vendredi 1 décembre 2017

POLARISATION À MOINS D’UN AN DE LA PRÉSIDENTIELLE


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DANIEL MELIM. — « PEOPLE » (LE PEUPLE),
SÃO BERNARDO DO CAMPO (SÃO PAULO), 2011
LE MONDE DIPLOMATIQUE - AUDIO 
 « POLARISATION À MOINS D’UN AN DE LA PRÉSIDENTIELLE »
Au Brésil, la crise galvanise les droites « Qu’ils s’en aillent tous ! » Quinze ans après celui des Argentins confrontés au chaos économique, le cri parcourt un Brésil balayé par les scandales de corruption. Alors qu’aucune formation traditionnelle n’échappe au discrédit, une droite radicale parfois liée aux militaires émerge, qui promet de nettoyer les écuries d’Augias.
Il flottait comme un parfum de victoire lors de l’ouverture du Forum de la liberté à Porto Alegre, en avril dernier. Connue à l’étranger comme la première municipalité conquise par le Parti des travailleurs (PT, gauche), en 1988, et comme le berceau du Forum social mondial, la ville accueille également ce rendez-vous de la droite ultralibérale brésilienne depuis trente ans. Longtemps réservée aux initiés, la rencontre prend depuis quelques années des allures de grand-messe.

En 2017, l’auditorium de 2 600 places ne désemplit pas et les intervenants affichent un large sourire. « Les idées libérales n’ont jamais été si présentes dans le débat public », se réjouit M. Helio Beltrão, président de l’Institut Mises, un think tank officiellement « apolitique » mais qui s’inscrit dans la lignée de l’économiste Ludwig von Mises (1881-1973), figure majeure de l’école autrichienne, résolument libérale (1). « Nous avons fait descendre des milliers de jeunes dans les rues contre le Parti des travailleurs et expulsé la gauche du pouvoir. Pour la première fois, je pense que nous pouvons l’emporter lors de la présidentielle de 2018. »

Tee-shirts anticommunistes pour jeunesse dorée

La fanfaronnade n’en est peut-être pas une. Après treize années d’hégémonie du PT, une droite dure gouverne le pays sans même être passée par les urnes. Parvenu à la présidence à la suite de la destitution de Mme Dilma Rousseff en août 2016, son ancien vice-président Michel Temer applique méthodiquement la feuille de route libérale du forum : amendement à la Constitution qui limite l’augmentation des dépenses au taux d’inflation de l’année précédente, grande vague de privatisations, flexibilisation du code du travail, projet de réforme des retraites (conduisant à priver de pension une large part de la population) ou encore restriction de la définition du « travail esclave », toujours commun dans le pays.

Cette année, le nouveau maire de São Paulo, M. João Doria, du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, droite), inaugure le forum. L’homme d’affaires se présente comme « un entrepreneur qui travaille quinze heures par jour ». Son projet ? « Moins d’impôts, moins de régulation du marché et zéro entrave à la libre entreprise. » Il promet également de privatiser au plus vite les gestions encore publiques dans sa ville (dont celles des parcs et des stades) pour éradiquer « la lourdeur et la bureaucratie du système public ». « Je change les habitudes du monde politique en préférant les Uber aux voitures de fonction », proclame-t-il sous un tonnerre d’applaudissements. M. Doria fait figure de favori pour la nouvelle droite brésilienne, que le sociologue Laurent Delcourt décrit comme un « Tea Party tropical », en référence au mouvement anti-impôt américain. Tiré à quatre épingles, l’homme incarne à merveille le mythe du self-made-man issu d’un milieu modeste. Il a conquis aussi bien les classes populaires de la périphérie de São Paulo que les privilégiés des beaux quartiers en se décrivant comme un « travailleur honnête », parvenant ainsi à se forger un soutien électoral interclassiste. Chacun de ses meetings de campagne de 2016 se terminait par un message à son adversaire du PT, M. Fernando Haddad : « Qu’il aille se faire voir à Cuba ! »

Le recours à un discours calqué sur celui de la guerre froide caractérise cette « nouvelle droite ». Comme hier, le communisme serait l’ennemi à abattre, qui tenterait de s’emparer du Brésil par le biais du PT. « L’idéologie bolivarienne du PT a infiltré la culture, l’école, les ONG [organisations non gouvernementales] et une grande partie de la jeunesse. Si nous n’avions pas réussi à destituer la présidente Rousseff, notre pays serait aujourd’hui communiste », explique très sérieusement M. Rodrigo Tellechea Silva, ancien directeur de l’Institut des études entrepreneuriales (IEE), qui semble avoir oublié à quel point l’ancien dirigeant du PT Luiz Inácio « Lula » da Silva (président de 2003 à 2010) enchantait autant la Bourse que les favelas (2).

Parmi les jeunes gens, nombreux dans les travées du forum, beaucoup arborent les habits de la marque Vista Direita (« le regard à droite »), qui propose une ligne anticommuniste avec, notamment, des tee-shirts affichant les slogans « Sois cool, ne sois pas communiste ! » ou encore « Le communisme tue depuis 1917 ». Ces jeunes gens sont, pour la plupart, issus de la branche brésilienne de Students for Liberty (« Les étudiants pour la liberté »), une organisation mondiale d’obédience libérale qui s’est implantée dans les universités brésiliennes à partir de 2010. Trois ans plus tard, elle enfantait le Mouvement Brésil libre (MBL), fer de lance des mobilisations exigeant la destitution de Mme Rousseff dès sa réélection, en octobre 2014. Innovants dans le contexte politique brésilien, les « jeunes leaders » du MBL s’illustrent par leurs sarcasmes, leur ton moqueur, mais également par les insultes qu’ils lancent à leurs adversaires ainsi que leur violence. Le 12 avril 2015, le dirigeant le plus connu du MBL, M. Kim Kataguiri, déclarait : « Il ne faut pas se contenter de faire saigner le PT, il faut lui coller une balle dans la tête. »

DANIEL MELIM
La droite radicale brésilienne surfe sur un phénomène de polarisation et d’« anti-PTisme » qui a pris de l’ampleur depuis juin 2013. Le pays connaît à cette période les plus importantes manifestations depuis la fin de la dictature militaire, en 1985 (3). Au départ, les revendications portent sur plus d’investissements publics dans les transports, la santé et l’éducation. « De façon inattendue, la droite qui manifeste alors réunit deux grandes tendances : l’une extrême, c’est-à-dire “identitaire” et “raciste”, et l’autre libérale. Ensemble, elles ont réussi à récupérer le mouvement de protestation. Elles l’ont réorienté vers une contestation du PT, notamment en instrumentalisant le thème de la lutte contre la corruption », explique Laurent Delcourt. Le 20 juin, quelques jours après le début du mouvement, les cibles des manifestants ne sont plus uniquement les coupes budgétaires ou le manque de services publics, mais également les bâtiments publics de Brasília (siège de l’État fédéral) et tout symbole lié au PT ou à un monde politique considéré comme corrompu.

