vendredi 25 novembre 2016

CHILI: LIBERTÉ CONDITIONNELLE POUR UN MILITAIRE CONDAMNÉ POUR CRIME CONTRE L'HUMANITÉ

La violence extrême de cette scène a à l’époque tellement choqué l’opinion publique nationale et internationale que le chef d’état-major des carabiniers auquel appartenait le groupe de militaires, a du démissionner en pleine dictature. Un procès est même ouvert et, en 1992, deux ans après le retour à la démocratie, la justice condamne Guillermo Gonzalez Betancourt à la perpétuité. Une condamnation qui fait date : c’est la première dans une affaire importante de violation des droits de l’homme commise sous les années noires.

Aujourd’hui, cette même justice le met en liberté conditionnelle…

Au Chili, le décret qui réglemente la liberté conditionnelle date des années 20. Il est donc bien antérieur aux crimes perpétrés sous la dictature d’Augusto Pinochet : plus de 3200 morts et disparus et près de 30 000 victimes de torture. Mais ce décret ne fait pas la différence entre un voleur de poule et l’auteur d’un crime contre l’humanité. Aussi Guillermo Gonzalez Betancourt a-t-il été considéré comme un voleur de poule : il a accompli plus de la moitié de sa peine, s’est bien comporté, a bien suivi les cours de la prison et a suivi les ateliers de réinsertion. Il est donc libre et peut rentrer chez lui.
GUILLERMO GONZÁLEZ BETANCOURT,
RESPONSABLE DE SÉQUESTRATION ET
ASSASSINAT DES TROIS MILITANTS
COMMUNISTES EN MARS 1985

Colère des victimes…

Tant d’années de lutte pour obtenir justice, et voilà qu’on transforme le bourreau en victime : voilà ce que nous a confié la présidente de l’association des familles des exécutés politiques (l'AFEP), Alicia Lira. Car c’est au nom des droits de l’homme que Guillermo Gonzalez Betancourt a été remis en liberté.

Une décision qui va à l’encontre de tous les traités internationaux signés par le pays mais qui n’étonne guère Alicia Lira. Guillermo Gonzalez Betancourt n’est autre que le quatrième officier condamné pour crime contre l’humanité qui obtient une liberté conditionnelle ces dernières années. Qui plus est, les militaires condamnés dans ces affaires obtiennent au pire cinq ans de prison, souvent une condamnation symbolique et 180 criminels ont été jusqu’ici condamnés sans mettre un seul jour les pieds en prison, une prison spéciale d'ailleurs : Punta Peuco est bien plus confortable que les prisons chiliennes ordinaires.