dimanche 22 octobre 2017

ARGENTINE: GUIDO, BÉBÉ VOLÉ, EMBLÈME DES GRANDS-MÈRES DE LA PLACE DE MAI


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LE MUSICIEN ARGENTIN IGNACIO HURBAN, PETIT-FILS DE LA
PRÉSIDENTE DES GRANDS-MÈRES DE LA PLACE DE MAI,
ESTELA DE CARLOTTO, LE 19 OCTOBRE 2017 À BUENOS AIRES
Olavarría (Argentine) (AFP) - Les Grands-Mères de la place de Mai soufflent dimanche leur 40e bougie et ne baissent pas la garde, après avoir identifié 124 bébés volés de la dictature argentine, dont Ignacio Montoya Carlotto, un des symboles de leur lutte.
LA JOIE D'ESTELA DE CARLOTTO, ANNONÇANT QUE LE
114ÈME PETIT-FILS RETROUVÉ ÉTAIT LE SIEN, GUIDO
"Elles ont été victimes d'une violence énorme durant la dictature (1976-1983). Cela a été terrible, tellement sordide. Emprisonner les opposants, et offrir leurs enfants, les faire adopter illégalement. Sans leur combat pour la vérité, nous n'aurions jamais su", salue le 114ème petit-fils "récupéré".

Ces femmes, âgées aujourd'hui de 80 ans et plus, ont à la fois perdu leur fils ou leur fille, éliminés pour s?être opposé au régime militaire, et le bébé qui devait naître quelques mois plus tard. Elles estiment que 400 enfants ont été ainsi confiés en adoption à des proches du régime.

- 'Guido' -

Il s'est appelé Ignacio Hurban pendant 36 ans, avant que l'Argentine ne découvre l'existence de "Guido", le prénom que sa mère lui avait donné, avant de mourir, dans les geôles de la junte.

Ce pianiste et amateur de jazz d'Olavarria, petite ville de la Pampa, a été brusquement propulsé sur le devant de la scène le 5 août 2014. L'emblématique présidente des Grands-Mères, Estela Carlotto, venait de le retrouver.

Ce jour-là, Estela Carlotto irradiait de bonheur, Ignacio Hurban, était tout à coup bombardé "Guido" et donnait le change, souriant et spontané devant les caméras de télévision du monde entier. Un conte de fée en plein hiver austral.

Lors d'un entretien avec l'AFP, il confie que la belle histoire n'a pas été si simple à vivre.


 «QUAND LES ENFANTS VOLÉS DE LA DICTATURE 
ARGENTINE RETROUVENT LEURS RACINES»  
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- Un choc -

"Ils m'ont cherché pendant 36 ans. Pour moi et d'autres petits-enfants récupérés, c'est différent. Il n'y avait pas cette attente. Pour celui qui est recherché, l'histoire commence le jour où il est retrouvé. Et là, c'est le choc", lâche-t-il.

"Il y a eu des moments fantastiques derrière cette rencontre", se souvient Ignacio, qui a noué une relation forte avec les familles Montoya et Carlotto.

"Mais pour moi, ajoute-t-il, ca été comme un accident, qui marque un avant et un après. Ce fut une grande joie sociale, et un accident dont il faut se remettre. Une tragédie. Il a fallu repenser la relation avec mes parents adoptifs".

Le pianiste de 39 ans a choisi de ne rien changer à son existence et de poursuivre sa "vie paisible et tranquille" à Olavarria, avec son épouse Céleste, qui accouchera en 2016 de leur premier enfant, Lola. Il continue de voir ses parents adoptifs.

Fin octobre, il part pour une tournée de concerts aux États-Unis, à Barcelone, Rome et Paris. Sa notoriété a boosté sa carrière.

Depuis qu'il est père, il comprend mieux le sentiment qui a poussé les Mères et Grands-Mères à prendre le risque de manifester devant le palais présidentiel à Buenos Aires.

- 'Plaie béante' -

Les 124 petits-enfants identifiés ont réagi de manières diverses.

"Les destins sont semblables, dramatiques, dit-il. Les parents adoptifs sont différents. Chacun a réagi comme il a pu. Certains ont rompu avec ceux qui les ont élevés, d'autres, comme moi, continuent de les voir, ils ont changé de prénom ou de nom, ou pas, cela a bouleversé leur vie ou il n'ont rien changé?.

Deux se sont lancés en politique et sont devenus députés.

Pour Ignacio, il n'était pas question de changer de prénom. Avec le sourire, mais fermement, il récuse le prénom que l'Argentine lui a attribué. "Guido, insiste-t-il, c'est un personnage, une construction collective".

