelé à témoigner sur ce meurtre, alors que la junte avait d'abord envisagé d'éliminer M. Letelier avec des armes chimiques.

Trois mille personnes sont mortes ou ont disparu pendant la dictature de Pinochet. Quelque 38.000 ont été torturées. La Dina est tenue pour responsable de la majorité de ces crimes.

Plus de 560 militaires sont actuellement jugés pour ces crimes au Chili.

(©AFP / 11 août 2015 23h15)   

dimanche 9 août 2015

CHILI : CINQ MORTS ET DES MILLIERS DE SINISTRÉS APRÈS UNE FORTE TEMPÊTE

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FORTE TEMPÊTE DANS LA RÉGION DE VALPARAÍSO (120 KM À L'OUEST DE SANTIAGO), OÙ DES VAGUES DE PLUS DE 10 MÈTRES DE HAUT ONT ÉTÉ OBSERVÉES. PHOTO ATON

« Malheureusement, nous confirmons trois morts, deux adultes et une mineure d'âge », a indiqué le sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Mahmud Aleuy, lors d'une conférence de presse à Santiago.

De fortes pluies se sont abattues samedi sur le centre du Chili avant de se déplacer dimanche vers le nord, sur la région d'Antofagasta, provoquant des coulées de boue et de pierres.

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L'Onemi a enregistré 1.100 personnes sinistrées, et quatre autres blessées tandis que plus de 800 personnes supplémentaires ont été évacuées.

Il y a cinq mois, une autre forte tempête avait provoqué des pluies diluviennes dans la région d'Atacama, voisine de celle d'Antofagasta, qui avaient fait 26 morts et des milliers de sinistrés.

SOULAGEMENT AU CHILI APRÈS LA MORT DE L’EX-CHEF DE LA POLICE POLITIQUE

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CAPTURE D'ÉCRAN DE JULIO ANDRADES MILITANT DE DROITE ET PRO-PINOCHET A MÊME ÉCRIT SUR TWITTER : « MERCI MANUEL CONTRERAS POUR TES SERVICES À LA PATRIE »

C’est avec des portraits de leurs proches que spontanément, les familles des 3 000 disparus de la dictature ont célébré la mort du bras droit de Pinochet. De son vivant, Manuel Contreras n’a jamais perdu son statut de général, chose que compte bien modifier la présidente du parti socialiste, Isabel Allende. Dès la semaine prochaine, la fille de l'ex-président chilien Salvador Allende devrait déposer une proposition de loi pour dégrader « l’un des plus grands criminels qu’ait connu le pays ».

En revanche, l’ultra droite chilienne n'est évidemment pas du même avis. Un membre du parti politique fondé par des pro-Pinochet a même écrit sur Twitter : « merci Manuel Contreras pour tes services à la patrie ».

Pour sa part, le gouvernement de centre-gauche de Michelle Bachelet a indiqué réaffirmer son engagement avec le respect des droits de l’homme. La Cour suprême, via son porte-parole, a quant à elle reconnu que les juges pendant la dictature n'ont pas toujours été a la hauteur, « hormis dans deux ou trois dossiers ».

Aujourd’hui, 25 ans après le retour à la démocratie, les victimes de la dictature dénoncent toujours l’impunité de leurs tortionnaires. Seuls 70 militaires se trouvent derrière les barreaux et plus d’un millier de procès sont encore en cours.

samedi 8 août 2015

COLLECTIF DROITS DE L’HOMME AU CHILI (FRANCE),


L’une de ces victimes était un prêtre de nationalité britannique et chilienne, Michael Woodward. Il est décédé à la suite de tortures que lui ont fait subir des membres des forces armées à bord de l’Esmeralda. Par la persévérance de sa sœur Patricia, au cours de ces derniers mois, le navire a suscité un regain d’intérêt au niveau national avec la mise en procès de 18 militaires impliqués dans les exactions commises contre le prêtre ouvrier.

À ce jour, les autorités ont reconnu que des milliers de personnes avaient été victimes de la torture sous le gouvernement militaire, mais les hauts responsables de la marine ont du mal à reconnaître et assumer que des navires et des installations appartenant à la marine ont servi de centres de torture.

