lundi 15 novembre 2010

L'Asie-Pacifique veut transformer son rêve de libre-échange en réalité

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Clôture du sommet, après deux jours de travail, le 18e Sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) sur le thème "Changement et action" a été couronné de succès le 14 novembre à Yokohama, au Japon. Photo José Manuel de la Maza


A l'issue de deux jours de sommet à Yokohama (région de Tokyo), les chefs d'Etat et de gouvernement des 21 économies du Forum économique Asie-Pacifique (Apec) se sont engagés à résister aux sirènes du protectionnisme, séduisantes en ces périodes d'incertitude après la crise de 2008-09.
"Nous demandons à l'Apec de prendre des mesures concrètes vers la réalisation de la zone de libre-échange Asie-Pacifique", ont-ils déclaré dans leur communiqué.
Ce projet vise à créer un immense espace libre de barrières tarifaires de l'Asie orientale aux rives américaines de l'Océan Pacifique.
Pour approcher leur idéal, les dirigeants comptent "s'appuyer sur les projets régionaux en cours, comme l'Asean+3, l'Asean+6 et le partenariat transpacifique (TPP)", des espaces de libre-échange en construction géographiquement plus restreints.
L'Asean+3 regroupe les dix pays de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), plus la Chine, le Japon et la Corée du Sud. L'Asean+6 rassemble les mêmes, plus l'Inde, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Le TPP est une petite zone de libre-échange limitée à Brunei, au Chili, à la Nouvelle-Zélande et à Singapour, mais que les Etats-Unis veulent intégrer, tout comme l'Australie, la Malaisie, le Pérou et le Vietnam.
Après l'Apec, un premier "sommet" des membres et aspirants au TPP s'est réuni et les neuf Etats participants se sont donné pour objectif une "entrée en fonctionnement (du traité) avant la prochaine réunion de l'Apec en novembre 2011", selon le président chilien Sebastian Piñera.
Deux réunions sont prévues d'ici là entre les "Neuf", en Nouvelle-Zélande puis au Chili. Les Etats-Unis font tout pour accélérer ces négociations, afin de ne pas rester à l'écart de la dynamique économique asiatique.
La Chine, elle, préfère négocier "entre Asiatiques" avec l'Asean, bien que consciente que certains pays de la région souhaitent intégrer les Etats-Unis à l'espace transpacifique pour contrebalancer son influence grandissante.
Dimanche, le président chinois Hu Jintao a voulu envoyer un message rassurant.
"La Chine reste déterminée à poursuivre une politique régionale fondée sur des relations de bon voisinage et d'amitié", a-t-il dit devant les participants de l'Apec, dont certains ont des conflits territoriaux avec Pékin
Membre de l'Asean+3, le Japon a décidé de discuter aussi avec le groupe TPP.
"Je ne crois pas qu'on puisse dire que l'Asean+3 est +chinoise+ et que le TPP est +américain+", a assuré le Premier ministre japonais Naoto Kan, hôte des débats.
Le communiqué final du sommet de Yokohama a rendu compte de cette toile complexe d'échanges et d'accords, qui évolue sur fond de rivalité américano-chinoise pour la prééminence dans cette région plus que jamais stratégique.
Le texte commun promeut également pour la première fois une "stratégie de croissance", où les pays de l'Asie-Pacifique mettent en avant la nécessité d'assurer "une reprise durable de la demande dans le secteur privé" et de fonder les assises "d'une croissance plus équilibrée" à l'avenir, dans l'esprit des conclusions du G20 de Séoul.
L'Apec s'est dit aussi en faveur de "taux de change davantage déterminés par le marché, reflétant les fondamentaux économiques" et a promis "d'éviter toute dévaluation compétitive" des devises, à l'heure où une possible "guerre des monnaies" suscite l'inquiétude.