"Tout d'un coup, raconte-t-il, les gens ont commencé à m'appeler Guido, un prénom qui m'était étranger. C'est violent. Ignacio, c?est le prénom avec lequel je me suis construit une identité".

Sa grand-mère l'appelle le plus souvent "Pacho", le surnom donné par ses amis. Lui a appris à l'appeler "mamie".

Il a en revanche apposé à son prénom le nom de son père (Montoya) et celui de sa mère (Carlotto).

"Que va devenir cette lutte quand les "abuelas" ne seront plus là? Beaucoup sont mortes sans connaître leur petit-fils ou leur petite-fille. Le combat des Grands-Mères, plaide-t-il, doit continuer. Derrière chaque bébé volé il y a une plaie béante".


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ASSASSINAT DU GÉNÉRAL CHILIEN RENÉ SCHNEIDER


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GÉNÉRAL RENÉ SCHNEIDER CHEREAU
RENÉ SCHNEIDER CHEREAU NÉ À CONCEPCIÓN LE 31 DÉCEMBRE 1913. IL FUT MORTELLEMENT BLESSÉ LE 22 OCTOBRE 1970, IL SUCCOMBE À SES BLESSURES LE 25 OCTOBRE 1970, À 56 ANS.  
Peu de temps après l'élection à la présidence de Salvador Allende, le commandant en chef de l'armée chilienne, le général René Schneider, est assassiné par un groupe d'officiers. Cet acte survient après que Schneider se soit engagé à respecter le processus démocratique malgré l'élection d'un président d'obédience marxiste.
 TIMBRE COMMÉMORATIF CHILIEN
Le 4 septembre 1970, la victoire électorale de Salvador Allende de l'Unité populaire, une coalition de gauche, plonge le Chili au cœur d'une crise politique ayant des ramifications internationales. Dans le contexte de la Guerre froide, l'administration américaine envisage même la possibilité d'encourager des militaires chiliens à faire un coup d'État. Le commandant en chef de l'armée, le général René Schneider, constitue un obstacle à cette stratégie.
Avant le scrutin, il a émis une directive (la doctrine Schneider) selon laquelle la mission de l'armée se limitait à s'assurer du fonctionnement régulier du système politique tant que le gouvernement respecte le cadre légal et constitutionnel. Excluant la force pour renverser le verdict populaire, Schneider affirme même que ce recours serait considéré comme un délit de haute trahison. 

Néanmoins, deux opérations distinctes, dirigées par des généraux chiliens et financées par la Central Intelligence Agency (CIA), sont mises sur pied pour barrer la route à Allende. Elles ont pour but d'enlever Schneider et d'en accuser la gauche afin de justifier une intervention militaire. Même si Washington retire son appui à ces initiatives, les généraux tentent deux enlèvements le 19 et le 20 octobre. Ils échouent. Mais une embuscade, le 22 octobre, se solde par la mort de Schneider. Cet incident génère un fort courant de sympathie à Allende qui est assermenté sans problèmes. 

Deux rapports du Congrès américain -Church (1975), Hinchey (2000)- ainsi que la «déclassification» de documents, en 1999 et 2000, démontreront l'implication américaine dans cette opération clandestine. 

Les généraux chiliens mêlés à la mort de Schneider seront pour leur part inculpés et reconnus coupables. Plus tard les assassins du général constitutionnaliste  ont été graciés par le dictateur Augusto Pinochet.  


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samedi 21 octobre 2017

ARGENTINE : LE CORPS DE L'ACTIVISTE SANTIAGO MALDONADO IDENTIFIÉ


ARGENTINE : LE CORPS DE L'ACTIVISTE SANTIAGO MALDONADO IDENTIFIÉ
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Cela faisait 81 jours qu'il était porté disparu. Le corps de Santiago Maldonado a été formellement identifié, mardi. "Nous avons pu voir le corps, nous avons reconnu les tatouages de Santiago. Nous sommes convaincus qu'il s'agit de Santiago", a déclaré le frère de l'activiste, Sergio Maldonado, devant la morgue de Buenos Aires, où l'autopsie a été réalisée vendredi. 
Santiago Maldonado a disparu le 1er août 2017, à Cushamen en Patagonie, alors qu'il participait à une manifestation de la communauté Mapuche. Cette dernière réclame depuis des années des terres achetées par l'homme d'affaires italien Luciano Benetton, propriétaire de 900.000 hectares en Patagonie. Le rassemblement avait été violemment réprimé par la police militaire.  Euronews · Dernière MAJ: 27/09/2017