En 2015, l’enquête sur la corruption au sein de l’entreprise pétrolière Petrobras révèle un système de financement illégal des partis politiques, alimenté par les grandes entreprises du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Tous les partis sont cités dès les premières dénonciations des hauts cadres de Petrobras, mais les médias et les procureurs chargés de l’enquête ne retiennent dans un premier temps que les accusations concernant le PT, au pouvoir depuis 2003, qu’ils présentent comme le concepteur de ce système (4).

Ceux qui descendent alors dans la rue ressemblent de moins en moins au Brésilien moyen : selon les enquêtes effectuées pendant ces manifestations par une équipe de sociologues de l’Université fédérale de São Paulo (5), ils sont blancs, urbains et issus des classes privilégiées. « Ce qui motive 90 % de ces manifestants, c’est de faire tomber le PT, explique la sociologue Esther Solano, responsable de ces enquêtes. Ils sont opposés à ses programmes sociaux : l’emblématique “bourse famille”, les places réservées aux Noirs, aux métis et aux Indiens dans les universités, ou encore le programme “Plus de médecins”, qui a recruté des praticiens cubains. Leur discours prône la méritocratie plutôt que l’“assistanat”, qui serait selon eux la marque du PT. »

L’horreur de voir des « gueux » dans les avions

La haine — le terme n’est pas trop fort — contre la formation de gauche et ce qu’elle représente s’illustre sur les réseaux sociaux à travers les moqueries dont les habitants du Nordeste font les frais. On les présente comme « retardés », « paresseux » ou « profiteurs » : un mélange de racisme (les peaux sont plus noires dans le nord du Brésil que dans le sud) et de mépris de classe, qui s’exprime parfois ouvertement dans la rue. Aux yeux de ses détracteurs de bonne famille, le PT se serait rendu coupable d’avoir concédé certains droits à des populations historiquement discriminées, érodant mécaniquement les privilèges des plus fortunés. Outre l’affront consistant à permettre à d’anciens « gueux » de prendre l’avion — un partage de l’espace que de nombreux nantis n’ont pas supporté —, le PT a commis l’irréparable en 2013 lorsque Mme Rousseff a fait voter une loi obligeant les employeurs à déclarer leurs domestiques, à leur verser un salaire minimum et à respecter la durée légale de travail (6). Au sein de cette population, « l’anti-PTisme fonctionne comme un ciment, tout comme l’anticommunisme organisait l’opposition au gouvernement de gauche du président João Goulart, renversé par un coup d’État militaire en 1964. C’est la même classe sociale, blanche et privilégiée, qui marchait dans les années 1960 contre Goulart et qui défilait hier contre Mme Rousseff », résume Laurent Delcourt.

Si les militants d’extrême droite prônant le retour des militaires au pouvoir sont demeurés minoritaires lors des manifestations de 2015, la grande majorité des personnes mobilisées soutenait une politique plus répressive. « Entre 70 et 80 % des personnes interrogées se prononçaient pour un durcissement des peines contre la délinquance et l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, détaille Esther Solano. Ils affichaient par ailleurs une grande admiration pour les figures du monde de la justice ainsi que pour la police fédérale, laquelle pilote des enquêtes sur la corruption qui semblent ne s’intéresser qu’au PT. » Ces données recoupent les chiffres des études d’opinion menées en 2010 et en 2016 par l’Institut brésilien de l’opinion publique et de la statistique (Ibope) pour mesurer le poids des idées conservatrices dans la société. Entre les deux dates, le soutien à la réduction de la majorité pénale passe de 63 % à 78 % ; l’adhésion à la peine de mort, de 31 % à 49 % ; et le nombre de personnes se déclarant très conservatrices, de 49 % à 59 %. « Dans un tel contexte, il fallait s’y attendre : jamais depuis la fin de la dictature les groupes parlementaires conservateurs, ceux qui défendent les intérêts des grands propriétaires terriens, des chrétiens évangéliques et des militaires n’ont été aussi bien représentés au Congrès », résume Maurício Santoro, professeur de science politique à l’université de l’État de Rio de Janeiro.

Peu à peu, le mouvement de rue part à la conquête des institutions. Lors des municipales d’octobre 2016, le MBL — qui, jusque-là, se disait « citoyen et apolitique » — présente quarante-cinq candidats sous plusieurs étiquettes. Dix seront élus conseillers municipaux ; un, maire à Monte Sião (25 000 habitants), dans le Minas Gerais. À Porto Alegre, M. Felipe Camozzato est élu sous les couleurs du Nouveau Parti (PN), lié au MBL. « Avant 2015, je ne connaissais rien à la politique. Ça ne m’intéressait pas du tout », nous explique-t-il en rigolant. Le novice a rejoint le mouvement d’opposition au PT en formant une batucada avec des amis. Son nom ? « La folle bande libérale ». L’orchestre reprend un chant fréquemment entendu lors des rencontres de football, dont il transforme les paroles : « Pleure PTiste, bolivarien ! » L’air sera entonné lors des manifestations qui émaillent l’année 2015. Dans son bureau du palais municipal, l’homme se souvient fièrement : « On allait sous les fenêtres de la présidente quand elle venait à Porto Alegre et on passait la nuit à chanter pour l’empêcher de dormir. »

Hommage appuyé à un militaire tortionnaire

Ce type de provocations procure à M. Camozzato une notoriété dont il profite lors de sa campagne. Son projet se résume alors à une idée : pas d’argent public pour les partis. En 2015, la Cour suprême a en effet interdit le financement privé des formations politiques à la suite du scandale de corruption lié à l’entreprise Petrobras. Jusqu’alors, 70 % du financement des partis provenait du secteur privé. Désormais, le montant alloué à un fonds public électoral est décidé par le Congrès avant les scrutins. Pour l’an prochain (élection du président, des gouverneurs, des membres des assemblées nationale et locales), le fonds disposera de 300 millions d’euros. « Une aberration, s’emporte M. Camozzato. Les partis doivent trouver eux-mêmes leurs ressources comme le font toutes les entreprises ! »

À 29 ans, le conseiller municipal concède tout ignorer des problèmes de la ville ; il assure en revanche avoir épluché les lois de la municipalité qui entravent l’esprit d’entreprise. Sous une image lisse, M. Camozzato s’est déjà illustré en défendant le port d’armes pour les « citoyens du bien » ou en dénonçant les « juges à l’idéologie marxiste » qui libèrent des prévenus. En août, il qualifie des militants du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST) de « bandits » et de « vauriens ». « Les partisans du MBL savent très bien disséminer la haine. Et les gens les suivent, regrette M. Raul Pont, 73 ans, l’un des fondateurs du PT et ancien maire de Porto Alegre. L’an dernier, pour la première fois de ma vie, j’ai été agressé par une bande de jeunes en furie, qui me traitaient de communiste et de bolchevique… »

