Ils opéraient alors dans un ancien atelier mécanique, Automotores Orletti, situé dans un quartier modeste de la capitale. Ils sont poursuivis pour détention illégale, torture et homicide qualifié dans les dossiers de 65 victimes. Le plan Condor avait été mis sur pied par les dictatures d'Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de la Bolivie et de l'Uruguay en vue d'éliminer leurs opposants. Le bâtiment qui abritait ce centre de torture a été reconverti en lieu de mémoire.
lundi 7 juin 2010
Chili : hausse de 4,1% de l'activité économique en avril
L'Indice mensuel de l'activité économique publié lundi par la Banque centrale, qui préfigure généralement le Produit intérieur brut (PIB), dépasse largement les prévisions des économistes, qui tablaient sur une reprise de l'activité entre 0 et 1% en avril.
L'activité économique s'était contractée en mars de 2,8%, reflétant l'impact de la catastrophe, après un recul de 2,7% en février.
Le chiffre de 4,1% en avril suggère que le séisme n'aura que brièvement interrompu la récupération de l'économie chilienne, qui avait retrouvé le chemin de la croissance fin 2009, après douze mois de récession sur fond de crise financière internationale.
Le séisme et le tsunami, qui ont tué 521 personnes sans compter 56 disparus, ont fait des dégâts matériels d'un coût de 30 milliards de dollars, mais le gouvernement vise 6% de croissance annuelle sur quatre ans et ce dès 2010, notamment grâce à l'effort de reconstruction.
Pour les mêmes raisons, l'OCDE a récemment prévu une forte reprise de 4,1% en 2010 au Chili, et supérieure à 5% en 2011.
Le secteur minier du pays, qui pèse à peu près 60% de ses exportations, a pour sa part prévu de croître de 6% en 2010.
samedi 5 juin 2010
Juge tuée à Bruxelles
Le suspense a enfin pris fin. La police bruxelloise, avisée jeudi vers 19 h 30 de coups de pistolet tirés dans le parc royal, près du parlement belge, a arrêté un homme – iranien, selon une source judiciaire – de 47 ans. Il serait le tueur de la juge de paix Isabella Brandon et de son greffier André Bellemans, assassinée jeudi matin, en pleine audience.
Avec la capture de l’homme, déjà condamné en 2005 pour des coups et violences, selon le parquet, le mystère est sur le point d’être percé : selon ses premiers aveux dans la nuit de jeudi à vendredi, l’homme, sans profession, aurait agi par vengeance, après avoir été « mécontent » d’une décision rendue en… 2007 par la juge Brandon. Il y a trois ans, la magistrate avait, en effet, tranché dans le cadre d’un conflit locatif en sa défaveur. L’homme avait été expulsé, et vivait sans domicile fixe depuis cette date. L’enquête dira si le meurtrier avait prémédité son geste depuis tout ce temps.
Cette arrestation coupera certainement court aux rumeurs lui prêtant des coups de hache, une « balafre sur la joue gauche », des origines albanaises et des amitiés troubles dans le milieu des « tueurs à gages ». Elle ne retranche rien, en revanche, à l’émotion intense qui, dès l’annonce du double meurtre, a saisi tout le pays. Seule maigre consolation : la justice belge, même endeuillée, continue de l’avant.