ARGENTINE : LE CADAVRE DÉCOUVERT EST BIEN CELUI DE SANTIAGO MALDONADO, UN MANIFESTANT DISPARU


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UN MÉMORIAL POUR SANTIAGO MALDONADO PRÈS  DE LA MORGUE OÙ L’ACTIVISTE ÉTAIT AUTOPSIÉ, LE 20 OCTOBRE À BUENOS AIRES. PHOTO JUAN MABROMATA 
L’homme avait disparu le 1er août alors qu’il participait à une manifestation de la communauté indienne Mapuche. Ce rassemblement avait été réprimé par la police militaire. 
Le cadavre découvert dans une rivière en Argentine est bien celui de Santiago Maldonado, un manifestant dont la disparition le 1er août a ému le pays, ont annoncé ses proches vendredi 20 octobre à deux jours des élections législatives. « Nous avons pu voir le corps, nous avons reconnu les tatouages de Santiago. Nous sommes convaincus qu’il s’agit de Santiago », a déclaré le frère du manifestant, Sergio Maldonado, devant la morgue de Buenos Aires, où l’autopsie a été réalisée vendredi. Le président argentin, Mauricio Macri, a contacté la mère de la victime, a indiqué le ministre de la justice, German Garavano.

Santiago Maldonado, 28 ans, tatoueur installé en Patagonie, a disparu il y a 81 jours alors qu’il participait dans le village de Cushamen à une manifestation de la communauté Mapuche. Cette communauté indienne réclame depuis des années des terres achetées par l’homme d’affaires italien Luciano Benetton, propriétaire de 900 000 hectares en Patagonie. Le rassemblement avait été réprimé par la police militaire.

Rejet de la responsabilité

Dans un pays marqué par la répression de la dictature militaire (1976-1983) et ses 30 000 disparus, la disparition du jeune Maldonado a déclenché une vague d’indignation.

Depuis le début, le gouvernement a rejeté la responsabilité de la police militaire, puis a admis qu’un policier pourrait être impliqué de manière individuelle. « Quel que soit le responsable, il devra assumer les conséquences de ses actes, qu’il s’agisse de quelqu’un de la police militaire ou d’une autre personne », a déclaré German Garavano.


Une photo du cadavre de Santiago Maldonado circulait dès mercredi de téléphone en téléphone. Cette découverte a également secoué la scène politique argentine, puisque cette révélation intervient deux jours avant les élections législatives de mi-mandat. Les candidats de la majorité comme ceux de l’opposition ont ainsi décidé de suspendre la campagne électorale. Des partis de gauche se sont même rassemblés sur la place de Mai, face au palais présidentiel à Buenos Aires, pour demander justice, malgré la loi électorale qui l’interdit.

vendredi 20 octobre 2017

VENEZUELA: 4 MAGISTRATS DE L'OPPOSITION SE RÉFUGIENT AU CHILI

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HERALDO MUÑOZ (LE DEUXIÈME EN PARTANT DE LA GAUCHE) AVEC LES OPPOSANTS VÉNÉZUÉLIENS : LUIS MARCANO SALAZAR, ELENIS DEL VALLE, ZULEIMA DEL VALLE ET BEATRIZ RUIZ PHOTO EL UNIVERSAL
Quatre "magistrats" vénézuéliens de l'opposition, qui s'étaient réfugiés en août dans l'ambassade chilienne à Caracas avant de fuir vers la Colombie, sont arrivés jeudi à Santiago du Chili, où leur a été accordé l'asile politique.
«Le Chili est le pays des demandeurs d'asile (...). Nous poursuivrons notre engagement en faveur du rétablissement de l'ordre démocratique au Venezuela », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Heraldo Muñoz, qui a accueilli les quatre magistrats (trois femmes et un homme).
Ces derniers avaient demandé en août protection à la représentation diplomatique chilienne, affirmant être persécutés par le gouvernement du président Nicolas Maduro. Deux mois plus tard, ils avaient fui en Colombie.

« Ils nous ont obligés à abandonner notre chère patrie, le Venezuela, mais aujourd'hui une autre nation nous donne refuge, nous protège en liberté », a souligné Elenis Del Valle, arrivée à Santiago avec ses collègues José Fernando Núñez, Zuleima del Valle y Beatriz Ruiz.

Un cinquième magistrat, Luis Marcano, qui a raté son vol, est attendu dans les prochaines heures à Santiago.

Les cinq magistrats seront logés dans un hôtel de Santiago, recevront tous les papiers nécessaires pour résider dans le pays ainsi qu'une aide économique, leurs comptes bancaires ayant été gelés au Venezuela, a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

Ces juges font partie d'un groupe de 33 juristes nommés magistrats de la Cour suprême par le Parlement, unique institution vénézuélienne contrôlée par l'opposition.