Le plus souvent, les agressions liées au MBL s’expriment sur les réseaux sociaux, où l’organisation se targue de compter plus de deux millions et demi d’abonnés, et où elle répercute les coups de griffe de ses sites d’« information ». Déjà familier des biais idéologiques dans la grande presse (7), le Brésil ne compte plus les sites où le droit d’asséner l’emporte sur celui d’informer. Dans ce domaine, les pages conservatrices surclassent toutes les autres. Soixante et onze pour cent des personnes interrogées par l’équipe des sociologues précités croyaient que le fils aîné de M. Lula da Silva était le propriétaire d’une des plus importantes multinationales de la viande (Friboi). Cinquante-trois pour cent considéraient que le plus grand groupe criminel du pays, le Premier commando de la capitale (PCC), jouait le rôle de bras armé du PT. En juillet dernier, l’Association brésilienne de journalisme d’investigation (Abraji) a réagi aux attaques répétées de ces sites contre les journalistes qui débusquent leurs contrevérités, comme le site d’enquête Agência Pública, lynché par le MBL pour avoir exposé les erreurs d’une de ses vidéos sur la délinquance. En réponse, le MBL accuse l’organisation de regrouper « des militants d’extrême gauche déguisés en journalistes »…

CARLOS ALBERTO BRILHANTE USTRA
Un dirigeant politique s’épanouit particulièrement dans ce type de registre : le député fédéral Jair Bolsonaro, figure de l’extrême droite brésilienne, désormais en deuxième position des sondages pour la prochaine élection présidentielle (avec seulement 16 % des intentions de vote toutefois, selon un sondage de l’institut Datafolha du 30 septembre). Élu depuis 1990, cet ancien militaire ne s’est jamais illustré par son travail parlementaire. Ses provocations, en revanche, lui offrent une grande visibilité médiatique. Ce fut le cas lors du vote du Congrès relatif à la destitution de Mme Rousseff, le 17 avril 2016 — un scrutin retransmis en direct à la télévision. M. Bolsonaro a alors justifié sa décision en la présentant comme une prise de position « contre le communisme, pour les forces armées et pour la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, la terreur de Dilma Rousseff ». Ce colonel de l’armée de terre a torturé l’ancienne présidente (alors membre d’une organisation d’extrême gauche) pendant vingt-deux jours lors de son arrestation, en 1970. Le député a été condamné par la justice pour des propos dépréciatifs sur les femmes, les Noirs et les homosexuels, mais « il est aujourd’hui l’homme politique le plus suivi sur Facebook, avec plus de quatre millions d’abonnés », observe le sociologue Pablo Ortellado.

M. Bolsonaro a applaudi les récentes déclarations du général Antonio Hamilton Martins Mourão, qui ont glacé le sang de la population, au-delà même des rangs des victimes de la dictature (1964-1985) : « Si les institutions ne résolvent pas le problème politique par l’action de la justice, en chassant de la vie publique tous les gens impliqués dans des délits, alors c’est nous qui le ferons. Tous les camarades du haut commandement sont d’accord avec moi (8).  » Quelques jours plus tard, son supérieur hiérarchique, le général Eduardo Villas Bôas, qui commande l’armée de terre, assurait que « la Constitution concède aux forces armées un mandat pour intervenir en cas de chaos (9)  ».

« Évidemment que la Constitution de 1988, adoptée après la dictature, ne permet pas que les forces armées interviennent de façon autonome dans le champ politique. Mais le président Michel Temer est si fragilisé par une popularité proche de zéro qu’il n’a plus l’autorité pour s’imposer à l’armée », estime l’historienne Maud Chirio, dans une tribune titrée « Au Brésil, la possibilité d’un coup d’État » (10).

Les droites — extrême, libérale, classique — se disputent désormais l’électorat traditionnel du PT, en particulier à la périphérie des villes, où les niveaux de vie ont progressé au cours de la dernière décennie… grâce à la gauche. « Ces nouvelles petites classes moyennes rêvent d’entreprendre et de consommer », explique le sociologue William Nozaki, qui a coordonné une étude de la fondation Perseu Abramo (liée au PT) pour tenter de comprendre le recul de la formation dans la banlieue de São Paulo lors de l’élection de M. Doria (11). « Elles sont très sensibles au discours méritocratique de la droite ou des églises évangéliques, et moins conquises par celui du PT, qui s’adresse encore aux pauvres. » De la même façon, la périphérie de Rio de Janeiro a voté majoritairement en faveur de M. Bolsonaro et du nouveau maire Marcelo Crivella (Parti républicain brésilien [PRB], droite), évêque de la puissante Église universelle du royaume de Dieu.

Croisade contre les artistes « zoophiles »

Bien mieux implantées dans les quartiers pauvres que l’Église catholique, les Églises évangéliques promeuvent une vision globalement conservatrice et individualiste du monde (12). Pour séduire cet électorat, la droite libérale élargit ses cibles, comme l’art contemporain en septembre dernier. Le MBL a ainsi obtenu la fermeture de l’exposition « Queermuseu » : sur les 264 œuvres présentées, trois auraient — selon les jeunes libéraux — fait « l’apologie de la pédophilie, de la zoophilie et blasphémé la culture chrétienne ». Le MBL s’est également attaqué au Musée d’art moderne de São Paulo pour une performance artistique où figurait un homme nu. « C’est une stratégie en vue des prochaines élections, estime Pablo Ortellado. Ils ont compris que les “guerres culturelles” offraient un excellent vecteur de mobilisation, et que grâce à un discours hostile aux mouvements féministe, noir ou LGBT, ils pouvaient gagner des conservateurs à la cause libérale. »

Selon l’équipe de sociologues dirigée par Pablo Ortellado et Esther Solano — qui a reproduit son questionnaire lors de la traditionnelle « Marche pour Jésus » rassemblant près d’un million de fidèles à São Paulo —, les évangélistes s’avèrent pourtant peu sensibles aux idées libérales. « Ces fidèles ne savent pas se positionner sur l’échiquier gauche-droite. Ce sont des concepts qui ne leur parlent pas. Ils se disent d’emblée “conservateurs”, mais n’approuvent pas pour autant le programme économique de Michel Temer », analyse Esther Solano. Une spécificité des évangélistes ? Peut-être pas.