C’est ainsi, que des Organisations nationales et internationales des Droits de l’Homme demandent toujours aux autorités et à la marine chilienne, de reconnaître que les graves violations des ces droits  ont été commises à bord de l’Esmeralda, que soient traduits en justice les auteurs de ces actes et que les victimes et leurs familles soient indemnisées pour le préjudice matériel et moral subi.

Les initiatives entreprises par les gouvernements civils successifs, avec la création de Commissions Nationales pour traiter le lourd héritage chilien en matière de violations des droits humains, ont négligé le crime grave de torture. Ce n’est qu’en 2004, que la Commission nationale sur l’emprisonnement et la torture a été créée et a reconnu la qualité de victimes aux Ex prisonniers politiques, en leur octroyant une réparation « symbolique », mais en niant la possibilité d’accéder à la Justice car les témoignages des Ex prisonniers ont été mis au secret pour 50 ans.

Le Chili, en tant qu’ État partie à la Convention contre la torture depuis 1988 et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques depuis 1972, est tenu légalement d’assumer les obligations de ces normes. Mais, jusqu’à cette date, l’Etat chilien ne définit pas clairement la torture comme délit, car elle est toujours considérée comme un traitement dégradant.

Récemment, une longue grève a été entamée par des Ex prisonniers politiques au niveau national pour exiger réparation, vérité et justice. Après 80 jours, le résultat a été, une fois de plus, une énorme déception car les autorités n’ont pas accordé satisfaction à leurs demandes. Côté Justice, des mises en procès ont été réalisées suite à la rupture du "pacte de silence" par des militaires.

Nous espérons que les autorités internationales concernées par les visites de l’Esmeralda pourront poser les questions pertinentes et manifester leur préoccupation sur ces sujets aux représentants et responsables du navire «ambassadeur».

Collectif Droits de l’Homme au Chili (France)
ddh_chili_fr@hotmail.com
Hector Zavala Leiva, responsable.

Afin de contribuer à la Vérité et la Mémoire, nous avons chargé dans Youtube le documentaire de FR3-Thalassa, dont le link est:
"LES FANTOMES DE LA DAME BLANCHE"

ou bien
https://youtu.be/3LRlI9C9o8A

Paris, le 7 août 2015

vendredi 7 août 2015

CHILI : DROITE ET EXTRÊME GAUCHE, MÊME COMBAT...


Une phase essentielle est la construction d'une législation encadrant la carrière professionnelle des enseignants. Jusqu'à présent elle était gérée par les lois du marché qui ne tenaient compte d'aucune spécificité du métier, traitant les professeurs comme d'autres salariés.
Pendant des années les professeurs se sont battus pour la reconnaissance de leur statut et l'amélioration de leur situation professionnelle, revendiquant ainsi pour le système éducatif lui-même.

Le Collège des professeurs est le syndicat unitaire qui représente les aspirations des enseignants, et ce depuis 1985, année de la première élection démocratique, qui fut suivie de l'auto-dissolution de l'AGECH, association principalement communiste qui préféra privilégier l'unité syndicale. Après 1985 la dictature n'a pas réussi à paralyser les enseignants, ni à les diviser. Mais le syndicat a chèrement payé ses luttes : nombre de ses responsables ont été assassinés ou sont disparus (1). L'une des tragédies les plus graves fut l'enlèvement et l'égorgement en mars 1985 de Manuel Guerrero, un militant communiste, alors dirigeant de l'AGECH. Les syndicats de professeurs ont toujours eu à leur tête une forte proportion d'élus communistes.

La Nouvelle Majorité avait enfin intégré les revendications des enseignants dans son programme électoral. Mais les récentes négociations entre les dirigeants du Collège des professeurs et les instances de l'Etat ont été ardues. Il a fallu que les professeurs cessent le travail en juin 2015 (la grève a duré plus de 50 jours) pour que certaines de leurs demandes soient prises en compte dans le projet de loi présenté par le gouvernement. Cependant, les membres d'un secteur minoritaire au sein du Collège -représenté aussi dans la direction nationale-, qui ont toujours refusé les pourparlers, ont prôné la poursuite illimitée de la grève, car ils estimaient les propositions ministérielles insuffisantes. Ainsi la fissure, apparue déjà en décembre 2014 au sein du syndicat des professeurs, s'est agrandie.

