mercredi 19 décembre 2018

BOLSONARO: « VIVRE EN FRANCE EST INSUPPORTABLE » À CAUSE DES MIGRANTS


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DESSIN VASCO GARGAL
Rio de Janeiro (AFP) - Le président élu d'extrême droite du Brésil Jair Bolsonaro a affirmé qu'il était "insupportable de vivre dans certains endroits en France" à cause des migrants et répété qu'il comptait sortir du pacte mondial de l'ONU sur les migrations.
«Tout le monde sait ce qui se passe en France. C'est simplement insupportable de vivre dans certains endroits en France », a déclaré le futur chef de l'Etat au cours d'une diffusion en direct mardi soir sur le réseau social Facebook.
« UNE MALADIE COURANTE EST LA DIARRHÉE VERBALE ET LA CONSTIPATION CÉRÉBRALE »
« Et l'intolérance a tendance à continuer d'augmenter. Ceux qui sont allés là-bas, le peuple français les a accueillis de la meilleure façon possible », a ajouté M. Bolsonaro.

«  Mais vous savez comment sont ces gens-là, ils ont quelque chose en eux, ils n'abandonnent pas leurs racines et veulent faire valoir leur culture, leurs droits acquis et leurs privilèges », a-t-il affirmé, sans préciser à quels migrants il fait allusion.

« La France souffre à cause de ça, une partie de la population, une partie de l'armée, une partie des institutions commencent à se plaindre de ça. Nous ne voulons pas de ça pour le Brésil », a-t-il encore affirmé.

Jair Bolsonaro a répété que le futur gouvernement brésilien allait « dénoncer et révoquer » le Pacte mondial sur les migrations de l'ONU, signé la semaine dernière à Marrakech (Maroc) par près de 160 pays, dont le Brésil représenté par son gouvernement actuel.

« Malheureusement, le Brésil, avec le ministre actuel des Affaires étrangères (Aloysio Nunes, ndlr), a signé le pacte. Nous ne sommes pas contre les immigrants, mais nous devons avoir des critères très rigoureux pour entrer au Brésil. Nous allons dénoncer et révoquer ce pacte sur l'immigration », a-t-il dit.

Jair Bolsonaro et son futur chef de la diplomatie Ernesto Araujo vouent une fervente admiration au président américain Donald Trump et leurs déclarations récentes laissent présager une rupture brutale avec la tradition brésilienne de multilatéralisme.

Fin 2015, quand il était encore en campagne à la présidentielle américaine, Trump avait provoqué un tollé en affirmant que « Paris n'est plus la ville sécurisée qu'elle était ».

« Il y a des quartiers qui sont radicalisés, où la police refuse d'aller. Ils sont terrifiés », avait-il déclaré.

Lors de la même transmission en direct, le président élu du Brésil a également affirmé qu'il fera tout son possible « dans le cadre de la loi, de la démocratie » contre les gouvernements cubain et vénézuélien.

Il a rappelé que « ni le dictateur cubain » Miguel Diaz-Canel   « ni le dictateur vénézuélien » Nicolas Maduro n'ont été invités à sa cérémonie d'investiture, qui aura lieu le 1er janvier à Brasilia.


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BRÉSIL : JAIR BOLSONARO, PAS ENCORE EN FONCTION, DÉJÀ RATTRAPÉ PAR LES AFFAIRES


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FLAVIO BOLSONARO (ARRIÈRE-PLAN), DONT LE CHAUFFEUR
FAIT L’OBJET D’UNE ENQUÊTE, ET SON PÈRE JAIR,
LE PRÉSIDENT ÉLU DU BRÉSIL, À BRASILIA, LE 27 NOVEMBRE.
PHOTO ADRIANO MACHADO  
L’ex-homme à tout faire d’un des fils du président élu doit s’expliquer devant la justice sur des mouvements financiers « atypiques ».
Pendant près de dix jours, il fut l’un des hommes les plus recherchés du Brésil. Celui dont la parole pourrait enfin laver le futur président brésilien, Jair Bolsonaro, de tout soupçon de malversation ou, au contraire, transformer une minable affaire crapuleuse en un « Bolsogate ».

Invisible, inaudible, depuis la révélation de l’« affaire », Fabricio Queiroz, ancien chauffeur et agent de sécurité de Flavio Bolsonaro, fils du futur chef d’Etat, devrait réapparaître mercredi 19 décembre. A 14 heures, heure de Brasilia, l’ex-homme à tout faire de l’aîné des Bolsonaro, député à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro et tout juste élu au Sénat fédéral, devra s’expliquer devant les enquêteurs au sujet de ses mouvements financiers « atypiques ».

