vendredi 2 octobre 2009

Nguyên Minh Triêt débute sa visite d'État au Chili

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Mme Michelle Bachelet et M Nguyên Minh Triêt Photo Alex Ibañez

Nguyên Minh Triêt et sa suite ont été accueillis à l'aéroport international Arturo M. Benitez par, entre autres, le chef du Département de protocole du ministère chilien des Affaires étrangères, Rolando Drago Rodriguez, et l'ambassadeur chilien au Vietnam, Jorge Canelas Ugande.

Selon le programme prévu, la cérémonie d'accueil officielle devait avoir lieu le 30 septembre, à midi (heure locale), en présence de la présidente chilienne, Michelle Bachelet. Un entretien entre les 2 présidents est prévu par la suite.

VNA/CVN

lundi 28 septembre 2009

"L'aide fatale": éloge de la dictature

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"L'aide fatale", Dambisa Moyo, Jean-Claude Lattès, 256 pages, 20 euros.
Mais ces dollars "ont-ils amélioré le sort des peuples africains ? Non. L'aide a rendu plus pauvres les pauvres et a ralenti la croissance", poursuit-elle, passant en revue les raisons de l'échec des pays africains : environnement, facteurs historiques, tissu ethnolinguistique fragmenté, faiblesse des institutions politiques. Si ce constat est à peu près partagé par nombre d'économistes, le "nouveau modèle de financement du développement à l'usage des pays les plus pauvres" que propose alors l'auteur a suscité aux Etats-Unis une vive polémique qui a propulsé le livre dans la catégorie des best-sellers.

Ce n'est pas l'aide qui est responsable de la réussite du Botswana entre 1968 et 2001, affirme par exemple Mme Moyo, mais sa "politique favorisant l'économie de marché", écrit-elle. Elle soutient même la thèse que "la démocratie peut être un obstacle au développement", comme en témoigne, écrit-elle, "le succès économique" du Chili de Pinochet ! "Dans un monde idéal, ce dont ont besoin les pays pauvres (...), c'est d'un dictateur bienveillant décidé à imposer les réformes nécessaires pour donner une impulsion à l'économie", écrit-elle. Parmi les effets pervers de l'aide, Mme Moyo pointe la corruption, la captation de la rente par les militaires, la réduction de l'épargne, l'inflation...

Quelles sont, selon l'auteur, les solutions pour développer l'Afrique ? "Une société civile qui fonctionne bien et un corps de citoyens politiquement responsables sont l'assise solide d'un développement viable dans le long terme", dans un "environnement à l'intérieur duquel le secteur privé pourra s'épanouir". Elle se prononce aussi en faveur d'une augmentation de l'investissement direct étranger (IDE) - dont l'Afrique ne profite pas assez -, du développement de la microfinance, du commerce avec la Chine et les pays émergents et "d'institutions" soumises à "l'obligation de rendre des comptes".

L'Aide fatale, Dambisa Moyo, Jean-Claude Lattès, 256 pages, 20 euros

Pierre Jullien

vendredi 25 septembre 2009

Sous le coup de Pinochet

«Il faudra attendre jusqu’au dernier disparu dépisté pour retrouver une paix sociale au Chili, déplore le Chilien Andrés Muñoz. Mais il restera toujours des crimes non éclaircis, puisque plusieurs cadavres ont été lancés dans la mer.» Emprisonné en 1973 lorsqu’il était vice-président de l’association de l’Université de Santiago, Andrés Muñoz est l’un des 10 000 immigrants chiliens du Québec et membre de l’une des 1 000 familles à s’être exilées ici, en 1974, pour fuir la dictature.

Âgé de 59 ans, il arbore maintenant un uniforme de chauffeur d’autobus de la STM et se rappelle très bien de la période où il est retourné au Chili, de 1991 à 1993. À cette époque, le général Pinochet était toujours le commandant en chef de l’armée. Son régime avait laissé au pays plus de cinq millions de pauvres sur les 13 millions de Chiliens, des entreprises vendues au privé et des infrastructures peu avancées. «Il y avait tous ces politiciens à fleur de peau, mais aussi ces gens amorphes, qui considéraient comme fou celui qui oeuvrait dans des activités communautaires, relate Andrés Muñoz. Dorénavant, c’était chacun pour soi.»

L’héritage de Pinochet

L’exilé chilien Ricardo Contreras, sociologue et responsable des communications de l’Association des Chiliens du Québec, soutient qu’en 2009, les Chiliens ressassent toujours des frustrations face au gouvernement. «Les appareils de répression ont été démantelés, mais il reste toujours l’essence même du régime de Pinochet, explique M. Contreras, notamment la Constitution de 1980, de laquelle est issu le système judiciaire qui a longtemps mis des bâtons dans les roues des commissions d’enquête sur le régime dictatorial.»

