jeudi 3 décembre 2015

LA PRÉSIDENTE DU BRÉSIL VISÉE PAR UNE PROCÉDURE DE DESTITUTION

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« DES COMPTES EN SUISSE »
EDUARDO CUNHA EST DANS LE VISEUR DE LA JUSTICE BRÉSILIENNE.

Vengeance personnelle

Eduardo Cunha n’a pas agi au nom de ces citoyens mécontents, mais plutôt par vengeance personnelle. Membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre), principal allié du PT au sein de la coalition gouvernementale, l’homme est en sursis politique. Il est impliqué dans le scandale de corruption autour de l’entreprise pétrolière nationale Petrobras et les géants du bâtiment et des travaux publics (BTP) : la justice a découvert plusieurs comptes en Suisse dotés de millions de dollars dont lui et sa famille seraient bénéficiaires. Une commission d’éthique devait juger ce proche des milieux évangéliques. Son dernier espoir résidait dans le soutien du PT, qu’il tenait en otage en brandissant la menace de l’impeachment. Connaissant son pouvoir de nuisance, Luiz Inacio Lula da Silva, l’ancien président (2003-2010) et mentor de Dilma Rousseff, aurait plaidé pour le défendre, mais nombre de voix au PT se sont élevées contre ce cynisme politique jugeant la tactique « suicidaire ».
Dans la soirée, la présidente Rousseff s’est dite «indignée» de la manœuvre du président de la Chambre des députés à l’encontre d’un « mandat obtenu démocratiquement». Les motifs de cet impeachment sont « inconsistants », a-t-elle assuré, soulignant malicieusement qu’elle ne possédait aucun compte hors du Brésil.

De l’avis même du chef du groupe PMDB à la Chambre basse, Leonardo Picciani, M. Cunha « a fait une erreur » en lançant la procédure de destitution. « Il n’y a pas de motif juridique », a-t-il estimé. Divers experts avaient déjà estimé le fondement de la demande d’impeachment fragile. D’autres présidents ont déjà eu recours au « dribble fiscal » bien que dans de moindres proportions. Les faits sont-ils suffisants pour obliger au départ d’un président ? Mme Rousseff pourrait payer les déboires de son parti, sali par le scandale de corruption Petrobras-BTP, et son incapacité à surmonter la crise économique.
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Le Brésil est en pleine récession. Au cours du troisième trimestre 2015, le produit intérieur brut a chuté de 1,7 %. Sur l’année, la contraction serait de 4,5 %, la plus importante depuis deux décennies. L’industrie et le commerce licencient, le chômage redevient une hantise des Brésiliens. La crise économique alimente le malaise social et le mécontentement de l’opinion, et rejaillit ainsi sur la crise politique et institutionnelle, radicalisant les positions des uns et des autres. A son tour, le conflit de pouvoir entre l’exécutif et le législatif retarde la réponse à la récession et tend donc à l’approfondir et à la prolonger.

Le quotidien Folha de S. Paulo indiquait justement que Dilma Rousseff semblait presque soulagée du dernier coup d’éclat de M. Cunha, tant le chantage qu’il entretenait paralysait son gouvernement et divisait le PT. « C’est mieux ainsi », aurait lâché un de ses proches. Il faudra attendre plusieurs mois avant que Mme Rousseff ne soit fixée sur son sort. Dans un premier temps, la demande de destitution devra être approuvée par deux tiers des députés pour donner lieu à la mise en place d’une commission d’enquête qui déterminera si oui ou nom la présidente s’est rendue coupable d’une faute grave. Mais d’ores et déjà, le lancement de la procédure aggrave une crise politique et économique dans laquelle le Brésil s’enfonce chaque jour un peu plus.





mercredi 2 décembre 2015

AU CHILI, SOLA MEURT SANS RETROUVER LA TRACE DE SON MARI

SOLA SIERRA. PHOTO PATRICIA ALFARO

Au Chili, Sola meurt sans retrouver la trace de son mari. Il avait été enlevé sous Pinochet. Elle cherchait ses restes. Santiago du Chili, de notre correspondant.
Par Olivier BRAS,  Libération.— 3 juillet 1999 

Sola Sierra ne saura jamais la vérité. Depuis près de vingt-cinq ans, elle recherchait les restes de son mari, militant communiste enlevé le 15 décembre 1976, pendant la dictature d'Augusto Pinochet. Agée de 63 ans, Sola Sierra est morte jeudi à Santiago d'un arrêt cardiaque alors qu'elle subissait une intervention médicale.

