vendredi 10 décembre 2010

L'appui américain à Pinochet cité au procès de Français disparus

LE DICTATEUR CHILIEN AUGUSTO PINOCHET SALUE LE SECRETAIRE D'ÉTAT HENRY KISSINGER A SON ARRIVEE A LA PRESIDENCE. PHOTO BETTMANN / CORBIS DU 8 JUIN 1976
Treize militaires chiliens et un Argentin sont jugés depuis mercredi par défaut pour la disparition de quatre Français sous la dictature Pinochet.
Appelé à la barre, le juge d'instruction de l'affaire, Roger Le Loire, a relaté que des documents du département d'État américain obtenus dans ses recherches avaient montré que Washington se félicitait du plan "Condor", opération d'assassinats concertés entre plusieurs pays latino-américains.
"Globalement, le discours (de ces documents-NDLR) était de dire que cette création du plan Condor était tout à fait opportune, que c'était une très bonne chose et que ça allait aider à se débarrasser des communistes", a dit le juge Le Loire.
Le magistrat a relaté qu'il avait mis à profit un passage à Paris en 2001 d'Henry Kissinger, secrétaire d'Etat américain au moment de la dictature Pinochet, pour tenter de l'interroger comme témoin. Il avait envoyé à son hôtel deux policiers lui remettre une convocation en mains propres.
"Les policiers m'ont ensuite rendu compte et m'ont raconté que M. Kissinger était parti tout de suite avec ses gardes du corps se réfugier à l'ambassade américaine", a raconté Roger Le Loire.
Le lendemain, a poursuivi le juge, un diplomate américain est venu le voir au palais de justice pour préciser qu'Henry Kissinger bénéficiait de l'immunité diplomatique et qu'il n'accepterait de témoigner qu'aux Etats-Unis dans le cadre d'une commission rogatoire.
Le président de la cour a dit qu'Henry Kissinger avait ensuite fait remettre à la justice française une déclaration écrite. Il y précise que la CIA a appris l'existence du plan Condor en mars 1976 mais dit ne pas se souvenir d'avoir eu connaissance de victimes françaises.
L'un des quatre disparus français concernés par le dossier, Jean-Yves Claudet-Fernandez, a été enlevé à Buenos Aires en Argentine le 1er novembre 1975, dans le cadre du plan Condor, a montré l'enquête du juge Le Loire.
Des documents de la police secrète chilienne, la Dina, obtenus par le juge français mentionnent ce fait et disent à propos de Jean-Yves Claudet-Fernandez: "Ya no existe" (il n'existe plus).
Le procès se poursuit jusqu'au 17 décembre.
Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse