dimanche 26 novembre 2017

LE CUIVRE CHILIEN RÉSISTE AUX ALÉAS POLITIQUES

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LE LONDON METAL EXCHANGE
  (MARCHÉ DES MÉTAUX DE LONDRES, OU LME
Le cours du métal rouge, dont le Chili est le premier producteur mondial, n’a pas plongé à la suite du premier tour du scrutin présidentiel, le 19 novembre.
GRÈVE À LA MINE DE CUIVRE 
D’ESCONDIDA, AU CHILI, LE 8 MARS 
PHOTO MARTIN BERNETTI  AFP 
L’art de la divination sondagière a ses limites. Les électeurs chiliens l’ont prouvé une fois encore, dimanche 19 novembre. Conviés à s’exprimer au premier tour du scrutin présidentiel, ils ont déjoué les pronostics. Même si le milliardaire Sebastian Piñera s’est retrouvé en ballottage favorable, le raz-de-marée annoncé ne s’est pas produit. Le lendemain, la Bourse de Santiago et le peso plongeaient. Les investisseurs allaient-ils également sonner la charge contre le cuivre ? Que nenni. Le métal rouge est resté de marbre ou presque. Vendredi 24 novembre, la tonne de cuivre se négociait à 7 002 dollars à la Bourse de Londres.

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Pourtant, le Chili revendique le titre de premier producteur mondial de ce métal, qui représente près de la moitié de ses exportations. Toutefois, de plus en plus de pays sont prêts à croiser le fer sur ce marché. Avec des gisements peut-être plus limités, mais des filons plus riches. Comme la Mongolie, la Sibérie ou les pays d’Afrique centrale. Résultat, la part de marché du Chili est passée d’un tiers à moins d’un quart en une dizaine d’années.

Le Chili n’a donc pas soufflé le froid sur le cuivre. Ce métal a connu un retour de flamme depuis quasiment un an, au moment même où les investisseurs ont cru à la décrue de son surplus. Le cours a terminé l’année 2016 sur un envol de près de 20 %.

Propulsé par l’automobile

La grève, fin février, dans la plus grande mine chilienne, Escondida, a encore alimenté la spéculation. Les mineurs ont bloqué toute activité pendant plus de quarante jours. Un conflit historique. De même, la mise en sourdine concomitante de la deuxième mine au monde, en Indonésie, pour cause de nouvelles réglementations minières, a fait augurer une baisse des disponibilités. Mais ce sont surtout les perspectives de progression de la demande qui ajoutent à l’engouement. Résultat, la barre des 7 000 dollars la tonne a été franchie courant novembre, signant une nouvelle progression de près de 20 % du cours du cuivre depuis le début de l’année.

Le cuivre est emporté par le coup d’accélérateur des ventes de voitures électriques. Même si la propulsion est encore plus forte pour des métaux comme le lithium, le nickel et, surtout, le cobalt, cœur des batteries embarquées. Le cours du métal bleu a fait une embardée de plus de 70 % depuis le début de l’année. Sur ce petit marché, la boulimie soudaine des constructeurs automobiles, venant s’ajouter à celle des fabricants de smartphones ou de tablettes, a soudain mis en lumière la rareté du matériau.

Rien de tel pour le cuivre. Mais des groupes miniers estiment que le succès des véhicules électriques pourrait faire progresser les commandes de cuivre de plus de 20 % dans les cinq à sept prochaines années. Elles passeraient ainsi de 23 à 28 millions de tonnes. Les batteries n’ont pas fini de mettre le cuivre sous tension…

RÉFLEXIONS APRÈS L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 19 NOVEMBRE 2017 AU CHILI

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 LA MONEDA PHOTO ELPIDIO VALDÉS
De l'élection présidentielle du 19 novembre 2017 qui a vu s'opposer deux méthodes de campagne, on peut tirer un enseignement.
 Cartagena et  Briatte 
 LA MONEDA PHOTO SARI DENNISE
Le candidat de droite S. Piñera a basé toute sa campagne sur les moyens matériels. Effectivement, en plus de la presse écrite dans son ensemble et de bien d’autres moyens de communication, media et sondages notamment, sa candidature a profité de plus de 55 % des ressources financières engagées dans cette élection, ce qui lui a permis d’investir dans une propagande «industrielle» et massive.
En revanche le candidat indépendant A. Guillier, devant le refus de crédit de la part des banques (qui ont été, par contre, très généreuses envers les candidats Piñera et Sanchez), a pris la décision de faire une campagne à l’ancienne. Plusieurs week-ends d'affilée, des dizaines de milliers de bénévoles soutenant sa candidature ont sillonné rues, quartiers et marchés pour développer un contact proche et personnel. Procédé déjà employé avec succès au moment de l’inscription de la candidature indépendante de A. Guillier. En effet, il fallait réunir au minimum 33.000 signatures de non adhérents à un parti politique, et l’action militante quotidienne, populaire et de proximité a contribué à recueillir presque le double du nombre requis.

