dimanche 20 août 2017

ARGENTINE. L’ÉTRANGE DISPARITION D’UN MILITANT DES DROITS DES INDIENS MAPUCHE

Recherché depuis plus de deux semaines par les forces nationales, ce manifestant de 28 ans, originaire de la province de Buenos Aires, a été vu pour la dernière fois le 1er août dernier, lors d’un rassemblement en soutien aux revendications territoriales des Indiens mapuche. Les témoins décrivent une confrontation brutale entre les manifestants et les gendarmes, qui “s’est terminée par des tirs de la part des forces armées”, rapporte le quotidien Perfil.

La question mapuche est controversée en Argentine, où le quotidien ancré à gauche La Izquierda Diario dénonce une “diabolisation [par l’État] de la communauté mapuche afin de couvrir les vrais occupants du paradis des propriétaires terriens”, de la Patagonie argentine, “l’un d’eux étant l’entreprise Benetton, qui possède 900 000 hectares”, précise La Izquierda Diario.

Les revendications des Indiens mapuche mobilisent de nombreux Argentins qui, comme Santiago Maldonado, soutiennent leurs manifestations. Selon des témoins, “il n’y a pas le moindre doute, c’est la gendarmerie qui l’a emmené”, rapporte le quotidien Perfil.

Dans un pays traumatisé par les disparitions forcées lors de la dictature des années 1970 et 1980, cet événement a fortement concerné la presse et la population, qui ont manifesté à plusieurs reprises pour que soient éclaircies les circonstances de la disparition du manifestant.

Suite à de nombreuses accusations portées envers l’État par la presse et les proches du disparu, la ministre de la Sécurité Patricia Bullrich a déclaré, le 16 août, que “le gouvernement n’est complice d’absolument rien”, rapporte La Gaceta.

Anaïs Terrien


samedi 19 août 2017

CHILI: LE PIB PROGRESSE DE 0,5% AU PREMIER SEMESTRE

L'agence de notation financière Standard and Poor's a baissé mi juillet, pour la première fois depuis 25 ans, la note du Chili en raison de la dégradation de ses finances publiques et de sa faible croissance économique. La note de la dette chilienne est passée de AA- à A+, mais la perspective reste "stable". Juste avant, le gouvernement chilien avait révisé en baisse ses prévisions de croissance pour 2017, à 1,5% contre 2,25% prévu précédemment, en raison notamment d'une forte diminution de l'activité minière, principal moteur économique du pays.

jeudi 17 août 2017

CARLOS PUEBLA Y LOS TRADICIONALES -“YANKEES, GO HOME




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CARLOS PUEBLA Y LOS TRADICIONALES -“YANKEES, GO HOME
DURÉE : 00:02:18


WASHINGTON DIT AU BRÉSIL, MEXIQUE, CHILI, PÉROU DE ROMPRE AVEC PYONGYANG


Dans le cas du Chili, il a souhaité que le pays sud-américain classe ses exportations de vin « comme produit de luxe, sous le régime actuel des sanctions américaines, pour empêcher la Corée du Nord d'obtenir ces produits et de les transformer en devises pour soutenir le régime ».

En 2015, le Chili a exporté pour 65.000 dollars de vin vers la Corée du Nord, tandis que le Mexique lui vendait du pétrole pour 45 millions et le Pérou y expédiait du cuivre pour 22 millions, selon l'Observatoire de complexité économique (OEC), de l'université américaine MIT.

La présidente Bachelet n'a pas répondu à la requête de M. Pence mais a exprimé son inquiétude face au programme ballistique nord-coréen.

Elle a appelé les parties « à renouveler tous les efforts diplomatiques et les conversations (...) afin d'avoir une péninsule coréenne sans armes nucléaires ».

La tension s'est fortement accrue sur la péninsule coréenne après les tests réussis - mais interdits par la communauté internationale - de deux missiles balistiques intercontinentaux nord-coréens capables selon les experts de frapper les États-Unis.

Mais le leader nord-coréen Kim Jong-Un a annoncé qu'il mettait sur pause le projet de tir de missiles près du territoire américain de Guam, une décision qualifiée de "sage et raisonnée" par le président américain Donald Trump.

M. Pence se trouvait au Chili dans le cadre d'une tournée en Amérique latine marquée par les tensions autour de la crise politique au Venezuela, accentuées par les menaces d'une intervention militaire par M. Trump qui ont soulevé un tollé dans la région.

« Le Chili fera tout son possible pour soutenir les Vénézuéliens et trouver le chemin pacifique pour restaurer sa démocratie, mais le Chili ne soutiendra ni coups d'État ni interventions militaires », a mis en garde Mme Bachelet.

mercredi 16 août 2017

MOSCOU DÉNONCE LA MENACE MILITAIRE « INACCEPTABLE » DE TRUMP CONTRE LE VENEZUELA

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LE MINISTRE BOLIVIEN DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
FERNANDO HUANACUNI MAMANI  ET SON HOMOLOGUE
RUSSE SERGUEÏ LAVROV
PHOTO KIRILL KALINNIKOV

La Russie a dénoncé la «menace inacceptable d'une intervention militaire» brandie par le président américain Donald Trump contre le Venezuela.
« LE NOUVEL IRAK ...? »
« PÉTROLE VÉNÉZUÉLIEN ...
MMMM MIAM-MIAM...» 
Moscou a dénoncé mercredi la « menace inacceptable d'une intervention militaire » brandie par le président américain Donald Trump contre le Venezuela, plongé dans une grave crise politique depuis plusieurs mois.

Il faut que « les désaccords dans le pays soient surmontés au plus vite, et ce uniquement par des moyens pacifiques, par le dialogue », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse avec son homologue bolivien Fernando Huanacuni Mamani.

