jeudi 8 octobre 2009


Chili : Une multinationale australienne à l’amende

L’entreprise australienne BHP Billiton, qui détient 57% de Minera Escondida Limited pour l’exploitation de la plus grande mine de cuivre du monde, va devoir indemniser les pêcheurs chiliens de Antofogasta. La société australienne s’est rendue coupable de pollution après avoir déversé des déchets toxiques issus de son exploitation. La décision a été prise à la suite des nombreuses manifestations des pêcheurs du lieu-dit « La Caleta Coloso », courant septembre, qui ont notamment fait 3 blessés parmi les forces de l’ordre. Les pêcheurs protestaient contre les résidus et la rupture d’une canalisation de la mine qui a déversé du concentré de cuivre contaminant directement les eaux côtières. La société BHP Billiton avait déjà précédemment indemnisé les pêcheurs de la zone en versant à chacun 4.200 dollars .

185.000 dollars d’amende

Ce nouveau dérapage de l’exploitation minière va lui coûter 185.000 dollars à répartir, en cinq paiements, entre 200 familles. Si le président de l’un des syndicats de pêcheurs de « La Caleta Coloso », Henry Rodriguez, s’est déclaré satisfait de ce nouvel accord, le Gouverneur de la Province d’Antofogasta, Jorge Arangua, qui a officié comme médiateur dans ce conflit, a cependant souligné que le niveau de contamination, et donc de préjudice, n’avait pas été totalement déterminé. Le Gouverneur attend les résultats, prévus pour cette fin d’année, des études d’impacts réalisées par la Commission Régionale de l’Environnement. Les autorités chiliennes se montrent d’autant plus pointilleuses que la société BHP Billiton a été impliquée dans des situations similaires au Pérou où elle exploite également des mines.

Chili: les cartes migratoires pour l'île de Pâques jugées illégales

Cette "Carte spéciale visiteurs" (TEV) est remise aux visiteurs à l'aéroport de Santiago du Chili, le seul à desservir cette île chilienne du Pacifique sud. Ils doivent y consigner le motif, la durée et le lieu de leur séjour.

Elle a été mise en place un mois après le blocage de l'aéroport de l'île par des habitants réclamant des garde-fous concernant la durée de séjour des touristes et l'immigration.

La plus haute instance judiciaire du Chili, qui s'est prononcée à l'unanimité, a jugé cette carte "illégale et arbitraire" au nom de la défense de la liberté d'aller et venir sur l'ensemble du territoire national, consacrée par la Constitution.

A l'avenir, la TEV ne sera donc plus obligatoire.

Les moins de 5.000 habitants de l'îlot s'inquiètent des flux humains croissants vers leur bout de paradis perdu à 3.500 km des côtes chiliennes. Chaque année, 50.000 touristes visitent ses plages, ses paysages volcaniques et ses célèbres Moai, statues géantes de pierre.

Pour les personnes y résidant, ces flux mettent en péril le fragile écosystème et le patrimoine de Rapa Nui, le nom polynésien de l'île de Pâques. Ils contribuent aussi à une hausse de la délinquance, importée, selon eux, par des Chiliens du continent.

mercredi 7 octobre 2009

Des officiers chiliens condamnés pour trafic d'armes avec la Croatie

Le trafic avait été révélé pendant les conflits dans les Balkans, alors que les Nations unies avaient interdit la vente d'armes à la Croatie. En décembre 1991, la police hongroise avait intercepté 11 tonnes d'armes dans une cargaison étiquetée "aide humanitaire". La vente avait probablement été autorisée par le général Pinochet, toujours à la tête de l'armée après la fin de sa dictature en 1990.

Le colonel Geraldo Huber, qui supervisait l'achat des armes à la fabrique, avait trouvé la mort peu après avoir révélé le scandale. Il n'avait pas écouté les avertissements. Sa tête avait été éparpillée par un tir de fusil automatique, une mort qualifiée de suicide par les enquêteurs, avant qu'un tribunal civil ne rouvre le dossier treize ans plus tard.

Un général et un colonel, tous deux retraités, ont été condamnés à deux ans de prison pour meurtre et conspiration, mais on ignore toujours le nom du tueur. AP

mardi 6 octobre 2009

Un “pilote de la mort” sous les verrous

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

Julio Albert Poch, après être arrêté à l'aéroport de Manises Valence, Espagne. Photo El País
Lors de ces opérations, les opposants au régime militaire étaient jetés vivants dans la mer ou dans le Rio de la Plata. L’enseigne de vaisseau à la retraite Julio Alberto Poch, 57 ans, était installé depuis 1988 aux Pays-Bas, où il est devenu pilote civil. Il a été arrêté, le 22 septembre, à l’aéroport de Valence par des agents de la police espagnole.