Et cette élection soulève plusieurs interrogations.

Tous les observateurs s’entendent pour déclarer que tous les instituts de sondage ont failli. Bien que les résultats relatifs aux trois premières places aient été bien prévus, la moitié des pourcentages qu'ils ont donnés s’est avérée erronée, et de manière significative. Ça a été notamment le cas pour les candidatures de Piñera, Sanchez, Kast et Goic.

Le candidat de droite, Piñera, a vu ses résultats à la baisse de près de dix points. Le même écart, mais en sens inverse, s’est produit avec la candidate du Frente Amplio (FA), B. Sanchez. Aussi bien Kast que Goic ont réalisé des scores plus importants que prévu par les enquêtes d’opinion.

L’ensemble des commentateurs, observateurs, spécialistes, envoyés spéciaux français au Chili compris, ont vu leurs prévisions complétement démenties par les résultats. Ce « phénomène » révèle que les politologues, en reproduisant sans réserve ni nuance les résultats des sondages, ont dévoilé leur carence d’analyse de fond. Sans parler des intentions partisanes inavouables de certains de ces analystes.

Aujourd’hui on assiste à des mea culpa publics de la part de certains pronostiqueurs qui, sans le moindre scrupule ont appuyé leurs « analyses » sur les résultats de sondages en vérité peu fiables. Malgré ces aveux la cote de prestige de certains de ces « spécialistes » n’est pas près d’être revue à la hausse. D’après le Collège des Journalistes on est en présence d’une collusion « perverse entre les enquêtes d’opinion et les moyens de communication » ayant pour objectif de déformer la réalité pour influencer le choix des électeurs.

À l'issue du premier tour, les résultats ont fait souffler un vent de doute et d’angoisse dans le camp de Piñera et ont injecté une forte dose d’espoir dans le camp adverse. En effet, si des candidats proches de Guillier - M. Enrique-Ominami, Goic -, ont déjà annoncé leur appui, le FA a prévu de consulter ses adhérents par référendum le 29 novembre quant à l’attitude à adopter. Des négociations programmatiques sont possibles, néanmoins seulement après le référendum. Mais même si ses résultats sont défavorables à un appui à Guillier, beaucoup d’électeurs opteront pour le candidat réformateur.

Si l’on procède à l'addition des pourcentages obtenus par les candidats, on peut s’attendre à un résultat assez serré le 17 décembre.  Cependant, même si la participation est souvent moindre au deuxième tour, on peut présager, avant même que les fameux sondages ne commencent à opérer, que le candidat de centre-gauche l’emportera facilement.

Les électeurs du FA, indépendamment de l’opinion de certains dirigeants de ce conglomérat, devraient avoir assez de lucidité pour barrer la route à la droite - les déclarations de quelques-uns des responsables le laissent espérer -, d’autant plus que des représentants du Front ont fait une entrée massive à la chambre des députés. Déjà, le maire de Valparaiso l’a dit : « Beaucoup de gens qui ont voté pour le FA vont voter contre Piñera et non pas pour Guillier ».

La tâche législative et l’efficacité des élus du FA ne seront pas les mêmes si le prochain chef de l’État a pour mission d'accentuer les transformations amorcées par l'actuel gouvernement, que si le nouvel occupant de La Moneda (palais présidentiel de Santiago) s’attache à faire marche arrière sur toutes ces mesures.

L’élection de dimanche a montré un déplacement à gauche de la société chilienne, démentant au passage l’opinion des analystes qui déclaraient inéluctable la restauration conservatrice de la région. Tous les Chiliens ayant choisi l'une des six candidatures de progrès ont maintenant la responsabilité de bloquer l’arrivée au gouvernement de la droite pour faciliter la poursuite du processus de démocratisation initié dans le pays.


mercredi 22 novembre 2017

AU CHILI, UN SECOND TOUR BEAUCOUP PLUS OUVERT QUE PRÉVU

Ce qui n'était pas prévu, c'est le score sensiblement inférieur aux pronostics de Sebastian Piñera, et surtout la performance (20,2%) de la candidate d'extrême gauche Beatriz Sanchez, 46 ans, véritable surprise du scrutin.