Un rapport du Conseil de contrôle des activités financières (COAF), rendu public par le quotidien Estado de Sao Paulo, le 6 décembre, a noté que l’employé avait déposé et retiré de son compte bancaire quelque 1,2 million de reais (environ 350 000 euros à l’époque) entre janvier 2016 et janvier 2017.

Une somme « incompatible avec le patrimoine, l’activité professionnelle et la capacité financière » de M. Queiroz, souligne la COAF.

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Tactique de blanchiment d’argent
Ancien policier militaire, Fabricio Queiroz, ami de la famille Bolsonaro, dont les idées politiques sont alignées avec celles du président élu, a cessé de travailler pour Flavio Bolsonaro le 15 octobre, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle.

« C’est un modus operandi très fréquent chez les députés dits du “bas clergé” ».

A en croire les experts, sa frénésie de dépôts (176 en un an) et de retraits (56), en petits montants et en liquide, serait une tactique de blanchiment d’argent. Dans le détail, une kyrielle d’assistants parlementaires de Flavio Bolsonaro déposaient, quelques jours après le versement de leurs salaires, une somme sur le compte de M. Queiroz. Dans la foulée, celui-ci effectuait un retrait en espèces d’un montant équivalent.

« C’est un modus operandi très fréquent chez les députés dits du “bas clergé” », explique une source à Brasilia, évoquant ces parlementaires appartenant à des petits partis comme le Parti social-libéral (PSL) de Bolsonaro. Qualifiée de « péage », la tactique consiste à ponctionner une partie du salaire des assistants parlementaires afin de couvrir des dépenses inavouables. Les dits employés étant, pour la plupart, fictifs.

« Celui qui doit s’expliquer, c’est mon ancien assistant, pas moi. » Flavio Bolsonaro

De forts soupçons planent notamment sur Nathalia de Melo Queiroz, fille de M. Queiroz, embauchée par Flavio Bolsonaro tout en travaillant à la réception d’une salle de sport à une quinzaine de kilomètres de l’Assemblée de Rio.

Alliant le courage à la solidarité, le fils du futur chef d’Etat a balayé l’affaire d’un revers de la main, se défaussant sur l’ami de la famille : « Celui qui doit s’expliquer, c’est mon ancien assistant, pas moi. »

Explication tortueuse
L’escroquerie présumée ne s’arrête pas à Flavio. Au sein de ces étrangetés financières, la COAF a repéré un chèque de 24 000 reais que M. Queiroz aurait déposé sur le compte de Michelle Bolsonaro, l’épouse du leader de l’extrême droite. A en croire Jair Bolsonaro, la somme lui était en réalité destinée. Et correspondrait à une partie du remboursement d’un emprunt de 40 000 reais que le président élu aurait accordé à l’ancien chauffeur.

« J’aurais pu le mettre sur mon compte. Ça a été sur celui de ma femme parce que je n’ai pas le temps de sortir. Voilà l’histoire, rien de plus. Je ne veux rien cacher », a confié le militaire de réserve au site O Antagonista. Une explication un brin tortueuse qui omet de préciser à quoi auraient servi ces 40 000 reais.

Une popularité toujours exceptionnelle
Le dossier, embarrassant, est encore loin du scandale d’Etat. Habitués aux détournements de millions, les Brésiliens sont tentés de qualifier ce petit trafic de péché véniel. A quelques jours de son entrée en fonctions, le 1er janvier, Jair Bolsonaro jouit toujours d’une popularité exceptionnelle : selon un sondage CNI-Ibope publié le 13 décembre, 75 % des Brésiliens pensent que le président élu et son équipe vont « dans la bonne direction ». « Ce qui arrive est un peu exagéré », commente Carlos Bolsonaro, le puîné.

 Supporteurs du président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, à Rio de Janeiro le 7 octobre 2018, durant la campagne présidentielle.
Supporteurs du président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, à Rio de Janeiro le 7 octobre 2018, durant la campagne présidentielle. MAURO PIMENTEL / AFP
Il n’empêche. L’affaire fait désordre. Le militaire qui s’est présenté aux électeurs comme l’incarnation de la décence et de la moralité donne aujourd’hui l’image d’un filou de bas étage. Surnommé le « mythe » par ses fans, Jair Bolsonaro dévoile, avant même son arrivée au pouvoir, les travers d’un homme politique presque ordinaire au Brésil.