Le gouvernement vénézuélien avait immédiatement refusé ces nominations, niant toute légitimité au Parlement, et ordonné leur arrestation. L'un d'eux avait été interpellé le lendemain puis présenté devant un tribunal militaire.

Le Chili, avec dix autres pays d'Amérique latine et le Canada, a récemment condamné la « rupture démocratique » au Venezuela, secoué par une violente crise économique et politique.



mercredi 18 octobre 2017

DÉBAT SUR L’ISF : LE SECRET FISCAL RESTE TRÈS BIEN GARDÉ

L'ISF EST MORT VIVE L'IFI

Débat sur l’ISF : le secret fiscal reste très bien gardé Une centaine de parlementaires de gauche ont demandé au gouvernement de publier l’impact des mesures fiscales pour les plus riches afin d’éclairer le débat sur le budget.
UNE DE LIBÉRATION
Si, partout dans le monde, le secret bancaire est en train de reculer, le secret fiscal a encore de beaux jours devant lui. Pas question de remettre en cause ce « principe fondamental de notre législation fiscale et de la société française », a ainsi réaffirmé Bruno Le Maire, mercredi 18 octobre, à propos de la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) :

CAPTURE D'ÉCRAN TWITTER

Le ministre de l’économie réagissait à l’appel d’une centaine de parlementaires de gauche publié en « une » du quotidien Libération. Cette pétition, ouverte sur la plate-forme change.org, a été signée par une soixantaine de sénateurs et députés socialistes, les Insoumis et les communistes, et même un centriste, le président de l’Union des démocrates et indépendants, Jean-Christophe Lagarde.

UNE DE LA CROIX
Car le premier budget de l’ère Macron n’en finit pas d’alimenter la controverse. La pétition publiée mercredi insiste auprès du gouvernement pour qu’il publie l’impact de ses mesures fiscales « sur les 100 Français les plus riches ». Pourquoi 100? Parce qu’ils seront les principaux destinataires des baisses d’impôts annoncées, la richesse étant extrêmement concentrée… même chez les plus riches.

Assurant qu’il répondrait aux demandes de « tous ceux qui voudront des chiffres complémentaires », Bruno Le Maire a rappelé qu’une évaluation de l’impact des réformes fiscales était prévue dans deux ans. Sauf que les parlementaires souhaiteraient avoir des simulations avant de voter pour ou contre le budget…

Une fuite du Canard enchaîné mercredi révélait que de telles simulations existent puisque Bruno Le Maire et son collègue au budget, Gérald Darmanin, ont reçu deux notes de la Direction de la législation fiscale sur l’impact de la réforme de l’ISF et l’instauration de la « flat tax » (qui uniformise et abaisse l’impôt sur les revenus du capital : loyers, dividendes, plus-values…). Mais ils se sont gardés, jusqu’ici, d’en communiquer les résultats.

Données ultrasensibles

Un tel exercice de transparence supposerait d’ouvrir au public une partie des données concernant l’ISF, des données ultrasensibles sur lesquelles le ministère de l’économie veut garder la main. D’ailleurs, la précédente majorité (dont une partie signe cet appel) n’avait déjà pas eu (ou voulu avoir) raison de la culture du secret des hauts fonctionnaires de Bercy.
Destiné à « protéger les contribuables », le secret fiscal est défini dans le code pénal, à l’article 226-3, comme un « secret professionnel ». Sa violation est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. « Le secret professionnel [est] destiné à protéger les intérêts des particuliers (…). Le fonctionnaire doit le conserver vis-à-vis de son administration, y compris son supérieur hiérarchique », précise le guide de déontologie de l’administration fiscale. Des dérogations sont toutefois prévues dans le cadre du bon fonctionnement des services.

Mais la règle est inflexible à l’extérieur du ministère. En 2016, le ministère des finances a déposé une plainte pour violation du secret fiscal après la publication par Le Canard enchaîné d’une liste nominative de cinquante contribuables ayant bénéficié d’une importante réduction de leur ISF.

Face à un crime ou un délit, le fonctionnaire doit toutefois déroger au secret professionnel pour le dénoncer devant la justice. Reste que, là encore, Bercy garde la main grâce à son précieux « verrou », un monopole en matière de poursuites pénales pour fraude fiscale. Concrètement, seul le ministère dispose du droit de déposer plainte contre un individu soupçonné de malversations fiscales, un procureur ou une partie civile ne le pouvant pas.

Des chiffres utiles au débat

Sans aller jusqu’à une liste nominative, la publication d’un certain nombre de données permettrait d’éclairer le débat. C’est pour cette raison que nous les avions demandées en début d’année à Valérie Rabault, la rapporteure générale du budget sous François Hollande, à ce titre chargée de réunir les conditions d’un débat démocratique sur cette question à l’Assemblée.