Elle présidait depuis plus de dix ans l'Association des familles de détenus disparus (AFDD). La photo de son époux épinglée sur la poitrine, elle n'avait jamais hésité à affronter les autorités chiliennes pour leur poser sans cesse cette même question: «Donde están?» (où sont-ils?). Constituée principalement de femmes ­ les victimes de la dictature sont surtout des hommes ­, l'AFDD rassemble depuis une vingtaine d'années des informations sur les disparus de la dictature, en multipliant les procédures devant la justice pour tenter de savoir où se trouvent leurs corps. Sola Sierra avait notamment témoigné en 1996 en Espagne devant le juge Manuel Garcia Castellon, premier magistrat espagnol chargé du dossier Augusto Pinochet, et plus récemment devant la Chambre des lords. Elle n'avait jamais accepté de faire le deuil de son époux, estimant que celui-ci devait pouvoir reposer dans une sépulture digne de ce nom. Soutenue par ses trois enfants, Sola Sierra a fait le siège des tribunaux chiliens pendant dix ans. Mais un magistrat a décidé en 1986, en appliquant la loi d'amnistie, de clore le dossier de Waldo Pizarro.

De nombreuses personnalités politiques ont immédiatement réagi à son décès, saluant l'honnêteté et la vaillance de cette militante. Souffrant de graves problèmes cervicaux, elle s'était tout de même rendue à Londres en novembre après l'arrestation de l'ancien dictateur. Un mouchoir blanc à la main, elle avait dansé toute seule une cueca sur Trafalgar Square. Une danse traditionnelle chilienne qu'elle avait pris l'habitude d'interpréter sans prendre de partenaire, à l'instar de ses nombreuses compañeras de l'AFDD. La résistance de ces femmes à l'oppression est toujours passée par la musique et par la danse, présentes à chacune de leurs réunions ou manifestations. Et beaucoup d'artistes ont rendu hommage à leur combat en les conviant sur scène, à l'instar du chanteur de U2, Bono, ou de Sting.

Ses camarades de lutte ont rappelé qu'une nouvelle fois une femme mourait au Chili sans savoir ce qu'était devenu l'un de ses proches. Plus d'un millier de personnes sont toujours officiellement portées disparues au Chili. 
Olivier BRAS

DU MÊME AUTEUR  :

À QUAND UN MONDE SELON ELSA ?

Elsa, c’était un diamant brut, avide de nouveautés, toujours en mouvement, qui refusait catégoriquement les injustices. Le 13 novembre dernier, elle est morte, avec sa mère, Patricia San Martin, au Bataclan. Tuée par les balles de terroristes, qui ont interrompu le fil de deux vies si emplies de joie que cette folie reste indicible pour leurs proches. Leurs obsèques ont lieu aujourd’hui. Michel Delplace a refusé que la presse publie des portraits d’Elsa. « Certains, qui se réclament du métier de journaliste, ont peu de respect pour ces choix intimes », regrette Michel Delplace. Il a donc choisi de parler à deux titres : le Monde, qui dresse un Mémorial des victimes. Et l’Humanité. « Je préfère que ce soit mon journal, que je lis depuis si longtemps, qui parle d’Elsa. »

Elle avait noté cette devise : « Chaque jour est une vie entière »

Elsa, tout juste 35 ans, a fait « mille choses », alternant longtemps les boulots alimentaires et les projets personnels. Comme cette association, Pro-créatives, dédiée aux projets culturels, montée avec fougue, explique Michel, fier de l’audace de sa fille. De sa volonté de s’inscrire dans ce champ culturel, digne héritière de ses parents, qui se sont rencontrés au Blanc-Mesnil, alors que Patricia, tout juste réfugiée du Chili de Pinochet, intégrait une troupe, le Théâtre de la Résistance-Chili. Lui s’occupait alors de la maison des jeunes et de la culture de sa ville. La culture, dans tous les domaines, est un fil rouge qui n’a jamais lâché ces militants. Michel se souvient avec émotion de la fête du Parc, organisée durant des années par la section locale du PCF, et où venaient se produire des artistes. « Même Higelin y est venu. Elsa et Fabien, son frère, étaient toujours là, au premier rang. Ils voulaient toujours donner des coups de main », dit-il dans un sourire embué.