« Même s’il n’aboutit à rien, le scandale est éclairant. Il montre que Bolsonaro est un mythe uniquement pour ses électeurs les plus aveugles. Que le modèle d’éthique du futur président et de ses proches est, comme pour la majorité des hommes, le produit de son milieu. Et pour celui qui navigue dans le bas clergé de la politique, ce milieu est plein de “péages”, d’employés fictifs et de ruses antirépublicaines », écrit l’éditorialiste Helio Schwartsman, dans le quotidien Folha de Sao Paulo, le 18 décembre.

Lire aussi  « On voit bien que Bolsonaro est honnête » : jour de vote à Rio de Janeiro
Certains imaginent déjà les possibles développements de l’affaire faisant de Jair Bolsonaro une réplique de Fernando Collor : ce président, élu en 1989 en se présentant comme un « chasseur de corrompus », fut destitué deux ans plus tard après la mise au jour d’un scandale de corruption.

Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)

lundi 17 décembre 2018

LE GILET JAUNE, UN APPEL À LA LUTTE JUSQU’AU CHILI


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NÉ AU PAYS DES POÈTES RAVAGÉ PAR QUARANTE-CINQ ANS DE 
NÉOLIBÉRALISME, CE TRENTENAIRE JOVIAL, QUI VIT DANS UNE
CARAVANE EN SEINE-ET-MARNE, SAIT COMBIEN 
LE QUOTIDIEN EST UN COMBAT. 
PHOTO JULIEN JAULIN/HANSLUCAS
Intermittent du spectacle, Antonio a enfilé la célèbre chasuble pour dénoncer les ravages du néolibéralisme qui sévit de son Amérique natale aux pavés parisiens.
«DESPIERTA CHILE. » 
(RÉVEILLE-TOI CHILI)
PHOTO FACEBOOK
par Cécile Rousseau
«Despierta Chile. » Réveille-toi Chili. Le 8 décembre, place de la République à Paris, Antonio Avila Donoso avait revêtu pour la première fois un gilet jaune au message détonnant. Dans la foule tranquille en fluo émergeait une voix des antipodes. « Je n’étais pas là les premiers samedis, j’étais en résidence ailleurs », s’excuse presque l’artiste dans un français chantant. Des manifestations étudiantes contre les frais d’inscription astronomiques au Chili en 2011 en passant par Nuit debout en France au printemps 2016, il finit toujours par percuter les luttes. Au début, le metteur en scène et comédien se demandait si les chasubles couleur soleil ne viraient pas un peu au brun. « J’en ai beaucoup parlé avec mes collègues pendant les répétitions. Je me suis renseigné, mais ça n’a rien à voir, s’enthousiasme-t-il. C’est un appel à la révolte. Les classes populaires et moyennes en ont marre que les décisions politiques passent au-dessus de leurs têtes. »

« Une alimentation chère et des droits sociaux quasi inexistants »

Preuve que le bouillonnement dépasse les frontières, sa photo prise ce jour-là a été partagée des milliers de fois sur Facebook. Né au pays des poètes ravagé par quarante-cinq ans de néolibéralisme, le trentenaire jovial sait combien le quotidien est un combat. « L’alimentation est chère. Les droits sociaux quasi inexistants. Les retraites sont entièrement gérées par les fonds privés AFP (administradoras de fondos de pensiones – NDLR). Les gens cotisent et tombent dans la pauvreté quand l’âge de la retraite arrive, c’est d’une violence ! Pendant les dix-sept ans de la dictature, on a essayé de nous faire croire que la politique ne nous concernait pas. Mais les Chiliens doivent bouger, sortir de chez eux. »

Arrivé en France six ans plus tôt, Antonio a aussi connu la précarité version hémisphère Nord. Qu’il pleuve ou qu’il vente, il a sillonné les rues de Paris sur sa bicyclette. Du temps où les coursiers de Deliveroo étaient encore rémunérés à l’heure et non pas à la commande. « J’ai arrêté à ce moment-là, glisse-t-il. J’étais payé une misère en autoentrepreneur. Certains se sont cassé le genou et se sont retrouvés sans aucun revenu. Nous portions les couleurs de la boîte numérique sur notre dos, alors qu’on ne faisait même pas partie de l’entreprise. » Avec d’autres camarades, il participe à la création du premier syndicat du secteur, avant de poursuivre son engagement sur scène. Au sein de sa troupe de théâtre comique, les Rubafons, il interroge la compétition effrénée de nos sociétés en parodiant les jeux Olympiques. « On est tout le temps en concurrence pour trouver un travail, en train de penser : “Il faut que je sois le meilleur.” Plus personne ne cherche juste à “être”. Avec les gilets jaunes, j’ai rencontré des personnes qui sont fatiguées du système et le disent. »