Sans réponse de sa part, nous avions interpellé Bercy et saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA). Sans succès : la loi garantissant l’accès aux documents existe mais n’oblige pas l’administration à fournir des documents qui nécessiteraient un travail supplémentaire. Valérie Rabault, député socialiste du Tarn-et-Garonne, est aujourd’hui signataire de l’appel publié dans Libération.

Ce secret est d’autant plus étonnant qu’il ne s’applique qu’aux plus riches. « Contrairement à la pratique appliquée pour l’impôt sur le revenu chaque année depuis 1915, l’administration fiscale n’a jamais pris l’habitude de publier des tabulations annuelles indiquant les nombres de contribuables par tranches de patrimoines imposables (patrimoines compris entre 1 et 2 millions, 2 et 3 millions, etc.) », regrette Thomas Piketty (qui dispose par ailleurs d’un blog sur Le Monde. fr). L’économiste ajoute :


« Dans le fond, la technostructure Bercy n’a jamais aimé l’ISF et l’idée de transparence sur les hauts patrimoines qui va avec. Bercy, comme le monde politique, s’enferme dans une culture du secret, en s’imaginant sans doute que c’est une façon de préserver le pouvoir, et ne sait pas comment sortir de cet engrenage : moins on publie de données, plus on prend peur que la moindre donnée nouvelle soit interprétée d’une façon qui ne leur convient pas, moins on en publie, etc. »


Secret de polichinelle

L’intérêt de la ventilation par tranche évoquée par l’économiste, si elle était disponible de façon régulière et non par morceaux épars dans des rapports divers et variés, serait de pouvoir dessiner plus clairement le paysage des comptes et coffres les mieux garnis du pays. Et de calculer chez ceux qui les concentrent les économies qu’ils réaliseraient grâce aux cadeaux du gouvernement. L’ancien ministre de l’économie, Michel Sapin, a d’ailleurs fait mine de s’interroger la semaine dernière sur le montant que représenteront ces économies pour les 100 plus gros bénéficiaires.

Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, s’est inquiété d’une « chasse à l’homme ». En réalité, concernant les 100 premières fortunes de l’Hexagone, on connaît la liste des personnes qui la composent. Il est donc déjà possible de reconstituer (à peu près) le manque à gagner pour les caisses de l’Etat. Le Canard enchaîné a fait le calcul pour le n° 1 de cette liste, Bernard Arnault, et ses 500 millions de dividendes annuels : taxés à 30 % (« flat tax ») au lieu de 60 % (la moyenne de l’impôt sur les plus importants revenus sur le capital), il ne lui en coûtera plus que la moitié, soit 150 millions d’euros, contre 300 auparavant.

Outre qu’il est donc possible de faire des simulations sur les revenus dont l’Etat va se priver avec ces réformes, la question du secret fiscal mérite aussi d’être posée. Certes, l’anonymat des données fiscales reste un principe admis dans presque tous les pays, mais il est discuté : l’économiste Gabriel Zucman défend ainsi au contraire l’idée d’un cadastre financier mondial comprenant immobilier, actions, obligations, parts de fonds d’investissement…

ARGENTINE : A-T-ON RETROUVÉ LE CORPS DU MILITANT DISPARU ?


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LA DISPARITION DU MILITANT SANTIAGO MALDONADO
A FAIT DES REMOUS EN ARGENTINE.
La disparition de Santiago Maldonado, en août, a suscité une vive polémique dans le pays. Les autorités tentent aujourd'hui d'identifier le corps.

LA DERNIÈRE PHOTO DE SANTIAGO MALDONADO
AVANT SA DISPARITION. ELLE FUT RETROUVÉE
DANS LE DISQUE DUR DE L'UN DES 
ORDINATEURS DE GENDARMERIE 
PHOTO 
PAGINA12
La disparition de Santiago Maldonado, qui secoue l'Argentine depuis plus de deux mois, pourrait connaître un rebondissement après la découverte mardi d'un corps dans une rivière, proche du lieu où le militant a été vu pour la dernière fois début août. «Il y a un corps trouvé dans le fleuve, c'est tout ce que nous savons pour l'instant », a déclaré Claudio Avruj, le secrétaire aux Droits de l'homme, aux journalistes lors de son arrivée à Esquel, à 1 800 km au sud-ouest de Buenos Aires, dans un avion présidentiel.