ALEJANDRO GUILLIER, JOURNALISTE ET CANDIDAT SOCIALISTE 
À L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE, SALUE SES 
SUPPORTEURS À SANTIAGO, LE 19 NOVEMBRE 2017 
PHOTO CLAUDIO REYES
Forte de ses 1,3 million de voix, la représentante du Frente Amplio, une coalition formée par d'anciens dirigeants de manifestations étudiantes, détient la clef du second tour. Seules 160.000 voix la séparent de M. Guillier.

"C'est le bouleversement le plus important de la politique chilienne depuis le retour de la démocratie" en 1990, déclarait à l'AFP Mauricio Morales, un politologue de l'université de Talca.

"Tandis que les sondages la créditaient de 13% des voix, son bon résultat pourrait signifier qu'un nombre de bulletins plus important que prévu pourraient aller à M. Guillier au second tour", jugeait le cabinet Capital Economics.

Signe de cette incertitude, la Bourse de Santiago a dévissé lundi de 4,09% à l'ouverture et de 5,51% à la clôture, devant la contre-performance du candidat soutenu par le milieu des affaires, M. Piñera.

Le milliardaire a déçu aussi les marchés lors des législatives qui se tenaient également dimanche: sa coalition Chile Vamos n'atteint la majorité dans aucune des deux chambres.

Un résultat qui devrait ralentir la mise en place de son programme économique, dont la réduction des impôts sur les sociétés et l'assouplissement des régulations dans le secteur minier, selon Capital Economics.

- Peu de réserves de voix -

Avant le résultat inattendu de Beatriz Sanchez, l'homme d'affaires était donné largement gagnant au second tour face à Guillier.

Malgré sa confortable avance, il est loin de 43% que lui attribuaient les sondeurs au premier tour et, à la différence du candidat socialiste, il a peu de réserves de voix pour la suite.

Selon les analystes, Piñera se voit obligé de se tourner vers le candidat de l'extrême droite Jose Antonio Kast, qui a remporté 7.9% des voix.

"Piñera obtient huit ou neuf points de moins que prévu et cela renforce le côté dramatique et incertain du second tour", estime Marcelo Mella de l'université de Santiago. "La clef se trouve dans l'attitude qu'adoptera le contingent d'électeurs ayant soutenu Beatriz Sanchez".

Après des années de bras de fer entre la gauche et la droite, une troisième force émerge au Chili: la gauche radicale. "C'est un événement politique majeur", juge le sénateur de droite Andrés Allamand.

Célèbre pour son ton direct mais amical lorsqu'elle menait des interviews, Beatriz Sanchez, ancienne journaliste, se veut "un pont entre les mouvements sociaux". Sa coalition a nettement accru sa présence au Parlement, passant de trois à 20 députés et de zéro à un sénateur.

Le "Frente Amplio a assez de sièges pour être une nuisance au Parlement", selon Capital Economics.

Dimanche soir, elle a immédiatement exigé des explications publiques des instituts de sondage, qui l'avaient créditée de 10 à 13% des voix.

"Demain je veux une explication". "Si ces sondages avaient dit la vérité, nous serions au second tour", a-t-elle proclamé, assurant que les résultats rebattaient les cartes.

Tous ensemble, les six candidats de gauche ont rassemblé 3,6 millions de votes, contre 2,9 millions pour les deux postulants de droite.

mardi 21 novembre 2017

LA GAUCHE RADICALE JOUE LES TRUBLIONS DANS LA PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE


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LA CANDIDATE DE «LA GAUCHE RADICALE», BEATRIZ SÁNCHEZ, 
ARRIVÉE EN TROISIÈME POSITION, DIMANCHE À SANTIAGO. 
 PHOTO CARLOS VERA.  
Bien qu’éliminée au premier tour du scrutin, dimanche, la candidate du Frente Amplio réalise une percée et déstabilise les deux finalistes, le libéral Piñera et le social-démocrate Guillier.
Justine Fontaine
La gauche radicale joue les trublions dans la présidentielle chilienne.