Son port d’attache de Santiago et son quartier populaire de Peñalolen ont nourri cette quête de justice sociale. Sa terre dentelée par la Cordillère des Andes, bercée par un réalisme magique, reste aussi fracassée par les inégalités. Celles chantées par Victor Jara, une de ses idoles, dans las Casitas del Barrio alto, les petites maisons du beau quartier. « Chez nous, le corps politique est dévasté, constate-t-il. Les institutions tombent une par une. Seuls les plus riches ont accès à l’éducation et aux soins de qualité. On peut attendre six mois une opération ou mourir dans une salle d’attente d’un hôpital public. » Hors de question de laisser son pays d’adoption sombrer dans les mêmes travers. « Emmanuel Macron veut se débarrasser de la SNCF et exige que les étudiants étrangers paient 4 000 euros de frais pour un master. Plus aucun Latino-Américain ne pourra venir ici », dénonce Antonio. Comme nombre de ses compatriotes, il a contracté une dette au long cours pour financer ses études. Et n’en rembourse encore que les intérêts. Depuis un an, ce militant du Frente Amplio, situé bien à gauche de l’échiquier politique chilien, est affilié au régime des intermittents du spectacle. Vivant dans une caravane en Seine-et-Marne, il s’estime chanceux. « Avant, c’était la galère. Maintenant, je peux gagner jusqu’à 1 500 euros par mois, ce n’est pas la folie, mais j’ai la liberté de créer. Si je veux avoir une famille ou acheter une maison, en revanche, ça va être chaud », rit-il.

« Nous devons continuer à élargir la lutte à l’international »

Dans ce contexte, les velléités d’économies du patronat sur le régime des artistes et techniciens sonnent comme une déclaration de guerre. « Je bosse bien plus que 35 heures par semaine, je ne me sens pas privilégié », tranche Antonio. Dans ce mouvement de colère sociale, la seule violence qui l’a marqué est celle infligée aux lycéens de Mantes-la-Jolie. Elle fait tristement écho aux dérives du droitier président chilien Sebastian Piñera. Une loi nommée Aula segura (salle de classe sûre) et à peine promulguée permet désormais aux forces spéciales d’intervenir dans les écoles et d’expulser immédiatement des étudiants ou des lycéens.

Pour l’acte V des gilets jaunes, il est donc retourné à République déguisé en clown après une intervention en banlieue. Antonio croit plus que jamais en un destin commun : « Nous devons continuer à élargir la lutte à l’international, comme c’est déjà le cas en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Il faut tout faire basculer. Et commencer à s’organiser pour que le mouvement ait une vie propre. » Celui qui a interprété sur les planches un militant du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) exilé pendant la dictature de Pinochet travaille actuellement sur la notion de « duende », de « supplément d’âme » dans la création. Sûr que cette thématique ne lui est pas étrangère.
Cécile Rousseau 

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dimanche 16 décembre 2018

AU CHILI, UN PRÊTRE PÉDOPHILE EXPULSÉ DU TERRITOIRE

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LE PÈRE JOHN O’REILLY, CONDAMNÉ EN 2014 POUR 
ABUS SEXUELS SUR MINEURE, A ÉTÉ EXPULSÉ 
VENDREDI 14 DÉCEMBRE 2018 DU CHILI
 PHOTO SEBASTIAN SILVA 
Condamné en 2014 à quatre années de liberté surveillée au Chili pour abus sexuels sur mineure, le père John O’Reilly a quitté le pays, vendredi 14 décembre, pour rejoindre Rome où il devra attendra les conclusions du procès ouvert par le Vatican à son encontre.
La Croix avec l'AFP
Le père John O’Reilly, prêtre d’origine irlandaise de 72 ans et ancienne figure importante de la congrégation des Légionnaires du Christ, condamné au Chili en 2014 à quatre ans de liberté surveillée pour abus sexuels sur mineure, a été expulsé vendredi 14 décembre du Chili, en vertu d’un décret gouvernemental pris en 2015.

La chute de ce prêtre, parmi les plus influents du Chili pendant de nombreuses années, s’est amorcée en 2012 lorsque le père O’Reilly, arrivé à Santiago en 1985, fut accusé d’abus sexuels par les parents de deux fillettes du Colegio Cumbres, établissement tenu par la Légion du Christ et dont il était l’aumônier.

Défenseur de Marcial Maciel

C’est en Irlande que le jeune John O’Reilly avait intégré la puissante congrégation fondée en 1941 au Mexique par le P. Marcial Maciel, reconnu coupable de nombreux abus sexuels et condamné en 2006 par le Vatican à se « retirer dans la prière », jusqu’à sa mort deux ans plus tard.