Rien ne garantit que la radicalisation de la droite augure de futurs succès dans les urnes. Les études d’opinion montrent que la population brésilienne s’oppose aux réformes du travail et des retraites voulues par le gouvernement. « Nous l’avons constaté aussi dans les manifestations pour la destitution de Mme Rousseff, explique Esther Solano. La grande majorité n’est pas favorable à un État minimal. Elle souhaite une éducation et une santé de meilleure qualité. » De quoi tempérer les certitudes de victoire des aficionados du Forum de la liberté. D’ailleurs, même si l’extrême droite (militaire et civile) a débridé sa parole, si la droite classique et libérale gouverne et si celle qui veut la régénérer promet d’être encore plus radicale, M. Lula da Silva demeure en tête des sondages pour la présidentielle prévue en octobre 2018, avec plus de 35 % des intentions de vote.
Anne Vigna

Journaliste (Rio de Janeiro).(1) Lire Cécile Marin, « Un foisonnement d’écoles de pensée », Manuel d’économie critique du Monde diplomatique, Paris, 2016.
(2) Lire Geisa Maria Rocha, « Bourse et favelas plébiscitent “Lula” », Le Monde diplomatique, septembre 2010.
(3) Lire Janette Habel, « Un pays retrouve le chemin de la rue », Le Monde diplomatique, juillet 2013.
(4) Lire « Au Brésil, les ramifications du scandale Odebrecht », Le Monde diplomatique, septembre 2017.
(5) Les résultats des enquêtes sont consultables à l’adresse suivante : https://gpopai.usp.br/pesquisa/?rel=mas
(6) Lire Renaud Lambert, « Au Brésil, la trahison des domestiques », Manière de voir, no 156, « Travail. Combats et utopies », décembre 2017 - janvier 2018, en kiosques.
(7) Lire Carla Luciana Silva, « “Veja”, le magazine qui compte au Brésil », Le Monde diplomatique, décembre 2012.
(8) Déclaration lors d’une conférence prononcée à la grande loge maçonnique de Brasília le 15 septembre 2017.
(9) Entretien sur la chaîne TV Globo, 19 septembre 2017.
(10) Libération, Paris, 26 septembre 2017.
(11) « Percepções e valores políticos nas periferias de São Paulo » (PDF), Fundação Perseu Abramo, São Paulo, 2017.
(12) Lire Lamia Oualalou, « Les évangélistes à la conquête du Brésil », Le Monde diplomatique, octobre 2014.

PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE: LE SYSTÈME DÉCRIÉ DES RETRAITES S'INVITE DANS LE DÉBAT

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MANIFESTANTS CONTRE LES «AFP», LE SYSTÈME ACTUEL 
DES RETRAITES AU CHILI. SANTIAGO, LE 30 NOVEMBRE 2017 
PHOTO ATON
Les Chiliens étaient appelés à se rassembler dans toutes les villes du pays, jeudi 30 novembre 2017, pour protester contre le système des retraites. A un peu plus de deux semaines du second tour de l'élection présidentielle, prévu le 17 décembre et qui s'annonce très serré, des dizaines de syndicats veulent imposer le sujet dans la campagne électorale.
PHOTO ATON
Les manifestants veulent que l'on parle des retraites avant le second tour. Ils veulent notamment que le candidat de gauche Alejandro Guillier, soutenu par la coalition sortante de Michelle Bachelet, s'engage à supprimer le système actuel, individuel et géré par des fonds de pension privés.

Ces syndicats proposent de le remplacer par un système de retraites public, collectif, et solidaire, comparable à celui de la France. « Non aux fonds de pension », « à bas le système de retraites de Pinochet », pouvait-on entendre sur la place d'armes de Santiago, jeudi 30 novembre.

Il reste encore huit ans à Blanca Carreño avant de prendre sa retraite, mais cette fonctionnaire sait déjà qu'elle n'aura pas assez pour vivre. « Ma retraite sera ridiculement basse, si on ne se mobilise pas pour changer ça. Et nos retraités aujourd'hui touchent une misère », dénonce-t-elle.

Alejandro Guillier promet d'organiser un référendum sur les retraites

Avec le système actuel, mis en place sous la dictature, la majorité des retraités touche moins de 130 000 pesos par mois, soit moins de 170 euros environ. Un montant inférieur au seuil de pauvreté, qui « ne suffit pas pour manger et encore moins pour payer leurs frais de santé », se désole Blanca.

Les retraites devraient permettre « aux gens de vieillir dans la dignité », conclut-elle, alors qu'à gauche, M. Guillier a promis d'organiser un référendum sur le sujet, et qu'à droite, l'ex-président Sebastián Piñera promet de faire contribuer les employeurs aux retraites sans changer la nature du système.

Les syndicats appellent les candidats à prendre en compte la mobilisation massive des Chiliens sur ce sujet depuis plus d'un an. « Le candidat qui s'engagera à mettre fin au système des fonds de pension aura le plus de chance d'être élu président », estime Esteban Maturana, l'un des meneurs du mouvement.

jeudi 30 novembre 2017

LE « CHILEZUELA », LA DERNIÈRE BLAGUE SUR LES RÉSEAUX CHILIENS


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LE « CHILEZUELA », LA DERNIÈRE 
BLAGUE SUR LES RÉSEAUX CHILIENS
Une députée chilienne de droite a récemment indiqué craindre que son pays ne devienne "comme le Venezuela" – plongé dans une grave crise économique actuellement – en cas d’une victoire de la gauche à l’élection présidentielle du 17 décembre prochain. Une déclaration absurde pour de nombreux internautes. Certains ont donc préféré en rire, en postant des images montrant à quoi pourrait ressembler le futur « Chilezuela »...
« LE VENEZUELA, LE PROCHAIN SLOGAN DE 
LA DROITE SI ELLE PERD FACE À GUILLIER »,
 ÉCRIT CETTE INTERNAUTE. CETTE IMAGE 
 MONTRE SEBASTIÁN PIÑERA 
ET SA FAMILLE, DEVENUS PAUVRES.
Le premier tour de la présidentielle chilienne s’est déroulée le 19 novembre dernier. C’est Sebastián Piñera, candidat d’une coalition de centre-droit, qui est arrivé en tête, avec 36,64 % des voix. Ce milliardaire avait déjà présidé le pays entre 2010 et 2014. Il a devancé le socialiste Alejandro Guillier, candidat d’une coalition de centre-gauche, crédité de 22,70 % des voix. Ce dernier s’inscrit dans la continuité de Michelle Bachelet, l’actuelle présidente du pays.
Interrogée sur la chaîne de télévision "Ahora Noticias" deux jours après le vote, la députée de droite Érika Olivera a fait part de ses craintes en cas de victoire d’Alejandro Guillier au second tour de la présidentielle. Elle a indiqué qu’il générait de la "peur" et déclaré : "Je n’aimerais pas avoir un pays comme le Venezuela. (…) Je n’aimerais pas que mes enfants connaissent une réalité comme celle que l’on voit à travers les médias, que des millions de Vénézuéliens sont en train de vivre."

Lorsque le journaliste lui a demandé si Alejandro Guillier représentait la "révolution bolivarienne" – le nom du mouvement initié par Hugo Chávez au Venezuela – elle a ajouté : "C’est ce que je vois pour le futur de notre pays si nous continuons ainsi."

Face à elle, la députée de gauche Maite Orsini a immédiatement réagi en jugeant qu’il était "irresponsable" de faire une telle comparaison, estimant que la situation au Chili était "très différente" de celle du Venezuela.

De fait, le Venezuela est actuellement plongé dans une grave crise économique, politique et humanitaire (chute du PIB de 30 % en trois ans, inflation qui devrait dépasser les 1000 % en 2017, pénuries alimentaires, etc.), tandis que l’économie du Chili reste considérée comme l’une des plus stables de l’Amérique latine.


Des moqueries...