La femme de combat
Vendredi encore, la communauté judiciaire de Bruxelles a loué les qualités d’Isabella Brandon, une femme de convictions de 61 ans. Diplômée de l’Université libre de Bruxelles en 1973, elle avait commencé sa carrière en tant que militante du droit des plus modestes, défendant des ouvriers abusés par des employeurs. Ce combat s’accompagne d’un fort engagement à gauche, entre la lutte contre le dictateur Pinochet, de virulentes tribunes dans le journal belge Combat fustigeant la « mauvaise foi de certains employeurs quant à leurs obligations sociales » et une préoccupation pour le traitement judiciaire des malades mentaux. Un ancien condisciple de la faculté de droit se souvient ainsi : « Isabella aurait pu faire n’importe quoi d’autre, du pénal, des droits de l’homme, mais la justice de paix lui correspondait parfaitement, au plus près des gens, de la vie réelle. »
Mère d’une fille de 25 ans, elle avait récemment choisi de vivre dans la région de Hannut, non loin de Bruxelles, pour y trouver le calme à quelques années de la retraite. Posée et professionnelle, tous les avocats, même ceux à qui elle rendait un jugement défavorable, lui reconnaissent cette rigueur : « Je ne l’ai jamais vue prendre une décision dogmatique. Au contraire, elle tranchait toujours en faveur de l’humain, de la sincérit», entend-on dans l’immense salle des pas perdus du palais voisin, encore traversé par l’onde de choc.
Et son ombre
Le fidèle greffier André Bellemans, âgé de 60 ans et à dix-huit mois de la retraite, laissera, lui aussi, à ceux qui l’ont connu un sentiment du gâchis d’un « homme bien ». « Je le voyais tous les jours quand il venait acheter son journal, raconte le patron du kiosque du palais de justice. C’était un homme discret, mais toujours très gentil, souriant. » Un homme de l’ombre, père de deux enfants ; l’ombre même de Mme la juge Brandon, dont il notait scrupuleusement toutes les décisions, les gravant dans le marbre. « Cet homme était un gage de stabilité, toujours là aux côtés de la juge de paix. Il faisait définitivement partie des murs. Rien à voir avec un fonctionnaire froid. Lui, c’était la courtoisie en plus dans un monde de droit… », se souvient un avocat habitué de la petite salle d’audience austère du rez-de-chaussée, rue Ernest-Allard, où siégeaient la magistrate et son greffier.
Dans le petit bâtiment ne subsiste qu’un ruban de police devant la porte de la salle d’audience. Quelques techniciens de police scientifique s’affairent encore pour boucler l’enquête. Sur les bureaux du greffe du 4e canton, une simple feuille de papier, « s’adresser au 3e canton ». Jeudi matin à Bruxelles, la folie a frappé et enlevé deux vies, deux maillons de la loi.
Octavio Errázuriz aux Nations Unies
Conseiller du Groupe Copesa (Consorcio Periodístico de Chile), le nouveau Représentant permanent est entré au Service des affaires étrangères en 1963 où il est resté jusqu’en 2001. Il a aussi été Président de la Chambre de commerce Asie-Pacifique et Directeur de la Fundación Chilena del Pacífico.
Après avoir travaillé au Ministère des affaires étrangères où il était accrédité, entre autres, auprès des Nations Unies, de l’Organisation des États américains et de l’Académie diplomatique des arts, M. Errázuriz Guilisasti a été promu au rang d’Ambassadeur en 1985.
Au sein de ce Ministère, il a aussi occupé les fonctions de Coordonnateur adjoint du Groupe de Rio en 2001, Directeur du Département Asie-Pacifique et Océanie en 2000 et Directeur de la politique générale des affaires étrangères, de 1988 à 1989.
Dans les années 80 et 90, il a été Ambassadeur du Chili dans plusieurs pays dont la Chine, la Malaisie, le Viet Nam, Brunéi, les États-Unis et l’Équateur.
Le nouveau Représentant permanent a étudié le droit à l’Université du Chili et pris des cours au Département « affaires étrangères et gouvernement » de l’Université de Virginie aux États-Unis. Il a reçu un diplôme de droit de la Cour suprême du Chili, en 1968.
Né à Santiago le 30 décembre 1942, M. Errázuriz Guilisasti est marié et père de deux enfants.
98ème anniversaire du PC chilien
Elle a coïncidé avec le jour du 98ème anniversaire du Parti communiste et, pour la première fois depuis le retour à la démocratie, il y avait des parlementaires de cette collectivité dans l'hémicycle.