Faut-il supprimer la prescription pour les crimes pédophiles ?

Le père O’Reilly n’avait alors pas hésité à prendre la défense du fondateur déchu. « Personne ne doute de son innocence absolue », avait-il ainsi affirmé à la presse.

« Je ne suis pas un pédophile »

Cette personnalité éminente de l’Église locale, amie de l’élite politique et économique chilienne, a été condamnée en 2014 pour des actes commis sur l’une d’entre elles – faute de preuves suffisantes concernant sa sœur – à quatre ans de liberté surveillée. Le prêtre a été également déchu de sa nationalité chilienne, accordée en 2008 en vertu de son « œuvre apostolique et éducative ».

Le Vatican ouvre un procès contre un prêtre pédophile

Le décret gouvernemental prévoyant qu’il quitte le territoire chilien après avoir purgé sa peine, le prêtre d’origine irlandaise a été expulsé, vendredi 14 décembre.

« Je n’ai rien de plus à dire que d’affirmer que je ne suis pas un pédophile », a déclaré John O’Reilly à la chaîne de télévision 24 horas, qui l’interrogeait à l’aéroport, alors qu’il s’apprêtait à prendre un avion pour l’Italie.
Il attendra à Rome les conclusions d’une enquête de la justice du Vatican, sans pouvoir exercer son sacerdoce, ni occuper de fonction auprès d’enfants.
Pour le pape, « en finir » avec les abus sexuels n’est pas « tourner la page »

Les enquêtes judiciaires pour agressions sexuelles présumées commises par des membres de l’Église sur des mineurs et des adultes depuis les années 1960, ou pour avoir couvert de tels actes, se multiplient au Chili depuis la visite du pape dans ce pays, en janvier dernier, et sont actuellement au nombre de 119.

mercredi 12 décembre 2018

LE MINISTRE DE LIINTÉRIEUR CHILIEN EST DUREMENT REMIS EN CAUSE APRÈS L’ASSASSINAT D’UN JEUNE MAPUCHE


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Santiago du Chili, 12 décembre (Prensa Latina) Comme s’y attendaient la presse politique et les médias, le ministre de l’Intérieur du Chili, Andrés Chadwick, a été durement interpelé au Congrès pour l’homicide du jeune mapuche Camilo Catrillanca par des agents du corps des Carabiniers.
MARCELO CATRILLANCA, LE PÈRE DE LA VICTIME ET
LA DÉPUTÉE SOCIALISTE MAPUCHE EMILIA NUYADO
PHOTO AGENCIA UNO
Les objectifs de cette interpellation étaient divers. Plus que de revenir sur les faits ayant mené à l’assassinat de ce militant social le 14 novembre dernier, il s’agissait d'élucider la part de responsabilité politique des autorités du pays dans ce meurtre et d’aborder, de manière plus générale, la politique de sécurité publique du Gouvernement dans la région de l’Auracanie et les violations des droits de l’homme qui y sont perpétrées.

 GRAFITT DE CAMILO CATRILLANCA
 À SANTIAGO DU CHILI
Pendant deux heures, le gouvernement a été durement interpellé par la députée socialiste mapuche de l’opposition, Emilia Nuyado, arrivée au congrès accompagnée de Marcelo Catrillanca, le père de la victime, et qui a commencé son intervention en langue mapuche, le mapudungún.

La série de questions-réponses entre Nuyado et Chadwick a été ponctuée d’applaudissements venant soit des bancs de l’opposition, soit des bancs de la majorité, selon la personne qui s'exprimait, le ministre de l’Intérieur se faisant parfois même chahuter. Cependant,  l’échange a permis de mettre en évidence les points de vue divergents des forces politiques en présence sur des questions fondamentales touchant à la situation du peuple mapuche et à ses revendications séculaires.

D’après certains observateurs politiques, il s’est surtout agit d’un dialogue de sourds pendant lequel Chadwick, dont l’expérience du jeu politique est grande puisqu’il est sur les bancs de l’assemblée depuis les années Pinochet, a commencé son intervention en présentant ses "profondes condoléances” à la famille de Camilo Catrillanca.

Il a admis que les carabiniers incriminés avaient fait feu sans motivation, car la victime ne portait pas d’armes sur elle et qu’il n’y avait pas eu de confrontation  avec les forces de l’ordre, ce qui, a-t-il déclaré, est un fait “inacceptable”. Mais il a soigneusement évité de se prononcer clairement sur la responsabilité politique du Gouvernement dans cette affaire.