Les investigations des cas de violations des droits de la personne tirent à leur fin. C’est ce qu’a déclaré le 2 septembre dernier le magistrat de la justice chilienne, Víctor Montiglio. Ce dernier a émis 129 mandats d’arrêt contre d’anciens militaires et policiers accusés d’exactions sous la dictature d’Augusto Pinochet. Environ 60 d’entre eux n’ont jamais été poursuivis en justice depuis la fin du régime militaire. Le bilan des victimes de torture se chiffre à 400 000 personnes, auxquelles l’État chilien verse une compensation financière à vie et accorde quelques avantages en termes d’accès aux services de santé publique.

Le rapport de la Commission nationale sur l’emprisonnement et la torture, publié en 2005, fait aussi état de 3200 opposants tués, dont 1200 disparus. Les familles de ces victimes n’ont cependant pas droit à une compensation - ni morale ni financière - de la part du gouvernement. Les arrestations des anciens militaires, dont les procès ont déjà commencé, témoignent le progrès du système judiciaire chilien. Pour les familles des victimes, elles ne mettent cependant pas fin à la dette de Pinochet envers la société.

Des groupes informels, composés pour la plupart d’enfants de victimes de la répression, ont vu le jour un peu partout au pays. Le but de ces regroupements est de faire leur propre justice expéditive. À Santiago du Chili, il existe par exemple la Commission des droits humains, FUNA, du verbe familier «funar», qui signifie dénoncer. Les participants «rendent visite » aux criminels, chez eux ou à leur travail, en faisant du bruit et en brandissant des affiches sur lesquelles figurent leurs coordonnées ainsi que les crimes qu’ils ont commis. Des clips de ce genre de dénonciations peuvent être visionnés sur YouTube, notamment celui de l’assassin du populaire chanteur chilien Víctor Jara, torturé puis tué par 44 coups de feu.

Tourner le dos à la politique

«Ce que Pinochet a laissé comme héritage chez les jeunes, c’est le manque d’envie de participer à la vie politique», explique le sociologue Ricardo Contreras. À ce jour, plus de trois millions de Chiliens, en majorité des jeunes, ne sont pas inscrits sur la liste électorale des élections présidentielles et législatives de décembre prochain. En vue des prochaines élections, le gouvernement a lancé une campagne en faveur du vote dont le slogan est « Yo tengo el poder, yo voto » (J’ai le pouvoir, je vote). Au Chili, le vote n’est obligatoire que pour ceux qui sont inscrits sur les listes électorales. Une fois enregistré, le citoyen a l’obligation, à vie, de voter, au risque d’encourir une amende s’il ne le fait pas.

«Ça me plairait qu’il existe une inscription automatique, mais le vote devrait se faire sur une base volontaire», commente Ivan Renato Canales, un étudiant de l’Université de Santiago. Le jeune homme de 23 ans n’est pas inscrit et ne votera donc pas aux prochaines élections, même s’il dit croire en son gouvernement.

« La politique chilienne s’enlise avec les années, puisqu’il y a toujours des abus de pouvoir ; et ainsi, je suis plutôt revêche à parler de politique », explique Maximiliano Andrés Salazar, un étudiant de 24 ans de l’Université de Santiago. Malgré cette réserve, il vote pour participer aux choix de son gouvernement.

Depuis la chute du régime du général Pinochet en 1990, c’est la coalition de centre-gauche, la Concertation de partis pour la démocratie, qui est au pouvoir. Mais aujourd’hui, pour la première fois depuis le retour à la démocratie, la coalition de droite, l’Alliance pour le Chili, est en avance dans les sondages. Si la droite revient au pouvoir en décembre, elle sera certes à contrecourant des nouveaux gouvernements de gauche latino-américains, mais pourra peut-être affranchir la politique chilienne de l’héritage d’Augusto Pinochet.

Julie TURGEON

Débat télévisé pour les candidats, mais après la série

Jorge Arrate lors du débat télévisé. Photo Álex Moreno

Pas plus d’une minute trente. C’était le temps de réponse que chaque candidat avait pour expliquer son programme. Un format qui a obligé les candidats à recourir aux formules publicitaires, balayées les explications, les nuances.

Ce format a aussi empêché tout débat entre les candidats. Les questions abordaient les inquiétudes des Chiliens : la délinquance, la santé, l’éducation.

Chacun a fait ce qu’on attendait de lui. Sebastian Piñera, le candidat unique de la droite, est le grand favori des sondages. Pour ce chef d’entreprise millionnaire, le défi consistait à se montrer proche du Chilien moyen.