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« SI MESSIEURS, AU CHILI, C’EST COMME AU VENEZUELA. VOICI UNE PHOTO QUI REND COMPTE DE LA GRAVE CRISE ÉCONOMIQUE QUE NOUS SOMMES EN TRAIN DE VIVRE. PS : SI, C’EST DU SARCASME. »
Partageant le point de vue de la députée de gauche, de nombreux internautes chiliens ont ironisé en partageant des images humoristiques sous le hashtag #Chilezuela, pour montrer à quoi pourrait ressembler le Chili s’il devenait comme le Venezuela : queues pour acheter à manger, pénuries, références directes au communisme, à la Corée du Nord, etc.

« Si messieurs, au Chili, c’est comme au Venezuela. Voici une photo qui rend compte de la grave crise économique que nous sommes en train de vivre. PS : si, c’est du sarcasme. »


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« SI JE VOTE POUR GUILLIER POUR QU’IL SOIT PRÉSIDENT, MON NOËL SERA COMME ÇA ? QUEL DOMMAGE. »

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« DANS LE CHILEZUELA, ON FAIT LA QUEUE POUR PRENDRE LE BUS.»

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PRODUIT EXCLUSIF D’UNIMARX", SE MOQUE CET INTERNAUTE, "DE GAUCHE" SELON SA BIOGRAPHIE TWITTER. IL S’AGIT D’UN JEU DE MOTS COMBINANT "UNIMARC" (LE NOM D’UNE CHAINE CHILIENNE DE SUPERMARCHÉS) ET "MARX". À GAUCHE, LE LOGO D’UNIMARC A ÉTÉ TRANSFORMÉ POUR LE FAIRE RESSEMBLER AU MARTEAU ET À LA FAUCILLE, DES SYMBOLES DU COMMUNISME. À DROITE, "SOPROLETARIADO" CORRESPOND À UN JEU DE MOTS COMBINANT "SOPROLE" (LE NOM D’UNE MARQUE DE LAIT CHILIENNE) ET "PROLETARIADO" (= "PROLÉTAIRE").

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« SODIMARX », UN JEU DE MOTS COMBINANT « SODIMARC » (UNE CHAINE CHILIENNE DE MAGASINS SPÉCIALISÉS NOTAMMENT DANS LA QUINCAILLERIE) ET « MARX ».


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« Cela pourrait se produire, attention », écrit cet internaute. Il est écrit en-dessous : « Le Chili, exactement cinq minutes après l’élection de Guillier à la présidence ». L’image mêle des références au Venezuela (drapeaux) et à la Corée du Nord (tirs de missiles, coupe de cheveux de Kim Jong-un rajoutée sur la photo d’Alejandro Guillier).

... et de réelles inquiétudes

À l’inverse, certains internautes – utilisant également le hashtag #Chilezuela – semblent réellement avoir peur pour l’avenir de leur pays en cas d’élection du candidat de gauche.


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« Bienvenue au Chilezuela 2018… », écrit cet internaute. « Espérons que ça ne se produise pas », commente-t-il également plus bas. À gauche, un montage représentant Alejandro Guillier avec le béret d’Hugo Chávez, le drapeau vénézuélien et le portrait de Simón Bolívar en arrière-plan.


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« Ici, en train de faire la queue pour acheter de la nourriture », écrit cette internaute, se décrivant comme « aimant la liberté personnelle ».


Bien que Sebastián Piñera soit le favori de l'élection présidentielle, le second tour pourrait être plus serré que prévu. Alejandro Guillier dispose en effet d'une importante réserve de voix, dans la mesure où une candidate d'une autre coalition de gauche, Beatriz Sanchez, était arrivée troisième à l'issue du premier tour, avec 20,27 % des suffrages.

EN ARGENTINE , DES TORTIONNAIRES DE LA DICTATURE CONDAMNÉS

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JORGE ACOSTA ET ALFREDO ASTIZ, À BUENOS AIRES. 
LES DEUX ANCIENS CAPITAINES DE FRÉGATE 
 ONT ÉTÉ CONDAMNÉS À PERPÉTUITÉ. 
 PHOTO MARCOS BRINDICCI 
Des peines de réclusion à perpétuité ont été prononcées contre 29 personnes, mercredi, lors du plus grand et le plus long procès de l’histoire du pays.
JORGE «LE TIGRE» ACOSTA ET ALFREDO ASTIZ 
 ONT ÉTÉ CONDAMNÉS À PERPÉTUITÉ. 
PHOTO  LEANDRO TEYSSEIRE
Avec 54 accusés de violations des droits de l’homme, 789 victimes et plus de 800 témoins, le plus grand et le plus long procès de l’histoire argentine s’est terminé, mercredi 29 novembre, avec des peines de réclusion à perpétuité pour 29 des anciens tortionnaires de la dictature militaire (1976-1983). Trente mille personnes ont disparu pendant les « années de plomb », selon les associations des droits de l’homme. Parmi les accusés condamnés à la prison à vie se trouvent des figures emblématiques, comme les anciens capitaines de frégate Alfredo Astiz et Jorge Acosta. Six accusés ont été acquittés et les autres ont été condamnés à des peines allant de 8 à 15 ans de prison.

« LE CAPITAINE ASTIZ, ANTENNE 2 LE JOURNAL DE 20H, 18 MAI 1982  »
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Ce procès qui s’est ouvert en novembre 2012 constituait le troisième volet du « Mégaprocès » sur les crimes commis dans l’enceinte de l’Ecole mécanique de la marine argentine (ESMA), le plus grand centre de tortures, en plein Buenos Aires, pendant le régime militaire. On estime que quelque 5 000 personnes y ont disparu. Pas plus de 200 ont survécu. Pour la première fois, huit pilotes des « vols de la mort », au cours desquels les prisonniers politiques, drogués pour être endormis, avaient été jetés dans le fleuve Rio de La Plata ou dans la mer depuis des avions militaires, étaient jugés. Quelque 4 000 personnes ont ainsi disparu.

Alfredo Astiz, 66 ans, a écouté le verdict, impassible, dans la salle du tribunal où se trouvaient des survivants de la dictature et des défenseurs des droits de l’homme. A l’extérieur, des centaines de personnes ont suivi, pendant des heures, dans la rue, la retransmission sur des écrans géants de la lecture des sentences. Certains arboraient des pancartes avec des photos des 54 accusés, ornées de la lettre « P » pour « perpétuité ».

« Gênants groupes résiduels »

Surnommé « le Corbeau » ou « l’Ange blond de la mort », Alfredo Astiz, 66 ans, était notamment accusé des assassinats des deux religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon, et de la fondatrice des Mères de la place de Mai, Azucena Villaflor. Il avait déjà été condamné à la réclusion à perpétuité mais avait bénéficié des lois d’amnistie décrétées dans les années 1980. En 2003, un des premiers gestes du président nouvellement élu Nestor Kirchner avait été d’obtenir l’annulation de ces lois d’amnistie, permettant la réouverture de centaines de procès.