Parmi les points abordés, Chadwick a justifié la présence de forces spéciales en Araucanie en raison des faits de violence que la région connait depuis des années; à quoi la députée a rétorqué que la violation des droits des mapuches dans la région n’était certainement pas le meilleur moyen d'y ramener la paix.

Nuyado a insisté sur l’impossibilité de progresser dans le dialogue, comme le souhaite le Gouvernement, si les forces de l’ordre se laissent aller à commettre des actes de violence et des assassinats, ce que Chadwick a admis.

Mais, dans la foulée, il a annoncé que le président Sébastien Piñera allait présenter ce mois-ci un projet pour  aboutir à la reconnaissance constitutionnelle des peuples indigènes, et un autre projet pour faciliter la création d’un Ministère des Affaires Indigènes.

Auparavant, la Chambre des députés avait approuvé par 97 voix contre 8 la proposition du député indépendant René Saffirio pour créer une commission d’enquête afin d’établir les responsabilités politiques dans le décès de Camilo Catrillanca.

En outre, avant que la session ne soit levée, la Chambre a voté à une large majorité un projet de résolution contenant une dizaine de recommandations au Gouvernement sur la conduite à mener en Auracanie tant sur les droits de l’Homme de la population mapuche, que sur la démilitarisation de la région, le maintien de l’ordre, la sécurité, l’état de droit et la reconnaissance constitutionnelle des peuples indigènes.

Par delà les points de vue totalement opposés des partisans et des opposants au Gouvernement sur les résultats de cette remise en cause de la politique gouvernementale, Marcelo Catrillanca, le père du jeune homme assassiné par les carabiniers, a affirmé laconiquement à la presse qu’il ne croyait pas un seul mot des affirmations du ministre Chadwick pendant cette session.
peo/oda/rc

DICTATURE EN ARGENTINE : DES EX-CADRES DE FORD CONDAMNÉS POUR VIOLATION DES DROITS HUMAINS


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DES FAMILLES DES EMPLOYÉS DE FORD ARGENTINA
BRANDISSENT DES FOULARDS SUR LESQUELLES ON PEUT
LIRE : « JUGEMENT ET PUNITION.
 PLUS JAMAIS FORD. »
PHOTO BERNARDINO AVILA
Dictature en Argentine : des ex-cadres de Ford condamnés pour violation des droits humains Le numéro deux et le chef de l’usine de l’entreprise automobile américaine étaient accusés d’avoir permis l’arrestation de 24 ouvriers. 
Par Christine Legrand 
À BUENOS AIRES, LE 10 DÉCEMBRE 2018. DES MEMBRES DES
FAMILLES DES EMPLOYÉS DE FORD ARGENTINA BRANDISSENT
DES PANCARTES SUR LESQUELLES ON PEUT LIRE :
 « PLUS JAMAIS FORD. »
PHOTO GUSTAVO GARELLO / AP
C’est une sentence historique qui a été prononcée, mardi 11 décembre, en Argentine. Pour la première fois, d’anciens dirigeants d’une entreprise multinationale ont été condamnés pour des violations des droits humains commises pendant la dictature militaire (1976-1983). Deux ex-hauts responsables de la firme automobile américaine Ford Motor Company ont été reconnus coupables d’avoir participé – et non pas seulement d’avoir été complices de la junte – à l’enlèvement et la torture de vingt-quatre ouvriers de l’usine de General Pacheco, dans la province de Buenos Aires, pendant les années de plomb. 

Certains des vingt-quatre employés étaient délégués syndicaux – trois n’ont jamais été retrouvés –, les autres de simples ouvriers, mais aucun n’était membre d’un des mouvements de guérilla que le régime militaire combattait. Le numéro 2 de Ford Argentina à l’époque, Pedro Muller (86 ans), a été condamné par le tribunal fédéral de San Martin (banlieue nord de Buenos Aires) à dix ans de prison. Le chef de la sécurité de l’usine, Hector Sibilla (91 ans) – qui a assisté à des séances de tortures et qui a travaillé jusqu’en 2004 à l’ambassade des États-Unis à Buenos Aires –, à douze ans. Tous deux ont fait appel.

Ce retentissant procès « était une revendication du mouvement ouvrier argentin, qui a été une cible principale de la dictature avec la complicité des entreprises. Ce jugement confirme que c’est ce qui s’est passé, a réagi l’avocat des victimes, Tomas Ojea. La prochaine étape sera contre l’entreprise elle-même. Ils doivent donner des explications. » 

« Conscience tranquille »

L'ANCIEN DIRECTEUR DE L'USINE, PEDRO MULLER,
86 ANS, A ÉTÉ CONDAMNÉ À 10 ANS DE PRISON.
PHOTO JUAN MABROMATA
La procédure judiciaire s’est limitée à déterminer la responsabilité des accusés, mais pas directement celle de l’entreprise américaine, toujours présente en Argentine. L’actuelle direction de Ford Argentina, qui s’étaitrefusée, par le passé, à tout commentaire, a souligné, mardi, dans un courrier électronique, « ne pas être impliquée dans ce procès mais avoir pris connaissance du verdict ».L’entreprise ajoute « avoir toujours collaboré avec la justice ».