Le chef de la diplomatie russe a rejeté le recours à toute « pression extérieure, sans même parler de la menace inacceptable d'une intervention militaire ».

Ces déclarations de Moscou interviennent alors que Donald Trump a évoqué vendredi une possible « option militaire » pour résoudre la crise au Venezuela, où les manifestations anti-Maduro ont fait 125 morts en quatre mois.

Un tollé en Amérique latine


MANIFESTATION EN SOUTIEN DU PRÉSIDENT 
VÉNÉZUÉLIEN NICOLAS MADURO 

PHOTO GINNETTE RIQUELME
Lundi, le vice-président américain Mike Pence a affirmé que Washington ne laisserait pas le Venezuela se transformer en «État en faillite » qui mettrait en péril la sécurité de la région, sans évoquer de projet militaire.

La perspective d'un recours à la force par les États-Unis contre le Venezuela a suscité un tollé en Amérique latine. Le Brésil, la Colombie, le Pérou, le Chili, le Mexique, l'Équateur, le Nicaragua et l'Argentine ont ainsi rejeté cette option.

Les actions militaires américaines ne sont pas sans précédent dans cette région: la dernière remonte à 1989, quand les États-Unis avaient envahi le Panama pour déloger son président, Manuel Noriega.

Alors que le pays est en plein naufrage économique et sous le coup de sanctions américaines, le président Maduro, élu en 2013, reste sourd à ces mises en garde et continue à s'appuyer sur le soutien crucial de l'armée et de ses quelques alliés comme la Russie et la Chine, ses créanciers, ainsi que Cuba, la Bolivie ou encore l'Équateur.


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mardi 15 août 2017

L'EX-MÉDECIN D'UNE SECTE NAZIE BASÉE AU CHILI PURGERA SA PEINE EN ALLEMAGNE


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L'ancien médecin septuagénaire peut toutefois faire appel de cette décision de justice qui "n'est pas exécutoire". Son avocat a d'ailleurs annoncé à l'agence de presse allemande DPA son intention de faire appel. L'ONG Centre européen pour les droits de l'Homme et constitutionnels a salué la décision du tribunal qui constitue un premier pas attendu de longue date en vue de punir les "crimes de Colonia Dignidad, en particulier le viol et les sévices sexuels sur les enfants".

L'ancien président allemand Joachim Gauck avait déploré l'an dernier au cours d'un déplacement au Chili les atrocités commises par cette secte, tandis que des victimes réclament réparation. Berlin avait aussi admis avoir fermé les yeux sur ce qui se passait dans cette communauté.


samedi 12 août 2017

VENEZUELA : DONALD TRUMP N’EXCLUT PAS « UNE POSSIBLE OPTION MILITAIRE »

Les États-Unis ont déjà personnellement sanctionné le président Maduro, qualifié de « dictateur ». Au Venezuela, on dénonce « un acte de suprême extrémisme ».

« GOLPE SUAVE » (COUP D'ÉTAT PARLEMENTAIRE)

Par Marie Delcas

Jeudi 10 août, à Caracas, la nouvelle Assemblée constituante confirmait – à l’unanimité – le président Nicolas Maduro dans ses fonctions de « président constitutionnel de la République bolivarienne du Venezuela ». Le lendemain, dans son club de golf du New Jersey où il est en vacances, Donald Trump faisait savoir que les Etats-Unis n’excluaient pas une intervention militaire au Venezuela :

« Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible option militaire si c’est nécessaire, a dit le président américain. Nous avons des troupes dans le monde entier, parfois très loin. Le Venezuela n’est pas très loin. Et les gens souffrent et meurent. »


M. Trump s’est abstenu de répondre à la question de savoir si une éventuelle opération serait menée par les Etats-Unis et si son gouvernement cherchait « un changement de régime ». « Nous n’allons pas faire de commentaires sur ce point », a-t-il répondu aux journalistes présents.

Au nom du gouvernement vénézuélien, le ministre des communications, Ernesto Villegas, a dénoncé « la menace la plus grave et la plus insolente jamais proférée contre la patrie de Simon Bolivar », le héros de l’indépendance latino-américaine cher à l’ex-président Hugo Chavez. Le ministre de la défense, le général Vladimir Padrino, a pour sa part a évoqué « un acte de folie d’un extrémisme suprême ».

« Illégitime Assemblée constituante »

Deux jours plus tôt, le département du Trésor américain avait élargi sa liste vénézuélienne de sanctions financières, en ciblant huit responsables chavistes, dont Adan Chavez, frère de l’ex-président Hugo Chavez (1999-2013). Tous sont visés pour avoir contribué à la mise en place de « l’illégitime Assemblée constituante ». Leurs avoirs aux Etats-Unis ont été gelés. Qualifié par le gouvernement américain de « dictateur », le président Nicolas Maduro a été inclus sur la liste noire la semaine dernière, rejoignant le groupe restreint des présidents en exercice sanctionnés par Washington. « Ce régime est inacceptable et les Etats-Unis se tiendront au côté de l’opposition contre la tyrannie jusqu’à ce que le Venezuela restaure une démocratie prospère et pacifique », avait déclaré le secrétaire américain au trésor, Steven Mnuchin.

Le Venezuela a été suspendu du marché commun sud-américain du Mercosur et est d’ores et déjà objet de sanctions régionales. Vendredi, le gouvernement péruvien a expulsé l’ambassadeur en poste à Lima. Mercredi, douze pays latino-américains y avaient signé une déclaration dénonçant la suspension de la démocratie, la violation des droits de l’homme et la violence de la répression au Venezuela.