Lors de l’élection présidentielle de 2009, lorsque le vote était encore obligatoire au Chili, «Sebastián Piñera avait été élu avec 3,6 millions de voix. Dimanche, il en a eu 2,4 millions. Si l’ex-président de droite n’a pas pu convaincre les abstentionnistes lors du premier tour, après deux ans de campagne, comment va-t-il le faire en seulement trente jours ?» s’interroge Marta Lagos, directrice de l’institut de sondages Mori. Pour elle, le faible score du milliardaire (36,64 % de voix au premier tour) est l’une des principales surprises de dimanche, où seuls 46,3 % des électeurs se sont déplacés. Depuis plus d’un an, l’homme d’affaires faisait figure de grandissime favori pour succéder à la socialiste Michelle Bachelet (la Constitution n’autorise pas deux mandats successifs pour la présidence).

À l’extrême droite, José Antonio Kast a lui aussi étonné en réunissant 7,9 % des suffrages. Cet avocat et père de neuf enfants a déclaré qu’il ne refuserait pas de «boire un thé à la Moneda», le palais présidentiel, avec l’ancien dictateur Augusto Pinochet. Ilassure même que « s’il était vivant, il voterait pour moi ». Kast a apporté son soutien à Sebastián Piñera, 67 ans, premier président de droite (2010-2014) à diriger le pays depuis la fin de la dictature (1973-1990).

«Alliances»

À l’hôtel où étaient réunis dimanche soir les militants de Chile Vamos («Allez le Chili»), la coalition du candidat libéral, l’inquiétude était palpable. «Les enquêtes prévoyaient un score plus élevé. On sent une certaine nervosité, admet l’un d’entre eux, Giovanni Pino. Il faut voir quelles seront les alliances, mais le résultat me semble assez incertain.»

Car malgré cet appui, et un hypothétique report d’une partie des voix des démocrates-chrétiens (5,9 % au premier tour), «Piñera n’a nulle part où puiser davantage de voix», assure Marta Lagos. Si la droite arrive affaiblie avant le second tour, le 17 décembre, elle le doit à l’autre grande surprise de dimanche : le Frente Amplio («Vaste Front»), le Front de gauche à la sauce chilienne.

Issue des manifestations étudiantes de 2011 (lire Libération de samedi), la petite coalition de gauche, créée il y a quelques mois seulement, s’inscrit dans la droite ligne de mouvements sociaux pour la gratuité de l’éducation. Elle a fait mentir les sondages en obtenant 20,3 % des voix, et enverra 20 députés à l’Assemblée, contre trois seulement aujourd’hui. Un choc pour les sondeurs qui prédisaient l’essoufflement des gauches latino-américaines à l’heure où la droite est revenue au pouvoir au Pérou, en Argentine ou au Brésil.

Après les résultats dimanche soir, la candidate de la coalition des gauches radicales, Beatriz Sánchez, une ancienne journaliste, a affirmé sans détour que «Piñera est synonyme de recul pour notre pays» et fermement critiqué les instituts de sondages : «Je me demande si nous ne serions pas au second tour si ces enquêtes avaient dit la vérité.» Deux semaines avant le scrutin, l’un des principaux instituts lui attribuait 8,5 % seulement des intentions de vote. Marta Lagos dénonce de «graves failles méthodologiques» de la part des sondeurs, mais le dit à sa manière : «O n ne connaît pas bien les électeurs de Beatriz Sánchez, ils n’apparaissaient pas dans les enquêtes.»

« Changement »

Alejandro Guillier, principal candidat de la coalition sortante de centre gauche, qualifié pour le second tour avec 22,7 % des voix, appelait dimanche soir le Frente Amplio à se rallier : « Les portes sont ouvertes à tout le monde, assurait-il. J’espère tous vous accueillir, pour arriver jusqu’à la Moneda. »

Le second tour s’annonce cependant aussi difficile pour lui que pour Piñera. Car le Frente Amplio risque de ne pas donner de consigne de vote. La coalition lancera un dialogue avec sa base cette semaine, mais l’un de ses cadres, l’ancien dirigeant étudiant Gabriel Boric, réélu député dimanche soir, a déjà dit «écarter» l’idée d’un «gouvernement commun».