De ses parents, Elsa a aussi hérité un profond sens du refus de l’injustice. Adolescente, elle achetait avec son argent de poche l’Itinérant, le journal des sans-abri. Dans l’une des entreprises où elle a travaillé, elle a aussi été à l’origine d’une grève contre des méthodes indélicates de la direction. Elsa, c’était le refus du compromis, une voix vive et une langue bien pendue. Son audace, sa vivacité, sa fantaisie étaient d’ailleurs ce qui avait séduit les responsables de Managere, qui venaient de lui proposer un CDI, le 10 novembre dernier. Ils louaient « son grain de folie ». « Parce que Elsa, c’était la spécialiste des électrochocs, des étincelles, ça passait ou ça cassait », explique Michel.

Et parce qu’Elsa aimait la vie, elle aimait les autres. Sur Facebook, elle avait noté cette devise : « Chaque jour est une vie entière. » Elle aimait se dépasser, bousculer : « Sors de ce que tu sais faire, Papa ! Essaie ! » Elle aimait faire la fête aussi. « Surtout la Fête de l’Huma, qu’elle n’a jamais loupée ! », raconte un ami de longue date. Elsa laisse derrière elle une famille, des amis, éplorés. Et un petit garçon de 5 ans « qui, avec elle, s’ouvrait sur la vie. Nous avions prévu d’aller au musée de l’Homme, de dormir dans un tipi dans la Sarthe… » égrène Michel. 
La famille fait corps autour du petit 
bonhomme, miraculeusement rescapé du Bataclan.

Une pause. Une larme au coin des yeux. Michel, d’un geste, désigne l’entrée de la maison : « On ne la verra plus descendre les escaliers, on ne la verra plus s’installer sur le muret envoyer des textos ou téléphoner à ses copains et ses copines, on ne la verra plus rouler ses petites cigarettes. » Cette injustice-là, la plus cruelle, remue Michel au fond des tripes : « C’est la solidarité que l’on sent, les soutiens qui viennent de vastes horizons qui nous permettent de tenir le choc. » Mais, poursuit-il, « si j’en ai l’occasion, et aussi parce que je m’en sens le droit avec cette terrible douleur que je ressens en moi, je dirai au président de la République ce que je pense profondément : aucune logique de guerre n’a jamais engendré un monde où l’on devrait vivre en harmonie, seule une logique de paix pourra faire naître un monde comme l’imaginait Elsa. Sa mort, celle de Patricia, la souffrance du petit, la souffrance de toutes ces familles, non, il n’y avait rien de fatal à cela… ». La missive à l’adresse de François Hollande est déjà prête. Elle sera postée ce matin. Chez les Delplace, une autre citation était affichée. Une citation qui a bercé Elsa, des mots du prix Nobel de la paix Albert Schweitzer : « L’idée fondamentale du bien est qu’il consiste à préserver la vie, à la favoriser, à vouloir la porter à sa plus haute valeur. » Des mots qui résonnent comme une ode à la vie. Car Elsa reste une jeune femme au présent, pétrie d’amour, de culture, de paix, ce que doit devenir notre monde.


dimanche 29 novembre 2015

« BIELSA EST TOUT, SAUF UN SALAUD »



Que représente le foot au Chili ?

MARCELO BIELSA 
C’est une activité essentielle. Ça fait partie des rares choses qui unissent les Chiliens. Dans un pays polarisé comme le Chili, seul le football peut rassembler comme ça.

La récente victoire en Copa América a servi de catalyseur social ?

Jusque-là, on n’avait jamais eu de bons résultats. J’étais au stade pour la finale et c’était fou. Je disais à mes enfants que je n’avais jamais rien connu de tel, pas plus que mon père ou mon grand-père. Mon fils, qui a 5 ans, a une chance énorme d’avoir déjà vu le Chili champion d’Amérique. Avant, c’était horrible, on visait, au mieux, le match nul. Contre le Brésil, l’objectif était toujours de prendre un point ou de perdre par le plus petit score possible. La sélection actuelle nous rend heureux, car elle a effacé des années de frustration.

Justement, tu as déclaré que la culture avait disparu pendant la dictature. Le football a lui aussi été touché ?