Pour cette raison, la commission de Régime Interne de la Chambre de Députés a autorisé Guillermo Teillier à parler au début de la séance, en sa qualité de président du Parti communiste chilien.
Après son intervention, les groupes parlementaires de la Concertation et du PRI ont demandé la parole au président de l'Assemblée pour s'associer à l'hommage.
Mais l'intervention la plus remarquée a été celle de Renovación Nacional (RN), car il s'agit d'un Parti de droite, à l'extrême opposé du champ idéologique du PC. C'est le parti politique du milliardaire conservateur Sebastián Piñera, actuel Président de la République.
vendredi 4 juin 2010
Chili : la justice va enquêter sur les exécutions politiques sous Pinochet
L’Association des familles d’exécutés politiques (AFEP) déclare détenir de preuves dans plus de mille cas, jamais instruits par la justice. Après avoir confié au juge Carrozas les cent premiers dossiers, l’association s’apprête à déposer plus de mille autres dans les cinq mois à venir. « Les informations existent, ce qui manque c’est la volonté politique de mener à bien les enquêtes », accuse Alicia Lira, présidente de l’AFEP.
Les associations chiliennes qui luttent contre l’impunité des anciens assassins et tortionnaires du régime Pinochet, revendiquent le droit moral de demander réparation pour les victimes de la dictature. Elles réclament en outre que le coût des investigations liées à chaque dossier soit pris en charge par les autorités de Santiago, notamment à travers le programme des Droits humains du ministère de l’Intérieur.
Vraie avancée dans la lutte contre l’impunité ?
C’est pour la première fois que la justice chilienne accepte d’enquêter sur des exécutions politiques présumées, commises sous le régime du général Pinochet. Jusqu’à présent, la loi d’amnistie promulguée en 1978 pendant la dictature militaire a fait obstacle à beaucoup de poursuites. Les procédures se sont accélérées après la mort du dictateur en 2006 mais plus de 500 dossiers mettant en cause des militaires sont toujours en cours et piétinent.
En septembre 2009, environ 130 anciens militaires et policiers ont été arrêtés pour coresponsabilité dans des violations des droits de l'homme dans les années 1970, sous la dictature militaire. Les mandats faisaient suite à une opération similaire, un an plus tôt, contre une centaine d'autres ex-agents du régime militaire, qui n'avaient pas eu des comptes à rendre à la justice depuis la fin de la dictature. Mais la justice chilienne ne s’est pas encore prononcée.
Accusé d’avoir passé un pacte avec les militaires avant d’être élu président du Chili en mars 2010, Sebastian Pinera a promis l’application de l’Etat de droit dans son intégralité. Le président de son parti de la Rénovation nationale avait évoqué « une accélération des procès en cours, prenant en compte les critères habituels, qui incluent la prescription ».
La justice argentine a pris de l’avance
Alors que la justice du Chili doit faire encore de nombreux efforts pour répondre aux attentes des victimes de la dictature, en Argentine voisine se multiplient les procès et condamnations des anciens responsables d’assassinats, tortures et disparitions. Le rapport est parfois direct entre les anciens tortionnaires des deux pays, comme dans le cas de l' «Opération Condor », un plan concerté mis au point par les dictatures sud-américaines en 1975 pour éliminer leurs opposants.
Condamné à la réclusion à perpétuité en 1985 avant d'être gracié, l’ex-dictateur argentin Jorge Videla doit de nouveau comparaître devant la justice de son pays. Il sera jugé pour enlèvements, torture et homicides pendant le régime militaire (1976-1983), ainsi que pour sa participation à l’Opération Condor. Deux généraux argentins à la retraite ont déjà été condamnés en 2009 à la réclusion à perpétuité, entre autres pour leur implication dans l’assassinat de deux députés uruguayens. Les organisations de défense des droits de l’homme ont toutefois déploré l’acquittement de trois autres militaires argentins.