Alfredo Astiz était également jugé pour tortures, homicides et disparitions de mineurs de moins de 10 ans, ainsi que pour avoir privé de liberté de plus de 300 personnes. « Jamais je ne demanderai pardon pour avoir défendu ma patrie », a-t-il déclaré à l’audience début octobre. Astiz avait alors défendu l’action des forces armées pendant la dictature, estimant qu’il s’agissait « d’une guerre contre le terrorisme ». Il avait qualifié les présidences de Nestor Kirchner (2003-2007) puis de Cristina Kirchner (2007-2016) de « dictatures » et les associations de défense des droits de l’homme de « petits et gênants groupes résiduels ».

Jorge Acosta, dit « le Tigre », était connu, selon les témoignages de survivants, pour son sadisme envers les prisonniers, qu’il traitait comme des esclaves mais qu’il pouvait aussi, à l’occasion, faire sortir de l’ESMA pour les emmener dîner dans des restaurants chics. Comme d’autres tortionnaires, il est également accusé d’enrichissement illicite et d’appropriation « organisée et systématique » des biens des prisonniers de l’ESMA.

À l’exception du général Martin Balza, qui était alors le commandant chef de l’armée et avait fait en 1995 une autocritique de la répression illégale pendant les années de plomb, les militaires argentins n’ont jamais demandé pardon. En l’absence d’un statut de repenti, les informations sur les crimes commis se révèlent également difficiles à recueillir. Depuis 2004, les bâtiments de l’ESMA, véritable « usine de la mort », dans le quartier arboré de Nuñez, ont été reconvertis en Musée de la mémoire.

mercredi 29 novembre 2017

« MAINTENANT, C'EST PLUS PROBABLE, UN TRIOMPHE DE GUILLIER » ?

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LE PRÉSIDENT DU PARTI COMMUNISTE,
LE DÉPUTÉ GUILLERMO TEILLIER
Guillermo Teillier, président du Parti communiste du Chili (PCCh), face au deuxième tour, a signalé la nécessité de conduire « de manière intelligente » « les accords de programme » et de les atteindre. 24 novembre 2017
Le PCCh est-il satisfait du résultat des élections parlementaires ?
Pas à cent pour cent, non. Effectivement nous avons avancé, nous avons réussi à élire huit députés, nous avons augmenté leur nombre, ce qui était un objectif. Nous avons été le seul parti de la Nouvelle Majorité (NM) à augmenter nos voix, non de manière spectaculaire, mais elles ont augmenté, le seul parti à ne pas avoir diminué en voix, et nous avons augmenté en pourcentage. Nous avons récupéré un bon nombre de votes que nous avions perdus aux dernières élections municipales dans la Région Métropolitaine (RM), ce qui nous réconforte. Nous n’avons pas abouti à l'élection d'un sénateur, ce qui était l'un des objectifs les plus fermes que nous avions.

Que signifie la non élection de Lautaro Carmona comme sénateur ?

Cela veut dire que nous aurons à nous appliquer plus la prochaine fois. Dans quatre ans il y a des élections sénatoriales et nous devrons poursuivre nos efforts jusqu’à rompre notre exclusion du Sénat. Nous regrettons beaucoup que Lautaro n'ait pas été élu, il a été un grand député pour cette circonscription, il méritait d'être sénateur et il en avait toutes les capacités. Maintenant, ceci ne signifie en rien la fin de la vie politique de L. Carmona, il est secrétaire général du PCCh et en tant que tel il devra poursuivre sa tâche avec beaucoup de responsabilités et de fonctions dans le futur.

Les autres députés du PCCh ont tous été réélus, ceci a une connotation politique.

Ceci veut dire que les député(e)s de notre parti ont bien accompli leurs missions, ont bien fait leur travail, et ça, les gens l’ont reconnu dans toutes les circonscriptions où nous avons été réélus. Nous sommes sûrs que si Lautaro s’était présenté à la réélection comme député, il aurait lui aussi réussi. Il me semble qu’il y a eu une reconnaissance par le peuple de notre action, de notre travail, de notre engagement envers les demandes sociales et les réformes. En plus, nos deux députées réélues ont doublé leur nombre de voix dans leurs districts, permettant l’élection de leur colistier, elles ont obtenu une majorité élevée. Alors il me semble que ce qui s'est passé avec le parti dans cette élection est un fait politique important.

Mais il y a des éléments à revoir, des points d'autocritique, après les élections ?

L’analyse doit se faire, elle devra être critique et autocritique, indubitablement. Tout n'est pas parfait dans ces processus, nous n’allons pas en rester à la victoire et au positif. Nous devons examiner tout ce qui n’a pas été une bonne expérience, et ceci doit se faire avec beaucoup d’attention. Et sur plusieurs aspects, par exemple : comment a réellement agi l’ensemble du parti, comment ont été nos relations avec les organisations sociales, avec le mouvement social, comment nous avons assimilé les problèmes des gens. Nous devrions aussi nous interroger sur notre politique d’alliances, rappelons que nous avons signé un accord avec le Parti Socialiste (PS), pensant que ceci nous permettrait d'élire un sénateur et cela n'a pas porté ses fruits. Nous devrons conduire une analyse critique pour savoir quels facteurs externes ont influé pour que nous n’ayions pas pu élire un sénateur. Et il y a plusieurs autres choses sur lesquelles il faudra discuter. Nous avons décidé de réunir un Plenum du Comité Central après le deuxième tour des présidentielles, où tout devra être analysé et discuté.

Comment voyez-vous l’arrivée ou l’irruption du Frente Amplio (FA) ?

C’est un phénomène électoral pour partie, je crois qu'eux-mêmes ne s’attendaient pas à une irruption aussi forte dans la vie politique nationale. C’est un fait politique. Les explications sont encore sommaires, mais il en existe une, bien présente, et qui est qu'effectivement les gens veulent des changements dans le pays, veulent avancer plus rapidement. Le FA a eu l’avantage de ne pas être au Gouvernement, ainsi pouvait-il exprimer librement et avec plus de force toutes les politiques de réformes et toutes les demandes, sans les réserves de ceux qui participent au Gouvernement. Les membres du FA ont très bien mis à profit ce moment et cet espace politique, et leur pourcentage apporte en partie la preuve que les gens veulent des transformations, veulent aller de l’avant avec les réformes, pour donner aux changements un élan plus grand. Du point de vue de la stratégie à venir, ceci est bon.

C’est-à-dire que le PCCh aurait pu faire un score plus grand s’il n’avait pas été au gouvernement?

Je ne sais pas. Ce n’est pas le calcul qu’il faut nécessairement faire. Je crois que nous avons réalisé un bon pourcentage, car les gens nous ont vus nous battre pour les réformes, de manière décidée, sans hésitation, même ils nous ont vus très liés au monde social pour impulser ces réformes.

Alors, est-ce une dispute pour l’espace avec le FA qui s'est accentuée, ou bien est-ce que s’est ouverte une possibilité de coordination ? Comment devrait être la relation avec ceux du Front ?