Je ne suis pas le seul à le dire, tout le monde pense la même chose. Une dictature détruit tout, elle abîme l’âme d’un pays, son énergie. Je ne sais pas exactement comment cela a affecté le football, mais personne ni rien ne passe à travers les gouttes, personne n’est tranquille. Le stade, par exemple, a servi de camp de concentration et de lieu de torture à la dictature. Carlos Caszely a été très important, il a eu le courage de s’opposer à Pinochet en prenant part à la campagne du NO ! (Le joueur avait notamment refusé de serrer la main du dictateur. Un affront public qui vaudra à sa mère un séjour dans les camps de concentration. Mère et fils militeront par la suite activement contre la dictature de Pinochet, ndlr)

Carlos Caszely, l'homme qui a dit non à Pinochet
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CARLOS CASZELY ET OLGA GARRIDO SA MÈRE  

Selon toi, la victoire du Chili en Copa América, c’est aussi celle de Bielsa ?

Quand il est arrivé, il a doté notre football d’une vraie personnalité. On a commencé à aller de l’avant, à faire peur, à faire mal aussi. Bielsa a une mentalité différente des Chiliens, une mentalité plus agressive. C’est un Argentin, un type qui n’a peur de rien, qui fait confiance aux joueurs et qui a donné une énergie inouïe à son équipe. Sampaoli, qui est un fan de Bielsa, a eu l’intelligence de poursuivre son travail. Mais pour moi, le déclic a eu lieu lors du dernier Mondial. On a perdu de manière absurde aux tirs au but contre le Brésil, mais je me souviens que les Brésiliens étaient morts de peur contre nous. Ils étaient très nerveux, on sentait qu’ils étaient angoissés. Qu’on arrive à les mettre dans un tel état m’a rendu vraiment très fier.

Tu peux nous dire pourquoi Bielsa a quitté Marseille ?

C’est un type super honnête. Il n’abandonne jamais une équipe sans raison. Bielsa fait les choses parce qu’il les sent, il est très pur. Je ne crois pas qu’il ait voulu porter préjudice à Marseille. C’est tout sauf un salaud. S’il est parti, c’est parce qu’il n’a pas pu travailler à sa manière.

Tu l’as déjà rencontré ?

J’ai discuté avec lui pendant 5 minutes lors d’une soirée et il m’a dit qu’il avait beaucoup apprécié mes films. Des amis réalisateurs chiliens avec qui il est proche m’ont dit que c’était un grand cinéphile. Apparemment, il s’intéresse beaucoup à la mise en scène.

Tu viens d’une famille aisée, est-ce que tu supportes l’Universidad Católica qui est considérée comme le club bourgeois de Santiago ?

Mon père était prof à la Católica, donc on allait toujours au stade. Mais j’ai arrêté d’être fan de la Católica. On a été finalistes du championnat, 8 fois. À chaque fois, j’étais au stade. Et à chaque fois, on a perdu. Pareil avec les deux Libertadores. C’est une équipe qui ne sait pas gagner. La supporter est une souffrance permanente parce qu’elle sait juste être deuxième. J’en ai eu marre d’être frustré, à tel point que j’ai mis deux maillots dans la chambre de mon fils. Un de la Universidad de Chile et un autre de Colo-Colo. Je lui ai dit de choisir entre ces deux-là en lui précisant qu’il n’avait pas le droit de supporter la Cato. J’ai trop souffert à cause d’elle. Tout le monde se moquait de moi à l’école. J’ai eu une enfance douloureuse, une enfance de second. Je n’ai pas envie de ça pour mon fils.

Le Chili a toujours nourri un complexe d’infériorité par rapport à l’Argentine. Les battre en finale de la Copa América a été un soulagement ?

Mais si la France était à coté de l’Argentine, elle aurait aussi eu un complexe d’infériorité ! Voir le Chili battre cet adversaire, en jouant dès le début en attaquant pour gagner, c’était fou. On les a battus tactiquement, dans l’envie. Messi n’a pas existé, on l’a arrêté. C’est très libérateur pour un pays entier, le fait de gagner. C’est un exutoire.

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Mis à part ça, c’est quoi tes autres grands souvenirs de foot ?