« LES SÉISMES DU CHILI SONT LES PLUS GRANDS AU NIVEAU MONDIAL »
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| CRISTINA L'HOMME JOURNALISTE PHOTO RUE89 |
La zone à risques était surtout celle des lacs où s'était formé un barrage à cause d'un glissement de terrain. Les ingénieurs chiliens ont réussi à faire un trou dans le barrage permettant d'évacuer l'eau et d'éviter l'inondation de Valdivia.
Les conséquences du séisme étaient très localisées : à l'époque, il n'y avait pratiquement pas de construction en hauteur, ni d'autoroutes. La seule ville qui ait vraiment souffert était Concepción, qui a dû être complètement reconstruite sur pilotis. De gros piliers sont enfoncés dans la terre et les immeubles construits dessus… Si les pilotis se fracturent, l'immeuble penche mais ne s'écroule pas, c'est ce qui s'est passé lors du tremblement de terre du 27 février 2010.
Face au séisme de 2010, le Chili s'en sort tout seul
Le Chili de la côte du Sud était heureusement très peu habité en 1960 -contrairement à aujourd'hui où la région est très peuplée. La vague de tsunami qui a suivi le séisme a littéralement balayé Puerto Saavedra et Corral, le port de Valdivia. Tout comme Puerto Montt, complètement inondé, qui a du être reconstruit. D'ailleurs, quelques années plus tard en tant qu'élève ingénieur, j'ai participé à la reconstruction de ce Sud.
Mais beaucoup de gens ont paniqué et ont massivement migré vers Santiago, la capitale, où ils se sont entassés là où ils pouvaient, dans des bidonvilles.
Si on compare le tremblement de Valdivia en 1960 à celui de Constitución-Concepción en 2010, le contraste est immense. Non seulement en raison des dégâts, mais aussi parce qu'aujourd'hui, le Chili s'en sort tout seul.
Hormis des pays de l'Amérique latine qui ont apporté une grande aide aux sinistrés, le soutien international a été minime. Et pourtant, l'activité économique de la région sinistrée a été paralysée et le problème de logement n'est toujours pas résolu alors que l'hiver arrive à grandes enjambées.
En 1960 c'était l'inverse : tous les jours, nous assistions à un va-et-vient d'avions qui apportaient des vivres et des biens de première nécessité en provenance du Panama, des Etats-Unis… de partout dans le monde.
Cependant, le pays s'est vite remis du traumatisme. Le développement a repris son cours. En 1964, sous le gouvernement d'Eduardo Frei, les traces du tremblement de terre avaient disparues. Le pays était prospère.
« On ne peut pas prévoir un séisme »
Aujourd'hui, vous êtes sismologue et vous participez à un programme de recherche français…
Je travaille au sein d'un laboratoire international du CNRS qui s'appelle LIAMontessus De Ballore. C'est le nom d'un polytechnicien français qui est venu au Chili après le séisme de Valparaiso de 1906.
Le gouvernement chilien l'a invité à venir s'installer pour créer un institut de sismologie. Il est arrivé en 1907, a installé son institut sur le Cerro Santa Lucia, est resté jusqu'à la fin sa vie. Son œuvre comprend seize volumes sur les tremblements de terre dans le monde.
Pour lui rendre hommage, nous avons créé un laboratoire international auquel participe le département de géophysique de l'université du Chili, l'Institut français de physique du globe (IPG) et le laboratoire de géologie de l'Ecole normale supérieure (ENS) dont je fais partie.
Notre première étude au Chili a été publiée en 1998. Elle était financée par l'Europe, l'ANR. Elle parlait des risques d'un gros séisme (autour de 8.5 sur l'échelle de Richter) entre Concepción et Constitución au même endroit où s'était produit le séisme de 1835 qui avait été observé par Darwin et autres membres de l'équipage du Beagle.