Eduardo Frei est le candidat de la coalition au pouvoir depuis 20 ans. Il est deuxième dans les sondages. Il a tenté de récupérer un peu de la popularité de l’actuelle présidente qui bénéficie de 73 % de soutien, en promettant de poursuivre son programme social. Il a critiqué son adversaire de droite pour ses conflits d’intérêts avec le secteur privé.

Marco Enriquez-Ominami (ex-socialiste) est indépendant. Il est le troisième dans les sondages. Cet électron libre a dû rassurer sur ses capacités à gouverner, il a dû aussi convaincre que lui seul incarnait le changement.

Enfin, Jorge Arrate, le candidat d’extrême-gauche, a su utiliser la fenêtre médiatique qui lui était offerte pour mettre sur le tapis les sujets qui fâchent et dont personne ne parle.

Claire Martin

Chili: vif débat sur les affaires du candidat présidentiel de droite

Eduardo Frei lors du débat télévisé. Photo Álex Moreno
M. Frei, un démocrate-chrétien président de 1994 à 2000 et candidat de la coalition de centre-gauche au pouvoir, a évoqué un soupçon de délit d'initiés concernant une prise de participation de M. Piñera en 2006 dans la compagnie aérienne chilienne LAN, dont l'homme d'affaires milliardaire est actionnaire.

M. Frei a évoqué un rapport de l'ONG Transparency International qui cite son rival et s'est demandé si "une personne qui aspire à la présidence peut figurer dans un rapport de Transparency" International sur des pratiques de corruption.

M. Piñera s'est insurgé contre "une accusation irresponsable et qui ne dit pas la vérité. Je n'ai jamais usé de délits d'initiés, personne ne m'en a accusé, et j'espère qu'il va s'excuser", a-t-il lancé dans le plus vif échange du débat de 90 minutes, aux côtés de deux autres candidats.

M. Piñera avait été condamné en 2007 à payer une amende de 670.000 dollars par l'autorité des marchés qui l'accusait de délit d'initiés après qu'il eu acheté des actions de LAN, la veille de la publication par l'entreprise d'une hausse de 31% de ses bénéfices qui avait fait monter la valeur des actions.

Mais l'interprétation très stricte de l'autorité régulatrice avait été controversée. M. Piñera avait dénoncé à l'époque une persécution politique.

L'entrepreneur de 59 ans, battu à la présidentielle de 2005 par la socialiste Michelle Bachelet, est cette fois favori des sondages pour l'élection du 13 décembre avec entre 37 et 40% des intentions de vote, contre 27 à 30% pour Frei, et 15 à 17% pour l'indépendant ex-socialiste Marco-Enriquez Ominami, selon les sondages.

mercredi 23 septembre 2009

Plongeon au coeur de la Voie lactée

La première image du projet GigaGalaxy Zoom nous montrait un panorama de la Voie lactée. La deuxième, large de 34 par 20 degrés, nous fait découvrir notre Galaxie telle que les astronomes amateurs du monde entier peuvent la contempler. Toutefois, l'incroyable beauté de cette image est essentiellement due à la qualité du site d'observation et à l'habilité de Stéphane Guisard, cet astrophotographe de renommée internationale qui est également ingénieur de l'ESO.

Cette deuxième image a en effet bénéficié de la qualité exceptionnelle du ciel de Paranal, un des ciels les plus purs de la planète, là où se trouve justement le très grand télescope (VLT) de l'ESO. De plus, Stéphane Guisard est ingénieur opticien spécialisé dans les télescopes, une expertise rare dans le monde des astrophotographes. En tant que chef de l'équipe d'ingénierie optique de l'Observatoire Paranal, il a la responsabilité d'assurer la meilleure performance optique du VLT.

Pour réaliser cette formidable mosaïque, en couleur réelle, de la région centrale de notre Galaxie, Stéphane Guisard a assemblé près de 1.200 images. Cette création représente plus de 200 heures de temps de pose, réalisées durant 29 nuits durant les temps libres de Stéphane Guisard alors qu'il travaille de jour à Paranal.