SANTIAGO MALDONADO
La disparition de l'homme de 27 ans, à la suite de la dispersion par la police d'une manifestation mapuche, a provoqué un tremblement de terre politique en Argentine et la police militaire a été mise en cause. Depuis, les Argentins se mobilisent, car ils y voient un modus operandi rappelant les sombres heures de la dictature. C'est aussi la première fois depuis la fin de la dictature militaire en 1983 qu'une instance de l'État est soupçonnée d'avoir fait disparaître un opposant.

Le corps retrouvé juste avant les élections législatives

Le bureau du procureur a rapporté que le corps a été retrouvé « environ 300 mètres en amont de l'épicentre du conflit qui a eu lieu le 1er août », dans la rivière Chubut, qui avait déjà été ratissée à deux reprises lors de la recherche du militant argentin. Le corps a été retrouvé 74 jours après la disparition de Santiago Maldonado, tatoueur et artisan qui soutenait les revendications mapuches pour leurs terres ancestrales, vendues au magnat italien Luciano Benetton.

Le cas de Santiago Maldonado a déstabilisé le gouvernement de Mauricio Macri et sa ministre de l'Intérieur, Patricia Bullrich, qui ont dédouané l'État de toute responsabilité et soutenu la gendarmerie. «Où est Santiago Maldonado ? », « On le veut vivant! » : ces slogans sont devenus viraux sur les réseaux sociaux et ont été scandés lors d'une manifestation rassemblant des centaines de milliers de personnes à Buenos Aires début septembre, qui demandaient la démission de Patricia Bullrich. Cette disparition a également fait intrusion dans la campagne des élections législatives de mi-mandat qui se tiendront dimanche en Argentine.

lundi 16 octobre 2017

VENEZUELA : LE CAMP MADURO REMPORTE LES ÉLECTIONS RÉGIONALES

ELECTIONS AU VENEZUELA  VICTOIRE DU CAMP MADURO  
PHOTO GEORGE CASTELLANOS
Le Conseil électoral du Venezuela a annoncé que le camp du président Nicolas Maduro avait largement remporté les élections régionales, dimanche 15 octobre. Mais l'opposition a refusé de reconnaître ce résultat qu'elle estime entaché de fraude.
Selon le Conseil national électoral (CNE), le parti  au pouvoir s'est imposé dans 17 des 23 États du Venezuela. L'opposition, qui était pourtant créditée de 11 à 18 Etats par les sondages, n'a finalement gagné que cinq Etats, le dernier territoire restant indécis, a déclaré la présidente du CNE. La participation s'élève à 61,14%.

L'opposition dénonce "des violations de la loi"

UNE DU QUOTIDIEN
« LAS ÚLTIMAS NOTICIAS »
"C'est une nette victoire. Le chavisme s'est largement imposé dans les élections, avec 17 gouverneurs. L'opposition en a cinq", a déclaré dans la foulée Nicolas Maduro, assurant que son parti pourrait également s'imposer dans le dernier État encore indécis. Le président a demandé à ses adversaires de reconnaître les résultats. 

Mais l'opposition a refusé de reconnaître la victoire du camp chaviste. "Actuellement, nous ne reconnaissons aucun résultat. Nous faisons face à un moment particulièrement grave pour le pays", a déclaré Gerardo Blyde, directeur de campagne de la Table de l'unité démocratique (MUD), la coalition d'opposition. Selon lui, le gouvernement "sait qu'il n'a pas la majorité" et, pour gagner, il a recouru à "des violations" de la loi et à "un processus électoral non équitable, déséquilibré et dont les résultats ne reflètent pas la réalité". Aucun observateur international n'a été accepté par les autorités pour le vote de dimanche. 

Le vote intervient alors qu'un calme surprenant règne au Venezuela depuis deux mois après la vague de manifestations souvent violentes qui a submergé le pays d'avril à juin, faisant 125 morts. A l'appel de l'opposition, les protestataires exigeaient le départ du président Maduro, mais ils n'ont rien obtenu.