Au Chili, il existe deux zones où peuvent se produire des tremblements de terre, nous avons donc installé deux réseaux : l'un, plus développé, au Nord, l'autre au Sud. Avec Christophe Vigny de l'ENS et Jean-Claude Ruegg de l'IPG, nous avons décidé d'aller travailler dans le Sud. Et c'est grâce à notre réseau d'antennes GPS et d'accéléromètres (appareils qui mesurent l'accélération du sol), que nous avons pu enregistrer ce qui s'est passé à Maule cette année. Tous les sismologues pensaient que le prochain séisme allait avoir lieu dans le Nord, ils ont donc été très surpris le 27 février.
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| CARTE DE SISMICITÉ 1900 À MARS 2012 |
Qu'avez-vous enregistré ?
Les instruments enregistrent les mouvement du sol : accélération, vitesse ou déplacement du sol, puis ces informations sont stockées sur disque dur. En ce moment, le LIA Montessus de Ballore collabore avec les sismologues américains et allemands. Ensemble, nous avons accès à une centaine d'instruments de mesure déployés sur le sol entre Los Vilos (zone nord, au Sud de La Serena) et Temuco (Sud).
Quel intérêt présente le Chili pour un sismologue?
Les tremblements de terre au Chili sont les plus grands au niveau mondial. Celui qui a eu lieu en février de 2010 était le cinquième plus gros au monde.
Existe-t-il de fortes capacités sismiques au Chili?
La sismicité varie, il y a des périodes de calme et des périodes très actives. Nous venons de sortir d'une période très calme : entre 1960 et 2010, il n'y a pas eu de séisme important (même s'il faut savoir que des séismes de magnitude jusqu'à 7, il y en a tout le temps au Chili).
Les gens ont oublié l'avant 1960, les structures publiques ont ignoré la possibilité d'un grand tremblement de terre, au point que personne n'était préparé pour faire face. Heureusement, ils ont réagi très vite.
Peut-on atteindre 11 sur l'échelle de Richter ?
Non, ce n'est pas possible. Pour qu'il y ait un 11, il faudrait que la zone de rupture s'étale sur à peu près 10 000 km. Or il n'y a pas de rupture continue sur une distance pareille.
Pourquoi est-ce qu'un séisme de 7.3 en Haïti est plus destructeur qu'un 8.8 au Chili ?
La magnitude d'un séisme, même élevée, enregistrée sur l'échelle de Richter ne veut pas dire qu'il y a automatiquement beaucoup de destructions. Le séisme le plus destructeur au Chili a été celui de janvier 1939, à Chillan, qui atteignait 8.1 : il a fait 20 000 morts ! L'odeur de la mort pouvait se sentir à 50 km à la ronde…
Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé lors du tremblement de terre du 27 février 2010?
La plaque de Nazca, la plaque litosphérique qui se trouve sous le Pacifique, descend sous le Chili. A Santiago, elle se trouve 100 km sous nos pieds. La plaque se déplace vers le continent, elle avance d'environ 7 cm par an, ce qui s'appelle la subduction.
Cette avancée fait que des tensions vont s'accumuler dans la zone de contact entre les deux plaques (Nazca et Amérique du Sud) et vont être libérées lors d'un tremblement de terre. C'est un processus inévitable : la plaque avance et la terre tremble pour relâcher les tensions. La zone touchée le 27 février n'avait pas eu de tremblement de terre depuis 175 ans, et la plaque avait avancé de près de 14 mètres. Si on compare à Valdivia en 1960, il s'agissait d'une avancée de 40 mètres car il n'y avait pas eu de séisme depuis 1575 !
La cordillère des Andes est la conséquence principale de la subduction. Elle aussi « monte » mais à quelques millimètres par an. En face, l'Argentine est constituée de roches beaucoup plus rigides que le Chili, ce qui signifie que la plate-forme argentine écrase les Andes. Le Chili est en quelque sorte pris en sandwich entre l'Argentine et la plaque de Nazca.