Regardez, le PCCH n’a pas subi de perte d'électeurs. Au contraire des autres partis. La NM a perdu 900 000 voix à cette occasion et le FA en a gagné 900 000. Il faut additionner deux plus deux pour savoir ce qui est arrivé. Se sont déplacées beaucoup de voix qui, avant, allaient à la NM, précisément pour impulser la politique de réformes. Peut-être que maintenant, les électeurs sont désenchantés car on n’allait pas assez vite, car ils espéraient que les réformes se feraient de manière différente, alors ils ont voté pour le FA. Peut-être que le parti aurait pu croître plus, mais nous n’avons pas perdu de voix. Il va falloir voir comment nous allons nous adresser aux électeurs, avec l’idée principale, comme je vous le disais, de continuer l’approfondissement et la progression des transformations.

Comment  voyez-vous les 36% de Sebastiàn Piñera ?

Avec une odeur d’échec pour le candidat de droite. Car ses partisans pensaient, et ont fait penser à beaucoup de gens grâce aux enquêtes d'opinion manipulées, qu’ils allaient gagner au premier tour ou ils assuraient dépasser les 45% et arriver bien positionnés au deuxième tour.

Maintenant Piñera est en train de chercher l’électorat de l’ultraconservateur José Antonio Kast. Pourra-t-il y avoir une avancée vers des positions ultraconservatrices ?

Je ne sais pas comment il fera pour capter ces voix et ces positions, qui ne sont pas seulement ultraconservatrices, mais qui sont à la limite du fascisme qui a régné au Chili avec (Augusto) Pinochet. Mais il devra être porteur de cette partie de la droite. Ceci doit être un motif d’inquiétude, car un Gouvernement de droite supposé, en plus de reculer sur beaucoup d’aspects, de tirer vers l’arrière des réformes et des droits, d'attenter à la stabilité de la fonction publique, se chargerait aussi de ce secteur qui souhaiterait revenir encore plus en arrière, avec des mesures ultraconservatrices.

« Que notre candidat dialogue beaucoup avec le pays »

Une victoire de Alejandro Guillier semble plus probable qu’avant ?

Bien sûr qu'un triomphe de A. Guillier est plus probable maintenant, bien que ce ne soit pas facile. Je ne fais pas de comptes euphoriques, c'est difficile, mais si nous travaillons bien, si nous nous attachons à faire une bonne campagne, si nous nous conduisons de manière intelligente, si nous travaillons bien avec les accords programmatiques et en cherchant d'autres, indubitablement ceci rend la victoire de Guillier plus probable.

Comment le PCCh se situe face à ces trois semaines de campagne du deuxième tour ?

Nous allons nous engager totalement dans la campagne, nous allons contribuer au maximum au triomphe de Guillier et à réussir l’appui des autres forces. Nous allons persévérer pour que continue cette discussion démocratique sur les transformations dont le Chili a besoin.  

Où mettriez-vous l’accent dans cette phase de la campagne ?

Je pense que notre candidat doit communiquer énormément avec le pays, avec les gens, dans les régions, communiquer très bien sur le programme, dire franchement quels sont les changements qu’il va réaliser. Nous devons reproduire ceci dans les conversations avec les gens, donner des arguments, garantir le vote. Avec ceci, faire bien toutes les autres tâches d’une campagne comme celle-là. Ceci est fondamental.

Comment évaluez-vous le facteur Michelle Bachelet dans cette période politique ?

La Présidente, dès le moment où elle a accompli le programme promis au peuple il y a quatre ans, a créé les bases pour continuer le processus de changements. Michelle Bachelet, en ouvrant ce chemin de réformes et transformations que demandent les gens, a beaucoup apporté. Il y a un certain temps les sondages la plaçaient très bas - bien que maintenant nous voyons que les sondages mentent ou sont utilisés politiquement, voire inventés -, mais nous voyons que la Présidente continue d'être très appréciée par une partie du peuple. Il y a une enquête, qui n'a pas été publiée, qui montrait que Michelle Bachelet gagnerait les élections contre S. Piñera si elles avaient lieu aujourd'hui.

Et certains voulaient se tenir à distance d'elle ou mettaient en question sa gestion.

LE PRÉSIDENT DU PARTI COMMUNISTE,
LE DÉPUTÉ GUILLERMO TEILLIER
C'était une erreur. Prendre ses distances avec elle, c'était prendre ses distances avec le processus de réformes que nous devons continuer à mener. Certains se sont trompés en pensant cela. Mais ils ont repris la bonne route en revendiquant et valorisant le travail de la Présidente et le rapprochement qui s'est opéré entre A. Guillier et M. Bachelet est très bon et ceci est positif pour la campagne.

Traduit par NB et JC

mardi 28 novembre 2017

BBVA FAVORABLE AU RACHAT DE SA FILIALE AU CHILI PAR SCOTIA POUR 2,2 MDS USD

«Cette transaction est en ligne avec la stratégie de Scotiabank pour accroître sa présence dans le secteur bancaire au Chili et au sein des pays de l’Alliance du Pacifique», a commenté de son côté la banque canadienne dans un communiqué.

«C’est une opération positive pour le marché chilien et une offre très attractive pour BBVA», a commenté pour sa part dans un autre communiqué Carlos Torres Vila, le directeur général de BBVA qui détient une participation de 68,19% dans sa filiale chilienne.

Le reste de BBVA Chili appartient à la famille Said, à hauteur de 31,62%, qui doit donner son consentement à l’opération.

Celle-ci permettrait une «plus-value nette de 640 millions d’euros» selon la banque espagnole, liée à la famille Said par un pacte d’actionnaires lui octroyant une option préférentielle.

La famille Said peut accepter la vente et devenir associée de Scotiabank ou lui revendre sa participation ou bien chercher à acquérir les 68,19% détenus par BBVA.

Présente dans une trentaine de pays, la banque espagnole compte quelque 72 millions de clients dans le monde et emploie environ 132.000 personnes.

De son côté, Scotiabank souligne être active en Amérique du Nord, en Amérique centrale et latine ainsi qu’en Asie-Pacifique. Elle compte 24 millions de clients et plus de 88.000 salariés.

AFP

lundi 27 novembre 2017

EN SEGUNDA VUELTA: POR UN DIÁLOGO DEMOCRÁTICO QUE INICIE UNA NUEVA ETAPA HISTÓRICA


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EN SEGUNDA VUELTA: POR UN DIÁLOGO DEMOCRÁTICO 
QUE INICIE UNA NUEVA ETAPA HISTÓRICA
Los académicos e integrantes de las fuerzas invitadas al diálogo de cara a la segunda vuelta electoral, Carlos Ruiz Encina (Presidente de Nodo XXI/ Izquierda Autónoma) y Fernando Atria (Partido Socialista), instalan en la palestra pública un eje de debate constructivo posible entre el Frente Amplio y el bloque Fuerza Mayoría basado en las necesidades manifestadas por las luchas sociales de los años recientes en nuestro país.
El documento titulado “En segunda vuelta: por un diálogo democrático que inicie una nueva etapa histórica“, reproducido parcialmente esta mañana en el diario La Tercera, apuesta al diálogo desde y para la izquierda integrante de la nueva coalición política y del bloque oficialista, poniendo énfasis en un programa de finalización de una institucionalidad que, aunque heredada de la dictadura, se vio fortalecida y consolidada durante la transición democrática.