Ce sont ses propres collègues de la compagnie low cost Transavia qui ont déposé plainte contre lui, après l’avoir entendu justifier sa participation aux “vols de la mort”. Julio Alberto Poch est issu d’une famille de militaires de la marine argentine. Lors du coup d’Etat [de 1976], il avait le grade d’enseigne de vaisseau de deuxième classe. Un an plus tard, il a intégré la 3e escadrille aéronavale de chasse et d’attaque. La plupart des “vols de la mort” ont eu lieu pendant les deux années qui ont suivi. Faute de témoignages, la justice argentine n’a jamais enquêté sur ces crimes jusqu’à présent.

La carrière militaire de Poch a duré à peine huit ans. Il a obtenu sa retraite anticipée en 1980. En 1988, il s’est installé aux Pays-Bas avec sa femme, Elsa Margarita Nyborg Andersen, et leurs trois enfants, tous nés sous la dictature. Les premiers éléments sur le passé de Poch ont été connus en 2007. Lorsque les autorités néerlandaises ont entendu les témoignages des salariés de Transavia, elles ont commencé à enquêter sur son passé. A la mi-2008, un procureur néerlandais s’est rendu en Argentine pour en savoir plus long sur son compte. Il a alors saisi le juge argentin Torres, qui a lui-même entendu les témoins. C’est un commentaire sur Jorge Zorreguieta, l’ancien ministre de l’Agriculture du dictateur Jorge Videla, actuellement beau-père du prince Guillaume de Hollande, qui a poussé le marin à évoquer son passé. “Poch s’est mis à défendre ce gouvernement et nous a dit que nous avions une vision fausse de cette époque. L’ancien marin a alors avoué que, pendant la période où il était pilote au service du régime de Videla, il avait effectué des vols réguliers au cours desquels des groupes de gens étaient jetés vivants à la mer depuis son avion”, a rapporté un témoin présent lors du dîner. “L’objectif de ces vols était d’éliminer les terroristes”, a justifié Poch.

“Poch reste convaincu d’avoir fait ce qu’il fallait. Il nous a donné l’impression de ne pas avoir été forcé, il a l’air de vivre avec cela sans remords. Il s’est justifié en disant que c’était une guerre et que les victimes avaient été droguées avant leur chute dans le vide. Il a aussi dit que les familles des disparus n’avaient pas à se plaindre, car elles savaient que leurs enfants et leurs maris étaient des terroristes”, a poursuivi le témoin, choqué “parce qu’on ne peut pas imaginer des choses aussi terribles”. Selon des sources diplomatiques, l’arrestation de Poch ne pouvait pas avoir lieu aux Pays-Bas, car la double nationalité [argentine et néerlandaise] de l’accusé aurait compliqué l’extradition. Poch a été arrêté alors qu’il effectuait son dernier vol avant de prendre sa retraite civile. Une enquête de Página 12, effectuée après les aveux du capitaine Hess [un autre pilote à la retraite], a permis de découvrir que plusieurs pilotes poursuivis pour des crimes perpétrés durant la dictature “travaillaient [actuellement] pour des compagnies nationales et étrangères”.

lundi 5 octobre 2009

La sombre histoire des stades

Depuis quelque endroit secret du Honduras, l'animateur de Radio Liberada, semble presque chuchoter lorsqu'on l'écoute sur Internet. "Le stade Chochi Sosa nous rappelle le stade national du Chili. Et ça nous donne la chair de poule", lance-t-il, rappelant que le stade de Santiago avait servi de camp de concentration sous la dictature de Pinochet. Le 22 septembre 2009, le gouvernement de facto de Roberto Micheletti s’est servi de deux stades de base-ball de Tegucigalpa (Chochi Sosa et Lempira Reyna Zepeda) pour enfermer les partisans du président Manuel Zelaya – selon certains défenseurs des droits de l'homme et parents des détenus, entre 150 et 200 personnes auraient été détenus dans le premier. Dans ce pays d'Amérique centrale, ces lieux ont une histoire bien particulière. Le 27 janvier 2006, le président destitué Manuel Zelaya – actuellement réfugié à l'ambassade du Brésil – a été investi dans ses fonctions au stade national de la capitale hondurienne. Et le Chochi Sosa, aujourd'hui utilisé comme prison, a également servi de scène aux spectacles musicaux variés organisés pour célébrer l'investiture de Manuel Zelaya.

Septième président depuis le retour de la démocratie au Honduras, Zelaya a pris ses fonctions dans un stade, entouré de 2 000 militaires et policiers. Ces mêmes militaires et policiers qui, à l'heure actuelle, sévissent contre ses partisans dans divers endroits du pays. Le stade Chochi Sosa, où se trouvent la plupart des détenus, fait partie du complexe de Villa Olímpica, situé à l'est de la capitale. Selon plusieurs rumeurs, les prisonniers y ont été divisés en deux groupes. Une soixantaine d'entre eux ont été accusés de sédition et de manifestation illégale et les autres d'avoir violé le couvre-feu. Parmi eux, Melvin Ortez, leader étudiant du Front de la réforme universitaire (FRU).