J’ai grandi avec la sélection de Sa-Za (Salas-Zamorano). C’était une équipe qui avait beaucoup de qualités, mais qui était extrêmement frustrante. Tout allait bien et tout d’un coup, sans raison, elle faisait n’importe quoi, elle disparaissait du match. On ne savait jamais ce qui allait se passer, car c’était une équipe qui ne savait pas se gérer. Les joueurs n’arrêtaient pas de gueuler, ils étaient tous excités, et souvent ça dégoupillait. C’était marrant à suivre.

Quel est ton joueur préféré aujourd’hui ?

Gary Medel. Il est petit, il représente le Chilien moyen, il vient d’une famille modeste, il réussit tout plus par l’effort que par le talent, et il est très proche de sa famille. C’est facile de s’identifier, car il représente des traits physiques et moraux très chiliens. Il est honnête, il se bat, il a une pureté intéressante. Et il n’est pas attaquant, il ne met pas de buts. Il fait le sale boulot pour l’équipe, mais les gens le voient comme un héros, car il est proche d’eux. C’est plus facile de s’identifier à lui qu’à Alexis Sánchez qui a un talent inné. Mais en réalité, je les aime tous : ils sont tous champions d’Amérique !

Michelle Bachelet a bien compris l’intérêt de la chose : Sa cote de popularité est remontée en flèche suite aux selfies avec les joueurs. Tu en penses quoi ?

Je n’ai aucun souci avec ça, moi aussi j’en ferais si j’étais à sa place ! Je vois cela comme le geste d’une fan, mais on le lui reproche, car c’est un femme. Si Piñera ou Lagos avaient fait la même chose, ça aurait posé un problème ? Bien sûr que non. Dans cette histoire, il y a clairement un problème de machisme.

samedi 28 novembre 2015

BIOGRAPHIE POLITIQUE DE ALEJANDRO MUTARELLO

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PHOTO DES ANNÉES 1950, PRISE DANS À L'OCCASION D'UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE LOCALE. DON ALEJANDRO MUTARELLO SE TROUVE À LA SEPTIÈME POSITION DE GAUCHE À DROITE. 

IL est né à Antofagasta au Chili et y a passé son enfance. Dans les année quarante avec la grande crise mondiale il se voit obligé de partir chercher du travail à Calama mais  il trouve finalement à la mine de Chuquicamata. 

En 1941 il se fait embaucher  dans la mine de cuivre de Chuquicama, il avait 17 ans et a du tricher car il fallait avoir 18 ans. Un ami de sa sœur a réussi à lui changer la date dans ses documents. C’est cette même année qu’il a rejoint la jeunesse communiste et la « Confédération de Trabajadores de Chile » en découvrant la réalité  de la vie extrêmement difficile des mineurs.

Entre 1942-1943  il part faire son service militaire. Il était très apprécié par ses supérieurs qui voulaient absolument l’embaucher dans l’armée et avaient prévu un futur de grand officier pour lui. Ces derniers ont été  énormément déçus lorsqu’ils ont découvert son projet de vie militante. 

Fin 1943 début 1944 il retourna à Chuquicamata, où comme punition pour être syndicaliste a été envoyé dans la fonderie de la mine pendant 3 mois.

1944 il entreprit plusieurs voyages entre Santiago et Valparaiso pour finir par s’installer dans cette dernière ville où il occupe divers emplois et où il va militer au sein du parti communiste et continuer son engagement syndicaliste. 

1948 a travaillé pour la campagne de Gabriel Gonzalez Videla, après la Victoire de ce candidat, son premier décret a été de mette le parti communiste hors la Loi.

Alexandre fut arrêté avec son groupe en résistance en septembre 1948 et fit un an prison à Valparaiso. Il a été accusé d’être le chef du groupe et à ce titre prit une condamnation a perpétuité.  Il fut libéré fin 1949 par un acte de grâce d’un nouveau gouvernement et a continué à militer clandestinement au sein du Parti communiste comme responsable de l'organisation de la vie du parti et de la propagande.

Vers les années 50 le parti communiste a retrouvé sa légalité. La vie politique a repris son cours normal et jusque dans les années soixante dix Alexandre a été responsable de l'organisation de la 4ème section au Parti communiste toujours à Valparaiso. 

Pendant les trois campagnes électorales de Salvador Allende il était responsable de campagne sur le secteur de Valparaiso. 

En 1970 en dehors de son activité d’organisation au sein de son parti, il participait à la rédaction du «El popular» petit journal local, organe du parti communiste. 