Jeudi, s’adressant à l’Assemblée constituante, M. Maduro avait dit souhaiter « une conversation personnelle » avec son homologue américain. Il avait suggéré qu’elle se tienne par téléphone ou à New York en septembre, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. « S’il est autant intéressé par le Venezuela, je suis là, je suis le chef de ce qui l’intéresse », avait lancé M. Maduro, en précisant toutefois qu’il répondrait « les armes à la main » à une agression américaine.

Depuis la tentative de coup d’Etat ratée de 2002, le gouvernement chaviste n’a cessé de dénoncer les visées de « l’empire » sur les réserves pétrolières du Venezuela. Selon M. Maduro, les Américains et la guerre économique qu’ils mènent contre son pays, de mèche avec l’opposition, sont les responsables de la grave crise que traverse le Venezuela. La tension entre les deux pays (qui ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs en 2010) n’a pas mis fin aux échanges économiques et commerciaux. Les Etats-Unis continuent d’importer 740 000 barils de brut vénézuélien par jour.

Les propos de Donald Trump font-ils le jeu de Nicolas Maduro ? Jose Miguel Vivanco, directeur pour l’Amérique latine de l’organisation Human Rights Watch, écrit sur son compte Twitter : « Depuis qu’Hugo Chavez l’a désigné comme son successeur, Nicolas Maduro n’avait pas reçu d’aussi beau cadeau que celui que vient de lui faire Donald Trump. » « Nous nous sommes toujours opposés et nous nous opposerons toujours à toute intervention militaire contre le Venezuela », déclare pour sa part Rafael Uzcategui, directeur de l’organisation des droits de l’homme Provea.

« Nous sommes la majorité »

Les dirigeants de la coalition d’opposition (Table d’unité démocratique, MUD) sont, eux, restés discrets. Nombreux sont les opposants de base qui rêvent de voir les soldats américains débarquer « enfin ». Encore un sujet qui divise l’opposition. Jeudi, la MUD, qui a boycotté l’élection constituante, a annoncé qu’elle présenterait des candidats aux élections régionales. L’élection des gouverneurs, qui aurait dû avoir lieu fin 2016, est maintenant programmée pour le 10 décembre. « En 2005, nous avons commis une énorme erreur en nous retirant des parlementaires, explique le député d’opposition José Guerra. Nous sommes la majorité et nous allons le prouver dans les urnes. »

Vendredi, deux dirigeants de la MUD ont annoncé qu’ils faisaient scission : l’ex-maire de Caracas, Antonio Ledezma, et Maria Corina Machado. « Nous ne pouvons légitimer le Conseil national électoral [CNE], ni tomber dans le piège que nous tend le gouvernement, ni trahir la lutte que nous menons depuis 132 jours », a déclaré Maria Corina Machado, en annonçant qu’elle quittait la MUD.

Le CNE a d’ores et déjà empêché un certain nombre de candidats de se présenter aux élections régionales. « Celui qui veut participer doit avoir un certificat de bonne conduite délivré par l’Assemblée nationale, un certificat qui dit que vous n’avez jamais appelé à mettre le feu au Venezuela », a pour sa part déclaré le constituant Diosdado Cabello, considéré comme le numéro deux du gouvernement.

L’assemblée « souverainissime » – qui a supplanté l’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire – devrait siéger deux ans, a indiqué M. Cabello, tout en précisant qu’elle pourrait prolonger ses travaux « quatre, cinq ou six ans ». Le mandat de Nicolas Maduro s’achève en 2019.

vendredi 11 août 2017

ESPAGNE. UN JOURNALISTE TURC ARRÊTÉ À BARCELONE SUR DEMANDE D’ANKARA


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ERDOĞAN, « L'HOMME QUI SE PREND POUR UN SULTAN »

Le journaliste et écrivain turc Hamza Yalçin se trouve en détention en Espagne depuis le 3 août, en application d’un mandat d’arrêt international émis par la Turquie. Il est accusé d’avoir insulté Erdogan et d’être lié à un groupe d’ultragauche illégal.
LE JOURNALISTE ET 
ÉCRIVAIN HAMZA YALÇIN
PHOTO SEGRE
«Les tentacules du régime de [Recep Tayyip] Erdogan se déploient jusqu’en Espagne », rapporte El País ce 8 août, après l’arrestation à Barcelone du journaliste et écrivain turc et suédois Hamza Yalçin. Celui-ci, âgé de 59 ans, se trouve en détention depuis le 3 août, en application d’un mandat d’arrêt international émis par la Turquie en avril. Il est accusé, d’après l’agence turque Dogan citée par le journal madrilène, d’avoir insulté le président Erdogan dans un article de presse et de maintenir des « liens terroristes » avec un groupe d’ultragauche illégal.

Yalçin a été arrêté lors du contrôle des passeports à l’aéroport barcelonais d’El Prat, alors qu’il devait embarquer à bord d’un vol en destination de Londres, à la suite du mandat émis par l’agence Interpol. Un juge a ensuite ordonné son incarcération.

Résident en Suède depuis 1984 et naturalisé suédois, il est notamment membre de la branche suédoise de l’association d’écrivains PEN. L’ambassade de Suède à Madrid s’est mise en contact avec les autorités espagnoles pour suivre son cas.