En 2008, des carcasses de voitures qui encombraient le parking du gouvernement avaient été transférées vers celui du stade de base-ball. Certains médias avaient alors accusé Manuel Zelaya d'en avoir donné l'ordre. Aujourd'hui, ce sont des êtres humains que le gouvernement de facto de Micheletti traite comme de la ferraille en les enfermant dans le stade Chochi Sosa et dans un autre stade en très mauvais état.
Au début du mois de septembre, le quotidien El Heraldo décrivait ainsi le vieux stade de base-ball (Lempira Reyna Zepeda) : "On ne peut pas dire qu'il soit en très bon état, les gradins qui pouvaient accueillir plus de 6 000 spectateurs sont détruits, les cabines de radio servent de repaire aux rats, les toilettes sont minuscules et la peinture est complètement écaillée." Un nombre indéterminé de militants mobilisés contre le nouveau régime hondurien y sont désormais enfermés. Mais on ignore dans quelles conditions.

Radio Liberada évoque souvent le Chili d'Augusto Pinochet. On sent très bien, entre les lignes, que les animateurs connaissent parfaitement la tragique histoire du stade national du Chili, utilisé comme centre clandestin de détention et de torture après le coup d'Etat du 11 septembre 1973. La radio mentionne également le célèbre Cilindro de Montevideo, un stade de basket que la dictature uruguayenne avait transformé en lieu de détention. C'est maintenant le Honduras qui reprend cette tradition. A ciel ouvert, sous un soleil de plomb, les détenus sont séquestrés sans savoir ce qu'il adviendra d'eux.

dimanche 4 octobre 2009

La chanteuse argentine Mercedes Sosa est décédée

Mercedes Sosa "est morte dimanche matin", selon un communiqué de la clinique. Elle était en soins intensifs depuis le 18 septembre, avec de "graves dysfonctionnements rénaux et pulmonaires", a précisé un rapport médical.

"C'était la voix de ceux qui n'avaient pas de voix à l'époque de la dictature (1976-1983). Elle a porté sa préoccupation pour les droits de l'Homme dans le monde entier", a déclaré le musicien Victor Heredia, l'un de ses amis et le compositeur de plusieurs de ses chansons.

Une veillée devait être organisée dimanche au Congrès des députés, un honneur réservé aux personnalités importantes en Argentine, selon un communiqué de la famille de la chanteuse.

Mercedes Sosa était le symbole d'un mouvement de renouveau de la musique folklorique, socialement engagé, qui comptait entre autres figures de proue le chanteur argentin Altahualpa Yupanqui, mort à Paris en 1992.

Surnommée "La Negra" en raison de son épaisse chevelure noire, elle a partagé la scène avec des artistes internationaux tels que Luciano Pavarotti, Sting, Joan Baez, Andrea Bocelli, Chico Buarque, Gal Costa ou Shakira.

Elle s'est produite dans des lieux prestigieux, la Chapelle sixtine au Vatican (1994), le Carnegie Hall de New York (2002) ou le Colisée de Rome (2002) lors d'un concert pour la paix, auquel participa notamment Ray Charles.

Sa vie avait débuté le 9 juillet 1935 à Tucuman, dans une famille d'origine indienne vivant dans un quartier modeste et bercée par la culture populaire.

D'abord professeur de danse folklorique, elle s'est lancée dans la musique dans les années 1960, rejoignant avec son mari, le musicien Manuel Oscar Matus, le mouvement Nuevo Cancionero, qui a dépoussiéré le folklore. Elle enregistre son premier disque "Canciones con fundamento".

Mais vient bientôt le temps de l'exil pour cette militante communiste. En 1979, elle est arrêtée lors d'un concert à La Plata. Mercedes Sosa n'a plus le droit de chanter et préfère s'intaller à Paris puis à Madrid.

Elle ne retournera en Argentine qu'en 1982 pour une série de concerts à Buenos Aires.

C'est "la voix la plus vigoureuse d'Amérique latine", avait déclaré la présidente chilienne Michelle Bachelet avant le décès de Mercedes Sosa qui a contribué à diffuser la chanson "Gracias a la Vida" composée par la Chilienne Violeta Parra.

"Je suis chanteuse. Je suis veuve. J'ai un fils, Fabian Ernesto, et deux petites-filles. Je conduis une petite Audi. J'ai été très malade et je me suis retrouvée avec Dieu. Je suis progressiste. Je suis ambassadrice de l'Unicef", avait résumé Mercedes Sosa dans une interview en 2000.

Ses problèmes de santé et son hospitalisation en mars l'avaient empêchée de participer au lancement de son double album "Cantora" ("Chanteuse") composé de duos avec des vedettes de la musique hispanophone (Joan Manuel Serrat, Luis Alberto Spinetta, Caetano Veloso, Shakira).