«Si la droite ne sait pas où trouver davantage d’électeurs, la gauche ne sait pas comment unir les siens», conclut Marta Lagos, pour qui cette élection marque «un profond changement du paysage politique chilien». Dimanche, lors des élections législatives qui se déroulaient en même temps, aucun bloc n’a obtenu de majorité suffisante au Parlement pour pouvoir gouverner seul. Des résultats qui montrent que la Concertation des partis pour la démocratie, coalition de centre-gauche qui a gouverné le Chili pendant près de vingt ans au total après la fin de la dictature, a volé en éclats. Sans que, pour autant, ne se détache un leadership incontesté à droite.

lundi 20 novembre 2017

LE VOTE DES CHILIENS À PARIS

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Pour la première fois dans l’histoire du Chili, les Chiliens résidant à l'étranger ont pu exercer leur droit de vote. Dans les locaux de l’ambassade située au 2 avenue de la Motte-Picquet à Paris, quatre bureaux de vote avaient été habilités par les autorités. À raison de 350 électeurs par bureau, 1400 Chiliens, ayant leur résidence en France, étaient ainsi invités à prendre part au scrutin.
PHOTO HAZ TU VOTO VOLAR
Dès 7h 30 du matin, ce dimanche 19 novembre, des bénévoles de la Fédération des Associations chiliennes (FEDACH) s'étaient rassemblés sur la place Salvador Allende, face à l’ambassade, pour installer un stand où accueillir, avec café et sandwiches, les citoyens chiliens venant de toute la France.

Avec un peu de retard sur l'horaire prévu, tous les bureaux de vote étaient en état de fonctionner à 9h 30. Le premier citoyen chilien à avoir déposé son bulletin de vote à Paris a été Francisco Chacón dans le bureau numéro 3.

L’affluence des votants a atteint des pics en fin de matinée et au milieu de l’après-midi. A ces moments-là, une queue pour accéder à l’ambassade s’est même formée sur le trottoir. Des personnes provenant des quatre coins de l’hexagone s’étaient déplacées pour participer à un moment « historique » et « émouvant » selon les termes souvent employés par des Chiliens qui ont attendu des dizaines d’années pour faire valoir ce droit citoyen. Le record absolu revient à un monsieur de 80 ans qui exerçait pour la première fois de sa vie son droit de vote en territoire chilien.

Aucun incident n’a été signalé. La fermeture des bureaux s’est effectuée à 18h 00 et le dépouillement auquel a contribué une dizaine de scrutateurs bénévoles, a donné les résultats suivants :

Votants: 857 soit 61,21 % des inscrits 

Ont obtenu :
Caroline Goic (Démocratie Chrétienne -centre-) : 35 voix soit 4,14 % des votes exprimés. 
José Antonio Kast (Indépendant -extrême droite-) : 15 voix soit 1,78 % 
Sebastián Piñera (Chile Vamos -droite-) : 93 voix soit 11,01% 
Alejandro Guillier (La Fuerza de la Mayoría -centre gauche-) : 308 voix soit 36,45 %
Beatriz Sánchez (Frente Amplio - gauche -) : 355 voix soit 42,01 % 
Marco Enrique-Ominami (PRO -ex-extrême gauche-) : 15 voix soit 1,78 %
Eduardo Artés (UPA -extrême gauche-) : 11 voix soit 1,30 % 
Alejandro Navarro (País -gauche-) : 13 voix soit 1,54 %

Votes blancs : 5 soit 0,58 %
Votes nuls    : 7 soit 0,82 %

Au niveau national les résultats ont été les suivants :
S. Piñera                             36,64 % 
A. Guillier                            22,68 %
B. Sánchez                          20,28 %
J. A. Kast                              7,92 %
C. Goic                                 5,88 %
M. Enrique-Ominami (ME-O)  5,71 % 
E. Artés                               0,51 % 
A. Navarro                           0,36 %
Les deux candidats arrivés en tête, S. Piñera et A. Guillier, devront donc s’affronter au deuxième tour, le dimanche 17 décembre 2017.

Les négociations ont déjà été entamées. Par exemple, J. A. Kast a appelé à voter pour S. Piñera. En face, ME-O a de son côté appelé à soutenir A. Guillier. D’autres annonces en faveur de la candidature de Guillier ne devraient pas tarder à se produire. À  suivre.