La Turquie « a utilisé Interpol à des fins politiques »

DESSIN DE BALABAN, LUXEMBOURG.  
« Le fait que des journalistes exilés puissent être 
détenus est très inquiétant », réagit le responsable de Reporters sans frontières en Suède, Jonathan Lundqvist. La Turquie « a utilisé Interpol à des fins politiques et son objectif est d’interdire la liberté d’expression et d’éviter que Yalçin ne se déplace en Europe », dénonce pour sa part son ami et compatriote Kurdo Baksi dans des déclarations à l’agence espagnole EFE reprises par le quotidien madrilène. « Moi aussi je suis turc et suédois et je critique Erdogan. Donc, est-ce que je peux toujours voyager à Barcelone ? » interroge-t-il.

Depuis la tentative de coup d’État en juillet 2016, le régime d’Ankara a purgé l’armée et détenu plus de 50 000 militaires, juges et universitaires, rappelle El País. Depuis fin juillet sont jugés à Istanbul plusieurs journalistes et collaborateurs du quotidien Cumhuriyet.

La Turquie doit désormais formaliser sa demande d’expulsion – elle dispose d’un délai de quarante jours –, et attendre la réponse de la justice espagnole. Mais le « dernier mot reviendra au gouvernement », rappelle El País. Celui-ci “se retrouvera alors dans une situation délicate, puisqu’il devra choisir entre vexer la Turquie ou s’opposer aux organisations de défense des droits de l’homme”.


DISPARITION EN ARGENTINE D’UN JEUNE MANIFESTANT APRÈS UNE INTERVENTION POLICIÈRE


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UNE PHOTO DE SANTIAGO MALDONADO MONTRÉE PAR UN
MANIFESTANT À BUENOS AIRES, LE 7 AOÛT 2017, DEVANT
LE PALAIS DU CONGRÈS.
PHOTO JUAN MABROMATA  

Santiago Maldonado a été vu pour la dernière fois le 1er août 2017, alors que la gendarmerie dispersait un rassemblement de la communauté mapuche, en Patagonie.
SANTIAGO MALDONADO
Cela fait plus d’une semaine que personne, en Argentine, n’a de nouvelles de Santiago Maldonado. La famille du jeune homme et plusieurs organisations de défense des droits humains accusent la gendarmerie d’avoir « fait disparaître » le jeune homme à la suite d’une intervention musclée lors d’une manifestation de la communauté mapuche – Amérindiens vivant en Patagonie. Mercredi 9 août, Amnesty International a lancé une campagne pour exiger une réponse immédiate de l’État. Sa famille et les autorités se renvoient la balle, s’accusant mutuellement de nourrir des zones d’ombre dans l’enquête.

L’artisan de 28 ans, originaire de la province de Buenos Aires, participait à une manifestation de la communauté mapuche de Cushamen, dans le sud du pays, à 1 800 kilomètres de la capitale. Plusieurs témoins assurent l’avoir vu pour la dernière fois le 1er août, lorsque les forces de l’ordre ont chargé violemment les manifestants, interpellant le jeune homme et l’embarquant dans une camionnette. La ministre de la sécurité, Patricia Bullrich, et le juge chargé de l’enquête, Guido Otranto, assurent, eux, qu’« aucun indice ne prouve » que la gendarmerie soit en cause.

Les déclarations des témoins présents sur place coïncident pourtant « pleinement » avec les indices retrouvés sur le terrain, assure le défenseur des droits de la ville d’Esquel, Fernando Machado. Selon lui, les camionnettes des gendarmes ont été nettoyées après l’opération et des éléments personnels de M. Maldonado ont été retrouvés à l’endroit précis où, selon les membres de la communauté mapuche qui ont dénoncé la disparition, l’interpellation a eu lieu.

L’ONU réclame une « action urgente »

« Ni militant ni activiste », selon son frère, Sergio Maldonado, le jeune argentin « a très à cœur la cause des communautés originaires » du pays, raison pour laquelle il était allé expressément soutenir leur action, destinée à exiger la libération du leader mapuche Francisco Jones, incarcéré par le juge Otranto depuis le mois de juin. Les indigènes occupent depuis 2015 une portion de terres ancestrales appartenant officiellement à l’entreprise italienne Benetton et bloquent régulièrement des routes pour en revendiquer la propriété.

Amnesty International a dénoncé « les violations des droits humains » perpétrées par la gendarmerie lors de l’intervention musclée contre les manifestants mapuches, et exige également qu’une solution définitive soit trouvée aux réclamations territoriales du peuple indigène.
Une récompense de 24 000 euros pour tout renseignement sur le sort de l’artisan
Mardi, le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées avait déjà appelé le gouvernement argentin à entreprendre une « action urgente » afin de trouver M. Maldonado. L’Etat offre désormais une récompense de 500 000 pesos argentins (24 000 euros) pour tout renseignement sur le sort de l’artisan. Lundi soir, une manifestation massive a eu lieu devant le palais du Congrès à Buenos Aires, convoquée par la famille Maldonado.
MANIFESTATION DEVANT LE PALAIS DU CONGRÈS À BUENOS AIRES,
LE 7 AOÛT 2017, EXIGEANT QUE SANTIAGO MALDONADO SOIT RETROUVÉ EN VIE.
PHOTO JUAN MABROMATA 

 Disparition en démocratie

« Ils enlèvent quelqu’un et prétendent ne pas savoir où il est ! », proteste Sergio Maldonado, faisant le parallèle avec une des périodes les plus sombres de l’histoire récente du pays sud-américain, où la dictature militaire a été responsable de la disparition forcée de plus de 30 000 personnes entre 1976 et 1983, qui ont en fait été torturées et assassinées.