Les méthodes employées par les adhérents de ce secteur minoritaire ne sont pas celles que l'on attend d'un corps de métier dont la mission est d'inculquer certaines valeurs aux élèves et de former les jeunes générations. Un clic sur la page d'accueil du site  (notamment le 29 juillet 2015) permet d'apprécier le langage outrancier de ces dissidents auto-désignés, qui n'ont pas hésité à entreprendre des actions locales, souvent avec l'aide de professeurs non adhérents au Collège, voulant ainsi donner l'impression qu'ils étaient majoritaires.

Du pain bénit pour la droite chilienne. Au moment où elle est totalement embourbée dans des scandales de corruption et complètement discréditée, au point de ne même plus oser s'opposer aux projets -très populaires-, présentés par le gouvernement, elle trouve dans ce secteur radical des alliés inespérés pour provoquer des problèmes dans la gestion gouvernementale tout en espérant diviser l'un des mouvements sociaux les plus combatifs.

Ainsi, fidèle à ses habitudes, elle a déclenché une campagne médiatique contre la direction nationale du Collège des professeurs et en particulier contre son président, Jaime Gajardo.

Cette campagne, à laquelle se sont associés des secteurs opportunistes, reposait sur des calomnies, fausses nouvelles et diffamations.

Ainsi un relevé chronologique et non exhaustif de ces attaques pourrait comprendre :

- des diffamations sur les procédures démocratiques internes au Collège afin de semer le doute et la confusion chez ses adhérents (3) (4).

- des manœuvres de légitimation des secteurs « dissidents » dans le but de faire perdre son autorité au président J Gajardo et imposer leurs positions dans l'opinion publique (5).

- des calomnies sur la volonté de négocier des professeurs et sur leurs dispositions à accepter des évaluations (6).

- des mensonges sur le montant du salaire du président Gajardo et l'utilisation de l'argent au Collège (8).
On peut ajouter à cela que, déjà en 2011, des jeunes dirigeants de l'UDI avaient fait courir une rumeur selon laquelle J. Gajardo était propriétaire d'un établissement scolaire, affirmation faite au conditionnel bien entendu (9).

A cette offensive ont allégrement participé des élus de droite (UDI), des journaux appartenant au duopole défenseur du système (El Mercurio et Copesa), mais aussi d'autres publications, opportunistes, ainsi que les secteurs radicaux minoritaires à l'intérieur même du Collège.

Tout semble donc indiquer que, peu à peu, le flambeau des attaques contre le président du Collège des professeurs ait été repris par ces secteurs radicaux. A la virulente campagne médiatique ils ont ajouté des violences physiques. Ainsi J. Gajardo a-t-il été agressé lors d'une manifestation publique par des professeurs dissidents (10), tandis que des inconnus ont jeté des excréments humains sur la façade de la maison de son ex-épouse (11). Par ailleurs, certains sont même allés jusqu'à perturber le fonctionnement des assemblées du Collège (14). La gravité des dommages portés à l’intégrité du mouvement a été dénoncée par des dirigeants régionaux (15).

Malgré la farouche opposition de ces secteurs radicaux, position soutenue par les parlementaires de droite (16), le Congrès a décidé de soumettre le projet à la discussion.

Le jour du vote les secteurs radicalisés ont organisé devant le Congrès à Valparaíso, un acte (« performance ») de défécation publique destiné, semble-t-il, à symboliser la valeur qu'ils accordent au projet (17). Compte tenu de l'émotion soulevée par cette opération, ils ont préféré se délester de leur responsabilité sur le dos des étudiants en art (18). Au même moment à l'intérieur du Congrès un groupe bien structuré s'employait à agresser les députés qui discutaient et votaient (19), en les huant et leur jetant des pièces de monnaie, et en applaudissant fortement les députés de droite qui rejetaient le projet. L'hémicycle a du être évacué. Déjà en décembre 2014 ces mêmes groupes avaient occupé le siège du Collège en réclamant le départ du président élu démocratiquement (20).

L'importance que les « dissidents » donnent aux espoirs et attentes de la base est illustrée par la déclaration d'un de leurs dirigeants qui n'hésite pas à affirmer qu'il « préfère attendre encore un an » le vote par les députés d'un texte sur le parcours professionnel des professeurs (12), en ignorant quel sera le rapport de forces et surtout en se jouant de l'urgence pour la base de disposer d'un tel cadre législatif (13).

Dorénavant l'effort du secteur « dissident » ne porte sur rien moins que la légitimité de la direction du Collège. Dans la course à l'imposture, certaines publications se sont distinguées par l'énormité de leurs manipulations . C'est le cas de la publication digitale Rebelión, qui affirme que 96 % de professeurs sont contre le projet de loi (21). Le lendemain on apprenait par un communiqué de la nouvelle ministre de l’Éducation (en poste depuis juin), que les enseignants avaient repris le travail à plus de 90 % (22). Par ailleurs, les secteurs « dissidents » ont réussi à réunir 74 délégués sur les 200 existants pour prouver, d'après eux, leur majorité (23), contestant jusqu'à la légitimité du président à convoquer une assemblée (24) et la validité des décisions qui en émanent (25).

Ainsi l'extrême gauche semble s'être mise au service des projets de la droite. Désormais il ne fait aucun doute que son prochain pas sera de creuser la division au sein du Collège des professeurs. Rien d'autre ne pourrait faire plus plaisir à la droite. Espérons que les manipulations des secteurs d'extrême gauche ne réussiront pas là où les agents de la dictature ont échoué.

J.C. Cartagena et Nadine Briatte

jeudi 6 août 2015

CHILI : L'ESPOIR DE L'AVORTEMENT

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UNE FEMME ENCEINTE REPOUSSÉE PAR DES HOMMES DÉGUISÉS EN ARCHEVÊQUE ET EN MINISTRE ESPAGNOL DE LA JUSTICE, À BILBAO, LE 7 MARS 2014, LORS D'UNE MANIFESTATION CONTRE LE PROJET DE LOI SUR LES RESTRICTIONS SUR L'AVORTEMENT. PHOTO VINCENT WEST
La dépénalisation de l'avortement thérapeutique est soutenu par la président Chilienne Michelle Bachelet, médecin de formation et ancienne responsable d'ONU-Femmes. "Les faits ont montré que l'interdiction totale et la criminalisation de toute forme d'interruption de grossesse n'ont pas empêché, ni n'empêchent sa pratique dans des conditions de haut risque pour la vie et la santé des femmes" explique-t-elle. Sous le régime dictatorial du général Pinochet, l'avortement a été interdit en 1989 et maintenu à la chute du pouvoir en 1990 sous la pression de l'église. Auparavant, l'interruption de grossesse avait été possible pendant 50 ans en cas de fœtus non-viables et de dangers pour la santé ou la vie de la mère.

Près de 17.000 femmes concernées

Cette première approbation du texte est nécessaire pour légiférer sur un thème de société particulièrement polémique au Chili, un des pays les plus conservateurs d'Amérique latine, où le divorce n'a été approuvé qu'en 2005 et où plus de 70% de la population se déclare catholique.

L'avortement thérapeutique nécessitera le diagnostic d'un médecin, entériné par un autre praticien. L'avis d'un seul suffira si la femme court un risque imminent. Le projet de loi reconnaît aux médecins le droit à l'objection de conscience. Au Chili, ce sont près de 17.000 femmes qui pourraient être concernées par cette mesure. Quelque 16.510 femmes sont chaque année hospitalisées pour des grossesses de moins de 22 semaines présentant un danger pour leur vie ou parce que le fœtus souffre de malformations incompatibles avec la vie.

Les dangers des méthodes artisanales et clandestines

Les pays d'Amérique Latine sont les plus stricts en matière d'avortement. Aujourd'hui encore, il est interdit dans la majorité des pays du continent, exception faite de Cuba, le Guyana, l'Uruguay, et de la ville de Mexico. Paradoxalement, ce sont dans ces régions du monde qu'il y a le plus d'interruptions de grossesses : 32 IVG pour 1.000 femmes en Amérique du Sud, contre 12 en Europe. Cet écart est du à l'accès très restreint à la contraception dans ces régions.