Con mucha dificultad y esfuerzo, la sociedad chilena comienza a abrir una posibilidad de cambios. Está ante nosotros la oportunidad de superar el país fundado por la dictadura cívico-militar. La oportunidad de conquistar una democracia social y política plena. Esta posibilidad ha sido abierta por el resultado de la primera vuelta presidencial, en que, contra todos los pronósticos, se manifestó una clara mayoría que respalda la necesidad de transformaciones profundas que signifiquen la salida del modelo neoliberal.

Esa mayoría, sin embargo, hoy no está políticamente articulada. El desafío del momento es buscar formas de articulación, a través del diálogo y la deliberación democrática. El planteamiento que sigue busca contribuir a ese diálogo, no introducir un espacio paralelo. Nos comprometemos a ser solidarios y respetuosos de nuestras propias instancias políticas, estimulando su debate y aceptando sus resoluciones finales.

Los chilenos han puesto un enorme esfuerzo en los últimos años para conquistar la libertad y la democracia prometidas. Es hora de que los actores políticos estén a tono con el nuevo Chile. Nosotros, desde ya, nos ponemos en disposición de colaborar con el diálogo inter-generacional, plural y entre iguales que las fuerzas democráticas y de izquierda han de dar. Vivimos tiempos de grandes oportunidades. Tenemos una gran responsabilidad. Es momento de mirar al futuro, y dialogar para conquistarlo.

En las últimas décadas la sociedad chilena ha experimentado una acelerada modernización neoliberal. De sus efectos ha surgido un país nuevo, con sus luces y sus sombras. Algunos han pronosticado, desde distintas veredas, que los chilenos ansían simplemente más y mejor mercado. Que la participación política ya no está en el horizonte sino en el pasado, y que la acción individual es el límite de la vida humana. Pero esas voces se han apresurado en sus juicios. Han caído, de nuevas maneras, en la vieja utopía del fin de la historia.

En realidad, Chile se adentra en aguas inexploradas de su curso histórico. La derecha formal no aumenta sino que mantiene su votación tradicional, incluso sumadas sus dos candidaturas. En un proceso todavía incipiente, complejo y para nada lineal, los chilenos han planteado con cada vez más fuerza su malestar con la modernización neoliberal imperante. No porque rechacen la modernización, sino porque ansían una genuina modernidad. Porque reclaman mayor libertad y soberanía sobre la vida, mayor igualdad de género, más justicia social y mayor respeto al valor singular e irremplazable de cada individuo.

El malestar personal, los nuevos movimientos sociales, el surgimiento de nuevas fuerzas políticas y los recientes resultados electorales dan cuenta de esta nueva sociedad. No obstante, no hay garantías de que este potencial se exprese en un sentido democrático y edificante. El horizonte está abierto a más democracia, pero también a futuros menos auspiciosos. Es hora de una alta responsabilidad histórica.

De muchas maneras, dentro y fuera del Estado, las fuerzas de izquierda y democráticas han intentado resistir la expansión del mercado sobre la sociedad. Pero hasta estos años, eso no ha sido posible. Hoy es momento de abandonar los sectarismos y los hegemonismos, y dar paso a un diálogo fecundo y entre iguales. Un diálogo entre las fuerzas nuevas, forjadas al calor del Chile neoliberal, y las históricas, herederas de las luchas del siglo XX. Sólo un compromiso resultante de tal diálogo puede evitar que la derecha formal gobierne, y más importante aún, defender la posibilidad de cambios que tanto ha costado abrir.

Creemos que este diálogo no puede estar determinado por cargos o cupos gubernamentales. No son esas discusiones las que espera la ciudadanía. El diálogo ha de partir de la base del compromiso de las fuerzas democráticas por impulsar un proceso constituyente, uno en el cual el poder constituyente retorne a su titular, el pueblo. La manera de avanzar en esa dirección es mediante la realización de un plebiscito constitucional, que abra la vía para una Asamblea Constituyente.

La razón por la que una nueva constitución es necesaria es porque necesitamos una constitución que constitucionalice la salida del neoliberalismo. Esto significa, primero, una que en vez de neutralizar la política institucional la fortalezca, de modo de devolver a los ciudadanos la posibilidad de decidir políticamente sobre el destino de Chile. Así será la democracia, y no el mercado, el eje ordenador de nuestra vida social y política.

En segundo lugar, significa superar el actual carácter subsidiario del Estado. Esto por su parte implica garantizar en la constitución -no mediante glosas presupuestarias o subsidios- los derechos sociales fundamentales, hoy colonizados por el mercado. Hemos de garantizar constitucionalmente el derecho a la educación, dando paso a la reconstrucción y expansión de la educación pública hasta que sea efectivamente un espacio de libertad y auto-determinación para la sociedad. Hemos de garantizar constitucionalmente el derecho a la salud, desmercantilizando el cuidado de nuestros cuerpos y la protección de la vida a través de la construcción de un nuevo sistema de salud pública. Debemos también garantizar constitucionalmente la previsión social como un derecho, a través de un sistema de reparto, superando la capitalización individual de las actuales AFP.

La reconstrucción de los servicios sociales como espacios públicos de libertad debe hacer retrotraer la influencia del mercado sobre la vida, recuperándola para los ciudadanos. En tal acto, debemos asumir que las consecuencias de dicha mercantilización también son una responsabilidad pública, impulsando la condonación de las deudas educativas y otras formas de reparación al daño que el mercado ha causado. Más importante aún, debemos garantizar que el diálogo sobre la orientación de estos ámbitos descanse en un genuino debate público y democrático, y no en la influencia oscura que, hasta hoy, han tenido los poderes privados que controlan la provisión de las prestaciones sociales y los subsidios públicos. En definitiva, hemos de garantizar en nuestro pacto constitucional el carácter democrático, público y no mercantil de estas esferas sociales, recuperando soberanía democrática sobre la cultura, la protección de la vida y nuestra vejez.

Estas son para nosotros las bases de un diálogo entre las fuerzas democráticas. Pero por supuesto, no son su límite. Con mucho esfuerzo diversos movimientos han planteado distintas demandas y propuestas, que han de ser recogidas por la política en un diálogo cada vez más fecundo. Hemos de superar años de desarticulación social y procesamiento tecnocrático de demandas sociales, abriendo la política a la sociedad. Esto va más allá de un puro momento constituyente, proyectando un proceso largo y complejo de avances, en distintos planos, hacia más democracia y justicia. Es de tal encuentro, y no de un recetario de medidas técnicas bien diseñadas, del cual puede surgir la fuerza para iniciar una nueva etapa histórica.

Fernando Atria Lemaitre – Carlos Ruiz Encina

Académicos Universidad de Chile
Santiago | 25 de noviembre de 2017