Les associations de défense des droits humains des Mères et des Grands-mères de la place de Mai et le Centre d’études légales et sociales, qui avaient demandé l’intervention de l’ONU au sujet de la disparition de Santiago Maldonado pour faire pression sur l’État, soutiennent qu’il s’agit d’un cas de « disparition » dans le cadre d’une « violence institutionnelle commise par un État démocratique ». Quelques jours avant des primaires aux élections législatives d’octobre, où elle figure en tête des sondages, l’ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner a tweeté : 


« Santiago doit être retrouvé maintenant, et doit être retrouvé en vie. »  


 CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER

En 1993, un premier cas de disparition forcée en période démocratique avait défrayé la chronique : le 17 août de cette année-là, Miguel Bru, un étudiant en journalisme de 23 ans, avait disparu à Bavio, près de Buenos Aires. Les officiers qui ont été condamnés pour torture suivie de meurtre dans cette affaire avaient, au départ, nié toute implication. Le commissariat avait même offert une récompense pour toute information sur le sort du jeune homme. Son corps n’a jamais été retrouvé.

UNE CYBERATTAQUE FRAPPE LE VENEZUELA


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AU VENEZUELA, UN PIRATAGE DE L’OPÉRATEUR
NATIONAL COUPE SEPT MILLIONS DE TÉLÉPHONES
Le ministère des sciences a également dénoncé des attaques ciblant le réseau de fibre optique du pays, qui ont privé de connexion Internet sept États régionaux.
CAPTURE D'ÉCRAN DE PROPAGANDE
(@TBGUARDIANS) | TWITTER
Plus de la moitié des utilisateurs de la compagnie nationale de téléphonie mobile vénézuélienne Movilnet ont été privés de service par une attaque informatique, mercredi 9 août. Dans un communiqué, le ministre des sciences et de la technologie a qualifié ce piratage d’« actions terroristes».

Le système de télécommunications vénézuélien avait déjà été la cible, lundi, d’une attaque massive visant des dizaines de sites Internet d’entités publiques et d’entreprises privées. Un groupe de pirates informatiques qui se présente sous le nom de The Binary Guardians (« les gardiens binaires ») a revendiqué l’attaque de sites tels que celui du gouvernement, de la Cour suprême ou du Parlement.

Le ministère a également dénoncé des attaques ciblant le réseau de fibre optique du pays, ayant privé de connexion Internet sept États régionaux. «Les attaques qui sont menées avec la collaboration d’agents extérieurs, tentent une fois de plus d’affecter le système de connectivité de notre pays », a souligné le ministère, ajoutant que les organismes de sécurité de l’État avaient ouvert une enquête.

Ces attaques informatiques surviennent dans un pays en proie aux manifestations contre le pouvoir depuis plus de quatre mois. Mais rien n’y fait : le président Maduro, élu en 2013, reste sourd aux critiques de l’opposition, qui l’accuse de virer au despotisme.





« BAS LES PATTES DU VENEZUELA ! »
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mercredi 9 août 2017

AMÉRIQUE : DOUZE PAYS LAQUAIS D'ÉTATS-UNIS CONDAMNENT LA « RUPTURE DE L’ORDRE DÉMOCRATIQUE » AU VENEZUELA


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« BAS LES PATTES DU VENEZUELA ! »
Réunis à Lima, au Pérou, douze pays d'Amérique, dont le Brésil, l'Argentine, le Canada, le Mexique et l'Uruguay, ont fait part de leur décision de « ne pas reconnaître l'Assemblée constituante » élue au Venezuela.
Dans un communiqué lu par le ministre des Affaires étrangères péruvien Ricardo Luna, les ministres des Affaires étrangères et représentants de douze pays d'Amérique réunis à Lima ont refusé mardi de reconnaître la légitimité de l'Assemblée constituante élue à Caracas le 30 juillet 2017.

LES MINISTRES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
 LAQUAIS D'ÉTATS-UNIS  

Dans un document publié à l'issue d'une réunion de sept heures à Lima, ils ont apporté leur « plein appui et (leur) solidarité » au Parlement vénézuélien, contrôlé par l'opposition. Ils ont condamné « le manque d'élections libres, la violence, la répression et la persécution politique, l'existence de prisonniers politiques ».
Les cinq autres pays présents n'ont en revanche pas signé cette déclaration.
Réunion dénoncée comme une « conjuration impérialiste »

LE CHEF DE LA DIPLOMATIE
VÉNÉZUÉLIENNE JORGE ARREAZA 
Le chef de la diplomatie vénézuélienne Jorge Arreaza a dénoncé cette réunion, destinée selon lui à « créer une conjuration contre l'unité de notre Amérique ». Cette réunion a été lancée par des pays qui « suivent les ordres de l'impérialisme américain pour continuer à nous agresser », a-t-il ajouté.

 DÉTOURNEMENT VITALIY PODRITSKY  
LE JOUEUR DE FLÛTE DE HAMELIN
« MADURO DOIT PARTIR, 
OPPOSITION MODÉRÉE »
Jorge Arreaza a présidé une réunion de pays membres de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), dont Cuba, la Bolivie, le Nicaragua et l'Equateur, qui soutiennent le gouvernement de Caracas. « Bas les pattes du Venezuela ! », a ainsi lancé le ministre cubain des affaires étrangères Bruno Rodriguez.



DEUX PSYCHOLOGUES JUGÉS POUR LES MÉTHODES DE TORTURE DE LA CIA APRÈS LE 11 SEPTEMBRE 2001


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LES DEUX PSYCHOLOGUES, JAMES MITCHELL ET BRUCE JESSEN, 
 FURENT RECRUTÉS PAR LA CIA EN 2002 POUR CONCEVOIR ET 
AIDER À MENER DES INTERROGATOIRES DE 
SUSPECTS CAPTURÉS EN AFGHANISTAN ET AILLEURS. 
ILLUSTRATION PHOTO DE  THE NEW YORK TIMES
James Mitchell et Bruce Jessen avaient encouragé l’utilisation de la simulation de noyade, de la faim ou le fait d’attacher des détenus dans des positions douloureuses.
PHOTO CAROLYN KASTER
Deux psychologues qui ont aidé à concevoir les interrogatoires de la CIA après le 11 septembre 2001 seront jugés en septembre pour avoir encouragé l’utilisation de méthodes de torture comme la simulation de noyade (waterboarding), la faim ou le fait d’attacher les détenus dans des positions douloureuses. Un tribunal fédéral de l’État de Washington a autorisé lundi 7 août la tenue d’un procès au nom de trois anciens prisonniers, dont l’un est mort dans une prison de la CIA à la suite d’interrogatoires particulièrement violents.
ILLUSTRATION
AMERICAN CIVIL LIBERTIES UNION
Mené par l’American Civil Liberties Union (ACLU), la grande organisation américaine de défense des libertés, ce procès sera le premier des méthodes de torture utilisées par les autorités américaines dans leur « guerre contre la terreur ». Le tribunal a rejeté les tentatives du gouvernement américain d’obtenir un règlement négocié pour empêcher un procès public, arguant de la nécessité de protéger des renseignements classifiés.

80 millions de dollars

Les deux psychologues, James Mitchell et Bruce Jessen, furent recrutés par la CIA en 2002 pour concevoir et aider à mener des interrogatoires de suspects capturés en Afghanistan et ailleurs. Les deux hommes ont reçu un montant de 80 millions de dollars (68 millions d’euros) pour leur travail, notamment pour les interrogatoires de Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11 septembre 2001, et d’Abou Zoubaydah, un autre haut responsable d’Al-Qaida.

L’ACLU considère que MM. Jessen et Mitchell sont responsables et qu’ils ont profité financièrement de tortures illégales à l’encontre des trois plaignants : le Tanzanien Suleiman Abdullah Salim, le Libyen Mohamed Ahmed Ben Soud et l’Afghan Gul Rahman. Les deux premiers ont été libérés après plusieurs années de détention, le troisième est mort d’hypothermie dans une cellule de la CIA en novembre 2002, après ce que l’ACLU a décrit comme deux semaines de « tortures brutales ».

ILLUSTRATION
AMERICAN CIVIL LIBERTIES UNION
« C’est un jour historique pour nos clients et pour tous ceux qui demandent que les responsables de la torture répondent de leurs actes », a déclaré l’avocat de l’ACLU Dror Ladin dans un communiqué.
« La décision du tribunal signifie que pour la première fois les personnes responsables du programme brutal et illégal de torture de la CIA seront confrontées aux conséquences judiciaires de leurs actes. Nos clients attendent justice depuis longtemps. »

Le précédent du Zyklon B

Le tribunal a rejeté les arguments des psychologues selon lesquels ils n’étaient pas responsables de tous les interrogatoires de la CIA et n’avaient rien à voir avec les interrogatoires de deux des plaignants. Ils ont également affirmé ne pas être responsables de décisions spécifiques d’utiliser des « techniques d’interrogatoire renforcées » contre les plaignants, et s’être contentés de fournir à la CIA une liste de méthodes parmi lesquelles l’agence de renseignement américaine pouvait choisir.

Les deux psychologues ont appuyé leur argumentation sur le procès d’un technicien, après la seconde guerre mondiale, qui avait fourni du gaz Zyklon B pour les camps d’extermination, mais qui ne fut pas tenu pour responsable des crimes de masse nazis. Ils ont également souligné que la décision d’utiliser ces méthodes de torture avait été prise par la CIA et approuvée par le ministère de la justice et qu’ils ne pouvaient donc pas en être tenus pour responsables.



mardi 8 août 2017

TRIER, MANGER BIO, PRENDRE SON VÉLO… CE N’EST PAS COMME ÇA QU’ON SAUVERA LA PLANÈTE

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PENDANT UNE ALERTE À LA POLLUTION,  À PÉKIN, EN DÉCEMBRE 2016.  PHOTO JUN YASUKAWA  
LA CULPABILISATION DES INDIVIDUS OCCULTE LES VÉRITABLES CAUSES DE LA DESTRUCTION DE LA PLANÈTE: LE CAPITALISME ET LES ÉTATS-NATIONS.  
En décembre 2016, des milliers de citadins chinois asphyxiés par le smog ont dû se réfugier à la campagne dans l’espoir d’y trouver une atmosphère plus respirable. Cette «airpocalypse» a affecté 500 millions de personnes. Dans les grandes agglomérations, la vie quotidienne a pris les apparences d’un film post-apocalyptique: les passants équipés de masques à gaz circulaient dans un sinistre brouillard qui recouvrait les rues comme une chape.
LE SMOG A DE NOUVEAU ENVAHI 
LA VILLE DE TIANJIN, LE 2 JANVIER 2017 
PHOTO REUTERS
Ce contexte a clairement fait apparaître la séparation des classes: avant que le brouillard n’amène à fermer les aéroports, seuls ceux qui avaient les moyens de s’acheter un billet d’avion ont pu quitter les villes. Afin d’exonérer les autorités, les législateurs pékinois sont allés jusqu’à envisager de classer le smog au nombre des catastrophes météorologiques, comme s’il s’agissait d’un phénomène naturel, et non d’une conséquence de la pollution industrielle. Une nouvelle catégorie est ainsi venue s’ajouter à la longue liste des réfugiés fuyant les guerres, les sécheresses, les tsunamis, les tremblements de terre et les crises économiques: les réfugiés du smog.