Durant toutes ces années il exerçait également une activité professionnelle d’entrepreneur dans le bâtiment (il travaillait a son compte avec une équipe d’ouvriers). 

1973 pour le coup d'Etat de la junte composée par les quatre généraux chiliens dont Pinochet,  il est entré de nouveau dans la clandestinité mais a continué à militer pour le Parti communiste. 

1975  persécuté et en grand danger il doit prendre la décision de partir en Argentine où il se regroupe avec  d’autres militants chiliens et continue  à militer au parti  pendant 2 ans. 

1976 Survient le coup d’Etat en Argentine, les partis de gauche sont dissous.  L’insécurité et la rupture des équilibres sociaux sont devenues monnaie courante et les « étrangers » qui étaient en fait les ressortissants chiliens indésirables. 

A partir de ce moment il était très surveillé et ne pouvait pas travailler,  il ne pouvait pas non plus avoir d’autre logement que certains hôtels désignés. 
Des rafles étaient organisées régulièrement dans ces hôtels, les militaires cassaient les sols et les toits afin de trouver des arsenaux avec les armes. Ils ne trouvaient jamais rien mais revenaient continuellement. 

L’opération condor de la CIA a été mise en place et ses agents exécutaient leurs ordres : ils devaient faire en sorte de disparaître des personnes, enlever des adultes et des enfants, entre autres.  Pendant cette période beaucoup de militants et de sympathisants ont disparu. 

Néanmoins Alexandre a continué à résister et organisait des rencontres pour informer les gens de la situation qui se vivait au quotidien. Le prétexte de ces rencontres était les anniversaires des enfants. Il continuait également a écrire et faisait parvenir ses écrits au siège local de l’Acnur (Agence des Nations Unies pour les réfugiés) afin de les faire circuler. 

1978 a été expulsé d'Argentine vers la France avec sa femme et enfants où il arrive en novembre 1978 à Fontenay Sous Bois à la Mission de France, de nos jours Maison des citoyens Jacques Damiani. 

A nouveau il a retrouvé des amis chiliens par l’intermédiaire de celui qui allait devenir un grand ami et camarade Jacques Damiani, et a continué son engagement militant  durant de longues années jusqu’à ce que sa santé ne le lui permette plus. 

Il a participé également à des congres de syndicalistes à Buenos Aires, Damas, et à Vienne.

MOTS POUR MON PÈRE

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 ALEJANDRO MUTARELLO LORS DE SON 90ÈME ANNIVERSAIRE 

Nous voici à nouveau réunis pour rendre hommage à l’un de nos amis, mari et père.  Ceci exige de nous un très grand effort car en dehors de trois autres amis partis récemment, ces derniers jours nous en avons également perdu d’autres au cours des terribles événements que tout le monde connaît.

par Gilda Mutarello

Alexandre, tu étais un homme de conviction, dès l’âge de 17 ans tu as compris la misère humaine et l’injustice et tu as voulu la combattre.  Tu as eu une vie ni simple ni tranquille, mais remplie de beaucoup d’expériences et de rencontres entre trois continents.
Une vie marquée par l'humanisme, le partage de ton amour et de ton amitié, le dévouement, mais aussi par le goût d’un risque pour sauver tes compagnons, ainsi que l'écoute des autres.  Tu a franchi beaucoup d’obstacles et triomphé des difficultés et pour y parvenir, tu n’as pas ménagé tes efforts jusqu’au bout.

Ton activité de militant et associatif témoigne de ton esprit collectif et de ton dévouement pour les autres.
Tu étais aussi mari, père, grand père, arrière grand père, artiste peintre amateur, musicien amateur, écrivain, voyageur.

Parfois tu pouvais sembler distant voir froid mais c’était ton côté réservé, tu étais moqueur, moraliste, avais un humour qui pouvait être confondu pour de l’ironie ou du sarcasme et très gourmand de gâteux et de chocolat. Cependant tu étais aussi un homme intègre, droit et rigoureux. 

On me dit que j’ai hérité de toi de nombreux traits de caractère, que tu as du hériter de ton père qui s’était engagé comme pompier et a été un des fondateurs de la caserne de pompiers Croates dans la ville de Calama.  Les pompiers au Chili sont des bénévoles qui exercent leur labeur de sauvetage en dehors de leur activité professionnelle.