Face à ces interdictions, les femmes n'ont d'autres choix que de se tourner vers des méthodes d'IVG clandestines et artisanales, qui mettent leur vie en danger. Et ce sont les femmes les plus pauvres qui en pâtissent, forcées d'opérer avec les moyens du bord. Cintres, aiguilles à tricoter, chute dans les escaliers, introduction de détergent dans le vagin ou encore prise de médicaments de mauvaise qualité… Ces IVG sont extrêmement risquées. Chaque année, 50.000 femmes meurent faute d'accès à l'avortement.

mercredi 5 août 2015

CHILI: L'ARMÉE SOMMÉE DE FAIRE LA LUMIÈRE SUR LES CRIMES DE LA DICTATURE

«Il y des gens qui connaissent la vérité sur de nombreux cas non résolus et le Chili leur demande de suivre l'exemple du soldat Fernando Guzman et d'aider à soulager toute cette douleur», a déclaré Michelle Bachelet, elle-même torturée sous la dictature et dont le père a été éliminé par le régime militaire. 

Fernando Guzmán Espíndola, ancien soldat né en 1965, a en effet créé la surprise en rompant un «pacte de silence» le liant à ses ex-collègues. 

Devant la justice, il a affirmé que toutes les déclarations faites par ses anciens compagnons et lui-même, lors de l'enquête menée après les faits, «sont des mensonges». 

Plus grave encore, il a accusé la hiérarchie militaire d'avoir fait pression sur eux pour dissimuler la vérité. 

Ce crime, survenu dans les dernières années de la dictature (1973-1990), avait suscité une indignation internationale: le photographe Rodrigo Rojas de Negri, 19 ans, exilé aux Etats-Unis, venait de rentrer au Chili et prenait des photos d'une manifestation anti-Pinochet en compagnie d'une amie étudiante de 18 ans, Carmen Gloria Quintana. 

Interpellés par des militaires, ils avaient été aspergés d'essence et brûlés vifs. 

La jeune fille, atrocement défigurée, a survécu à ses blessures et vit aujourd'hui au Canada, mais Rodrigo Rojas était mort après quatre jours d'agonie. 

L'enquête avait été clôturée initialement dans les années 1990, avec un seul militaire accusé pour négligence. Elle a été rouverte en 2013.  

Des archives officielles américaines déclassées et mises au jour vendredi ont confirmé les manoeuvres militaires et le rôle joué par le propre dictateur Augusto Pinochet pour étouffer l'affaire. 

- 'Voile d'impunité' - 

L'absence, jusque-là, d'une issue judiciaire convenable, «montre qu'il existe encore un grand voile d'impunité» sur les crimes de cette époque, explique à l'AFP l'analyste Manuel Antonio Garreton. 

«Les militaires avaient donné l'ordre de faire silence, c'est-à-dire de mentir», ajoute-t-il. 

Pour Carmen Gloria Quintana, dont 60% du corps a été brûlé, il y avait une «politique institutionnelle pour couvrir les crimes et violations des droits de l'homme commis sous la dictature». 

Aujourd'hui, ces révélations représentent, selon elle, «l'opportunité pour les forces armées de se démarquer de la dictature» et des plus de 3.200 morts et disparus attribués à cette période sinistre. 

La survivante de l'attaque s'est réunie vendredi dernier avec le ministre de la Défense José Antonio Gomez, à qui elle a réaffirmé que l'armée doit «livrer et mettre à la disposition de la justice tous les responsables». 

Pour Manuel Antonio Garreton, l'indignation suscitée par l'affaire dans l'opinion publique peut forcer l'armée à changer d'attitude. 

«Nous sommes au début d'une nouvelle étape qui devrait culminer avec la remise de toute l'information (demandée) et avec le châtiment de tous ceux qui ont été impliqués et dont l'armée doit se séparer, ainsi que des civils ayant participé à la violation des droits de l'homme», espère-t-il. 

Pour l'instant, la réponse de l'institution reste mesurée: dans une brève déclaration à la presse jeudi, l'armée a rappelé «son engagement à collaborer avec la justice, en fournissant ce qui est demandé par les tribunaux, dans tout ce qui relève de sa connaissance et de sa compétence». 

«L'armée va collaborer (en apportant) toute l'information nécessaire», a assuré le ministre de la Défense. 

Les organisations de proches de disparus sous la dictature, qui accusaient déjà depuis des années l'armée de cacher des informations, se sont également tournées vers le gouvernement, exigeant qu'il rende public le rapport, réalisé en 2004, contenant les déclarations de quelque 40.000 victimes de la torture. 

Augusto Pinochet est mort le 10 décembre 2006 sans avoir jamais été condamné.