L’airpocalypse n’a cependant pas tardé à faire l’objet d’une normalisation. Les autorités chinoises, bien obligées de prendre acte de la situation, ont appliqué des mesures permettant aux citoyens de poursuivre leur train-train quotidien. Elles leur ont recommandé de rester calfeutré chez eux et de ne sortir qu’en cas de nécessité, munis d’un masque à gaz. La fermeture des écoles a fait la joie des enfants. Une escapade à la campagne est devenue un luxe et Pékin a vu prospérer les agences de voyage spécialisées dans ces petites excursions. L’essentiel étant de ne pas s’affoler, de faire comme si de rien n’était.

Une réaction compréhensible, si l’on considère que «nous sommes confrontés à quelque chose de si complètement étranger à notre vécu collectif que nous ne le voyons pas vraiment, même lorsque la preuve est écrasante. Pour nous, ce ‘‘quelque chose’’ est un bombardement d’immenses altérations biologiques et physiques sur le monde qui nous a nourris». Aux niveaux géologique et biologique, l’essayiste Ed Ayres énumère quatre «pics» (développements accélérés) approchant asymptotiquement du point au-delà duquel se déclenchera un changement qualitatif: croissance démographique, consommation de ressources limitées, émissions de gaz carbonique, extinction massive des espèces.

Face à ces menaces, l’idéologie dominante mobilise des mécanismes de dissimulation et d’aveuglement: « Parmi les sociétés humaines menacées prévaut un mode général de comportement, une tendance à s’affubler d’œillères au lieu de se concentrer sur la crise, bien en vain. » Cette attitude est celle qui sépare le savoir et la croyance : nous savons que la catastrophe (écologique) est possible, voire probable, mais nous refusons de croire qu’elle se produira.

Quand l’impossible devient normal

Souvenez-vous du siège de Sarajevo au début des années 1990: qu’une ville européenne «normale» de quelques 500.000 habitants se trouve encerclée, affamée, bombardée et terrorisée par des snipers pendant trois ans aurait semblé inimaginable avant 1992. Dans un premier temps, les habitants de Sarajevo ont cru que cette situation ne durerait pas. Ils comptaient envoyer leurs enfants en lieu sûr pendant une ou deux semaines, jusqu’à ce que les choses s’apaisent. Pourtant, très vite, l’état de siège s’est normalisé.

Ce même basculement de l’impossible au normal (avec un bref intermède de stupeur et de panique) se manifeste dans la réaction de l’establishment libéral américain face à la victoire de Trump. Il se manifeste également dans la manière dont les États et le grand capital appréhendent des menaces écologiques telles que la fonte de la calotte glaciaire. Les politiciens et les gestionnaires qui, récemment encore, écartaient la menace de réchauffement climatique comme un complot cryptocommuniste ou, du moins, comme un pronostic alarmiste et infondé, nous assurant qu’il n’y avait aucune raison de s’affoler, considèrent désormais le réchauffement climatique comme un fait établi, comme un élément normal.

En juillet 2008, un reportage de CNN, « The Greening of Greenland » («Le Groenland se met au vert»), vantait les possibilités ouvertes par la fonte des glaces: quelle aubaine, les habitants du Groenland vont désormais cultiver leur potager! Ce reportage était indécent en ce qu’il applaudissait les bénéfices marginaux d’une catastrophe mondiale, mais surtout parce qu’il associait la «verdure» du Groenland, conséquence du réchauffement climatique, à une prise de conscience écologique. Dans «La Stratégie du choc», Naomi Klein montrait comment le capitalisme mondial exploite les catastrophes (guerres, crises politiques, catastrophes naturelles) pour faire table rase des vieilles contraintes sociales et imposer son propre agenda. Loin de discréditer le capitalisme, la menace écologique ne fera peut-être que le promouvoir davantage.

Battre sa coulpe

Paradoxalement, les tentatives mêmes de contrer d’autres menaces écologiques risquent d’aggraver le réchauffement des pôles. Le trou dans la couche d’ozone contribue à protéger l’Antarctique du réchauffement climatique. S’il était amené à se résorber, l’Antarctique pourrait bien rattraper le réchauffement du reste de la planète. De même, il est de bon ton de souligner le rôle décisif du «travail intellectuel» dans nos sociétés post-industrielles. Or, aujourd’hui, le matérialisme opère un retour de bâton, comme en témoigne la lutte pour les ressources raréfiées (nourriture, eau, énergie, minerai) ou la pollution atmosphérique.

Même lorsque nous nous disons prêts à assumer notre responsabilité, on peut y voir un stratagème visant à occulter leur véritable ampleur. Il y a quelque chose de faussement rassurant dans cette promptitude à battre notre coulpe. Nous culpabilisons bien volontiers car, si nous sommes coupables, c’est que tout dépend de nous, c’est nous qui tirons les ficelles, il suffit que nous modifions notre style de vie pour nous tirer d’affaire. Ce qu’il nous est plus difficile d’accepter, nous Occidentaux, c’est d’être réduits à un rôle purement passif d’observateur impuissant. Nous préférons nous lancer dans une frénésie d’activités, recycler nos papiers usagés, manger bio, nous donner l’illusion de faire quelque chose, apporter notre contribution, comme un supporter de foot bien calé dans son fauteuil, devant un écran de télé, qui croit que ses vociférations influenceront l’issue du match.