Alors qu’il était resté silencieux pendant tout le procès, Pedro Muller a pris la parole avant l’énoncé du verdict pour dire qu’il avait toujours travaillé « de manière apolitique », affirmant « avoir la conscience tranquille ». Placés sous contrôle judiciaire et interdits de sortie du territoire, Pedro Muller et Hector Sibilla seront emprisonnés si la condamnation est confirmée en appel. En raison de leur âge, ils pourraient bénéficier de l’assignation à résidence.

« Sans la participation des civils et de ces entreprises, ce coup d’État n’aurait pas réussi. Ces gens ont collaboré, les entreprises ont fourni des véhicules, des aliments, de l’essence », a affirmé Pedro Troiani, l’une des victimes dont la plainte a été à l’origine du procès. « Ce verdict est un triomphe de tout le mouvement ouvrier », a déclaré, les larmes aux yeux, Carlos Propato. Cet ancien délégué syndical, arrêté sur son lieu de travail, a raconté son calvaire pendant le procès. Un centre de torture clandestin avait été installé à l’intérieur même de l’usine. Le syndicaliste, qui a perdu un œil, fut ensuite conduit dans un commissariat voisin de l’usine, puis dans une prison, où il continua à être torturé quotidiennement.

Certains ouvriers ont été emprisonnés pendant deux ans. Profitant du climat de terreur, Ford Argentina, qui employait 5 000 travailleurs, avait augmenté les cadences de productivité de l’usine et fait taire toute revendication syndicale.

Bien que l’accusation ait requis des peines de vingt-cinq ans de prison, les représentants d’organisations de défense des droits humains se sont déclarés satisfaits du verdict. Dans la salle du tribunal étaient présents dix anciens ouvriers de l’usine accompagnés de leurs familles. Certains portaient des tee-shirts avec l’ovale bleu, emblème du constructeur américain, ou des foulards avec l’image de ce qui est devenu un des symboles de la dictature : la Ford Falcon, une voiture au volant de laquelle opéraient les tortionnaires, notamment pour les enlèvements d’opposants. La firme américaine avait vendu près de 300 modèles à la junte militaire.

Report à plusieurs reprises


SUR LE BANC DES ACCUSÉS DU « PROCÈS FORD »,
LE 19 DÉCEMBRE 2017, LE CHEF DE LA SÉCURITÉ DE L’USINE,
HECTOR SIBILLA (91 ANS), QUI A TRAVAILLÉ JUSQU’EN 2004
À L’AMBASSADE DES ETATS-UNIS À BUENOS AIRES.
PHOTO EITAN ABRAMOVICH 
Un an avant le coup d’État de 1976, les ouvriers du secteur automobile avaient lancé une grève, avec occupation des manufactures, pour exiger de meilleurs salaires, qu’ils avaient obtenus. Le 24 mars 1976, la présidente Isabel Peron était renversée par le coup d’État du général Jorge Videla. Quelques heures plus tard, des centaines d’ouvriers pointaient à Ford quand une unité de l’armée investit l’usine.

Le procès contre les dirigeants de l’entreprise avait débuté le 19 décembre 2017, après avoir été reporté à plusieurs reprises. Au retour de la démocratie en 1983, un groupe d’ex-ouvriers avait témoigné devant la Commission nationale sur la disparition de personnes, mais le dossier fut abandonné pendant plusieurs années. Les lois d’amnistie, votées en 1986 et 1987, ne concernaient pas les responsables d’entreprise. Mais, dans les faits, les complices civils d’enlèvements et de tortures ont bénéficié de l’impunité induite par ces lois (abrogées en 2003), la justice étant réticente à enquêter sur les liens entre le monde des affaires et la junte militaire.

Le tribunal de San Martin a également prononcé une peine de quinze ans contre l’ancien général Santiago Riveros (94 ans), qui dirigeait le centre de détention et de torture Campo de Mayo, pour la détention illégale des ouvriers. Le militaire, condamné dans d’autres procès pour violations des droits de l’homme, est déjà en prison.