Chili. «J’ai pour ambition de changer la gauche»

Jorge Arrate. Nous vivons dans une semi-démocratie, une démocratie incomplète. Entre 40 % et 50 % des citoyens ne participent pas aux élections. 90 % des moins de 34 ans ne sont pas inscrits sur les registres électoraux. Il s’est développé un désintérêt pour le suffrage universel. Ce système rejette des forces comme le PC, qui, depuis vingt ans, n’a jamais eu un seul député. Il fut inventé par Pinochet pour transformer le Chili en un pays bi-partidaire qui exclut ceux qui restent en dehors des grandes coalitions. De plus, le contrôle des médias est quasi total par quelques familles réactionnaires. Sur le plan socio-économique, le Chili est un des douze pays ayant la pire redistribution des richesses au monde. 10 % des plus riches possèdent 45 % du PIB, et 20 % près de 70 %. Ceci n’a pas évolué ces dernières années. Pourtant, la richesse du pays a plus que doublé. Ceci veut dire que la croissance s’est distribuée selon les mêmes proportions qu’il y a vingt ans. Les inégalités ont donc augmenté. De cela, personne ne parle au Chili.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Jorge Arrate. Dans les premières années, il y avait une précaution extrême. Pinochet désignait neuf sénateurs qui rendaient impossible d’adopter un quelconque projet de loi au Congrès, et il restait commandant en chef de l’armée. Puis le système a gardé ces verrous : les sénateurs désignés, les lois organiques impossibles à modifier, un système électoral injuste dont le principe de base est que 33 % des votes sont égaux à 66 %. Donc, le fait est que les changements qui furent tentés ont échoué. La Concertacion n’a pas eu la force ni le courage de poursuivre et, au contraire, elle s’est progressivement moulée au système.

Quelles sont vos propositions pour lutter contre les inégalités ?

Jorge Arrate. Il faut développer une action de grande ampleur, simultanée dans tout le pays. Il faut consacrer une part substantielle du PIB à un programme de lutte sur tous les fronts : éducation, santé, habitat, retraites, il faut tout faire en même temps. Nous proposons que le salaire minimum de 180 000 pesos chiliens (250 euros) soit porté à 250 000 pesos chiliens, ce qui correspond au salaire minimum éthique. Sur quatre ans, on augmenterait les salaires de 10 % à 12 % par année. Les grandes entreprises peuvent l’assumer. Les PME qui génèrent 70 % de l’emploi au Chili doivent être soutenues. Le système bancaire les exploite brutalement. Il faut baisser donc substantiellement les intérêts qu’elles payent. Surtout, je préconise d’instaurer des réserves de marché pour les PME chiliennes, dans la restauration ou l’hôtellerie par exemple. Nous avons le savoir-faire et n’avons pas besoin des chaînes internationales de fast-food ou d’hôtels.

Les retraites continuent d’être misérables. La mise en place d’une retraite minimum à 75 000 pesos chiliens (environ 100 euros) est insuffisante. Il faut les porter au niveau du salaire minimum éthique, par un système public qui se substituerait au système privé.

Fondamentalement, il faut une réforme fiscale. 70 % des ressources fiscales de l’État proviennent aujourd’hui de la TVA payée de façon uniforme par riches et pauvres. Il faut faire payer plus à ceux qui ont plus. Les déductions fiscales sont légion ici, de sorte que les entreprises payent très peu d’impôts.

Si on fait tout cela, les simulations montrent que l’impact sera significatif. Si on y ajoute les mesures d’investissement dans l’éducation, la santé et l’habitat, alors on modifie profondément la répartition des richesses.

Photo Galerie de photos de jorgearrate chez Flickr

Vous soutenez l’idée d’une Assemblée constituante, pourquoi ?

Jorge Arrate. La Constitution en vigueur est celle de Pinochet à laquelle ont été apportées des modifications à la marge. Un exemple : l’article 21 limite l’État dans tout projet économique. Par exemple, le port de Coquimbo, qui est le dernier port aux mains de l’État, aurait besoin d’un nouveau quai pour accueillir les navires de tourisme transatlantique. Ce port est largement bénéficiaire mais il ne peut pas construire ce quai parce qu’il est propriété de l’État ! Cet investissement lui est donc interdit. L’État a les mains totalement liées. Nous croyons qu’une nouvelle Constitution doit être élaborée à travers un processus d’Assemblée constituante. Pour consulter les Chiliens sur cette idée, nous avons demandé à Michelle Bachelet de rajouter une 4e urne lors de l’élection du 13 décembre.

Votre candidature change-t-elle la gauche chilienne ?

Jorge Arrate. Cette candidature a pour ambition de reconstruire la gauche au Chili. Les exemples qui émergent en Europe avec Die Linke ou le PG et le Front de gauche sont d’ailleurs particulièrement intéressants à suivre. Ici, le PC avait déjà réalisé à la dernière présidentielle un rassemblement mais il manquait encore le secteur socialiste. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est de nous additionner à ce premier effort unitaire. C’est une accumulation d’histoires. Cette gauche classique, socialiste et communiste se joint aussi à des forces plus récentes comme Izquierda 21, La Surda, des secteurs libertaires. Nous devons nous construire sur la base de fusions successives. C’est l’objectif de cette candidature. Après cette campagne, nous resterons ensemble.

Propos traduits et recueillis par Alexis Corbière et Raquel Garrido.