Ton engagement contre les injustices, la cruauté, la xénophobie, je l’ai très tôt compris et fait mien, les valeurs que tu m’a inculquées avec Maman sont profondément ancrées en moi et ont crée un savant mélange de carburant dans ma vie.

Je voudrais te dire, ces quelques mots qui seront sans doute trop faibles, combien je suis fière d'être ta fille.  Tu m'as accompagné avec Maman dans mes doutes, mes échecs et mes réussites.

Malgré la grande tristesse que nous inflige ton départ, nous sommes soulagées que tu ne souffres plus, durant ces dernières années tu t’es beaucoup battu contre la maladie, et les derniers mois ont été assez durs pour toi et aussi pour nous.  Aujourd’hui nous te savons en paix.

Tu as été rejoindre le club de copains équilibrant ainsi les choses : quatre révolutionnaires, dont deux fêtards René et Leonel et deux têtes brûlés Jacques et toi.  Quatre hommes qui ont connu les sombres conséquences de la bêtise et la cruauté humaine mais qui ont résisté et nous laissent un héritage et un exemple à suivre.

Mais il vaut mieux se souvenir de quelques anecdotes qui illustrent mieux qui tu étais, par exemple celles ou :

- Grand blagueur, lorsqu’on était a table et qu’un ami arrivai, tu disais : « oh la la, qu’on range le pain, qu’on ramène la casserole », tu le disais d’une façon tellement sérieuse que plusieurs d’entre eux se sont fait avoir et ne savaient pas quoi dire ni faire. 

- Lorsque quelqu’un partageait notre table, tu n'étais pas tranquille tant que cet invité ou les invités n’aient pas mangé tout ce qui avait été préparé jusqu’au chocolat que tu gardais pour le café ou le thé.

- Lorsque j’étais plus jeune tu partais avec moi à Paris sous prétexte d’une promenade avec ta fille, mais c’était aussi pour manger des gâteux, jusqu’à ce que j’ai en eu marre, car ils me rendaient malade et que je te dise que je ne voulais plus en manger. Promenade oui mais plus de gâteaux.

Puis combien de soirées ou de moment où l’on pouffait de rire tous les deux ou avec mes frères de tes pitreries et moqueries.   Combien d’amis ont pâti de celles-ci avant de bien sûr, les partager.  

Des moments où l’on n’était pas d’accord tout les deux, et dont chacun campait sur ces positions mais trouvant finalement out un compromis.  Des soirées à refaire le monde, a partager des moments où l’on se fâchait ensemble d’horreurs qui survenaient aux quatre coins du monde.

Bien sur il y a tellement d’autres, mais je m’arrête là pour aujourd’hui.

Toi qui avait une grande aversion pour la couleur noire, on te rassure, Maman a tenu sa promesse de s’habiller aujourd’hui avec d’autres teintes et moi qui suis régulièrement habillée  de cette  couleur, ai fait en sorte de te faire plaisir.

Je tiens à remercier mes amis Bamiléké avec lesquels je partage depuis quelques années mon travail de doctorat, mais aussi une belle amitié. Ils n’ont pas connu mon père, mais ils s’enquerraient régulièrement de son état. Leurs massages de condoléances nous ont beaucoup touché maman et moi. 

Nous avons une très grande pensée pour tous ceux qui ont perdu la vie et ceux qui ont été blessés ces derniers jours ainsi que pour leurs familles.  Nos amies Patricia et Elsa étaient au Bataclan et laissent leurs familles dans un profond désarroi et grande tristesse, nous partageons leur douleur.
Nous tenons à remercier l’équipe de St François de l’avoir accompagné jusqu’à la  fin de sa vie et qui était là dans les moments difficiles, ainsi que les membres de familles d’autres pensionnaires. De même que son médecin, le Dr. Gauthier qui en dehors de ses compétences professionnelles lui a consacré du temps et avait une attention toute particulière pour lui.

Nous désirons exprimer notre plus grande reconnaissance à tous les amis de Fontenay qui nous ont accompagné au long de toutes ces années et avec lesquels on a partagé beaucoup, beaucoup de choses tristes et heureuses, des expériences fortes et une belle amitié. 

Enfin nous tenons à  vous remercier vous tous pour votre présence, votre affection, votre soutien, et de votre grande amitié. Soyez de tout cœur remerciés.