J.C. Cartagena et Nadine Briatte

PRÉSIDENTIELLE AU CHILI : LE CONSERVATEUR PIÑERA EN TÊTE DU PREMIER TOUR


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LES DEUX CANDIDATS DE DROITE, SEBASTIAN PIÑERA 
ET JOSÉ ANTONIO KAST (À G.), SE SONT RENCONTRÉS 
 À SANTIAGO, LE 19 NOVEMBRE 2017. 
 PHOTO REUTERS  
L’ancien chef de l’État (2010-2014) est crédité de 36,66 % des voix et affrontera le socialiste Guillier (22,64 %). Le second tour est prévu pour le 17 décembre.
Par Christine Legrand
BEATRIZ SANCHEZ, ARRIVÉE EN TROISIÈME POSITION,
SALUE SES PARTISANS À SANTIAGO, LE 19 NOVEMBRE.
PHOTO PABLO VERA  
Le candidat de centre-droit Sebastian Piñera est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle chilienne, dimanche 19 novembre, avec 36,7 % des suffrages. L’homme d’affaires milliardaire de 67 ans a devancé son rival de centre-gauche, le sénateur socialiste Alejandro Guillier (64 ans), qui a réuni 22,6 % des votes.
Le second tour, le 17 décembre, pour déterminer qui succédera à Michelle Bachelet le 18 mars 2018, s’annonce beaucoup plus incertain que prévu. M. Piñera a recueilli beaucoup moins de voix que le prédisaient les derniers sondages, qui le créditaient de 42 % des suffrages. « Nous allons avoir un second tour très disputé », a admis Andrés Chadwick, le chef de campagne de M. Piñera.

Ancien journaliste, vedette de la télévision, M. Guillier propose de « gouverner avec les gens » et de poursuivre les réformes entreprises par la présidente socialiste Michelle Bachelet en faveur de la santé, de l’éducation et des retraites notamment. Il espère attirer les électeurs de la journaliste Beatriz Sanchez, dont le bon score inattendu (20,3 %) la propulse en troisième position, à la tête du Frente Amplio, coalition de la gauche radicale qui a surgi en janvier dans la foulée des mouvements de protestation des étudiants et des retraités. A 46 ans, la populaire commentatrice de radio jouera le rôle d’arbitre pour le second tour.

« Avec Pinochet, nous aurions pris le thé »

À l’autre extrême, les sondages n’avaient pas prévu les 7,8 % recueillis par José Antonio Kast (51 ans), candidat de l’extrême droite ultralibérale et d’une partie des milieux militaires. M. Kast revendique l’héritage de la dictature militaire (1973-1990). « Avec Pinochet, nous aurions pris le thé au palais de La Moneda », le siège de la présidence, a-t-il déclaré à la veille du scrutin. Il s’est prononcé contre toutes les réformes entreprises par le gouvernement Bachelet, et notamment la dépénalisation de l’avortement.


Son résultat révèle que, même si son poids s’est réduit au fil des ans, le « pinochétisme » reste une réalité au Chili, avec nombre de partisans au sein des catégories sociales supérieures et de l’Union démocrate indépendante (UDI), le plus grand parti du pays. 

Les deux candidats de droite, Sebastian Pinera et José Antonio Kast (à g.), se sont rencontrés à Santiago, le 19 novembre.

Pour sa part, le parti traditionnel Démocratie chrétienne (DC) a subi une cuisante défaite, avec le plus mauvais score de son histoire. Sa candidate Carolina Goic n’a recueilli que 5,8 % des voix. Pour la première fois, DC présentait son propre candidat en dehors de la coalition de centre-gauche, la Concertation démocratique, à laquelle elle appartenait depuis vingt-sept ans. L’alliance, qui existait depuis le retour de la démocratie, a éclaté.

« Droite rénovée et libérale »

Sebastian Piñera, dont la fortune est estimée à plus de 2 milliards d’euros et qui a été surnommé « le Berlusconi chilien », avait été, en 2010, le premier président de droite élu depuis le retour de la démocratie. Il n’avait pu se représenter, tout comme Michelle Bachelet aujourd’hui : la loi chilienne interdit d’effectuer deux mandats consécutifs.

M. Piñera, qui se dit partisan d’une « droite rénovée et libérale », débarrassée de l’héritage Pinochet, a durci son discours pendant la campagne à la suite de l’irruption sur la scène politique de M. Kast. Jusqu’alors, il avait toujours cherché à marquer ses distances avec la dictature : en 1988, il avait voté non au plébiscite qui avait précipité la chute du régime militaire. Il avait également accusé une partie de la droite d’héberger des « complices passifs » de la dictature.