samedi 14 octobre 2017

AURA LOLITA CHÁVEZ PARMI LES FINALISTES DU PRIX SAKHAROV 2017

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AURA LOLITA CHAVEZ IXCAQUIC 
Rencontre avec Aura Lolita Chavez Ixcaquic qui a été retenue par le Parlement européen dans la short list des 3 candidats au prix Sakharov 2017 qui sera attribué le 26 octobre. Elle aura notamment face à elle une candidature très politique soutenue par la droite et le centre : « l’Opposition démocratique au Venezuela. »
LE JOUEUR DE PIPEAU
« MADURO DOIT PARTIR, 
OPPOSITION MODÉRÉE »
Un conseiller des Verts ( ALE ), le groupe politique du Parlement européen qui a proposé la candidature de Lolita Chavez Ixcaquic pour le prix Sakharov, explique sous couvert d’anonymat : «cette année, le prix Sakharov est complètement dévoyé par la droite ( PPE ) et les libéraux ( ALDE ), qui proposent de l’attribuer à l’opposition vénézuélienne. C’est une manipulation politique d’un prix qui n’est pas destiné à ça. » Selon les critères du Parlement européen, le « prix Sakharov pour la liberté de pensée » a en effet pour objectif d’honorer des personnalités, individuelles ou collectives, qui défendent les droits de l’homme et les libertés fondamentales, là où elles sont gravement bafouées. En 2016 par exemple, le prix avait été attribué à deux jeunes femmes yézidies réduites en esclavage sexuel par Daesh. 

En proposant la candidature de «l’opposition» au Venezuela, le bloc de la droite et du centre au Parlement européen, donne l’impression de vouloir mettre sur un pied d’égalité dans l’horreur, l’État islamique et le Venezuela de Nicolas Maduro. Une tentative d’autant plus hasardeuse que les négociations en cours entre le gouvernement Maduro et les représentants de l’opposition progressent, et qu’elles pourraient rapidement donner lieu à un accord ( sur un calendrier électoral, le rôle du parlement et de la constituante, ou la libération de prisonniers considérés comme « politiques. ) Qui a intérêt, dans ces conditions, à jeter de l’huile sur le feu en ravivant les plaies d’un conflit en voie de règlement, et pourquoi la droite s’acharne-t-elle ?

Le débat promet en tous cas d’être houleux entre les présidents des partis réunis autour du président du Parlement européen, quand ils devront faire leur choix le 26 octobre.

Le peuple Maya contre les multinationales et le gouvernement

AURA LOLITA CHAVEZ IXCAQUIC 
Reste deux autres candidatures, tout à fait dans l’esprit, celles-ci, du Prix Sakharov. Celle du journaliste et auteur suédois d’origine érythréenne, Dawit Isaak, proposée par les socialistes ( S et D. ) Dawit Isaak a été arrêté il y a 16 ans par les autorités érythréennes, ainsi que 20 autres journalistes, pour avoir demandé des réformes démocratiques. Déjà finaliste du prix Sakharov en 2009, il a été vu pour le dernière fois en 2005.

Et la candidature d’une représentante des peuples indigène du Guatemala, Aura Lolita Chavez Ixcaquic, membre du Conseil des peuples quichés, menacée de mort dans son pays. Elle se bat pour la protection des ressources naturelles et des droits de l’homme face aux multinationales qui ravagent le pays avec la complicité de l’État guatémaltèque.

Rencontre.

De quelle région du Guatemala venez-vous et qu’est ce que le Conseil du peuple quiché ?

Aura Lolita Chavez Ixcaquic. Je viens des territoires de l’ouest de Guatemala, là où vivent les peuples indigènes qui sont à l’origine du pays, les Mayas.

Le peuple Maya-quiché ( 1 ) compte environ un million de personnes, pour un total de 16 millions d’habitants pour l’ensemble du pays. Le Conseil du peuple quiché est un ensemble de communautés qui se sont organisées pour défendre leurs territoires, leur droit à l’autodétermination et aussi les droits à la vie telle que la souhaitent les peuples indigènes. Cette organisation fait partie du conseil du peuple Maya qui couvre l’ouest du pays. Notre lutte est dirigée contre les entreprises internationales qui viennent dans les territoires pour s’emparer des ressources du peuple Maya-quiché.

La revendication des différents peuples indigènes du Guatemala, c’est d’avoir un état plurinational qui reconnaisse cette diversité des peuples. Mais l’État du Guatemala n’en veut pas parce qu’il est à genoux devant le pouvoir des grandes entreprise internationales, qu’elles soient minières, qu’elles construisent des barrages ou travaillent dans la monoculture pour les grands groupes agro-alimentaires, ou bien dans l’exploitation de la forêt.

Il y a une alliance entre le gouvernement, les réseaux du narcotrafic, les entreprises de sécurité privées qui travaillent pour les grandes  entreprises minières, et les réseaux de drogue et de mafia qui sont liées à ces problématiques. Tout cela dans un contexte où le président du Guatemala, Jimmy Morales, est empêtré dans une affaire de corruption, et qu’il est en train d’attaquer la Commission internationale qui doit enquêter sur ce sujet (2 .)

Pourquoi la lutte pour l’environnement et la lutte pour les droits de l’homme sont indissociables au Guatemala ?