Si la tension s'est relâchée dans le Sud, est-ce que cela signifie qu'elle s'est reportée ailleurs ?
A notre avis, les tensions se sont reportées vers le Nord, vers la région de Coquimbo qui n'a pas eu de séisme important depuis 1880. C'est une région que nous surveillons avec intérêt et où nous avons détecté un phénomène étrange : la plaque de Nazca glisse sans accumuler trop de contraintes et nous ne savons pas pourquoi. Heureusement, cela pourrait retarder la rupture dans cette zone.
On constate qu'une forte réplique suit un gros tremblement de terre. Le 11 mars 2010, il a eu une réplique de 6.9 sur l'échelle de Richter : s'agissait-il de la fameuse « forte » ?
Normalement, un séisme de magnitude 8.8 doit être suivi d'une réplique de magnitude 7.8 dans les jours, la semaine voire les deux mois qui suivent. C'est ce qu'on dit, c'est la règle et en général elle est vérifiée. C'est ce qui est arrivé dans la plupart des séismes dans le passé.
Maintenant, trois mois se sont écoulés… et tout ce qui a eu lieu depuis, ce sont des répliques inférieures à 7. Même celle du 11 mars, qui a effrayé beaucoup de monde lors de la prise de fonction présidentielle, n'était pas «la grosse réplique attendue ». La raison de l'absence de grosse réplique reste une énigme pour nous. Cela peut vouloir dire soit que le séisme s'inscrit dans une suite de petits séismes ayant eu lieu avant, soit qu'on est en attente d'un gros.
Existe-t-il une possibilité d'anticiper un séisme, de le prévoir ?
Non. La seule chose que nous avons pu constater en 1996, quand nous avons réalisé des enregistrements pour la première fois, c'était que la région au nord de Concepción était complètement bloquée, qu'il n'y avait pas eu de séisme, même petit depuis longtemps. Et que depuis quatre ou cinq ans, il a commencé à y avoir des petits tremblements de terre, au large de la rivière Itata, qui débouche dans la mer et où, curieusement, il n'y a pas eu de tsunami.
C'est la seule évidence que quelque chose se soit passé avant le séisme qui aurait pu l'annoncer. Mais personne n'ose interpréter ce genre d'événements.
Le Chili est un pays de plus de 2 900 volcans. Est-ce que les séismes produisent des effets sur l'activité des volcans ?
Au Chili, les volcans de la région centrale sont andésitiques, ils sont bouchonnés et rarement en activité. Mais à partir de Talca, les volcans changent de caractéristiques, et dans la région des lacs ils sont pratiquement tous en activité. Le Llaima, L'Osorno de Llanquihue, le Nevado de Chillan, le Tupungato de Talca…
On a souvent remarqué que certains séismes coïncidaient avec des éruptions dans ce Sud du pays. Mais il n'y a pas de relation de cause à effet systématique. La communication entre les deux phénomènes est hypothétique. La plupart des scientifiques n'y croient pas.
Cependant, les volcans naissent de la subduction : quand la plaque océanique descend, par frottement elle chauffe le manteau et ça crée des laves qui montent par les volcans.
Comment peut-on prévenir un séisme ?
En ce moment, il y a un débat sur les zones d'inondation. Il y a ceux qui voudraient interdire de construire sur les zones d'inondation du tsunami et ceux qui disent qu'il s'agit d'une violation d'un droit privé. Pour ces derniers, le business prime sur la vie humaine et la prévention. Ça, c'est condamnable ! Parce qu'on sait parfaitement ce qu'il faut faire pour éviter la catastrophe, pour protéger : éviter à tout prix que les gens s'installent sur les terrains inondables et dédommager les propriétaires. Pour qu'ils aillent investir ailleurs.
La marine chilienne possède des cartes d'inondation de tous les ports et de toutes les rivières du pays. Elle sait parfaitement où on peut construire ou pas. L'important, pour le futur, c'est de prendre des précautions.
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