LE FOOTBALL CHILIEN DANS LA TOURMENTE

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LA PANENKA D'ALEXIS SÁNCHEZ. PHOTO REUTERS 
Alors que le Chili doit disputer un match en Uruguay, le voyage du président prend une tournure de film hollywoodien. Il serait sorti en premier de l’avion, escorté par des membres du FBI. Raúl Guzmán, journaliste chilien, s’épanche : «  Il a été traité de manière différente. Même les artistes et les diplomates ne sont pas reçus ainsi (avec autant de sécurité, ndlr). Aucun policier ne voulait parler.  » Après la gifle contre les coéquipiers de Cavani, la nouvelle tombe : Sergio Jadue a présenté sa démission, qui sera acceptée par les instances de la Fédération. Au Chili, une page se tourne. Et maintenant ?

Coalition contre Jadue

Les premiers détails de l’affaire filtrent. Jadue est interrogé aux USA dans le cadre du scandale de la FIFA. Comme Luis Bedoya, son homologue colombien qui a récemment quitté son poste, il est sous le coup d’une enquête pour avoir reçu des pots-de-vin liés au FIFAgate et à la CONMEBOL. Selon la justice américaine, de nombreux présidents de fédérations sud-américaines ont reçu 1,5 million de dollars de l’entreprise Datisa pour les droits de la Copa América 2015. Sa lettre de démission est rapidement publiée par les médias locaux. Une missive conclue par un sobre «  Mission accomplie  » , cher à Pinochet.

 LETTRE DE DÉMISSION SERGIO JADUE
Si sa démission marque la fin d’une ère, elle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le football chilien est en pleine crise. De nombreux clubs avaient affichés leur mécontentement : un groupe de clubs nommé sobrement G-13 (dont les gros, Universidad de Chile, Colo-Colo et Universidad Católica ne font pas partie) au fort pouvoir au sein de la Fédération a décidé qu’aucun dirigeant lié au scandale de la FIFA ne devait occuper un poste dans l’instance chilienne. «  Il faut faire un nettoyage géant  » , affirmait un membre du groupe. Alors qu’il niait en bloc, les médias chiliens affirment que Jadue s’est déclaré coupable devant la justice américaine, afin d’éviter une lourde peine. Il devrait donc collaborer pour l’enquête. Le journal El Mercurio précise : «  Il a reconnu sa culpabilité face aux charges retenues contre lui par la justice américaine et a accepté de coopérer à l'enquête en échange d'une peine réduite. Il restera à New York tout le temps de la procédure judiciaire et y effectuera sa peine, que les experts estiment entre trois et cinq ans de liberté surveillée.» 


Le Chili dans l’inconnu

Une page importante du football chilien se tourne. Celle d’un dirigeant décrié pour ses rapports tendus avec Marcelo Bielsa. Celle d’un homme qui a su revitaliser le football chilien, en modernisant les stades, en accueillant la Copa América, et en offrant à Jorge Sampaoli la possibilité d’entraîner une sélection vierge de titre pour la mener sur le toit de l’Amérique. D’ailleurs, l’avenir de l’entraîneur argentin s’écrit en pointillés. Convoité par certains clubs européens, il clame son envie de rester au Chili, et son rêve d’entraîner un jour River Plate, club qu’il supporte. Actuellement blessé, Charles Aránguiz a durement critiqué les instances du pays, dans les colonnes de Las Últimas Noticias : «  Le football chilien est plus que mort. Je souhaite que les gens reviennent au stade, que les tickets soient moins chers, que l’ambiance revienne. Je ne comprends pas pourquoi, au Chili, les supporters ne peuvent plus entrer avec des banderoles et des instruments.  » L’avenir du football chilien est donc flou. En attendant, Marcelo Salas, légende locale, s’est déclaré candidat à la présidence. Et les médias chiliens continuent d’enfoncer l’ancien président. Selon Chilevisión Noticias, il aurait payé une maison d’environ 635 390 euros en cash. Une enquête pour blanchiment d’argent aurait aussi était évoquée. Pire, il aurait fait pression pour qu’Harold Mayne-Nicholls, son prédécesseur au poste, soit suspendu par la FIFA. Pas mal de casseroles donc, pour Sergio Jadue. Et cette fois-ci, ce n’est pas une panenka d’Alexis Sánchez qui le sauvera.

PAR RUBEN CURIEL