Christine Legrand (Buenos Aires, correspondante)


MORT DE L’ANCIEN PRÉSIDENT COLOMBIEN BELISARIO BETANCUR

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BELISARIO BETANCUR, EN 
OCTOBRE 2012, À BOGOTA. 
PHOTO MAURICIO DUEÑAS 
Elu en 1982, il est le premier chef d’État a tendre la main aux mouvements armés, dont la guérilla marxiste des FARC.
DALITA NAVARRO ET BELISARIO BETANCUR
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l’histoire lui a donné raison : la paix négociée avec la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) était possible. Premier chef d’État à avoir tendu la main aux rebelles, Belisario Betancur est mort à Bogota le 7 décembre à l’âge de 95 ans. Depuis qu’il avait quitté le pouvoir, il y a quarante ans, l’ancien président vivait retiré de la vie politique, entouré de ses livres, de ses amis peintres et poètes, de sa seconde épouse, l’artiste vénézuélienne, Dalita Navarro. Belisario Betancur était de tous les vernissages et de tous les concerts, silencieux sur les événements tragiques qui ont marqué les derniers mois de son mandat. Il a célébré en 2016 la paix finalement signée avec les FARC.

Belisario Betancur est né le 4 février 1923 à Amaga, un village perdu dans la cordillère des Andes au cœur du département d’Antioquia. Son père était muletier. Des vingt et un enfants auxquels sa mère a donné le jour, seize sont « morts de sous-développement ». Les fils de pauvres sont rares au sein de la classe politique colombienne. C’est grâce aux curés que Belisario Betancur a pu entrer au lycée puis à l’université jésuite de Medellin. Avant de terminer ses études de droit, il y a épousé Rosa Alvarez dont il a eu trois enfants.

À l’époque, on naît et on est conservateur ou libéral en Colombie, au gré des régions et des familles. Né conservateur, Belisario Betancour l’est resté. Mais, tout au long de sa vie, cet homme cultivé se montrera plus libéral que nombre de ses adversaires politiques. Député dans les années 1950, ministre du travail en 1963, ambassadeur en Espagne dix ans plus tard, Belisario Betancur se présente trois fois à la présidence, avant de l’emporter en 1982. Le pays, vieil habitué de la violence politique, découvre alors celle des trafiquants de drogue. En 1984, Rodrigo Lara Bonilla, le ministre de la justice du gouvernement Betancur, est assassiné. Ce crime attribué au célèbre trafiquant de drogue Pablo Escobar marque le début de la confrontation entre l’État colombien et la mafia. Elle fera des milliers de morts.

Non-aligné

Dès son arrivée au pouvoir, Belisario Betancur a tendu la main aux mouvements armés : « Je lève devant le peuple de Colombie le drapeau haut et blanc de la paix, je le lève devant les opprimés et devant les persécutés, je le lève devant mes compatriotes de tous les partis et devant les sans-parti. » Une trêve est signée avec les trois principaux mouvements guérilleros du moment (FARC, M19 et Armée populaire de libération). Les murs de Bogota se couvrent de colombes blanches et autres graffitis pour la paix.

Parallèlement, le « président surprise » – comme le définit alors le socialiste espagnol Felipe Gonzalez – prend ses distances avec Washington et engage la Colombie dans le mouvement des pays non-alignés et dans le Groupe dit de Contadora qui tente de mettre fin aux guerres civiles d’Amérique centrale. Mais, en Colombie, Belisario Betancur est seul : la classe politique rechigne à la paix, les militaires ne le suivent pas. La trêve fait long feu.

Le 6 novembre 1985, un commando du M19 pénètre dans le palais de justice de Bogota et prend en otage plus de 300 civils. Sans négociations, l’armée prend d’assaut le bâtiment : il n’y aura pas de quartier. L’image des tanks gravissant les escaliers du haut tribunal en flammes fait le tour du monde. Plus de cent personnes sont tuées, dont onze magistrats de la Cour suprême. Le président Belisario Betancur assumera dans les heures qui suivent l’entière responsabilité des faits. Mais la question de savoir s’il a été débordé par les militaires, s’il y a eu de fait un « coup d’État », hante la mémoire du pays.

La Colombie est encore sous le choc du massacre quand, le 13 novembre, l’éruption du volcan Nevado del Ruiz provoque une coulée de boue qui emporte sur son passage la ville d’Armero. Plus de 25 000 personnes trouvent la mort. Les autorités locales n’ont pas donné l’alerte, les secours ont travaillé dans le désordre. Six mois plus tard, le président quitte le pouvoir. Inlassablement interrogé sur sa responsabilité dans le drame du palais de justice, Belisario Betancur a refusé de livrer de son vivant les secrets de ces jours dramatiques.

Belisario Betancur en quelques dates