A.L.C.I. On ne parle pas seulement de l’humanité, de la situation des hommes. Dans notre vision du monde – la vision des populations indigènes - il y a un rapport très important avec la Nature et la biodiversité. On englobe tout cela dans une même lutte.

En quoi vos organisations se sentent-t-elles menacées ?

AURA LOLITA CHAVEZ IXCAQUIC 
A.L.C.I. Les militaires, la sécurité privée et les paramilitaires arrivent dans les communautés, procèdent à des arrestations, des  meurtres, des  tortures, des viols, et nous sommes stigmatisés comme des terroristes, des gens qui sont contre les progrès économiques, tout cela parce que les multinationales sont en train d’accaparer les terres des peuples indigènes. On a déjà vécu ça pendant la guerre civile au Guatemala (3.)

Ils arrivent dans les communautés, ils divisent les gens, apportent des armes, ce qui génère des violences entre les membres de la communauté. Et les autres habitants du Guatemala ne s’en préoccupent pas.

Est-ce que vous parvenez tout de même à avoir des liens avec d’autres mouvements progressistes au Guatemala ?

A.L.C.I. Oui, bien sûr, nous sommes en contact avec d’autres organisations, ce n’est pas simplement notre lutte, il y a plusieurs mouvements d’opposition. Le combat qu’on mène se retrouve aussi dans d’autres parties de l’Amérique latine, comme par exemple au Honduras, où a été assassinée Berta Caceres ( 4 ). Les luttes sont locales, mais ce sont des problématiques globales. Nous nous revendiquons aussi comme paysans et féministes, ce qui nous relie à d’autres luttes.

Vous avez des exemples ?

A.L.C.I. Oui, on a par exemple réussi à combattre Monsanto au Guatemala. En 2014, le parlement a voté une loi qui était favorable à Monsanto et qui revenait à privatiser le maïs. Le maïs, c’est une plante qui est très importante dans notre culture. Nous avons pris contact avec d’autres peuples en Amérique latine qui avaient déjà lutté contre Monsanto, et après une manifestation d’une semaine à laquelle participaient également les syndicats, des mouvements sociaux, des agriculteurs et des mouvements de femmes, nous avons réussi à faire abroger la loi.

On a réussi aussi à empêcher l’entrée des compagnies minières dans plusieurs régions du Guatemala, même si les compagnies ont tout de même réussi à pénétrer dans d’autres zones. Et puis, on a amené le gouvernement t du Guatemala devant la cour intra-américaine des droits de l’homme sur la question des paramilitaires et de la défense de nos territoires.

Est-ce que vous vous sentez vous-même menacée ?
A.L.C.I. On m’a déjà attaquée à plusieurs reprises, on a essayé de me violer, mais l’état ne fait rien, à cause de cette alliance justement entre les paramilitaires et l’État.  On nous a déjà attaqué, y compris avec des  armes lourdes.

Qu’attendez-vous de l’Europe ?

A.L.C.I. Je salue ma nomination pour le prix Sakharov, c’est une occasion très importante dans l’histoire du peuple Maya et des peuples indigènes, parce que ça rend plus visible notre lutte dans notre pays.

Il ne faut pas non plus que les gens en Europe ferment les yeux sur ce qui se passe au Guatemala parce que les compagnies européennes sont responsables, on le dénonce. Ces entreprises ont du sang sur les mains,  donc il faut que l’Europe réagisse. Il faut par exemple envoyer une délégation de l’Union européenne dans les territoires mayas où l’on mène cette lutte, pour la montrer aux défenseurs des droits de l’homme.

(1) Le peuple quiché est un peuple indien d’Amérique centrale, apparenté aux Mayas. Il possède sa propre langue. La prix Nobel de la paix en 1992, Rigorberta Menchu, une militante pour les droits des indigènes, est une des figures les plus connues du peuple quiché. (2) Soupçonné de financement illégal de sa campagne électorale, le président Jimmy Morales est sous le coup d’une demande de levée d’immunité demandée par le parquet de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une mission spéciale des Nations unies chargée d’enquêter sur les affaires de corruption. (3) Le conflit armé au Guatemala opposant différents groupes de guérillas marxistes au gouvernement guatémaltèque, a duré de 1960 à 1996, faisant 100 000 morts, des milliers de disparus, et un million de personnes déplacées. Selon l’enquête des Nations Unies, 93% de ces violences ont été dues aux troupes gouvernementales. (4) L’assassinat en mars 2016 de la militante écologiste Berta Caceres qui luttait pour la préservation du fleuve Gualcarque menacé par un projet de barrage hydroélectrique, a soulevé une indignation mondiale. Sa famille a accusé les groupes industriels liés au gouvernement, d’avoir commis ce meurtre.

Jean-Jacques Régibier