En matière d’écologie, le déni typique consiste à dire: « Je sais que nous sommes en danger, mais je n’y crois pas vraiment, alors pourquoi changer mes habitudes? » Mais il existe un déni inverse: « Je sais que nous ne pouvons pas faire grand-chose pour enrayer le processus qui risque de mener à notre perte, mais cette idée m’est tellement insupportable que je vais essayer, même si cela ne servira à rien. » Tel est le raisonnement qui nous pousse à acheter des produits bio. Nul n’est assez naïf pour croire que les pommes étiquetées «bio», à moitié pourries et hors de prix, sont plus saines. Si nous choisissons de les acheter, ce n’est pas simplement en tant que consommateurs, c’est dans l’illusion de faire un geste utile, témoigner de nos convictions, nous donner bonne conscience, participer à un vaste projet collectif.

Retour à la Mère Nature ?

Arrêtons de nous leurrer. L’airpocalypse chinoise montre clairement les limites de cet environnementalisme prédominant, étrange combinaison de catastrophisme et de routine, de culpabilisation et d’indifférence. L’écologie est aujourd’hui un champ de bataille idéologique majeur où se déploie toute une série de stratégies pour escamoter les véritables implications de la menace écologique:

1) l’ignorance pure et simple : c’est un phénomène marginal, qui ne mérite pas que nous nous en préoccupions, la vie (du capital) suit son cours, la nature se chargera d’elle-même;

2) la science et la technologie peuvent nous sauver;

3) le marché résoudra les problèmes (par la taxation des pollueurs, etc.);

4) insistance sur la responsabilité individuelle au lieu de vastes mesures systémiques: chacun doit faire ce qu’il peut, recycler, réduire sa consommation, etc.;

5) le pire est sans doute l’appel à un retour à l’équilibre naturel, à un mode de vie plus modeste et plus traditionnel par lequel nous renonçons à l’hybris humaine et redevenons des enfants respectueux de notre Mère Nature.

Le discours écologique dominant nous interpelle comme si nous étions a priori coupables, en dette envers notre mère Nature, sous la pression constante d’un surmoi écologique: «Qu’as-tu fait aujourd’hui pour dame Nature? As-tu bien jeté tes vieux papiers dans le container de recyclage prévu à cet effet? Et les bouteilles en verre, les cannettes? As-tu pris ta voiture alors que tu aurais pu circuler à vélo ou emprunter les transports en commun? As-tu branché la climatisation au lieu d’ouvrir les fenêtres?»

Les enjeux idéologiques d’une telle individualisation sont évidents: tout occupé à faire mon examen de conscience personnel, j’en oublie de me poser des questions bien plus pertinentes sur notre civilisation industrielle dans son ensemble. Cette entreprise de culpabilisation trouve d’ailleurs une échappatoire facile: recycler, manger bio, utiliser des sources d’énergie renouvelables, etc. En toute bonne conscience, nous pouvons continuer notre petit bonhomme de chemin.

Mais alors, que devons-nous faire? Dans son dernier ouvrage, «Was geschah im 20. Jahrhundert» (non traduit en français), Sloterdijk dénonce la «passion du réel» caractéristique du siècle précédent, terreau de l’extrémisme politique qui mène à l’extermination des ennemis, et il formule des propositions pour le XXIe siècle: nous, êtres humains, nous ne pouvons plus minimiser les dommages collatéraux générés par notre productivité. La Terre n’est plus l’arrière-plan ou l’horizon de notre activité productive, mais un objet fini que nous risquons de rendre invivable par inadvertance.

Alors même que nous devenons assez puissants pour affecter les conditions élémentaires de notre existence, il nous faut reconnaître que nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres sur une petite planète. Cette prise de conscience appelle une nouvelle manière de nous inscrire dans notre environnement : non plus comme un travailleur héroïque qui exprime son potentiel créatif en exploitant ses ressources inépuisables, mais comme un modeste agent qui collabore avec ce qui l’entoure et négocie en permanence un degré acceptable de sécurité et de stabilité.

La solution : imposer une solidarité internationale

Le capitalisme ne se définit-il pas justement par le mépris des dommages collatéraux? Dans une logique où seul le profit importe, les dégâts écologiques ne sont pas inclus dans les coûts de production et sont en principe ignorés. Même les tentatives de taxation des pollueurs ou de mise à prix des ressources naturelles (y compris l’air) sont vouées à l’échec. Pour établir un nouveau mode d’interaction avec notre environnement, il faut un changement politico-économique radical, ce que Sloterdijk appelle «la domestication de la bête sauvage Culture».

Jusqu’à présent, chaque culture disciplinait ses propres membres et leur garantissait la paix civile par le biais du pouvoir étatique. Mais les relations entre différentes cultures et États restaient constamment menacées par une guerre potentielle, la paix n’était qu’un armistice temporaire. Hegel a montré que l’éthique d’un État culminait dans cet acte d’héroïsme suprême, la volonté de sacrifier sa vie pour la nation. En d’autres termes, la barbarie des relations interétatiques sert de fondement à la vie éthique au sein même d’un État. La Corée du Nord, lancée dans la course aux armements nucléaires, illustre bien cette logique de souveraineté inconditionnelle de l’État-nation.

La nécessité de civiliser les civilisations elles-mêmes, d’imposer une solidarité et une coopération universelles entre toutes les communautés humaines est rendue d’autant plus difficile par la montée de la violence sectaire et ethnique et par la volonté «héroïque» de se sacrifier (ainsi que le monde entier) au nom d’une cause. Surmonter l’expansionnisme capitaliste, établir une coopération et une solidarité internationales capables de générer un pouvoir exécutif qui transcende la souveraineté de l’État: n’est-ce pas ainsi que nous pourrons espérer protéger nos biens communs naturels et culturels? Si de telles mesures ne tendent pas vers le communisme, si elles n’impliquent pas un horizon communiste, alors le terme de «communisme» est vide de sens.

Slavoj Zizek
Traduit de l’anglais par Myriam Dennehy