Mais certains analystes estiment qu’il va devoir courtiser le vote pinochétiste avant le second tour. D’autres, comme le politologue Patricio Navia, pensent que « M. Piñera devra adopter des positions modérées pour pouvoir gagner ». Commentant l’élection, Mme Bachelet a déclaré que « les Chiliens ont démontré qu’ils veulent continuer d’avancer » et lancé un appel à « l’unité du Chili ».

dimanche 19 novembre 2017

PRÉSIDENTIELLE AU CHILI : VERS UN PROBABLE RETOUR AUX AFFAIRES DU MILLIARDAIRE SEBASTIAN PIÑERA

Le milliardaire fait figure de grand favori de la présidentielle dont le premier tour se joue ce dimanche. Avec près de 45 % des intentions de votes, l'homme d'affaires peut aborder sereinement le scrutin, même si un second tour paraît inévitable. Ironie de l'histoire: s'il vient à remporter cette élection, ce sera la deuxième fois qu'il succède à la présidente socialiste.

Figure omniprésente du paysage politique chilien, Sebastian Piñera Echenique est un des plus riches entrepreneurs du pays. Sa fortune est estimée par la revue Forbes à 2,5 milliards de dollars (2,14 milliards d'euros). Après une carrière d'économiste marquée par un passage à Harvard, l'homme d'affaires bâtit sa réussite dans les années 1980 en introduisant les cartes bancaires au Chili. Son empire s'étendra par la suite à divers secteurs: immobilier, pharmacie, mines, médias et même le football. L'un des clubs les plus populaires du pays, Colo Colo, lui a un temps appartenu. L'ancien propriétaire de la chaîne privée Chilevision prendra aussi des parts dans la compagnie aérienne LAN ce qui lui vaudra plus tard une condamnation pour délit d'initié.

«Berlusconi chilien»

La politique n'est jamais loin pour cet héritier d'une grande famille démocrate chrétienne, fils d'un ambassadeur et frère d'un ministre dans les dernières années de la dictature. Sénateur entre 1990 et 1998, Sebastian Piñera créera en 2005 la surprise en s'imposant lors des primaires de la droite avant que Michelle Bachelet ne lui barre la route. Le candidat tente une nouvelle fois sa chance quatre ans plus tard. Élu, il revend ses parts dans la compagnie nationale LAN et empoche au passage plus d'un milliard de dollars. Ce mélange entre politique et affaires lui vaut alors le sobriquet de «Berlusconi chilien».

«Les Chiliens font face à une décision importante. Ils vont devoir choisir entre le changement et la continuité.»

Le candidat conservateur, Sebastian Piñera.

Au terme de son mandat, Sebastian Piñera quittera la Moneda, le palais présidentiel chilien, sur un bilan contrasté. L'économie nationale, tributaire de ses exportations de cuivres, montrait alors des premiers signes d'essoufflement. Entre-temps, Michelle Bachelet n'a pas redressé la barre. Même si le chômage n'a que peu progressé, la croissance de la quatrième économie d'Amérique latine ne dépassera pas 1,3% cette année. Dès lors, les milieux économiques du pays voient d'un bon œil l'élection du candidat conservateur qui a fait de l'austérité fiscale son principal argument de campagne. Il a aussi promis de faire du Chili le premier pays développé en Amérique latine, d'après les critères de l'OCDE. De plus, la cote de popularité de la présidente sortante, écornée par l'implication de son fils dans un scandale de corruption, est au plus bas, avec 30% d'opinions favorables.

«Les Chiliens font face à une décision importante, a récemment déclaré le candidat conservateur. Ils vont devoir choisir entre le changement et la continuité.» Face à lui, pas moins de sept candidats se présentent. Le sénateur et ancien journaliste vedette de la télévision, Alejandro Guillier, semble le mieux armé pour le défier au second tour. Ce dernier endosse pleinement l'héritage de Michelle Bachelet. Seulement, la coalition qui avait porté cette dernière à la Moneda a volé en éclat. Dans cette configuration, Sebastian Piñera n'a pas manqué d'attiser les tensions entre anciens alliés, tendant la main au Parti démocrate-chrétien, louant le travail effectué par l'ancien président Patricio Aylwin lors de la transition démocratique.

Mais le grand vainqueur de ce scrutin devrait être l'abstention dans ce pays où elle est traditionnellement plus élevée que dans le reste de l'Amérique latine. Ce premier tour pourrait être marqué par une participation historiquement faible, autour de 40%.