dimanche 1 avril 2018

L'ÉQUATEUR COUPE L’ACCÈS AU MONDE EXTÉRIEUR POUR JULIAN ASSANGE


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JULIAN ASSANGE EST DÉSORMAIS CONSIDÉRÉ COMME
«UN CAILLOU DANS LA CHAUSSURE»
DE LA DIPLOMATIE ÉQUATORIENNE.
PHOTO BEN STANSALL

Le gouvernement équatorien a bloqué tous les contacts et communications du rédacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange, à son ambassade à Londres, au motif qu'il avait publié un tweet condamnant l'arrestation de l'ancien président régional de la Catalogne, Carles Puigdemont.

«JULIAN ASSANGE» DESSIN DE
PANCHO CAJAS POUR 

LE QUOTIDIEN CONSERVATEUR
 EL COMERCIO  D'EQUATEUR
WikiLeaks a confirmé mercredi: «Le rédacteur en chef de WikiLeaks @julianassange a été bâillonné et isolé par ordre du nouveau président de l'Équateur @Lenin Moreno. Il ne peut pas tweeter, parler à la presse, recevoir des visiteurs ou faire des appels téléphoniques.»

Le Comité de rédaction du World Socialist Web Site dénonce les nouvelles restrictions sur la capacité de Julian Assange à communiquer avec ses innombrables partisans à travers le monde.

La décision de l'Équateur a été annoncée mardi après qu'Assange a tweeté lundi sur l'accusation de la Grande-Bretagne selon laquelle la Russie était responsable de l'empoisonnement présumé de l'ancien agent russe Sergei Skripal et de sa fille Yulia dans la ville anglaise de Salisbury au début du mois.

Cette décision est une menace terrible pour Assange. Il fait face à un isolement total, étant essentiellement prisonnier dans la minuscule ambassade, et risque davantage d'être extradé afin d’être jugé aux États-Unis pour espionnage et trahison, crimes passibles de la peine de mort.

La démarche de l'Équateur est également une attaque directe contre la liberté de parole dans le monde, en conformité avec la censure grandissante de l'Internet, pour faire taire la dissidence politique et l'opposition à l'impérialisme et à la guerre.

WikiLeaks a rapporté que l'Équateur a exigé qu'Assange supprime le tweet suivant, dans lequel il a souligné le précédent historique terrifiant de la décision de l'Allemagne de détenir le dirigeant catalan à la demande du gouvernement espagnol:

«En 1940, le président élu de la Catalogne, Lluís Companys, a été capturé par la Gestapo, à la demande de l'Espagne, livré aux autorités espagnoles et exécuté. Aujourd'hui, la police allemande a arrêté le président élu de la Catalogne, Carles Puigdemont, à la demande de l'Espagne, pour qu'il soit extradé.»

La police secrète de Hitler, la Gestapo, a arrêté Companys, qui s'était exilé en France en 1936 après que le général Franco, avec le soutien de l’Allemagne, eut écrasé la révolution espagnole et établi une dictature brutale. Les nazis ont extradé Companys à Madrid, où il a été torturé, condamné à mort et exécuté.

Les puissances européennes et autres puissances impérialistes sont derrière l'action de l'Équateur. Dans un communiqué, l'Équateur a déclaré que le comportement récent d'Assange sur les médias sociaux «met en péril les bonnes relations que l'Équateur entretient avec le Royaume-Uni, les autres États de l'Union européenne et avec d’autres nations».

Lundi, Assange a demandé pourquoi la Grande-Bretagne et ses alliés avaient expulsé les diplomates russes au sujet de l'empoisonnement de Skripal. «Bien qu'il soit raisonnable que Theresa May considère l'État russe comme le principal suspect, les preuves sont circonstancielles jusqu'à présent et l'OIAC [Organisation pour l'interdiction des armes chimiques] n'a rien confirmé encore, permettant au Kremlin de clamer dans le pays que la Russie est persécutée», a-t-il tweeté.

Dans un autre tweet, Assange a souligné que «21 alliés américains ont expulsé des diplomates sous prétexte d'un événement non résolu au Royaume-Uni et que les États-Unis ont expulsé près de trois fois plus de diplomates que le Royaume-Uni, le pays prétendument victime».

Malgré les accusations fabriquées d'agression sexuelle du gouvernement suédois contre Assange depuis longtemps, il risque toujours une arrestation immédiate s'il sort de l'ambassade équatorienne, où il est confiné depuis près de six ans, ce qui fait qu’il peut difficilement sortir prendre l’air, du soleil, ou faire de l’exercice.

Les autorités suédoises ont officiellement clôturé l'enquête l'année dernière, confirmant ainsi qu'il n'y a jamais eu de véritable affaire. C'était en fait un «coup monté» visant à discréditer et à paralyser WikiLeaks et à mettre Assange derrière les barreaux, ou pire.

Mardi, l'Équateur a affirmé qu'Assange avait violé «un engagement pris auprès du gouvernement à la fin de l'année 2017 de ne pas publier de messages qui pourraient interférer avec d'autres États».

Cependant, ses mesures vont au-delà de ses actions précédentes. En octobre 2016, il a suspendu l'accès à Internet d'Assange après que WikiLeaks eut publié des courriels révélant des fuites provenant de la campagne présidentielle de Hillary Clinton. En mai 2017, le président équatorien Moreno a exigé qu'Assange s'abstienne de commenter le conflit entre l'Espagne et la Catalogne. Assange avait tweeté que Madrid était coupable de «répression».

Après les commentaires d'Assange sur l'affaire Skripal, le ministre britannique des Affaires étrangères Alan Duncan l'a qualifié de «pourriture» et a déclaré qu'il devrait quitter l'ambassade équatorienne et se rendre à la «justice» britannique.

Assange a répondu: «La Grande-Bretagne devrait dire si elle a l'intention de m'extrader aux États-Unis pour avoir publié la vérité et devrait mettre un terme à sa violation continue des décisions de l'ONU dans cette affaire.»

En 2015, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a condamné la détention d'Assange comme «arbitraire, déraisonnable, inutile, disproportionnée» et a demandé qu'il soit immédiatement libéré et indemnisé.

Le vrai visage de la justice britannique a été révélé en février. Un juge de Londres a rejeté une demande d'Assange de retirer un mandat d'arrêt britannique contre lui émis en 2012, en dépit du fait qu'un mandat d'arrêt européen lancé par des Suédois – le déclencheur du mandat britannique – eût été annulé en mai 2017.

Le procureur général de l'administration Trump Jeff Sessions a déclaré en avril dernier que l'arrestation d'Assange pour qu’il soit officiellement inculpé par les États-Unis demeurait une «priorité». L'establishment politique, militaire et du renseignement américain est déterminé à punir Assange pour avoir révélé ses crimes de guerre en Irak et en Afghanistan et ses intrigues diplomatiques et sa surveillance de masse dans le monde entier.

Cela comprend une vidéo «meurtre collatéral» diffusée par WikiLeaks qui montre le massacre de 12 civils irakiens par un hélicoptère américain en 2007, la publication de plus de 250.000 câbles diplomatiques secrets américains et de milliers de dossiers détaillant les opérations de «logiciels malveillants» de la CIA afin de s'emparer secrètement de réseaux informatiques.



(Article paru en anglais le 29 mars 2018)